dimanche, février 22, 2026

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Le Liban réclame une prise en charge collective face aux risques d’un nouvel afflux

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Un risque d’afflux massif aggravé par la guerre à Gaza

Le dossier des réfugiés palestiniens au Liban s’impose comme un enjeu central dans le débat politique et diplomatique. Les autorités libanaises, et en premier lieu le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, expriment de fortes inquiétudes quant aux conséquences de l’escalade du conflit à Gaza. La poursuite des violences et l’aggravation de la situation humanitaire pourraient entraîner un déplacement massif de la population vers les pays voisins, notamment le Liban, qui accueille déjà une communauté palestinienne estimée à plus de 250 000 réfugiés.

Le Liban traverse une crise économique et sociale sans précédent, avec une dévaluation continue de sa monnaie, une explosion de la pauvreté et un effondrement des services publics. Dans ce contexte, un afflux de réfugiés représenterait une pression insoutenable sur des infrastructures déjà en état de saturation. Joseph Aoun et Nawaf Salam ont multiplié les démarches diplomatiques pour alerter la communauté internationale et exiger une prise en charge collective de cette crise, insistant sur l’impossibilité pour le Liban d’assumer seul un tel fardeau.

Un système d’accueil sous tension et des infrastructures saturées

Le Liban accueille des réfugiés palestiniens depuis 1948, principalement regroupés dans douze camps, dont ceux de Ain al-Hilweh, Bourj el-Barajneh et Nahr al-Bared. Ces camps sont devenus au fil des décennies des zones de grande précarité, marquées par une densité extrême, un manque d’accès aux services essentiels et une marginalisation économique persistante.

Les capacités d’accueil sont aujourd’hui largement dépassées. L’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), qui assure une grande partie des services pour cette population, est confrontée à une crise financière chronique, aggravée par la réduction des aides internationales. Les coupes budgétaires imposées par plusieurs pays donateurs ont eu un impact direct sur l’accès aux soins, à l’éducation et à l’aide alimentaire, exacerbant les tensions à l’intérieur des camps.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a déjà alerté sur l’incapacité du Liban à absorber une augmentation soudaine de la population réfugiée, notamment en raison du manque de logements disponibles et du dysfonctionnement des infrastructures sanitaires. De plus, les autorités libanaises refusent toute naturalisation des réfugiés palestiniens, une position maintenue depuis des décennies pour des raisons à la fois politiques et confessionnelles.

Les craintes d’une instabilité sécuritaire

Au-delà de l’aspect humanitaire, l’éventualité d’un nouvel afflux de réfugiés est perçue par les autorités libanaises comme une menace pour la stabilité du pays. L’histoire récente a montré que les tensions au sein des camps palestiniens peuvent rapidement dégénérer en affrontements violents, comme en témoignent les récents heurts entre factions rivales à Ain al-Hilweh.

Le ministre de l’Intérieur Bassam Mawlawi a mis en garde contre une possible détérioration de la sécurité intérieure si des groupes armés s’infiltrent parmi les réfugiés. L’expérience des conflits passés a démontré que les camps palestiniens peuvent devenir des foyers de violence, notamment lorsqu’ils échappent au contrôle des forces de sécurité libanaises.

Le Hezbollah suit également de près l’évolution de la situation et insiste sur la nécessité de préserver l’équilibre interne du pays. Des discussions ont été engagées avec les représentants des services de sécurité palestiniens afin d’éviter que l’arrivée de nouveaux réfugiés ne provoque une montée des tensions dans les camps. Hassan Fadlallah, député du Hezbollah, a souligné l’importance de renforcer les contrôles et d’éviter toute déstabilisation susceptible de compromettre la sécurité nationale.

Un appel à l’Union européenne et aux pays du Golfe

Face à l’ampleur des défis, le Liban intensifie ses démarches diplomatiques pour obtenir un soutien international. Joseph Aoun a plaidé pour une solution concertée impliquant plusieurs acteurs internationaux, en insistant sur la nécessité d’un plan global de répartition des réfugiés, afin que leur accueil ne repose pas exclusivement sur les pays frontaliers d’Israël.

L’Union européenne s’est déclarée préoccupée par la situation et a exprimé sa volonté de renforcer son aide humanitaire. Toutefois, elle reste prudente sur la question d’un programme de réinstallation des réfugiés vers l’Europe, craignant des répercussions politiques dans ses propres États membres.

Des discussions sont également en cours avec plusieurs États du Golfe, dont le Qatar et les Émirats arabes unis, afin de mobiliser des financements destinés à améliorer les infrastructures d’accueil au Liban. L’Arabie Saoudite, qui avait réduit son aide financière à l’UNRWA ces dernières années, envisagerait de réviser sa position sous certaines conditions, notamment en échange d’un renforcement du contrôle sécuritaire aux frontières.

Les positions des différentes forces politiques libanaises

Le débat sur l’accueil des réfugiés palestiniens divise profondément la classe politique libanaise, chacun défendant une approche différente selon ses intérêts et son idéologie.

Le gouvernement de Nawaf Salam tente de convaincre la communauté internationale de partager le fardeau humanitaire, en plaidant pour des solutions qui éviteraient une installation prolongée des réfugiés sur le sol libanais. Nawaf Salam insiste sur l’urgence de trouver un compromis diplomatique avant que la situation ne devienne incontrôlable.

Le Courant Patriotique Libre, dirigé par Gebran Bassil, s’oppose catégoriquement à toute intégration prolongée des réfugiés palestiniens, arguant que cela pourrait modifier l’équilibre démographique du pays en faveur des sunnites. Gebran Bassil a dénoncé à plusieurs reprises ce qu’il considère comme un risque de « naturalisation forcée », qui pourrait avoir des conséquences irréversibles sur la structure confessionnelle du Liban.

Le Hezbollah, de son côté, adopte une position plus politique. Il insiste sur le fait que la seule solution viable pour les réfugiés palestiniens est leur retour en Palestine et rejette toute perspective de réinstallation durable au Liban. Selon le député Mohammad Raad, tout plan visant à sédentariser ces populations serait perçu comme une tentative d’affaiblir la cause palestinienne et de liquider leur droit au retour.

Les Forces libanaises et d’autres partis souverainistes, notamment ceux de Samir Geagea, estiment que le Liban ne peut plus accueillir de nouveaux réfugiés et plaident pour leur relocalisation dans d’autres pays arabes. Ils demandent une position ferme du gouvernement sur la fermeture des frontières en cas d’un afflux massif et insistent sur le fait que le pays n’a plus les moyens de jouer son rôle d’hôte.

Un test pour la diplomatie libanaise

Le dossier des réfugiés palestiniens représente un défi diplomatique majeur pour le Liban. Joseph Aoun et Nawaf Salam doivent jongler entre les pressions internes et les exigences de la communauté internationale. Le gouvernement sait qu’il ne peut ignorer cette crise, mais il est également conscient qu’une mauvaise gestion pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour la stabilité du pays.

Les prochaines semaines seront cruciales. Si aucune solution concrète n’est trouvée, le Liban risque de se retrouver seul face à une nouvelle crise humanitaire, sans les ressources nécessaires pour y faire face. Dans un pays où la population locale est déjà confrontée à une précarité grandissante, l’arrivée de milliers de nouveaux réfugiés pourrait provoquer une explosion sociale aux conséquences imprévisibles.

Le Liban attend désormais une réponse des grandes puissances et des organisations internationales. La question est de savoir si la communauté internationale prendra ses responsabilités ou si le pays devra affronter seul une crise dont il ne pourra supporter le poids.

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Newsdesk Libnanews
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