Le 16 septembre 2025, des sources au sein du Vatican ont confirmé à l’Agence France-Presse que le pape Léon XIV envisageait un voyage apostolique au Liban et en Turquie à la fin du mois de novembre. Ce déplacement, qui marquerait le premier voyage international du souverain pontife depuis son élection le 8 mai 2025, durerait moins d’une semaine et combinerait deux étapes symboliques : une visite en Turquie pour commémorer le 1 700e anniversaire du Concile de Nicée, et un passage au Liban, pays pluriconfessionnel éprouvé par des années de crises. Bien que le Saint-Siège ne publie pas habituellement les détails d’un voyage avant une date proche, cette annonce intervient après plusieurs mois de rumeurs et de déclarations officielles, dont celle du cardinal Béchara Raï, patriarche maronite, le 20 août précédent. Dans un contexte régional marqué par les tensions persistantes au Moyen-Orient, cette perspective suscite un espoir palpable parmi les communautés chrétiennes du Levant, où le rôle du pape comme médiateur spirituel reste central.
Le pape Léon XIV, né Robert Francis Prevost à Chicago en 1955, a été élu lors d’un conclave concluant le 8 mai 2025, succédant à François, décédé le 21 avril. Âgé de 69 ans au moment de son élection, il est le premier pape américain de l’histoire de l’Église catholique, un fait qui a suscité des débats sur l’influence géopolitique des États-Unis dans les affaires vaticanes. Missionnaire augustinien, Prevost a passé une grande partie de sa carrière au Pérou, où il a acquis la nationalité péruvienne et dirigé un séminaire à Trujillo avant d’être nommé évêque de Chiclayo en 2015. Élevé au cardinalat par François en 2023, il occupait alors la charge de préfet du Dicastère pour les évêques, un poste clé impliquant la supervision des nominations épiscopales mondiales. Lors de son homélie inaugurale prononcée le 9 mai 2025 dans la chapelle Sixtine, Léon XIV a déclaré : « Tel est le monde qui nous est confié, dans lequel nous sommes appelés à témoigner de la foi joyeuse en Jésus Sauveur. » Ce choix de nom papal rend hommage à Léon XIII, pontife social du XIXe siècle qui avait posé les bases de la doctrine sociale de l’Église avec l’encyclique Rerum novarum en 1891.
Depuis le début de son pontificat, Léon XIV a multiplié les gestes de proximité envers le Moyen-Orient. Le 22 août 2025, à l’occasion du cinquième anniversaire de l’explosion du port de Beyrouth – qui avait fait 218 morts, plus de 7 000 blessés et des dégâts estimés à 15 milliards de dollars selon la Banque mondiale –, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, a lu un message du pape lors d’une veillée à Beyrouth : « Bien-aimé et souffrant Liban, vous restez au centre de nos prières. Gardez l’espérance malgré les épreuves. » Ce message, diffusé par le Saint-Siège, soulignait la solidarité de l’Église avec un pays comptant environ 1,5 million de catholiques sur une population de près de 5,5 millions d’habitants, selon les statistiques vaticanes de 2023. Le Liban, avec ses 18 confessions reconnues et son pacte national de 1943 répartissant les pouvoirs sur une base confessionnelle, incarne un modèle fragile de coexistence entre chrétiens et musulmans, un thème cher au nouveau pontife.
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Un premier voyage sous le signe de l’œcuménisme en Turquie
La partie turque de ce périple, prévue autour du 29 novembre – jour de la fête de saint André, patron du patriarcat œcuménique de Constantinople –, vise à célébrer le 1 700e anniversaire du Concile de Nicée, tenu en 325 à Iznik, l’ancienne Nicée. Ce concile, premier œcuménique de l’histoire chrétienne, avait condamné l’arianisme et formulé le Credo nicéno-constantinopolitain, texte fondamental partagé par catholiques et orthodoxes. Léon XIV, qui a rencontré le patriarche œcuménique Bartholomée Ier à plusieurs reprises depuis son élection, avait déjà exprimé son intention lors d’une audience à Castel Gandolfo le 17 juillet 2025 : « J’espère pouvoir vous revoir dans quelques mois pour participer à la commémoration œcuménique de l’anniversaire du concile de Nicée. » Un porte-parole de Bartholomée a confirmé à l’AFP avoir invité le pape à Istanbul pour un événement le 29 novembre.
La Turquie, pays de 85 millions d’habitants où les chrétiens ne représentent qu’environ 0,2 % de la population – soit près de 170 000 personnes, dont 35 000 catholiques selon le Vatican –, reste un carrefour essentiel pour le dialogue interchrétien. Le patriarche Bartholomée, souvent qualifié de « pape vert » pour son engagement écologique, a salué l’annonce dans un communiqué du 25 août 2025 : « Nous accueillons avec joie l’intention du Saint-Père de célébrer avec nous cet anniversaire historique à Nicée. » Des préparatifs sont en cours pour une possible visite à Iznik, où des fouilles archéologiques menées depuis 2013 ont exhumé des vestiges d’une basilique byzantine liée au concile. Ce geste renforcerait les efforts œcuméniques initiés par le Concile Vatican II en 1962-1965, qui avait ouvert la voie au dialogue avec les Églises orthodoxes. Lors de sa rencontre avec des pèlerins orthodoxes américains le 17 juillet, Léon XIV avait insisté : « L’unité des chrétiens n’est pas une option, mais une nécessité pour témoigner de l’Évangile dans un monde divisé. »
Ce voyage en Turquie s’inscrirait dans la continuité des prédécesseurs. Jean-Paul II s’y était rendu en 1979 pour une rencontre historique avec Dimitrios Ier, premier patriarche œcuménique à visiter Rome depuis le Grand Schisme de 1054. Benoît XVI, en 2006, avait visité Istanbul et le Phanar, siège du patriarcat, malgré les tensions suscitées par son discours de Ratisbonne. François, en 2014, avait signé une déclaration commune avec Bartholomée sur l’environnement, préfigurant Laudato si’. Pour Léon XIV, ce déplacement pourrait inclure une rencontre avec les autorités turques à Ankara, ainsi qu’une visite aux communautés syriaques et arméniennes, minorités chrétiennes historiques persécutées lors du génocide de 1915. Le président Recep Tayyip Erdogan, qui avait rencontré François en 2018 et 2023, pourrait accueillir le pape, dans un contexte où la Turquie cherche à se positionner comme médiateur régional, notamment dans le conflit syrien.
Le Liban, terre de dialogue interreligieux, attend le successeur de François
L’étape libanaise, confirmée par les sources vaticanes à l’AFP, répondrait à une invitation officielle lancée par le président Joseph Aoun lors d’une audience au Vatican le 13 juin 2025. Élu le 9 janvier 2025 après deux ans de vacance présidentielle, Aoun, maronite de 61 ans et ancien commandant de l’armée, avait alors plaidé pour une « pacification de l’ensemble de la région du Moyen-Orient », selon un communiqué du Saint-Siège. Cette rencontre, la seconde après celle du 18 mai suivant la messe d’intronisation, avait permis d’aborder les défis sécuritaires et humanitaires du pays. Le cardinal Raï, dans son interview à Al-Arabiya le 20 août, avait affirmé : « La date de la visite n’est toujours pas confirmée, mais le pape se rendra au Liban d’ici décembre. Les préparatifs sont déjà en cours. » Un responsable libanais proche du dossier avait alors corroboré à Reuters que des discussions étaient en cours pour une visite fin 2025.
Le Liban, souvent qualifié de « message au monde » par Jean-Paul II lors de sa visite de 1997, représente un enjeu pastoral majeur pour l’Église. Avec ses 1,5 million de catholiques – maronites, melkites, latins et autres rites orientaux –, le pays abrite la plus grande concentration de chrétiens d’Orient par habitant. Benoît XVI, en septembre 2012, y avait promulgué l’exhortation apostolique Ecclesia in Medio Oriente, appelant à une « communion pleine et visible » entre chrétiens et à un dialogue avec l’islam. François, qui avait exprimé à plusieurs reprises son désir de visiter Beyrouth – notamment lors de l’Angelus du 1er décembre 2024 –, n’avait pu le faire en raison de problèmes de santé récurrents. Léon XIV, en prolongeant cet héritage, pourrait présider une messe à Beyrouth, rencontrer des représentants des communautés musulmanes sunnites et chiites, ainsi que druzes, et visiter des sites comme le patriarcat maronite de Bkerké ou la vallée sainte de Qadisha, berceau de la spiritualité maronite.
Cette visite intervient dans un Liban marqué par une crise multidimensionnelle. L’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020, due à 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées irrégulièrement, a non seulement causé 218 morts confirmés et plus de 6 500 blessés, mais a aussi aggravé une économie déjà en chute libre. Selon un rapport de la Banque mondiale daté du 15 juillet 2025, la dette publique libanaise avoisine 90 milliards de dollars, soit plus de 150 % du PIB, tandis que l’inflation annuelle s’élève à 75 % en août 2025 d’après le ministère des Finances. Près de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et le Programme alimentaire mondial estime que 2,2 millions de personnes – soit 37 % des habitants – souffrent d’insécurité alimentaire aiguë. Le 10 septembre 2025, l’Unicef a alerté sur la situation des enfants : « Plus de 1,2 million d’enfants libanais sont affectés par la crise, avec un accès limité à l’éducation et à la santé. »
Tensions sécuritaires persistantes au sud du Liban
Le contexte sécuritaire du Liban complique les préparatifs de cette visite. Depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, le Hezbollah, mouvement chiite armé allié de l’Iran, a ouvert un front secondaire au sud du Litani, tirant plus de 8 000 roquettes selon l’armée israélienne. En riposte, Israël a lancé l’opération « Boucliers du Nord » le 23 septembre 2024, menant 1 600 frappes aériennes en une journée, causant 492 morts au Liban d’après le ministère de la Santé publique libanais dirigé par Firas Abiad. Au total, entre octobre 2023 et novembre 2024, les hostilités ont fait 2 314 morts et 10 000 blessés côté libanais, dont 316 enfants et 240 secouristes, selon un bilan de l’ONU du 15 août 2025. Un cessez-le-feu, adopté par la résolution 2727 du Conseil de sécurité de l’ONU le 27 novembre 2024, a mis fin à la phase intense du conflit, exigeant le retrait des forces du Hezbollah au nord du Litani et le déploiement de l’armée libanaise le long de la frontière.
Malgré cela, les violations persistent. Le 14 septembre 2025, une frappe israélienne près de Marjayoun, visant une position présumée du Hezbollah, a endommagé des infrastructures civiles sans faire de victimes immédiates, selon le ministère libanais des Affaires étrangères, qui a déposé une plainte auprès de l’ONU. Le secrétaire général Antonio Guterres, lors d’une réunion du Conseil de sécurité le même jour, a exprimé sa « profonde inquiétude » : « Le Liban est au bord du gouffre en raison de l’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah. Un faux pas pourrait déclencher une catastrophe pour la région et au-delà. » L’armée israélienne maintient cinq positions au sud du Liban, en contravention avec la résolution 1701 de 2006, qui stipule un désarmement des milices et un contrôle exclusif par les forces libanaises. Le Hezbollah, dirigé par Naim Qassem depuis l’assassinat de Hassan Nasrallah le 27 septembre 2024, a perdu environ 40 % de ses capacités opérationnelles, selon des estimations de l’Institut international d’études stratégiques publiées le 5 septembre 2025.
Humanitairement, les conséquences sont dévastatrices. Plus de 90 000 Libanais ont été déplacés du sud depuis le cessez-le-feu, et 1 000 maisons ont été détruites ou endommagées par des frappes résiduelles, d’après un rapport de l’OCHA (Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU) du 12 septembre 2025. Dans la Bekaa et le sud, des milliers de familles manquent d’eau potable, avec des stations de pompage détruites par les bombardements. Le Coordonnateur spécial de l’ONU pour le Moyen-Orient, Tor Wennesland, a déclaré le 14 septembre devant le Conseil de sécurité : « L’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie et l’escalade de la violence exacerbent les tensions dans toute la région, y compris au Liban. » Le 15 septembre, le ministre de l’Intérieur libanais, Bassem al-Mawla, a annoncé l’arrestation de cellules soupçonnées d’espionnage pour Israël, renforçant les mesures de sécurité internes.
Dynamiques régionales et influence iranienne en déclin
Ce voyage papal s’inscrit dans un Moyen-Orient en reconfiguration. La chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie le 8 décembre 2024, après une offensive de l’opposition soutenue par la Turquie, a coupé les lignes d’approvisionnement du Hezbollah, qui dépendait de Damas pour 70 % de ses armes selon un rapport du Département d’État américain du 20 juillet 2025. L’Iran, principal bailleur du mouvement chiite avec un financement annuel estimé à 700 millions de dollars avant 2024, voit son influence au Levant diminuer. Le secrétaire d’État Antony Blinken, en visite à Beyrouth le 10 août 2025, a déclaré : « Le Liban doit consolider son État pour éviter un nouveau cycle de violence. » De son côté, la Turquie renforce ses liens avec le Vatican : Erdogan avait discuté avec François des conflits régionaux lors de rencontres en 2018 et 2023, et une visite papale à Ankara pourrait aborder la situation des réfugiés syriens – 3,6 millions en Turquie selon l’UNHCR au 1er septembre 2025.
Au Liban, les dynamiques confessionnelles restent vives. À Tripoli, fief sunnite, les tensions avec les chiites du Hezbollah persistent, tandis que dans le sud chiite, les communautés attendent des aides pour la reconstruction. Le budget 2025, soumis au Parlement le 29 juillet par le ministre des Finances Yassine Jaber, prévoit 1,5 milliard de dollars pour le sud, mais les fonds sont gelés par des blocages politiques. La Banque mondiale, dans son rapport du 15 juillet, estime les besoins humanitaires à 7 milliards de dollars pour 2025, avec une inflation à 75 % et une dévaluation du livre libanais de 90 % depuis 2019. Le président Aoun, au sommet arabe-islamique de Doha le 16 septembre 2025, a dénoncé « les violations continues de la souveraineté libanaise », appelant à une solidarité régionale.
Le 2 septembre 2025, Walid Joumblatt, leader druze et fondateur du Parti socialiste progressiste, a appelé à la retenue lors d’une déclaration à Moukhtara : « Le Liban ne peut supporter un nouveau conflit. » Les coalitions confessionnelles évoluent : les sunnites de Tripoli exigent plus de transparence sur les aides internationales, tandis que les chiites du sud plaident pour des garanties contre les incursions israéliennes. Le 11 septembre, le ministre de la Défense Maurice Salmeen a détaillé un plan de renforcement de l’armée, incluant 500 millions de dollars d’équipements français annoncés le 5 juillet. Ces efforts sécuritaires coïncident avec les préparatifs pour la visite papale, qui pourrait inclure une rencontre avec des secouristes et des déplacés, soulignant le rôle humanitaire de l’Église.



