Le projet de plan de restructuration du secteur financier et bancaire de l’ancien ministre Nicolas Nahas, conseiller du Premier ministre et l’un des principaux fossoyeurs du plan Lazard, publié hier sur Libnanews[1], est un nouveau plan des banques, par les banques et pour les banques. 

Il devrait être prochainement soumis en Conseil des ministres. Le vice-Premier ministre Saadé Chami semble ainsi avoir été écarté par le Premier ministre Najib Mikati. 

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Le plan vise une restitution partielle (44%) des dépôts sur 11 à 30 ans. Il distingue deux catégories de dépôts : des dépôts dits éligibles (40 milliards de dollars soit 46,5 % du total) qui seraient restitués à hauteur de 50,4% et des dépôts non éligibles (46 milliards de dollars soit 53,5 % du total) qui seraient restitués à hauteur de 38,8%. Ces derniers concernent tous les comptes ayant effectué des opérations irrégulières à partir d’octobre 2019 (comme par exemple des transferts à l’étranger).

Il prévoit le remboursement des dépôts éligibles jusqu’à 100 000 dollars sur 11 ans par les banques et la BDL (ce qui représente un total de 11,8 milliards de dollars), jusqu’à 500 000 dollars par l’Etat et la BDL en appliquant une décote (haircut) de 45% et au-delà de 500 000 dollars une conversion en actions bancaires (bail-in) avec un énorme discount/haircut, l’acquisition d’obligations sans intérêt avec une échéance de 20 ans et la participation à un fonds de récupération des dépôts alimenté par les actifs de l’État ainsi que par une taxe sur les remboursements de prêts effectués à des valeurs inférieures à leur montant réel et les éventuelles recettes issues de la lutte contre la corruption ou encore l’annulation des intérêts touchés entre 2015 et 2020. Pour pouvoir bénéficier de ces remboursements, les déposants devront lever le secret bancaire auprès de la Commission de contrôle des banques ainsi qu’auprès des sociétés d’audit et d’évaluation désignées.

Il prévoit le remboursement des dépôts non-éligibles jusqu’à 36 000 dollars sur 11 ans 75% par les banques et la BDL en dollars et 25% par l’Etat en livres, jusqu’à 500 000 dollars par l’Etat et la BDL en livres en appliquant une décote (haircut) de 70% et au-delà de 500 000 dollars une conversion en actions bancaires (bail-in) avec un énorme discount/haircut, l’acquisition d’obligations sans intérêt avec une échéance de 30 ans et la participation à un fonds de récupération des dépôts alimenté par les actifs de l’État. La dilution des actionnaires de banques actuels est limitée par le plan à 33%.

Le plan ne prévoit pas la récupération (clawback) des dividendes des actionnaires des banques et des excédents de rémunération des dirigeants depuis 2015. 

Il ne prévoit pas la restitution des prêts payés à 1 500 livres pour un dollar. 

Le plan ne prévoit aucune responsabilité (accountability) des actionnaires et des dirigeants de banques.

Pire, il immunise ceux qui ont bénéficié du système : actionnaires de banques, dirigeants de banques, riches débiteurs et politiciens.

Enfin, la lirification des dépôts par le remboursement de 833 000 milliards de livres sur 11 ans va accélérer la dévaluation de la monnaie nationale et l’inflation puisque 60 000 milliards de livres « seulement » sont actuellement en circulation. 


[1] https://libnanews.com/liban-que-signifie-le-enieme-plan-de-restructuration-bancaire-pour-les-deposants/

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Michel Fayad
Michel Fayad est un professionnel de l’énergie et de la finance, formateur en géopolitique à l’IFP Training (IFP Énergies nouvelles) et ancien conseiller du ministre libanais de l’Économie et du Commerce. Diplômé entre autres de New York University (NYU) Stern, de la London School of Economics and Political Science (LSE), de HEC Paris et de l’Université Paris Saclay, il a étudié notamment la science politique, la diplomatie, la géopolitique, le droit, l’économie, le management, la finance et la gestion. Son mémoire de Master, consacré à la menace fondamentaliste sunnite au Liban, a été salué par de grands universitaires comme les professeurs Lina Murr Nehmé et Joseph Maïla, ex-directeur de la Prospective et du Pôle Religion au ministère français des Affaires étrangères. Il a conçu, structuré, financé et dirigé des projets dans l’énergie, les ressources naturelles et les infrastructures pour Bluegreen (groupe Bucherer), Bolloré Transport & Logistics et d’autres, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Europe. Il a également exercé des activités de conseil pour Axa, EDF, Manutan et d’autres. Il a enfin siégé aux conseils d’administration de sociétés énergétiques et minières cotées à la Bourse de Londres (AIM) et sur Euronext Growth Oslo. Doctorant à l’Université Grenoble Alpes et à Sciences Po Grenoble, au sein du Centre d’Études et de Recherche sur la Diplomatie, l’Administration Publique et le Politique (CERDAP²), il consacre sa thèse en science politique à la perte de souveraineté du Liban entre 1984 et 1986, à la suite de l’assassinat de Bachir Gemayel et du sabotage de l’accord avec Israël. Expert reconnu des questions géopolitiques (Moyen-Orient, Afrique du Nord et Subsaharienne, ex-URSS et ex-Yougoslavie), il intervient régulièrement dans les médias en France (France 2, M6, BFM TV, CNEWS, LCI, France Info TV, France 24, TV5 Monde, Europe 1, RTL, Radio Classique, Sud Radio, Le Figaro, Libération, Marianne, le JDD, Valeurs Actuelles, Atlantico, etc.) et au Moyen-Orient (Asharq Bloomberg, An-Nahar, El-Nashra, L’Orient-Le Jour, Libnanews, etc.) ainsi qu’au sein d’institutions parlementaires et universitaires et auprès de grandes entreprises. Considéré par feu le professeur Antoine Sfeir comme son poulain, ses analyses sont notamment saluées par le professeur Jacques Soppelsa, le diplomate Naji Abi Assi (représentant de la Ligue arabe à Paris), le général François Chauvancy, ainsi que par la professeure Fadia Kiwan, fondatrice de l’Institut de science politique de l’Université Saint-Joseph (Sciences Po Beyrouth). Cours et interventions marquantes : Conférence « Risque de guerre civile au Liban », ESJ Lille et Sciences Po Lille Intervention au Sénat français sur la crise financière et judiciaire du Liban Cours à l’IFP Training : Géopolitique des métaux stratégiques et des terres rares ; Géopolitique des hydrocarbures