Dans un contexte de tensions persistantes à la frontière sud du Liban, le président Joseph Aoun a reçu, le 29 janvier 2026, une délégation de maires des villages frontaliers du sud, ainsi qu’une famille touchée par les détentions en Israël. Au cours de ces rencontres, le chef de l’État a réaffirmé l’engagement des autorités libanaises pour la reconstruction des localités dévastées par les conflits récents, tout en insistant sur la vigilance quotidienne concernant les Libanais détenus par Israël. Ces déclarations interviennent alors que les violations du cessez-le-feu de novembre 2024 se multiplient, avec plus de 11 000 incidents recensés par Beyrouth depuis cette date.
Le président Aoun, ancien commandant en chef de l’armée libanaise élu à la magistrature suprême le 9 janvier 2025, a souligné que « l’objectif premier est de faciliter le retour des habitants dans leurs propriétés et leurs terres ». Il a balayé d’un revers de main les rumeurs circulant sur la création de zones dépeuplées ou économiques le long de la frontière, qualifiant ces idées de « simples propos qui n’ont été avancés par personne lors de nos discussions ». Cette position reflète la détermination du gouvernement à ancrer la stabilité dans le sud, région stratégique marquée par des décennies de confrontations avec Israël.
La réunion avec les maires des villages frontaliers, dont plusieurs proviennent de localités comme Aïta al-Chaab ou Khiam, a mis en lumière les défis immédiats posés par les destructions massives survenues lors de la guerre de 2024. Selon les estimations des autorités libanaises, plus de 10 000 structures civiles et agricoles ont été endommagées ou rasées dans 26 municipalités du sud entre octobre 2024 et janvier 2025. Ces dommages, qualifiés par des observateurs internationaux de potentiels crimes de guerre, ont entraîné le déplacement forcé de plus de 80 000 personnes, dont une grande partie reste hébergée dans des conditions précaires à Beyrouth ou dans la vallée de la Bekaa.
Parallèlement, le président Aoun a rencontré une délégation de la famille du capitaine à la retraite Ahmed Shaker, enlevé en décembre 2025 dans la région de la Bekaa. Il a assuré que « le dossier des détenus et des prisonniers en Israël fait l’objet d’un suivi quotidien et est au cœur des négociations devant le comité du mécanisme ». Les services de sécurité libanais ont révélé les circonstances de cet enlèvement, impliquant un suspect actuellement interrogé pour son rôle dans l’opération. Ce cas illustre les méthodes employées par Israël pour capturer des Libanais, souvent sans charges formelles, dans un cadre qui viole les normes internationales.
Les tensions frontalières, exacerbées par les incursions israéliennes, ont dominé les débats récents au Liban. Le 21 janvier 2026, l’armée israélienne a bombardé quatre points de passage à la frontière syro-libanaise, affirmant cibler des routes utilisées pour le transfert d’armes vers le Hezbollah. Ces frappes ont causé la mort de deux personnes et blessé 26 autres, selon le ministère libanais de la Santé. Beyrouth a enregistré 2 036 violations de sa souveraineté par Israël au cours des trois derniers mois de 2025, incluant des survols de drones et des bombardements aériens. Ces actions entravent non seulement la reconstruction, mais aussi le déploiement des Forces armées libanaises (FAL) au sud du Litani, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006 pour mettre fin à la guerre de cette année-là.
La résolution 1701 stipule la création d’une zone démilitarisée entre la Ligne bleue – tracée par l’ONU en 2000 pour confirmer le retrait israélien du sud du Liban – et le fleuve Litani, où seules les forces gouvernementales libanaises et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) sont autorisées. Or, les violations persistantes par Israël, y compris l’occupation de cinq points territoriaux au sud, compliquent l’application de ce texte. Le président Aoun, dans ses échanges avec les délégations, a rappelé que les contacts internationaux de Beyrouth exigent un arrêt immédiat de ces agressions, soulignant le rôle pivotal de la diplomatie pour préserver la souveraineté libanaise.
Une urgence humanitaire au sud
Les villages du sud, tels que Deir Seryan, Msayleh et Ansariyeh, ont subi des attaques répétées sur des sites liés à la reconstruction, incluant des dépôts de machinerie lourde et une usine de ciment à Sinay. Ces incidents, documentés par des organisations internationales, ont ralenti les efforts de retour des déplacés. Le Banque mondiale estime que la reconstruction nécessitera au moins 11 milliards de dollars, une somme colossale pour un Liban en proie à une crise économique profonde depuis 2019. Le gouvernement, sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam, nommé en janvier 2025, a approuvé en août 2025 un plan de désarmement du Hezbollah au sud du Litani, avec une première phase achevée en janvier 2026, affirmant que les FAL exercent désormais un contrôle opérationnel sur la zone, hormis les territoires occupés par Israël.
Cependant, les pressions américaines et israéliennes pour un désarmement complet du Hezbollah, y compris au nord du Litani, persistent. Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Qassem, a déclaré le 25 janvier 2026 que toute discussion sur le désarmement est conditionnée à l’arrêt des attaques israéliennes et à la libération des détenus libanais. Cette position reflète les dynamiques confessionnelles et régionales au Liban, où le Hezbollah, soutenu par l’Iran, maintient une influence significative dans les régions chiites du sud. Le président Aoun, maronite chrétien, navigue entre ces factions pour préserver l’unité nationale, tout en renforçant les liens avec Washington et Riyad, qui soutiennent son mandat.
Les défis de la reconstruction s’étendent aux infrastructures essentielles. Les routes, les réseaux électriques et les systèmes d’irrigation agricoles ont été sévèrement touchés, menaçant la sécurité alimentaire dans une région dépendante de l’agriculture. Des maires comme ceux de Khiam ont rapporté que un tiers des terres cultivables reste inaccessible en raison des risques d’explosions ou de frappes. Les efforts de déminage, coordonnés avec la FINUL, progressent lentement, avec des équipes opérant sous la menace constante de survols israéliens. Le porte-parole de la FINUL a indiqué que la mission continue de documenter les violations, transmettant des rapports au Conseil de sécurité pour souligner l’urgence d’un respect mutuel du cessez-le-feu.
Le mécanisme tripartite, reformulé en novembre 2024 pour inclure les États-Unis à sa présidence, ainsi que la France, sert de plateforme pour ces négociations. Ce cadre, hébergé par la FINUL, permet à Israël et au Liban de signaler les violations sans contact direct, bien que Beyrouth critique son focus sur le désarmement du Hezbollah au détriment des incursions israéliennes. Lors de la dernière session en décembre 2025, les représentants libanais ont insisté sur le retour des déplacés comme précondition à toute avancée, un point réitéré par le président Aoun lors de ses rencontres récentes.
Le dossier des détenus : une plaie ouverte
Le cas du capitaine Ahmed Shaker incarne les complexités du dossier des détenus libanais en Israël. Enlevé le 16 décembre 2025 dans la Bekaa par un commando impliquant des agents présumés du Mossad, Shaker est le frère d’un combattant impliqué dans la capture du navigateur israélien Ron Arad en 1986. Les enquêtes libanaises ont abouti à l’inculpation de quatre personnes pour collaboration avec le Mossad, dont un expatrié libanais résidant en Afrique. Le procureur général a clos la phase préliminaire de l’enquête en janvier 2026, révélant une opération sophistiquée exploitant des failles sécuritaires.
Actuellement, au moins 20 Libanais sont détenus en Israël, dont neuf capturés après le cessez-le-feu de novembre 2024. Parmi eux, des civils comme des pêcheurs de Naqoura et un berger de Shebaa, enlevés lors d’incursions maritimes ou terrestres. Israël a libéré cinq détenus en mars 2025 comme « geste de bonne volonté » envers le nouveau président Aoun, mais 14 restent incarcérés, incluant sept présumés membres du Hezbollah. Les familles, soutenues par des associations comme celle des Prisonniers et Libérés libanais, ont présenté une liste détaillée au président en décembre 2025, exigeant une mobilisation accrue.
Les négociations via le mécanisme incluent ce dossier comme élément clé, aux côtés des questions de souveraineté et de frontières. Le président Aoun a affirmé que les appareils sécuritaires libanais ont élucidé les circonstances de l’enlèvement de Shaker, avec des interrogatoires en cours sur un suspect clé. Cette affaire ravive les souvenirs des échanges de prisonniers passés, comme celui de 2008 impliquant des restes de soldats israéliens contre des détenus libanais. L’ONU, via son coordinateur spécial pour le Liban, a appelé à la libération inconditionnelle des civils, soulignant que les détentions prolongées violent le droit international humanitaire.
Les implications régionales de ces tensions sont profondes. L’Iran, allié du Hezbollah, fait face à des sanctions accrues, tandis que la Syrie, voisine instable, voit ses frontières avec le Liban devenir des points de friction pour le transfert d’armes. Les frappes israéliennes du 21 janvier 2026 sur ces passages ont tué deux personnes et endommagé des infrastructures, provoquant une plainte libanaise auprès de l’ONU. Le Conseil de sécurité, dans sa résolution de septembre 2025, a prolongé le mandat de la FINUL jusqu’en décembre 2026, insistant sur un retrait progressif, mais les critiques persistent quant à son efficacité face aux violations israéliennes.
Au plan interne, le cabinet Salam, formé en février 2025, gère une coalition fragile influencée par les équilibres confessionnels : sunnites à Tripoli, chiites au sud, chrétiens au centre. Le ministre des Affaires étrangères a confirmé, lors d’une conférence de presse en janvier 2026, que Beyrouth croise les données économiques avec les rapports du FMI pour valider les besoins en reconstruction, évitant ainsi des estimations erronées. La dette publique, avoisinant 150 % du PIB, complique les financements, mais des aides conditionnelles de l’Arabie saoudite et des États-Unis sont en discussion, liées au désarmement.
Les attaques récentes, comme celle du 25 janvier 2026 sur un bâtiment de 13 étages à Qennarit, ont forcé des dizaines de familles à fuir à nouveau, aggravant le déplacement. Des résidents comme ceux d’Odaisseh rapportent des largages de grenades assourdissantes par drones israéliens, interprétés comme des intimidations pour empêcher la reconstruction. Le maire de Qennarit a indiqué que les farmers dépendent de leurs terres pour survivre, refusant de céder malgré les risques.
Dans ce cadre, les efforts diplomatiques se multiplient. Le président Aoun a reçu, le 9 janvier 2026, les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne, qui ont réaffirmé le soutien de l’UE à la stabilité libanaise. Ces visites soulignent l’intérêt international pour un Liban pacifié, mais les violations persistantes risquent de dérailler le processus de désarmement. Le plan gouvernemental, divisé en phases, vise à étendre le contrôle des FAL jusqu’au fleuve Awali, à 40 km au nord du Litani, mais Qassem a conditionné toute coopération à la fin des agressions israéliennes et à la libération des prisonniers.
Les dynamiques géopolitiques impliquent aussi la Russie et la Chine, qui critiquent les ingérences occidentales. Moscou, via son ambassadeur à Beyrouth, a appelé à une application équilibrée de la résolution 1701, incluant le retrait israélien des territoires occupés comme les fermes de Chebaa. Pékin, de son côté, propose des investissements dans la reconstruction via l’initiative « Ceinture et Route », mais sous conditions de stabilité.
Les incidents du 26 janvier 2026, avec des frappes sur des positions près de Hermel, illustrent la volatilité de la frontière syro-libanaise. L’armée israélienne a revendiqué ces attaques comme ciblant des dépôts d’armes, mais elles ont touché des civils, provoquant une condamnation du ministère libanais des Affaires étrangères. Le porte-parole du gouvernement a déclaré que ces actions sapent les efforts de retour des déplacés et renforcent les appels à une mobilisation internationale plus ferme.
Au sud, les patrouilles conjointes FAL-FINUL se heurtent à des obstacles, avec des villages comme Kafr Hatta évacués temporairement suite à des avertissements israéliens. Le 11 janvier 2026, une frappe sur cette localité a détruit des infrastructures du Hezbollah, selon Tel-Aviv, mais endommagé des biens civils. Ces événements prolongent l’analyse des implications immédiates pour la sécurité régionale, où chaque violation accroît le risque d’escalade involontaire. Les services de renseignement libanais surveillent de près les mouvements frontaliers, rapportant une augmentation des incursions israéliennes depuis le début de l’année.
Les familles des détenus, comme celle de Shaker, maintiennent la pression via des associations, organisant des sit-in à Beyrouth pour exiger des avancées. Le 20 janvier 2026, une délégation a rencontré le ministre de la Justice, qui a promis une intensification des poursuites contre les collaborateurs présumés. Ces dynamiques internes reflètent la résilience libanaise face aux pressions extérieures, avec un focus sur les faits récents comme les libérations partielles de mars 2025, qui ont fourni des détails sur les conditions de détention.
Les attaques du 22 janvier 2026 sur des villages comme al-Kfour ont tué un enseignant, Mohammed al-Hussayni, et blessé plusieurs civils, soulignant l’impact humain persistant. Le ministère de l’Éducation a fermé temporairement des écoles dans la zone, affectant des milliers d’élèves. Ces incidents, croisés avec les rapports onusiens, mettent en évidence les défis pour une paix durable, sans pour autant orienter vers des projections futures.



