Le président de la République libanaise, le général Joseph Aoun, a marqué, ce 13 février 2026, la veille du 21e anniversaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, par un message solennel rappelant l’engagement indéfectible de ce dernier pour la reconstruction du Liban. Dans une déclaration diffusée par l’Agence nationale d’information, le chef de l’État a souligné que le Liban « manque aujourd’hui un homme qui a consacré sa vie au projet de l’État, à la reconstruction du Liban et au renforcement de sa présence arabe et internationale ». Cette intervention, prononcée à un moment où le pays navigue entre défis économiques persistants et efforts de stabilisation post-conflit, met en lumière l’héritage de Hariri comme un pilier de la souveraineté nationale.
Joseph Aoun, élu à la présidence le 9 janvier 2025 après plus de deux ans de vacance du pouvoir, a insisté sur la foi de Rafic Hariri en un Liban fondé sur des institutions solides et sur la coexistence pacifique. « Le président martyr croyait en le Liban de l’État et des institutions, en la vie commune, et en ce que le véritable essor commence par l’investissement dans l’humain, l’éducation et l’économie », a-t-il déclaré. L’assassinat de Hariri, survenu le 14 février 2005 dans un attentat à la voiture piégée à Beyrouth qui a coûté la vie à 22 personnes au total, dont plusieurs membres de son entourage, reste gravé dans la mémoire collective comme un tournant décisif. Cet événement, qui a provoqué une onde de choc internationale, a été qualifié par le président Aoun de « station charnière dans l’histoire de notre patrie », soulignant qu’il symbolise les sacrifices nécessaires pour édifier un État viable.
Le message présidentiel s’achève sur un appel à l’engagement renouvelé : « La fidélité à sa mémoire se concrétise par le renouvellement de notre engagement pour l’émergence d’un État fort et juste, gouverné par la loi, préservant son unité nationale et plaçant l’intérêt du Liban au-dessus de toute considération. Que Dieu ait pitié du président martyr Rafic Hariri et protège le Liban et son peuple. » Ces mots interviennent alors que le Liban, sous la direction du gouvernement formé par le Premier ministre Nawaf Salam le 8 février 2025, tente de consolider sa stabilité après les ravages de la guerre de 2024 entre Israël et le Hezbollah, qui a laissé des cicatrices profondes sur l’infrastructure et l’économie du pays.
Un héritage ancré dans la reconstruction post-guerre civile
Rafic Hariri, né en 1944 à Sidon dans une famille modeste, a gravi les échelons pour devenir l’un des entrepreneurs les plus influents du Moyen-Orient. Après avoir fait fortune en Arabie saoudite dans le secteur de la construction, il est revenu au Liban au début des années 1990, alors que le pays sortait exsangue d’une guerre civile de quinze ans (1975-1990) qui avait dévasté Beyrouth et divisé la nation en factions confessionnelles. Nommé Premier ministre en 1992, Hariri a orchestré un ambitieux programme de reconstruction, centré sur la revitalisation du centre-ville de Beyrouth. Sous son impulsion, des milliards de dollars ont été investis dans des projets d’infrastructure, transformant la capitale en un hub régional potentiel pour le tourisme et les affaires.
Parmi les réalisations emblématiques de son mandat figurent la restauration de l’aéroport international de Beyrouth, la modernisation des réseaux routiers et électriques, ainsi que la création de Solidere, une société chargée de la réhabilitation du quartier historique de la capitale. Ces initiatives, bien que controversées pour leur coût élevé et les accusations de corruption qui les ont entachées, ont permis au Liban de retrouver une certaine attractivité internationale. Hariri a également œuvré pour renforcer les liens avec les pays arabes et occidentaux, obtenant des prêts et des aides substantielles lors de conférences comme Paris I en 1996 et Paris II en 2002. Ces fonds, estimés à plusieurs milliards de dollars, ont financé des réformes économiques visant à stabiliser la livre libanaise et à réduire la dette publique, qui atteignait déjà des niveaux alarmants.
Cependant, l’action de Hariri ne s’est pas limitée à l’économie. En tant que leader sunnite, il a promu un modèle de coexistence confessionnelle, s’appuyant sur l’accord de Taëf de 1989 qui a mis fin à la guerre civile et redéfini le système politique libanais. Cet accord, qui répartit les postes clés entre les communautés (président maronite, Premier ministre sunnite, président du Parlement chiite), a été défendu par Hariri comme un cadre essentiel pour la paix civile. Ses efforts pour intégrer le Liban dans le concert des nations arabes, notamment via la Ligue arabe, et pour attirer des investissements étrangers, ont contribué à une période de relative prospérité au tournant du millénaire. Pourtant, des tensions sous-jacentes persistaient, liées à la présence syrienne au Liban, autorisée par les accords de Taëf mais de plus en plus contestée.
L’attentat de 2005 et ses répercussions immédiates
L’assassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2005, a eu lieu sur le front de mer de Beyrouth, près de l’hôtel Saint-Georges. Une charge explosive de plus de 1 800 kg de TNT, dissimulée dans un camion, a pulvérisé le convoi blindé du Premier ministre, creusant un cratère de plusieurs mètres de profondeur et endommageant des bâtiments alentour. Outre Hariri, l’attentat a tué des figures clés comme le député Bassel Fleihan et plusieurs gardes du corps. Cet acte de terrorisme, le plus meurtrier dans l’histoire récente du Liban, a immédiatement suscité des soupçons envers la Syrie, alors puissance occupante, et ses alliés libanais.
Les funérailles de Hariri, le 16 février 2005, ont rassemblé des centaines de milliers de personnes à Beyrouth, transformant le deuil en un mouvement de protestation massif. Ce soulèvement, baptisé la « Révolution du Cèdre », a mobilisé des coalitions transconfessionnelles exigeant le retrait des troupes syriennes, présentes depuis 1976. Sous la pression internationale, notamment via la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU adoptée en 2004, qui appelait au désarmement des milices et au retrait des forces étrangères, la Syrie a évacué ses 14 000 soldats en avril 2005. Ce départ a marqué la fin d’une ère d’influence directe de Damas sur Beyrouth.
La Révolution du Cèdre a également conduit à la formation de l’Alliance du 14-Mars, une coalition anti-syrienne menée par le fils de Hariri, Saad Hariri, qui a remporté les élections législatives de 2005. Ce bloc, regroupant sunnites, chrétiens et druzes, a dominé la scène politique pendant plusieurs années, promouvant des réformes démocratiques et une plus grande souveraineté. Parallèlement, l’ONU a créé en 2007 le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), chargé d’enquêter sur l’assassinat. Basé à La Haye, ce tribunal a rendu des verdicts en 2020 et 2022, condamnant trois membres du Hezbollah – Salim Ayyash, Hassan Habib Merhi et Hussein Oneissi – à la perpétuité pour leur rôle dans l’attentat, bien que l’organisation ait nié toute implication. Un quatrième accusé, Mustafa Badreddine, a été tué en Syrie en 2016 avant le procès.
Le legs judiciaire du TSL, financé à hauteur de 49 % par le Liban et le reste par la communauté internationale, a coûté plus de 300 millions de dollars. Bien que critiqué pour sa lenteur et son coût, il a établi des précédents en matière de justice internationale pour les crimes politiques. Les sentences, prononcées en l’absence des accusés, n’ont pas été exécutées, mais elles ont renforcé la narrative d’une implication extérieure dans l’assassinat, attribuée par le tribunal à des motifs liés à l’opposition de Hariri à l’influence syrienne.
Les commémorations du 21e anniversaire à Beyrouth
À l’approche du 14 février 2026, Beyrouth s’est parée des symboles de la mémoire collective. Des partisans du Mouvement du Futur, fondé par Rafic Hariri, se sont rassemblés place des Martyrs, lieu emblématique des manifestations de 2005. Des lanternes en papier ont été lâchées dans le ciel nocturne, illuminant la capitale en hommage aux victimes. Ces gestes, répétés annuellement, rappellent la vitalité persistante de l’héritage haririen au sein de la communauté sunnite et au-delà.
Saad Hariri, qui a annoncé son retour à la vie politique lors du 20e anniversaire en 2025, a participé aux cérémonies, visitant la tombe de son père au cœur de Beyrouth. Son discours, prononcé devant des milliers de supporters arborant des drapeaux bleus du Mouvement du Futur, a réitéré l’appel à un Liban souverain, libre de toute ingérence armée illégale. En 2026, ces rassemblements ont pris une dimension accrue, avec des événements organisés dans plusieurs villes comme Sidon et Tripoli, où des conférences et des expositions ont détaillé les contributions de Hariri à l’éducation et à l’économie locale.
Le gouvernement Salam, en place depuis un an, a observé une minute de silence lors de sa session hebdomadaire, soulignant l’importance de cet anniversaire pour l’unité nationale. Des délégations internationales, dont des représentants de l’Union européenne et des États arabes, ont envoyé des messages de solidarité, rappelant le rôle de Hariri dans la diplomatie régionale. À l’ONU, le secrétaire général a réaffirmé le soutien à la résolution 1701, renforcée après le cessez-le-feu de novembre 2024, qui vise à sécuriser la frontière sud du Liban.
La situation politique actuelle et les défis persistants
Depuis l’élection de Joseph Aoun à la présidence le 9 janvier 2025, le Liban a entamé un processus de stabilisation. Ancien commandant en chef de l’armée, Aoun a été choisi pour sa neutralité perçue et son soutien international, notamment des États-Unis et de l’Arabie saoudite. Sa nomination a mis fin à un vide présidentiel de plus de deux ans, marqué par des blocages confessionnels. Le 13 janvier 2025, il a désigné Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, comme Premier ministre. Le cabinet Salam, formé le 8 février 2025 avec 24 ministres équilibrés entre les communautés, inclut des figures comme Tarek Mitri au poste de vice-Premier ministre, Yassin Jaber aux Finances, et Joseph Saddi à l’Énergie.
Ce gouvernement a priorisé les réformes économiques, approuvant le budget 2026 en septembre 2025 pour relancer l’économie effondrée depuis 2019. La dette publique, dépassant 100 milliards de dollars, et l’inflation galopante ont été abordées via des négociations avec le FMI, aboutissant à un accord préliminaire en avril 2025 pour un prêt de 3 milliards de dollars conditionné à des restructurations bancaires. La reconstruction post-guerre de 2024, estimée à 20 milliards de dollars, cible le sud du Liban, avec des projets d’infrastructure financés par des aides arabes et européennes.
Sur le plan sécuritaire, l’armée libanaise, renforcée par des livraisons d’équipements occidentaux, supervise l’application de la résolution 1701, déployant 10 000 soldats au sud du Litani. Des incidents isolés avec des éléments radicaux ont été rapportés, mais le cessez-le-feu tient, permettant un retour progressif des déplacés. Le Hezbollah, affaibli par les pertes de 2024, a vu son influence diminuer, favorisant un dialogue national sur le désarmement des milices.
Les implications immédiates pour l’unité nationale
Le message du président Aoun s’inscrit dans un effort plus large pour consolider l’unité face aux divisions persistantes. En appelant à un État gouverné par la loi, il évoque les défis posés par les armes hors contrôle étatique, un sujet récurrent depuis Taëf. Des discussions parlementaires, initiées en mars 2025, visent à réviser la loi électorale pour les scrutins de mai 2026, favorisant une représentation plus équitable.
Au niveau régional, le Liban a renforcé ses liens avec l’Arabie saoudite, obtenant des investissements dans l’énergie. Des conférences comme celle de Paris en juin 2025 ont mobilisé 5 milliards d’euros pour la reconstruction. Sur le front syrien, la chute du régime Assad en décembre 2024 a ouvert des perspectives pour le retour des réfugiés libanais, avec des accords bilatéraux signés en janvier 2026 pour faciliter les rapatriements.
Les commémorations de 2026 ont également mis en lumière les initiatives éducatives de la Fondation Hariri, qui gère des bourses pour des milliers d’étudiants. Des programmes de formation professionnelle, lancés en partenariat avec le ministère de l’Éducation, ciblent les régions défavorisées, illustrant comment l’héritage de Hariri influence encore les politiques sociales. Des expositions à Beyrouth détaillent ses archives diplomatiques, révélant des correspondances avec des leaders mondiaux sur la paix au Moyen-Orient.
Dans les quartiers sud de Beyrouth, des associations communautaires ont organisé des veillées, reliant l’assassinat de Hariri aux luttes actuelles contre la corruption. Des rapports du ministère des Finances, publiés en décembre 2025, indiquent une réduction de 15 % des dépenses publiques irrégulières, grâce à des audits renforcés. Ces mesures, soutenues par l’ONU, visent à restaurer la confiance des citoyens.
Les dynamiques confessionnelles, toujours présentes, se manifestent dans les alliances électorales émergentes. Le Mouvement du Futur prépare les législatives de 2026 avec des listes inclusives, intégrant des indépendants issus des protestations de 2019. Des sondages récents montrent un soutien croissant pour des réformes anti-corruption, reflétant l’impact durable de la Révolution du Cèdre.
Dans les régions sunnites comme Tripoli, des initiatives locales ont commémoré Hariri par des projets d’infrastructure communautaire, tels que la rénovation d’écoles financée par des dons privés. Au sud, des villages chiites ont vu des discussions sur l’intégration des aides à la reconstruction, avec des comités mixtes supervisés par le ministère de l’Intérieur. Ces efforts, bien que modestes, illustrent les tentatives de rapprochement entre communautés, alors que le cabinet Salam poursuit des négociations avec le FMI pour un nouveau tranche de financement en mars 2026. Des rapports de la Banque mondiale, datés de janvier 2026, estiment que les pertes économiques dues à la guerre de 2024 s’élèvent à 15 milliards de dollars, avec un impact disproportionné sur les secteurs agricole et touristique. Le ministère de l’Agriculture a lancé un programme de subventions pour les fermiers du sud, distribuant des semences et des équipements pour une valeur de 50 millions de dollars, financés par l’Union européenne.
À Beyrouth, les associations d’entrepreneurs ont organisé des forums économiques en marge des commémorations, discutant des modèles haririens d’investissement. Des experts ont présenté des analyses sur la dette libanaise, qui atteint 105 % du PIB en 2026, avec des propositions de restructuration impliquant une haircut de 30 % sur les obligations bancaires. Le ministère des Finances, sous Yassin Jaber, a publié des données détaillées sur les recettes fiscales, montrant une augmentation de 12 % grâce à des mesures anti-évasion adoptées en octobre 2025. Ces chiffres, croisés avec les rapports du FMI, indiquent une stabilisation progressive de la livre libanaise, qui s’échange à 89 000 pour un dollar en février 2026.
Dans les cercles diplomatiques, des échanges avec des représentants arabes ont porté sur le rôle de Hariri dans les accords de paix régionaux, avec des archives révélant des négociations secrètes en 2004 pour un retrait syrien. Le président Aoun, lors d’une rencontre avec des ambassadeurs le 12 février 2026, a évoqué ces précédents pour souligner l’importance de la diplomatie dans la résolution des crises actuelles. Des délégations de la Ligue arabe ont visité Beyrouth, discutant d’un fonds d’aide de 2 milliards de dollars pour la reconstruction, conditionné à des avancées sur la gouvernance.

