mardi, février 3, 2026

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Le syndicat des travailleurs de l’inspection mécanique dénonce le projet de remplacement du système par des garages privés

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Beyrouth – Dans un communiqué publié à l’issue d’une réunion tenue le 2 février 2026, l’organe constitutif du syndicat des travailleurs de l’inspection mécanique a exprimé son opposition ferme à la proposition de modifier le système actuel d’inspection des véhicules, connu sous le nom de Suffe, pour le remplacer par un régime basé sur des feuilles d’entretien délivrées par des ateliers privés. Cette initiative, discutée au sein du ministère de l’Intérieur, est perçue comme une menace directe pour les droits des employés du secteur et pour la sécurité routière au Liban. La réunion, qui s’est déroulée en présence du président du syndicat général des travailleurs, le Dr Bishara Al-Asmar, fait suite à des échanges avec le général de brigade Nazih Qabsli, président du département d’immatriculation des voitures. Les participants ont souligné les risques inhérents à cette réforme, qui pourrait transformer un processus de contrôle structuré en une procédure formelle exposée au désordre.

Cette position syndicale intervient dans un contexte de tensions accrues au Liban, où les réformes administratives touchant aux services publics essentiels sont souvent contestées en raison de leurs implications sur l’emploi et la gouvernance. Le communiqué met en lumière les préoccupations immédiates des travailleurs, qui craignent une dégradation de leurs conditions laborales, tout en alertant sur les conséquences potentielles pour la population. Selon les termes du document, cette modification représenterait « un coup direct à un système de contrôle de base », vidant l’inspection mécanique de son essence et exposant la sécurité publique à de graves dangers.

Une réunion cruciale au cœur des négociations

La réunion du 2 février 2026 marque un tournant dans les discussions en cours entre le syndicat et les autorités compétentes. Organisée dans le cadre d’un suivi des contacts avec le ministère de l’Intérieur, elle a réuni des représentants clés du secteur. Le Dr Bishara Al-Asmar, figure emblématique du syndicalisme libanais, a présidé les débats, apportant son soutien aux revendications des inspecteurs. Les échanges ont porté sur les détails de la proposition gouvernementale, qui vise à décentraliser l’inspection en la confiant à des garages d’entretien privés, plutôt qu’aux centres spécialisés actuels.

Les participants ont rappelé les antécédents des négociations, incluant une précédente rencontre avec le général de brigade Nazih Qabsli. Ce haut responsable du département d’immatriculation des voitures, rattaché au ministère de l’Intérieur dirigé par Ahmad Hajjar, a été interpellé sur les modalités pratiques de cette transition. Les syndicalistes ont insisté sur la nécessité de préserver un cadre étatique pour l’inspection, arguant que toute externalisation pourrait compromettre l’intégrité du processus. Le communiqué issu de cette session détaille les arguments avancés : l’inspection mécanique ne se limite pas à des opérations de maintenance courante, mais implique des vérifications techniques approfondies essentielles à la prévention des accidents.

Dans le détail, les discussions ont porté sur les aspects techniques du système Suffe, mis en place il y a plusieurs années pour standardiser les contrôles des véhicules. Ce système, géré par des centres équipés de technologies spécifiques, permet d’évaluer des éléments comme les freins, les émissions polluantes, les pneus et la structure générale des automobiles. Les syndicalistes ont fait valoir que confier ces tâches à des ateliers privés, souvent orientés vers la réparation plutôt que le contrôle impartial, pourrait introduire des biais, tels que des arrangements informels pour valider des véhicules non conformes.

Les droits des travailleurs en première ligne

Au cœur des préoccupations exprimées figure la protection des droits des employés du secteur. Le syndicat représente plusieurs centaines de travailleurs, répartis dans les centres d’inspection à travers le pays. Ces professionnels, formés à des normes spécifiques, craignent que le remplacement du système par des garages privés n’entraîne des licenciements massifs ou une précarisation de leurs emplois. Le communiqué qualifie cette réforme de « menace explicite pour les droits des travailleurs », soulignant que les centres actuels offrent des garanties salariales et sociales que les ateliers privés pourraient ne pas maintenir.

Les détails des conditions actuelles des inspecteurs mécaniques révèlent un secteur déjà fragilisé par les crises économiques successives au Liban. Depuis la crise financière de 2019, aggravée par la pandémie de Covid-19 et l’explosion du port de Beyrouth en 2020, les salaires publics ont été érodés par l’inflation galopante. Les travailleurs de l’inspection mécanique, employés par l’État depuis l’expiration du contrat avec la société d’exploitation privée, dépendent de budgets alloués par le ministère de l’Intérieur. Une transition vers des garages impliquerait potentiellement une sous-traitance, exposant ces employés à des contrats précaires sans les protections syndicales actuelles.

Les participants à la réunion ont également évoqué les implications sociales plus larges. Dans un pays où le chômage touche plus de 40 % de la population active, selon les estimations récentes du Fonds monétaire international, toute mesure affectant l’emploi public est scrutée avec attention. Le Dr Al-Asmar a rappelé l’importance du dialogue social, citant des précédents où des réformes hâtives ont mené à des conflits prolongés. Les syndicalistes ont insisté sur la nécessité d’une consultation approfondie, incluant non seulement les représentants des travailleurs mais aussi les associations de consommateurs et les experts en sécurité routière.

Menaces sur la sécurité publique et routière

L’un des arguments les plus percutants du communiqué concerne les risques pour la sécurité publique. Les syndicalistes affirment que résumer l’inspection mécanique à des travaux de maintenance effectués dans des garages privés priverait le processus de son efficacité et de sa crédibilité. « L’inspection mécanique ne peut pas être résumée aux travaux de maintenance, et que sa conduite en dehors des centres officiels perd son efficacité et sa crédibilité, et la transforme en une procédure de formalité soumise au chaos et au népotisme », ont-ils déclaré.

Au Liban, où les routes sont souvent surchargées et mal entretenues, la sécurité routière reste un enjeu majeur. Selon les rapports de l’Organisation mondiale de la santé, le pays enregistre annuellement plus de 1 000 décès dus à des accidents de la circulation, avec un taux de mortalité par habitant parmi les plus élevés de la région. Les centres d’inspection mécanique jouent un rôle crucial en identifiant les véhicules défectueux, contribuant ainsi à réduire ces statistiques. Les vérifications incluent des tests sur les systèmes de freinage, les ceintures de sécurité, les phares et les émissions, qui ne peuvent être effectués de manière fiable dans un atelier orienté vers la réparation lucrative.

Les participants ont averti que cette réforme pourrait ouvrir la porte à des pratiques corruptives, où des garages pourraient délivrer des certifications sans contrôles rigoureux, moyennant des arrangements informels. Ce scénario, déjà observé dans d’autres secteurs administratifs libanais, aggraverait les problèmes de népotisme et de favoritisme. De plus, l’absence de supervision étatique directe pourrait mener à une augmentation des accidents, avec des conséquences humaines et économiques considérables, incluant des coûts accrus pour les assurances et les services de santé.

Le contexte historique du système d’inspection mécanique

Pour comprendre l’opposition actuelle, il convient de replacer cette proposition dans l’histoire du système d’inspection au Liban. Introduit dans les années 1990, le régime initial reposait sur un partenariat public-privé avec une société étrangère spécialisée, chargée de gérer les centres équipés de technologies modernes. Ce contrat, renouvelé à plusieurs reprises, a expiré récemment, transférant la propriété des installations à l’État libanais. Les centres, situés dans des régions clés comme Beyrouth, Tripoli, Saïda et Zahlé, représentent un investissement public substantiel, évalué à des dizaines de millions de dollars en équipements et infrastructures.

Depuis l’expiration du contrat, les autorités ont maintenu les opérations sous supervision étatique, bien que des interruptions aient été signalées en raison de contraintes budgétaires. Le ministère de l’Intérieur, sous la direction d’Ahmad Hajjar depuis la formation du gouvernement de Nawaf Salam en février 2025, a exploré des options pour optimiser ces services. La proposition de remplacement par des garages d’entretien s’inscrit dans une tendance plus large de décentralisation administrative, visant à réduire les coûts publics dans un contexte de dette souveraine dépassant les 90 milliards de dollars.

Cependant, les syndicalistes soulignent que garder ces centres fermés ou perturber leur réouverture constitue un « gaspillage flagrant d’argent public et une installation vitale ». Les installations, équipées de bancs d’essai automatisés et de logiciels de diagnostic, sont adaptées à un contrôle impartial, contrairement aux ateliers privés qui pourraient prioriser les réparations payantes. Ce transfert de propriété à l’État, acté par des décrets gouvernementaux, était censé renforcer le contrôle public, non le diluer.

Implications économiques pour l’État et le secteur privé

Sur le plan économique, la réforme proposée soulève des questions sur l’allocation des ressources publiques. Les centres d’inspection génèrent des revenus via les frais d’inspection, estimés à plusieurs millions de livres libanaises annuellement, qui alimentent le trésor public. En les remplaçant par des garages privés, l’État pourrait perdre cette source de financement, tout en transférant les coûts aux citoyens via des tarifs potentiellement plus élevés dans le secteur privé.

Les ateliers d’entretien, souvent de petite taille et dispersés à travers le pays, représentent un réseau économique vital, employant des milliers de mécaniciens. Cependant, les syndicalistes arguent que les intégrer dans le processus d’inspection sans formation adéquate pourrait compromettre la qualité. Dans un pays où l’économie informelle domine, avec plus de 50 % des entreprises non enregistrées selon la Banque mondiale, cette décentralisation risque d’accentuer les disparités régionales, favorisant les garages urbains au détriment des zones rurales.

De plus, les implications pour le budget 2026, récemment débattu au Parlement, sont notables. Le gouvernement de Nawaf Salam, confronté à une inflation persistante autour de 100 % et à une dépréciation continue de la livre, cherche des économies dans les services publics. La proposition pourrait s’inscrire dans ces efforts, mais les syndicalistes appellent à une augmentation du nombre de centres officiels pour couvrir toutes les régions, avec une supervision étatique renforcée.

Réactions des autorités et perspectives de dialogue

Face à ce communiqué, les réactions du ministère de l’Intérieur restent attendues. Le général de brigade Nazih Qabsli, en tant que responsable direct, a été impliqué dans les discussions préliminaires, mais aucune déclaration officielle n’a suivi la réunion du 2 février. Le ministre Ahmad Hajjar, général à la retraite et figure indépendante du gouvernement, supervise ce dossier dans un contexte de réformes sécuritaires plus larges, incluant la modernisation des immatriculations et la lutte contre la fraude automobile.

Les syndicalistes ont appelé à un « redémarrage immédiat des centres d’inspection mécanique actuels », insistant sur l’activation d’un contrôle direct par l’État. Ils rejettent toute tentative de « profanation d’un fait accompli », promettant de ne pas rester « oisifs face à toute mesure qui frapperait ce secteur ». Cette posture ouvre la voie à un possible mouvement de grève, similaire à ceux observés récemment dans d’autres secteurs publics comme l’électricité ou la justice.

Un secteur sous tension face aux réformes

Les centres d’inspection, actuellement en phase de transition, couvrent une flotte automobile estimée à plus de 2 millions de véhicules au Liban. Leur réouverture pleine, avec une extension géographique, pourrait nécessiter des investissements en personnel et en maintenance, évalués à plusieurs millions de dollars selon des rapports internes. Les implications immédiates de la réforme incluent une potentielle augmentation des accidents dus à des contrôles laxistes, avec des cas documentés dans le passé où des véhicules non inspectés ont causé des drames routiers. Les autorités, confrontées à ces alertes, pourraient opter pour un compromis intégrant des garages accrédités sous supervision étatique, mais les détails restent à définir au fil des négociations en cours.

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Newsdesk Libnanews
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