Le 21 février 2026, le Saint-Siège a promulgué un décret reconnaissant un miracle attribué à l’intercession du père Béchara Abou Mrad, prêtre melkite libanais né en 1853 et décédé en 1930. Cette décision, prise par le pape Léon XIV lors d’une audience accordée au cardinal Marcello Semeraro, préfet du Dicastère pour les causes des saints, constitue un pas décisif vers la béatification de cette figure emblématique de l’Église grecque-catholique melkite. L’annonce intervient dans un Liban marqué par une relative accalmie politique depuis l’élection du président Joseph Aoun en janvier 2025, mais toujours confronté à des tensions sécuritaires.
Cette reconnaissance vaticane s’inscrit dans un contexte de regain d’intérêt pour les figures spirituelles locales au Liban, où les communautés chrétiennes cherchent des repères face à une crise économique persistante. Avec une croissance projetée à environ 4 % pour 2026 selon les estimations de la Banque mondiale, le pays affiche une résilience inattendue, portée notamment par le tourisme de la diaspora, mais les réformes structurelles restent urgentes pour restaurer une croissance durable, comme l’a souligné le Fonds monétaire international lors de sa mission à Beyrouth du 10 au 13 février 2026. Le décret papal honore un homme dont la vie a été dédiée au service des plus humbles, offrant un modèle de sainteté dans un Moyen-Orient secoué par les conflits et les migrations forcées.
Une reconnaissance saluée par les autorités libanaises
Le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette décision de « station lumineuse dans l’histoire de l’Église orientale et du Liban », soulignant qu’elle incarne « les valeurs sur lesquelles notre pays est fondé : la foi, un message d’amour et une culture de coexistence ». Dans un communiqué officiel, il a mis en avant le rôle des ordres religieux libanais dans la diffusion du savoir et la promotion de l’unité nationale. Élu le 9 janvier 2025 après plus de deux ans de vacance présidentielle, Joseph Aoun, ancien commandant en chef des Forces armées libanaises, incarne une figure de consensus dans un paysage politique fragmenté. Sa nomination a été soutenue par une coalition internationale incluant les États-Unis, la France, l’Arabie saoudite, le Qatar et l’Égypte, et a permis la formation d’un gouvernement sous la direction du premier ministre Nawaf Salam, chargé de négocier un accord avec le FMI pour stabiliser l’économie.
Le gouvernement intérimaire, en place depuis février 2025, a présenté un budget 2026 équilibré sur le papier, avec des recettes et dépenses estimées à 538,4 billions de livres libanaises (environ 5,92 milliards de dollars), mais dominé à 88 % par des dépenses courantes, notamment 274,1 billions pour les salaires du secteur public. Cette configuration reflète les défis persistants : une dette publique colossale, une inflation qui, bien que ralentie, reste élevée, et un système bancaire en restructuration. Le FMI insiste sur la nécessité d’un cadre fiscal complet pour restaurer la soutenabilité de la dette et élargir les dépenses sociales et d’investissement, tout en mobilisant des recettes fiscales supplémentaires.
L’Ordre basilien salvatorien, auquel appartenait le père Abou Mrad, a accueilli la nouvelle avec enthousiasme, la décrivant comme « une étape significative pour l’Église catholique au Liban ». Le patriarche melkite grec-catholique Youssef Absi, élu en 2017, a évoqué lors d’une déclaration récente l’importance de telles figures pour revitaliser la présence chrétienne dans la région, où les chrétiens représentent environ 34 % de la population libanaise selon les dernières estimations du ministère de l’Intérieur. Cette béatification pourrait renforcer les initiatives pastorales de l’Église melkite, qui compte environ 200 000 fidèles au Liban sur 1,5 million dans le monde.
La vie d’un moine au service des communautés rurales
Selim Jabbour Abou-Mourad naît le 19 mai 1853 à Zahlé, dans la vallée de la Békaa, au sein d’une famille chrétienne melkite modeste. Fils d’un artisan, il grandit dans un environnement imprégné de traditions orientales et de piété quotidienne. Dès son jeune âge, il est attiré par la vie religieuse, influencé par les moines basiliens qui parcourent la région. À 21 ans, le 5 septembre 1874, il entre au monastère Saint-Sauveur près de Saïda, adoptant le nom de Béchara, qui signifie « bonne nouvelle » en arabe. Il commence son noviciat le 19 septembre 1874 et prononce ses vœux perpétuels le 4 novembre 1876.
Ordonné diacre le 26 mars 1882 par Mgr Basilios Hajjar dans la chapelle du séminaire Saint-Sauveur, puis prêtre le 26 décembre 1883 dans l’église du monastère par le même évêque, le père Béchara entame son ministère comme maître de discipline au petit séminaire basilien. Sa pédagogie, alliant rigueur et compassion, forme de nombreux futurs prêtres. En 1891, du 8 novembre au 4 décembre 1922, il est envoyé comme missionnaire itinérant dans le district de Deir el-Qamar, au Mont-Liban, une zone marquée par les tensions interconfessionnelles consécutives aux massacres de 1860. Pendant plus de trente ans, il sillonne les villages, célébrant la messe dans des maisons privées en l’absence d’églises dédiées, et contribuant à l’édification de paroisses stables.
Parmi ses accomplissements, la création d’une société charitable à Deir el-Qamar, soutenue par l’évêque local et des donateurs. Il supervise la construction d’une église, mobilisant les fidèles pour collecter fonds et matériaux. Sa renommée de confesseur infatigable se propage : il passe des heures au confessionnal, écoutant les souffrances des paysans, des veuves et des orphelins. Des témoignages recueillis lors de son procès de béatification le décrivent comme « un père pour les affligés », soulignant sa disponibilité même lors des épidémies de choléra qui ravagent la région au tournant du siècle.
De 1922 à 1927, il officie comme curé et confesseur à la cathédrale de Saïda, approfondissant sa spiritualité eucharistique et mariale. Atteint de maladies chroniques, il retourne au monastère Saint-Sauveur en 1927, y passant ses dernières années en prière contemplative. Il s’éteint le 22 février 1930, laissant un legs de plus de 50 ans de sacerdoce. Son enterrement au cimetière du monastère attire des milliers de fidèles, attestant de sa sainteté perçue. Enterré au couvent Saint-Sauveur à Joun, dans le sud du Liban, son tombeau devient un lieu de pèlerinage.
Le miracle validé par le Vatican
Le décret du 21 février 2026 s’appuie sur la reconnaissance d’un miracle attribué à l’intercession du père Béchara. Il concerne la guérison de Thérèse Skaff Asmar, diagnostiquée en 1983 avec une arthrose dégénérative de grade IV aux genoux, la confinant à un fauteuil roulant. En 2009, après avoir lu une biographie du vénérable et entendu des récits de guérisons survenues de son vivant, elle prie intensément lors d’une nuit de douleurs intenses. Le lendemain, elle se lève sans assistance, marche sans souffrance et reprend une vie normale, confirmée par des examens médicaux comme une rémission complète, directe et permanente.
Cette guérison, examinée par la commission médicale du Dicastère pour les causes des saints dès 2012, a été validée le 27 mars 2015 après des enquêtes rigoureuses. Le postulateur de la cause, l’archimandrite salvatorien Mtanios Haddad, a décrit la guérison comme « directe, complète et permanente ». Ce miracle illustre la réputation de thaumaturge du père Béchara, avec des archives monastiques rapportant des guérisons similaires durant sa vie, telles que celle d’un enfant paralysé en 1915 à Deir el-Qamar ou d’une femme stérile en 1920 à Saïda.
Dans le contexte libanais actuel, où le système de santé reste fragilisé par une inflation qui a atteint 150 % en 2025 selon les données du ministère des Finances, cette reconnaissance met en lumière le rôle de la foi dans la résilience communautaire. Des pèlerinages vers le tombeau du père Béchara ont augmenté depuis l’annonce, avec des fidèles rapportant des grâces personnelles.
Une procession emblématique en octobre 2025
Le 4 octobre 2025, des milliers de chrétiens ont participé à une procession solennelle en l’honneur du père Béchara à Joun, anticipant sa béatification. Organisée par l’Ordre basilien salvatorien et le diocèse melkite, l’événement a réuni plus de 5 000 personnes, marchant du centre-ville au monastère Saint-Sauveur sous une pluie fine. Des bannières avec le portrait du vénérable, des chants en syriaque et des prières collectives ont ponctué le parcours.
Parmi les participants, des familles de Beyrouth, Tripoli et de la diaspora en France et au Brésil. Le patriarche Youssef Absi a présidé la messe finale, déclarant : « Le père Béchara nous enseigne l’humilité dans le service, un message vital pour notre Liban divisé ». Des scouts portaient des reliques, tandis que des encensoirs diffusaient des arômes traditionnels. Cette procession, la plus importante depuis la béatification du patriarche Estephan El Douaihy en 2024, reflète un regain de vitalité chez les chrétiens libanais, dont la population a diminué de 20 % depuis 2020 selon les rapports du patriarcat.
L’événement a eu une dimension interconfessionnelle, avec la présence de dignitaires musulmans de la Békaa. Des mesures de sécurité ont été renforcées par les Forces de sécurité intérieure, en raison des tensions avec Israël et le Hezbollah, sans incident notable.
L’impact sur l’Église melkite face aux défis sécuritaires
La béatification renforce l’identité de l’Église melkite grecque-catholique, qui préserve les rites byzantins depuis le XVIIIe siècle. Le père Béchara incarne son engagement missionnaire. En 2025, le patriarcat a lancé un programme de formation pour les laïcs inspiré de sa vie, visant à contrer l’émigration des jeunes chrétiens, avec plus de 100 000 départs depuis 2020.
Au niveau national, cette reconnaissance survient alors que le Liban gère les retombées des frappes israéliennes du 20 février 2026, qui ont tué au moins dix personnes dans la Békaa, dont huit membres du Hezbollah, dont un commandant local, Hussein Mohammad Yaghi. Ces attaques, visant des centres de commandement selon l’armée israélienne, ont blessé plus de 50 personnes et risquent de fragiliser le cessez-le-feu négocié par les États-Unis en 2024. Le ministère libanais de la Santé publique a rapporté que trois enfants figuraient parmi les blessés, et que les victimes ont été réparties dans les hôpitaux de la région.
Des projets de rénovation du monastère Saint-Sauveur, financés par des dons internationaux, sont en cours depuis janvier 2026, visant à en faire un centre de pèlerinage. L’insécurité alimentaire persiste, avec 18 % de la population projetée en situation de vulnérabilité entre avril et juillet 2026 selon le Programme alimentaire mondial, qui soutient plus de 622 000 personnes.
Réactions immédiates et préparatifs en cours
Dès le 21 février, des messes d’action de grâces ont été célébrées dans les cathédrales melkites de Beyrouth et Zahlé. Le ministre des Affaires religieuses a salué l’événement comme « un enrichissement du patrimoine spirituel libanais ». Des comités locaux préparent la cérémonie de béatification, potentiellement en mai 2026 à Zahlé. Des novenas sont organisées, et des reliques circulent dans les paroisses, favorisant une dévotion populaire s’étendant à la diaspora.
Les implications immédiates se manifestent dans l’augmentation des vocations basiliennes, avec cinq novices en janvier 2026 citant l’exemple du père Béchara. Des conférences théologiques à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth en mars exploreront son héritage, tandis que des publications en arabe et français diffusent sa biographie.



