mardi, janvier 13, 2026

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Les banques libanaises transforment une crise bancaire en effondrement systémique pour échapper à leurs responsabilités

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Une stratégie calculée pour prolonger la crise

Depuis 2019, le Liban traverse une crise économique d’une gravité exceptionnelle, où les banques commerciales, étroitement liées aux élites politiques, ont transformé une crise de liquidité bancaire en un effondrement systémique dévastateur pour l’ensemble de l’économie. Le rapport du Fonds monétaire international (FMI) de juin 2025 qualifie l’économie libanaise de « sévèrement déprimée », avec une contraction cumulée du produit intérieur brut (PIB) d’environ 40 % depuis 2019, une inflation persistante et une pauvreté touchant plus de 74 % de la population en 2021, avec des progrès limités en 2025 malgré une stabilisation précaire. Cette dégradation ne peut être attribuée uniquement à des chocs externes comme la pandémie de COVID-19, l’explosion du port de Beyrouth en 2020 ou le conflit frontalier de 2024. Elle résulte d’une stratégie délibérée des banques visant à prolonger et aggraver la crise pour éluder toute responsabilité judiciaire et financière. En refusant de restructurer leurs bilans, en imposant des contrôles informels sur les capitaux, en ignorant les alertes sur la divergence des taux de change dès juin 2019, et en transférant leurs pertes sur les déposants via des décotes sur les « lollars » avec la complicité de la Banque du Liban (BDL), les banques ont consolidé leur emprise sur l’économie, protégeant les intérêts des actionnaires et des déposants privilégiés au détriment de la population.

Comment les banques libanaises, en collusion avec les autorités, ont amplifié une crise initiale pour en faire un désastre systémique, dans le but d’échapper à leurs obligations? Les données s’appuient sur des rapports internationaux, notamment le Lebanon Economic Monitor de la Banque mondiale (printemps 2025), la mission du FMI de juin 2025, les analyses du Century Foundation et de Fitch Ratings depuis 2019, ainsi que les enquêtes des Pandora Papers de 2021. Les citations d’experts et de rapports officiels éclairent le refus de responsabilité, à travers l’obstruction des enquêtes judiciaires, des montages financiers opaques et des circulaires de la BDL fixant des taux parallèles à 1 500, puis 8 000, et désormais 15 000 livres pour les lollars, transférant les pertes sur une population exsangue. L’examen détaille les mécanismes institutionnels et politiques déployés pour bloquer la restructuration, entraînant une dévaluation de la livre libanaise de plus de 98 % depuis 2019, un effondrement du PIB et une détresse généralisée. Au 6 septembre 2025, malgré des mesures comme la loi sur la restructuration bancaire de juillet 2025 et la levée du secret bancaire d’avril 2025, les pertes bancaires s’élèvent à plus de 72 milliards de dollars, et la croissance projetée de 4,7 % pour 2025 reste conditionnelle à des réformes que les banques sabotent activement. Comme l’indique le rapport de la Banque mondiale de 2021, réaffirmé en 2025 : « La dépression économique a été auto-imposée, imposée à la population générale par l’élite qui dirige le pays et a capturé l’État. » Le Lebanon Economic Monitor de 2025 avertit que, sans restructuration bancaire véritable, la croissance de 4,7 % risque de masquer un pourrissement orchestré par les banques pour éviter toute accountability.

Les premiers signaux de la crise bancaire sont apparus dès janvier 2019, avec une inversion des flux nets de capitaux, marquée par un ralentissement des entrées de devises et une sortie accrue de dollars, bien avant la Révolution d’octobre. En juin 2019, l’écart entre le taux de change officiel (1 507 livres par dollar) et le taux réel sur le marché parallèle dépassait 1 000 points de base, selon Bloomberg, signalant une fragilité croissante. Pourtant, les banques ont continué à promouvoir les transferts vers le Liban, offrant des taux d’intérêt attractifs pour capter des capitaux, ignorant ces alertes et aggravant les risques systémiques. En mai 2019, des tensions de liquidité ont conduit à des restrictions informelles sur les retraits, exacerbées par une grève des fonctionnaires de la BDL contre le projet de budget, gelant les transactions et la Bourse de Beyrouth pendant plusieurs jours. Tout l’été 2019, des pénuries d’essence ont émergé faute de dollars pour les importations, provoquant des files d’attente aux stations-service et des menaces de grève des importateurs. Ces signaux, relevés par Fitch Ratings avec un déclassement à ‘CCC’ en août 2019 pour risques de liquidité, ont été occultés par les banques via des pratiques opaques, transformant une crise sectorielle en contagion systémique pour esquiver leurs responsabilités.

Les racines d’une crise amplifiée par une gestion défaillante

La crise bancaire trouve ses origines dans des décennies de dollarisation excessive et un secteur bancaire hypertrophié, gérant environ 110 milliards de dollars en dépôts étrangers en 2018, investis massivement en obligations d’État et dans des montages financiers orchestrés par la BDL sous Riad Salameh. Après la guerre civile de 1990, le peg fixe à 1 507 livres par dollar reposait sur des remittances (7-8 milliards de dollars par an pré-crise) et des taux d’intérêt élevés (jusqu’à 10 % en 2016). Cependant, un déficit courant chronique (25 % du PIB en 2018) et une dette publique à 170 % du PIB en 2019 masquaient l’insoutenabilité, comme noté dans le rapport Article IV du FMI de 2019, qui pointait une croissance ralentie à 0,3 % en 2018 due à une faible confiance et une politique monétaire restrictive.

Dès 2016, face à une baisse des flux (remittances -11 % depuis 2011), la BDL a lancé des swaps de bons du Trésor en livres contre des eurobonds en dollars, coûtant 13 milliards de dollars en réserves mais générant 5 milliards de profits pour les banques (rendement de 40 %). Un mémo du FMI de 2021 révèle un déficit de 4,7 milliards de dollars dans les réserves nettes fin 2015, dissimulé sur insistance de Salameh. Cette opacité, soutenue par les banques, a accumulé des dettes, transformant une fragilité sectorielle en risque systémique pour diluer les responsabilités. Dès 2015-2016, les réserves nettes de la BDL étaient négatives (-4,7 milliards de dollars), malgré des réserves brutes de 50 milliards (or et devises inclus, ~52 milliards en 2016), signalant une solvabilité compromise.

Les banques libanaises ont amplifié cette vulnérabilité par une gestion inadéquate du risque souverain, concentrant leurs portefeuilles sur des obligations d’État libanaises, exposées à la volatilité politique et économique, sans diversification vers des actifs plus stables ou d’autres secteurs. Informés par des rapports internes, audits sectoriels et alertes du FMI dès 2015, les dirigeants bancaires ont continué à attirer des capitaux étrangers jusqu’aux contrôles informels d’octobre 2019, offrant des taux d’intérêt élevés (10 % en 2016, plus pour les nouveaux dépôts en dollars) pour financer la dette publique et engranger des profits rapides, piégeant les déposants dans une bulle spéculative. Ces capitaux, souvent issus de la diaspora et d’investisseurs étrangers, ont subi des décotes massives (haircuts de 60-85 % sur les dépôts non protégés, 100 milliards de dollars gelés depuis 2019). Les banques recevaient des dollars, échangés contre des livres à la BDL via des montages financiers, pour capter des intérêts élevés sur des obligations ou swaps, favorisant une concurrence malsaine sur les taux plutôt que sur la solidité des bilans, amplifiant les risques systémiques. La BDL, offrant jusqu’à 17 % sur les dépôts en dollars, a alimenté cette bulle.

Depuis 2020, avec la complicité de la BDL, les banques ont cherché à réduire leurs pertes via des circulaires instaurant des taux de change parallèles pour les dépôts en dollars, surnommés « lollars ». Ces taux, fixés à 1 500 livres par dollar en 2020, puis 8 000, et désormais 15 000 livres en 2025, ont permis de dévaluer artificiellement les dépôts, transférant une part significative des pertes sur les déposants. Ces décotes, acceptées par une population exsangue faute d’alternatives, ont réduit les pertes déclarées des banques (72 milliards de dollars en 2025), mais au prix d’une érosion massive du pouvoir d’achat des déposants, avec des pertes effectives de 60-85 % sur les comptes en dollars. Cette stratégie illustre un transfert calculé des coûts de la crise bancaire vers la population, prolongeant l’impunité des banques.

Malgré l’écart des taux de change dès juin 2019, signalé par Bloomberg avec une divergence de plus de 1 000 points entre taux nominal et réel, les banques ont poursuivi leur politique de promotion des transferts, attirant des capitaux pour un système insoutenable. Les dirigeants, conscients de l’insolvabilité technique et des réserves nettes négatives, ont transféré dividendes et profits à l’étranger via comptes offshore, sécurisant leur fortune avant et pendant la crise. Les Pandora Papers de 2021 ont révélé que banquiers et personnes politiquement exposées (PEPs) ont amassé des richesses à l’étranger pendant l’appauvrissement général, avec des transferts illégaux de milliards de dollars malgré les contrôles de 2019. Une enquête judiciaire de décembre 2019 a ciblé 2,3 milliards de dollars transférés illicitement en octobre-novembre 2019, impliquant des dirigeants et PEPs comme Salameh, accusé de détournement et blanchiment vers la Suisse. En 2020, des directives de la BDL ont visé les transferts de politiciens, sans empêcher un PEP de déplacer 273 millions de dollars en décembre 2019. Ces flux, via sociétés écrans, ont drainé des ressources vitales, intensifiant la crise et illustrant une collusion pour préserver les actifs personnels, persistant en 2025 malgré des enquêtes suisses sur Salameh pour 330 millions de dollars détournés. Cette fuite, estimée à plus de 10 milliards de dollars en 2022, a précipité l’insolvabilité et sapé la confiance, transformant une crise contenue en cataclysme systémique.

Une contagion orchestrée aux conséquences dévastatrices

La systématisation de la crise s’est opérée via la dévaluation monétaire, l’hyperinflation (M1 +266 % entre 2019-2021 par impression pour subventions), la contraction du crédit, l’effondrement des services publics et les décotes sur les lollars, propagés par les restrictions bancaires précoces pour éluder la responsabilité. La Banque mondiale (printemps 2025) estime le PIB nominal de 55 milliards USD en 2018 à 33 milliards en 2020 (-40 %), avec -7,1 % en 2024 dû au conflit, perte cumulée ~40 % depuis 2019 ; projection à 27,37 milliards en 2025 avec croissance réelle de 4,7 %. PIB par habitant -36,5 % entre 2019-2021, reclassant le Liban en revenu intermédiaire inférieur. Le FMI confirme -30 % depuis 2017 et -6,6 % en 2024.

Les secteurs clés paralysés par l’inertie bancaire

L’inflation, alimentée par la dévaluation, les politiques laxistes et les décotes sur les lollars, a atteint 221,3 % en 2023, projetée à 45,2 % en 2024 et 14,3 % en 2025, avec prix alimentaires multipliés par 10 depuis mai 2019, érodant les revenus réels de 50 %. Le coefficient de Gini atteint 0,45 en 2022, signalant une aggravation des inégalités. La pauvreté est passée de 25 % en 2019 à 74 % en 2021 (persistante en 2025 selon UNDP), le chômage de 11,4 % à 29,6 % en 2022, avec 269 500 chômeurs projetés en 2025 (taux 13,67 % selon Statista, >25 % post-conflit). Le secteur informel a explosé, avec 77 % de pertes en agriculture, commerce et tourisme, dépendants de remittances gelées.

L’agriculture (5 % du PIB pré-crise) a chuté de 20 % en 2020 par manque de crédit et importations coûteuses ; en 2025, la production est en baisse de 15 % par rapport à 2018, les fermiers abandonnant leurs terres faute de subventions. Le commerce (25 % du PIB) a vu ses importations diminuer de 40 % depuis 2019, générant pénuries et inflation alimentaire de +300 %. Le tourisme (12 % du PIB, 2 millions de visiteurs par an pré-crise) est tombé à 500 000 en 2020, 1,2 million en 2024, avec des pertes de 10 milliards USD et 50 % des hôtels fermés en 2025. Ces secteurs, dépendants de prêts gelés, illustrent comment l’absence de diversification et de gestion du risque, combinée aux décotes sur les lollars, a propagé un effet domino systémique.

Le gel des dépôts (100 milliards USD en 2023) a paralysé le crédit, avec une baisse de 60 % des prêts aux entreprises et 50 000 PME fermées depuis 2019. Les services publics se sont effondrés : électricité limitée à 1 heure par jour, épidémies de choléra dues aux pénuries d’eau, système de santé en crise avec des hôpitaux impayés. L’explosion du port de Beyrouth a causé 15 milliards USD de dommages ; le conflit de 2024 a entraîné 3 500 morts, 14 500 blessés, 1,2 million de déplacés, 6,8 milliards USD de dommages physiques et 7,2 milliards de pertes indirectes. Selon la Banque mondiale, 11 milliards USD sont nécessaires pour la reconstruction post-conflit, un objectif inaccessible sans résolution bancaire. Cette crise, qualifiée de « troisième pire depuis 150 ans », s’accompagne d’une émigration de 500 000 jeunes qualifiés depuis 2019 et d’une hausse de 30 % des maladies mentales.

Les coûts humains d’une stratégie d’évasion

La dévaluation, amplifiée par les décotes sur les lollars, a multiplié par 10 les coûts des importations essentielles, 80 % des ménages réduisant leurs repas (WFP 2023). Les femmes chefs de famille monoparentale subissent une augmentation de 40 % des violences domestiques. Dans l’éducation, 700 000 enfants ont abandonné l’école depuis 2019, avec un risque d’analphabétisme de 20 % d’ici 2030. En santé, les maladies chroniques non traitées ont augmenté de 50 %, et 10 000 cas de choléra ont été recensés en 2022. Les tensions sectaires se sont ravivées, et les réfugiés syriens (1,5 million) vivent à 90 % dans la pauvreté, avec une hausse des crimes de survie (200 braquages de banques entre 2020 et 2022). Ces impacts, liés au gel des dépôts, aux transferts illégaux et aux décotes, soulignent comment les banques ont perpétué la souffrance pour éviter les audits. Un diplomate occidental note : « Une loi sur les contrôles de capitaux pourrait tenir en dix lignes, mais il n’y a aucune volonté depuis 2020. » Le modèle rentier bancaire, représentant trois fois l’économie, favorise l’évasion fiscale et les inégalités, les élites tolérant un « bas niveau de revenu national » (Henri Chaoul).

Le plan Lazard face à l’inertie bancaire de 2025

Pour mesurer le coût du sabotage, comparons les projections du plan Lazard 2020 (conseillé au gouvernement Diab pour une restructuration complète), la réalité de septembre 2025, et les propositions actuelles (ministre des Finances Yassine Jaber, janvier 2025, ABL). Lazard proposait un taux unifié à 3 500 LBP/USD en 2020, une reconnaissance des pertes (241 billions LBP, ~70 milliards USD), et 10 milliards USD d’aide externe sur 5 ans, visant une reprise économique. Au lieu de cela, les banques ont bloqué les réformes dès 2019, ignorant la divergence des taux signalée par Bloomberg, imposant des décotes sur les lollars, et les propositions de 2025 restent limitées, alignées sur le FMI sans haircuts massifs.

Une dérive monétaire entretenue

Le plan Lazard prévoyait un taux unifié à 3 500 LBP/USD en 2020, avec une dépréciation de 5 % par an (3 684 en 2021, 3 878 en 2022, 4 082 en 2023, 4 297 en 2024), stabilisé à 4 500-5 000 en 2025 via un float géré, avec levée des contrôles en 2021 pour relancer flux et confiance. La volatilité serait limitée à 2-3 % par an, boostant les exportations et atténuant l’inflation importée. En réalité, le taux parallèle atteint 98 500 LBP/USD en septembre 2025, soit une dévaluation de plus de 2 500 % par rapport au peg, avec des contrôles persistants depuis mai 2019 et une volatilité quotidienne de 5-10 % due à la spéculation. Les décotes sur les lollars à 1 500, 8 000, et 15 000 livres ont transféré les pertes aux déposants, causant une perte de pouvoir d’achat de 98 % et une multiplication par 20 des coûts des importations essentielles comme les médicaments. Les propositions actuelles de Jaber visent la stabilité via un budget 2025 révisé (hausses fiscales sur le carburant pour financer les salaires militaires), aligné sur le FMI, mais sans taux unifié ferme. Le FMI et la Banque mondiale estiment un taux de 90 000-100 000 LBP/USD en 2025 sans réformes, avec un risque de chute de 20 % en cas de conflits ou fuites de capitaux. L’ABL résiste à la dédollarisation, alimentant un marché noir des devises évalué à 5 milliards USD par an, prolongeant l’instabilité.

Une croissance asphyxiée par le refus de responsabilité

Lazard projetait un PIB nominal à 49 milliards USD en 2019, tombant à 33,1 milliards en 2020 (-13,8 %), -4,4 % en 2021, +1,6 % en 2022, +2,9 % en 2023, +3,1 % en 2024, pour atteindre 35-40 milliards en 2025 avec un soutien externe (CEDRE, consolidation). La dette, à 175,6 % du PIB en 2019, devait tomber à 99,2 % en 2024, avec une croissance moyenne de 2,5 % post-2022 via des investissements en infrastructure (5 milliards USD alloués). En réalité, le PIB est à 27,37 milliards USD en 2025, soit une contraction de 50 % depuis 2019, avec une croissance projetée de 4,7 % sur une base effondrée (28,28 milliards selon le FMI), et une dette à 154,81 % du PIB. Cette perte de 10-15 milliards par rapport à Lazard résulte du sabotage bancaire, des chocs externes, de la fuite des cerveaux (-20 % de productivité) et de l’absence de diversification. Les propositions de Jaber incluent un budget 2025-2026 à déficit zéro, sans nouvelles taxes, et des fonds pour la reconstruction (12 millions LL de dettes contractantes). L’engagement du FMI (3 milliards USD pour 8 réformes) reste bloqué. La Banque mondiale note une croissance de 4,7 % tirée par le tourisme et la consommation, freinée par le conflit ; le FMI projette 3,7 %, avec une dette à 150 % sans haircuts. La loi de juillet 2025 (39 clauses) crée une Autorité de restructuration et autorise des fusions, mais sans liquidation massive, risquant une croissance non durable (20,6 milliards USD en 2026). Les banques proposent une recapitalisation via actifs publics (50 milliards USD), évitant toute accountability.

Inégalités et exode amplifiés par l’inertie

Lazard prévoyait une dette à 99,2 % du PIB en 2024, une recapitalisation de 25-30 milliards USD via bail-in des actionnaires, protégeant les petits déposants. La pauvreté, à plus de 60 % en 2020, devait être réduite à moins de 30 % en 2025 par des filets sociaux (1 milliard USD en 2020, 750 millions en 2024), avec un chômage à 10-15 % grâce à des emplois dans le tourisme et l’agriculture, et une migration nette positive. En réalité, la dette atteint 154,81 % du PIB, les pertes de 72 milliards USD restent non résolues, atténuées par les décotes sur les lollars. La pauvreté stagne à 74 %, le chômage dépasse 25 % (269 500 chômeurs), l’inflation est à 14,3 %, 50 000 PME ont fermé, et 1 million de personnes (40 % de la force de travail qualifiée) ont émigré, avec 5 milliards USD de remittances perdues par an. Les propositions de Jaber incluent des révisions fiscales pour un surplus primaire et des filets sociaux, avec une loi protégeant les dépôts inférieurs à 100 000 USD. Les prévisions indiquent une aggravation de la pauvreté (revenus publics -3,2 % selon UNDP), un chômage à 13,67 % si croissance de 4,7 %, et une migration atteignant 20 % de la population d’ici 2030. La Banque mondiale alerte sur une « crise socio-économique » sans réformes, les banques recyclant Lazard sans poursuites, piégeant le pays dans la pauvreté et les inégalités (1 % des riches détiennent 50 % de la richesse).

Le rempart de l’impunité bancaire

Les banques, via l’Association des banques du Liban (ABL), nient les pertes, blâmant des facteurs externes et refusant audits et haircuts dès les alertes de Fitch Ratings en 2019, transformant la crise en bouclier. Riad Salameh a dissimulé un déficit de 4,7 milliards USD dans les réserves nettes en 2015 ; en 2023, il déclarait : « La représentation erronée des causes rejette la responsabilité sur une institution. » Les leaders politiques, souvent actionnaires, retardent les réformes, prolongeant le « double vide » institutionnel depuis 2022. Nicolas Chikhani note : « Personne ne veut assumer : ni les banques, ni l’État, ni la BDL. » Amnesty International, en décembre 2024, alerte : « Le pays se dissout, et personne ne s’en soucie. »

Transferts illégaux et enrichissement des élites

Sur le plan judiciaire, les enquêtes contre Salameh sont entravées, les élites bénéficiant d’immunités. Les banques résistent à la loi sur le secret bancaire d’avril 2025 (couvrant 10 ans). Financièrement, l’ABL qualifie les pertes de 72 milliards USD de « scandaleuses » (2022), proposant un plan parallèle via actifs publics et décotes sur les lollars. Le FMI, en 2025, insiste : « Une restructuration complète est nécessaire, reconnaissant les pertes upfront, protégeant les petits déposants. » Henri Chaoul souligne : « Le manque de transparence nous a menés là. » Les conséquences sociales incluent des braquages de banques et une hausse des placements d’enfants en orphelinats. Les dirigeants, conscients de l’insolvabilité, ont transféré dividendes et profits offshore. Les Pandora Papers de 2021 révèlent que banquiers et PEPs ont exfiltré des milliards malgré les contrôles, Salameh étant accusé de 330 millions USD détournés vers la Suisse. Une enquête de 2019 a ciblé 2,3 milliards USD transférés illicitement par dirigeants et PEPs en octobre-novembre 2019, dont 273 millions par un PEP en décembre 2019. En 2025, le parquet ordonne le rapatriement, mais l’opacité persiste via sociétés écrans. La Banque mondiale (2025) note : « Une dépression délibérée orchestrée par une élite capturant l’État, avec un secteur bancaire dominant. »

Enquêtes internationales face à l’inertie

Les enquêtes internationales en Suisse et dans l’Union européenne sur Riad Salameh, accusé de blanchiment et de détournement, mettent en lumière une dimension transnationale de l’élusion. Les Pandora Papers de 2021 ont révélé des réseaux offshore utilisés par des banquiers libanais pour transférer illégalement des dividendes, évitant ainsi les décotes. La loi de restructuration bancaire de juillet 2025 cherche à rapatrier ces fonds, mais les poursuites restent limitées, avec seulement 10 % des enquêtes aboutissant, ce qui entretient l’impunité. Ce cycle – transferts illégaux drainant les réserves, aggravant la crise, flux entrants nets négatifs de 5 milliards USD en 2024 – prolonge le sabotage bancaire.

Les mécanismes du sabotage systémique

Les banques ont déployé des mécanismes interconnectés pour protéger les élites, amplifiés par les transferts illégaux, les décotes sur les lollars et l’inertie depuis 2019, transformant la crise bancaire en outil d’élusion systémique.

  • Montages financiers et plan parallèle : Depuis 2016, des swaps ont transféré les risques (85 milliards USD de dettes BDL contre 12 milliards de réserves), sans diversification. Le plan parallèle de 2023-2025 lira-fie les dépôts via des décotes à 1 500, 8 000, et 15 000 livres, transférant les coûts par hyperinflation. Les profits de 8,5 milliards USD d’intérêts en 2018 ont souvent été exfiltrés illégalement.
  • Résistance aux réformes du FMI : L’accord de 2022 (3 milliards USD pour 8 réformes) est bloqué ; le FMI note en 2025 des progrès partiels (loi sur le secret bancaire d’avril), mais l’approbation reste en suspens. Les banques contestent les pertes (70 contre 33 milliards USD), masquant via offshore et décotes.
  • Blocage législatif et mesures cosmétiques : La loi de juillet 2025 (39 clauses) lève le secret bancaire sur 10 ans, autorise audits et fusions, mais omet une reconnaissance immédiate des pertes (70-83 milliards USD) et protège les actionnaires. Un article de 2025 note : « Des réformes d’apparence progressent mais retardent l’accountability. » La Gap Law, toujours en attente, retarde les compensations.
  • Vide politique et opacité : Le double vide institutionnel bloque les budgets ; les subventions, à 6 % du PIB pré-crise, ont disparu. Le Century Foundation observe : « Les élites sabotent pour éviter l’effacement des capitaux actionnaires. » Les réformes de 2025 évitent les audits indépendants, permettant des transferts via PEPs.

En 2019-2020, des milliards ont fui via des voies opaques, une enquête ciblant 2,3 milliards USD par banquiers et PEPs, malgré la divergence des taux signalée dès juin 2019. En 2025, le parquet ordonne le rapatriement, mais seulement 5 % des fonds sont récupérés. International Policy Digest (2025) note : « Les lois sont des outils de retardement, conçues pour survivre aux crises. » Le FMI (FAQ 2025) estime que la fuite de 10 milliards USD par PEPs et banquiers a épuisé les réserves, bloquant le programme de 3 milliards. La Banque mondiale (2025) évalue qu’un rapatriement pourrait ajouter 5 % au PIB, mais l’impunité freine. Fitch (2024) avertit : sans poursuites, la confiance reste absente, notations à ‘C’. Les enquêtes internationales appellent à briser ce cycle, les flux nets négatifs de 5 milliards USD en 2024 reflétant les transferts persistants et audits partiels sous la loi de juillet 2025. La Banque mondiale (printemps 2025) projette une croissance de 4,7 % si réformes, mais fragile, qualifiant la crise d’auto-imposée par les élites et banques, recommandant audits indépendants, protection des dépôts inférieurs à 100 000 USD et rapatriement des capitaux. Le rapport RDNA (mars 2025) évalue 11 milliards USD pour la reconstruction post-conflit : « Sans réformes complètes, la récupération reste non durable. » Les transferts illégaux ont drainé 10-15 milliards, aggravant l’insolvabilité liée à l’absence de diversification et de gestion du risque. Le FMI (juin 2025) insiste sur une restructuration décisive ; la loi de résolution bancaire progresse, mais l’approbation du programme de 3 milliards reste conditionnelle : « La réhabilitation bancaire est prioritaire pour restaurer la confiance et sortir de l’économie de cash. »

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François El Bacha
François El Bachahttp://el-bacha.com
Expert économique, François el Bacha est l'un des membres fondateurs de Libnanews.com. Il a notamment travaillé pour des projets multiples, allant du secteur bancaire aux problèmes socio-économiques et plus spécifiquement en terme de diversité au sein des entreprises.

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