Effondrement brutal du financement des importations en ce début d’année
Selon les données publiées par la Banque du Liban pour les deux premiers mois de 2025, les crédits documentaires ouverts pour financer les importations ont enregistré une baisse spectaculaire de 86 % en glissement annuel, passant de 48 millions USD à seulement 6,7 millions USD. Ce recul souligne le repli drastique des flux commerciaux entrants et la contraction inquiétante des opérations bancaires liées au commerce extérieur.
L’effondrement ne se limite pas aux nouveaux engagements. Les crédits utilisés sur la même période ont chuté de 85,9 %, atteignant 3,7 millions USD, contre 26,1 millions USD un an plus tôt. Quant aux crédits en cours, leur volume a baissé de 13,5 %, pour s’établir à 103,5 millions USD au lieu de 119,5 millions USD en 2024.
Tableau 1 : Données sur les crédits documentaires à l’importation (2M-2024 vs 2M-2025)
| Indicateur | 2M-2024 (USD) | 2M-2025 (USD) | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Crédits documentaires ouverts | 48,000,000 | 6,700,000 | -86.0 % |
| Crédits utilisés | 26,100,000 | 3,700,000 | -85.9 % |
| Crédits en cours | 119,500,000 | 103,500,000 | -13.5 % |
| Effets à encaisser en cours | 33,400,000 | 24,500,000 | -26.7 % |
| Effets à encaisser (inward bills) | 35,200,000 | 32,500,000 | -7.8 % |
Un accès au financement extérieur gravement perturbé
Ces chiffres traduisent une contraction très préoccupante du financement traditionnel du commerce au Liban. Les crédits documentaires sont en effet le mécanisme privilégié pour sécuriser les importations de biens, notamment les produits essentiels comme les matières premières, les médicaments ou les biens de consommation courante. L’effondrement de ces instruments signale à la fois :
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
- Une baisse importante de la capacité d’importation des entreprises libanaises.
- Une aversion croissante des banques à prendre des engagements en devises, du fait des risques accrus de défauts et d’absence de devises fraîches.
- Un recul de la demande solvable de la part du tissu économique national.
L’environnement de taux de change instable, la baisse du pouvoir d’achat et les contraintes sur les transferts bancaires à l’international continuent de paralyser les circuits traditionnels d’approvisionnement.
Effets à encaisser : une baisse moins brutale mais persistante
Parallèlement, les effets à encaisser — un autre outil de financement commercial — enregistrent également un recul significatif. Les effets à encaisser en cours diminuent de 26,7 %, tombant à 24,5 millions USD. Les inward billsaffichent une baisse plus modérée de 7,8 %, passant de 35,2 à 32,5 millions USD. Ces chiffres restent cohérents avec la désintermédiation croissante du commerce extérieur et l’utilisation d’alternatives informelles ou du paiement direct en espèces.
Répercussions sur les importations globales
Cette baisse brutale des outils bancaires pour financer les importations devrait mécaniquement se refléter dans les statistiques douanières à venir, avec une réduction nette des volumes importés en début d’année. Le recours aux paiements anticipés en cash ou au marché parallèle des devises ne suffit pas à compenser l’assèchement des financements formels.
De nombreuses entreprises se retrouvent dans l’incapacité d’assurer des livraisons régulières, ce qui alimente les tensions sur les prix, les ruptures de stock et la dépendance accrue à l’égard de quelques fournisseurs disposant encore d’un accès aux dollars frais.
Risque de désindustrialisation et impact sectoriel
Certains secteurs stratégiques, comme l’agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique, ou les équipements industriels, sont particulièrement vulnérables à cette dynamique. La baisse des importations de composants et de matières premières pèse directement sur l’activité industrielle locale, déjà fragilisée par l’instabilité énergétique et les coûts de production en hausse.
Vers un rétrécissement structurel du commerce extérieur bancaire ?
La continuité de cette tendance sur les prochains trimestres pourrait signaler un changement structurel du rôle des banques dans le commerce international. L’incapacité des établissements bancaires à garantir les transactions internationales diminue leur importance dans l’économie réelle et favorise la montée en puissance des circuits de paiement alternatifs, voire informels, échappant à toute régulation.
La confiance des partenaires étrangers envers les instruments émis par les banques libanaises est également mise à rude épreuve, ce qui fragilise davantage l’écosystème commercial national.
Fiche institutionnelle : Banque du Liban (BDL)
- Nom complet : Banque du Liban
- Rôle : Émission monétaire, régulation bancaire, supervision du système financier
- Réserves de change liquides (mi-mai 2025) : 11,2 milliards USD
- Taux de change de référence utilisé ici : 89 500 LL/USD
- Partie prenante des mécanismes de crédit documentaire via le système bancaire local
- Partenaire de la Banque mondiale et du FMI sur les réformes financières



