Un territoire au cœur des tensions régionales
Les fermes de Chébaa, une bande de territoire de 25 km², se trouvent à la frontière entre le Liban, le plateau du Golan et Israël. Ce territoire stratégique est de 2 kilomètres de large et s’étend sur près de 10 kilomètres le long de la frontière. Situées sur les pentes ouest du mont Hermon, à une altitude pouvant atteindre 1 880 mètres, elles offrent une vue panoramique sur les territoires environnants, ce qui leur confère une importance militaire cruciale. Occupées par Israël depuis 1967, les fermes sont revendiquées par le Liban comme partie intégrante de son territoire. Cependant, Israël et l’ONU considèrent ces terres comme syriennes, s’appuyant sur des cartes établies sous le mandat français. Ce différend géopolitique complexe reflète les tensions historiques entre les trois pays et la difficulté de clarifier la souveraineté territoriale.
Des revendications enracinées dans l’histoire
Les fermes de Chébaa sont devenues un enjeu de souveraineté nationale à cause de l’échec des puissances mandataires et des gouvernements locaux à délimiter les frontières. Entre 1933 et 1945, le mandat français représentait la région comme faisant partie de la Syrie. À la fin du mandat en 1946, cette administration a été maintenue par la Syrie, et les cartes continuaient d’attribuer la zone à ce pays. Cependant, en 1951, selon des affirmations libanaises, la Syrie aurait transféré officiellement les fermes au Liban, bien que cette décision n’ait jamais été documentée de manière formelle dans les accords internationaux. À partir de 1964, les discussions bilatérales entre le Liban et la Syrie pour démarquer la frontière ont échoué, laissant place à une ambiguïté exploitée par Israël après 1967. En effet, durant la guerre israélo-arabe, Israël a occupé les fermes, consolidant ainsi leur statut de territoire disputé.
Le rôle de Nabih Berri et la résurgence du dossier en 2000
Le dossier des fermes de Chébaa a refait surface avec force après le retrait israélien du sud du Liban en 2000, conformément à la résolution 425 du Conseil de sécurité de l’ONU. Alors que les Nations Unies considéraient que l’occupation israélienne du Liban avait pris fin, Nabih Berri, président du Parlement libanais, a insisté sur l’incomplétude de ce retrait en raison de la persistance de l’occupation des fermes de Chébaa. Berri a joué un rôle déterminant dans la mise en avant de documents cadastraux, de cartes et de témoignages pour revendiquer la « libanité » des fermes. Il a notamment affirmé être en possession d’une carte officielle américaine confirmant que ces terres appartiennent au Liban. Cette initiative visait non seulement à renforcer la position diplomatique du Liban, mais également à maintenir la pression sur Israël et à fédérer les forces politiques libanaises autour de cette question.
Le conflit des fermes de Chébaa (2000-2006)
Le retrait israélien n’a pas mis fin aux hostilités. Le Hezbollah a intensifié ses attaques contre Israël, justifiant ses actions par la nécessité de libérer les fermes de Chébaa. Entre 2000 et 2006, de nombreux affrontements ont marqué la région, exacerbant les tensions et entraînant des pertes humaines des deux côtés.
Voici quelques événements marquants :
Octobre 2000 : le Hezbollah attaque l’armée israélienne, tue trois soldats et capture leurs corps.
Avril 2001 : des missiles antichars visent un char israélien, entraînant la mort d’un soldat.
Juin 2005 : Israël réplique à une attaque du Hezbollah par des frappes aériennes, tuant plusieurs combattants.
2006 : les affrontements culminent avec une série de bombardements intensifs, à l’origine de la guerre de 33 jours. Ces événements montrent que les fermes de Chébaa sont devenues un prétexte stratégique pour le Hezbollah, permettant au groupe de maintenir une posture de résistance contre Israël.
Les positions divergentes des acteurs
- Position du Liban : Le Liban considère que les fermes de Chébaa sont intégralement libanaises, s’appuyant sur des documents cadastraux ottomans et des relevés administratifs réalisés sous le mandat français. En 2006, le Premier ministre libanais a proposé que cette zone soit placée temporairement sous la juridiction de l’ONU en attendant une délimitation officielle des frontières.
- Position de la Syrie : La Syrie affirme que le territoire appartient au Liban, mais n’a pas fourni de documents écrits à l’ONU pour étayer cette position. En 2006, le président syrien a réaffirmé verbalement la « libanité » des fermes de Chébaa lors de discussions avec Kofi Annan.
- Position d’Israël : Israël considère les fermes comme une extension du plateau du Golan, annexé en 1981. L’État hébreu justifie cette position en s’appuyant sur des cartes établies sous le mandat français et la ligne d’armistice de 1949.
- Position de l’ONU : Les Nations Unies estiment que les fermes de Chébaa relèvent du conflit israélo-syrien, conformément aux résolutions 242 et 338. Toutefois, en 2007, un cartographe de l’ONU a déclaré que la région pourrait être libanaise, mais sans modifier la position officielle.
Une solution diplomatique est-elle possible ?
Les efforts pour résoudre ce différend territorial ont été entravés par des intérêts divergents et des tensions régionales. Pour le Liban, récupérer Chébaa symboliserait une victoire majeure dans un contexte de crises politiques et économiques. Une délimitation formelle des frontières avec la Syrie, couplée à une reconnaissance internationale, est essentielle pour renforcer la position du Liban. Cependant, cette solution nécessite une coopération trilatérale entre le Liban, la Syrie et Israël, ce qui semble peu probable dans le contexte actuel. Les fermes de Chébaa restent donc un enjeu central de la résistance libanaise et une source de tensions dans la région.



