Depuis 2019, le Liban connaît une dégradation accélérée de ses indicateurs économiques. Le produit intérieur brut a chuté de plus de 60 %, et le secteur bancaire, jadis pilier du système financier, est aujourd’hui paralysé. La livre libanaise, dont le taux était fixé à 1 507,5 pour un dollar, se négocie aujourd’hui à plus de 89 500. Cette dévaluation massive a anéanti l’épargne des ménages, réduit à néant les salaires en monnaie locale, et provoqué un effondrement du pouvoir d’achat.
Face à cette situation, les caisses de l’État sont presque vides. L’aide internationale promise dans le cadre de la conférence CEDRE n’a pas été débloquée, faute de réformes concrètes. Le Liban vit désormais dans une économie essentiellement dollarisée, où l’État perçoit ses recettes en livres mais doit faire face à des dépenses en devises. La dette publique a franchi les 170 % du PIB, tandis que les réserves de la Banque centrale ont fondu. Le recours à la fiscalité devient alors l’unique levier encore activable.
Depuis la fin de 2019, le Liban a connu une contraction du PIB de plus de 60 %, une des plus graves dépressions économiques de l’histoire moderne. Le système bancaire, autrefois pilier de la stabilité financière nationale, est désormais paralysé, incapable de restituer les dépôts à leurs propriétaires. La Banque centrale ne dispose plus de réserves suffisantes pour stabiliser la livre libanaise, qui a perdu l’essentiel de sa valeur sur le marché parallèle. Cette situation a mené à une explosion des prix, à une paupérisation généralisée, et à une perte de légitimité institutionnelle.
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L’impasse salariale de l’État
Depuis le début de l’année 2025, des annonces répétées ont été faites concernant des hausses de salaires dans le secteur public. Ces augmentations, censées compenser l’effondrement du pouvoir d’achat, ont été présentées comme un acte de justice sociale. Toutefois, en l’absence d’un budget stable ou de revenus supplémentaires récurrents, ces promesses n’ont pas pu être tenues. Le secteur éducatif public, en particulier, est fortement touché, avec des grèves intermittentes et une désorganisation structurelle profonde.
Les militaires retraités, quant à eux, dénoncent une inégalité de traitement. Alors que certains versements exceptionnels ont été effectués à titre ponctuel, les pensions restent largement insuffisantes pour couvrir des dépenses de base comme l’alimentation ou les soins médicaux. Ces groupes, historiquement soutiens du régime, expriment de plus en plus ouvertement leur mécontentement, menaçant l’équilibre fragile entre institutions.
En plus de l’absence de financement stable, les engagements pris vis-à-vis des fonctionnaires se sont multipliés dans un contexte d’instabilité politique. Chaque gouvernement de transition ou de gestion courante a promis des ajustements ou des aides ponctuelles sans les inscrire dans des budgets viables. Cette dynamique a aggravé la perception d’un État clientéliste, distribuant des promesses sans viabilité. Le manque de dialogue avec les syndicats et les retraités a généré une frustration croissante.
Stratégie fiscale du gouvernement
Pour pallier l’incapacité à financer les salaires, le gouvernement a choisi d’augmenter les recettes à travers une série de taxes supplémentaires. La TVA sur certains produits est passée de 11 % à 15 %, tandis que les droits de douane ont été relevés sur de nombreuses importations, notamment les carburants et les produits alimentaires. Des taxes de services administratifs ont également été mises en place, y compris sur les certificats scolaires, les transactions immobilières ou les actes notariés.
Cette approche repose sur une logique d’urgence mais crée une pression accrue sur les couches populaires et la classe moyenne. Les entreprises formelles, déjà asphyxiées par la baisse de la consommation, voient leur compétitivité affaiblie. À défaut d’une réforme globale de la fiscalité, cette stratégie risque d’être contre-productive à moyen terme. L’économie parallèle se développe à mesure que les contribuables se tournent vers des circuits informels pour échapper à la taxation.
La méthode d’ajustement adoptée par le gouvernement repose sur l’empilement de taxes indirectes. Par exemple, les frais de douane ont été majorés sur des marchandises importées, impactant directement le prix de produits alimentaires, électroménagers, et matériaux de construction. La TVA est appliquée même sur des biens de première nécessité, une mesure exceptionnelle qui reflète la gravité du manque de liquidités de l’État. En outre, des services publics tels que les extraits d’état civil ou les frais judiciaires sont désormais facturés à un tarif supérieur.
Conséquences sociales et économiques
La conséquence immédiate de cette politique fiscale est une contraction supplémentaire de la demande intérieure. Les ménages, confrontés à la hausse simultanée des prix et des taxes, réduisent leur consommation à des niveaux de subsistance. Le panier alimentaire de base, qui coûtait l’équivalent de 75 dollars en 2019, dépasse aujourd’hui les 400 dollars. Les transports publics, mal développés, ne constituent pas une alternative viable à l’essence, dont le prix a été multiplié par plus de 60.
Le tissu social se fragmente. De plus en plus de familles dépendent des aides de la diaspora ou d’organisations non gouvernementales pour survivre. Le taux de pauvreté dépasse les 80 %, et la classe moyenne, autrefois pilier de la stabilité du pays, s’effondre. La précarisation des travailleurs du secteur public alimente un cercle vicieux : chute de la qualité des services publics, exode de compétences, et perte de confiance généralisée dans l’État.
L’effet immédiat de cette pression fiscale est la baisse de la demande interne. Les consommateurs libanais, dont les revenus sont pour la plupart en livres libanaises, ne peuvent plus suivre le rythme de l’inflation importée via la dollarisation des prix. Cette érosion du pouvoir d’achat entraîne une réduction de la consommation, un ralentissement de l’activité économique, et une contraction des marges pour les entreprises locales. Ces dernières réduisent leurs effectifs ou passent au travail informel pour survivre.
Déficit de transparence et manque de réforme structurelle
Malgré l’aggravation de la crise, aucun plan global de réforme fiscale n’a été présenté. L’impôt sur le revenu reste peu progressif, et l’impôt sur les grandes fortunes inexistant. Le système cadastral, obsolète, empêche la mise en place d’une taxation foncière efficace. De nombreuses activités lucratives, comme le secteur bancaire offshore ou certaines professions libérales, échappent à tout contrôle.
Les exonérations fiscales sont maintenues pour des groupes proches du pouvoir. Le recouvrement fiscal reste déficient : moins de 20 % des contribuables identifiés paient leurs impôts. Dans ce contexte, les nouvelles taxes frappent ceux qui ne peuvent pas les éviter, renforçant le sentiment d’injustice. La réforme promise de la Direction des finances n’a toujours pas été entamée, et aucun audit externe indépendant n’a été autorisé à ce jour.
La gestion de la fiscalité reste centralisée, opaque et archaïque. Le registre des contribuables n’est pas digitalisé à l’échelle nationale. Les redressements fiscaux sont rares, les contrôles quasiment inexistants. La corruption au sein de l’administration fiscale est un facteur dissuasif pour les entreprises désireuses de se formaliser. À l’inverse, ceux qui fraudent bénéficient souvent d’une impunité de fait.
Impacts sur les institutions sécuritaires
Parmi les plus affectés figurent les militaires retraités, dont les pensions sont désormais inférieures au seuil de pauvreté. La colère monte au sein de cette catégorie, avec des appels croissants à la désobéissance fiscale et à des mobilisations collectives. La légitimité de l’État est mise à mal lorsqu’il ne peut plus honorer ses engagements envers ceux qui ont servi sous son drapeau.
L’armée, bien que toujours opérationnelle, doit composer avec une baisse des moyens logistiques, des retards dans les soldes, et un moral en berne. Si les tensions devaient s’aggraver, les équilibres institutionnels pourraient être menacés. La perception selon laquelle la classe politique maintient ses privilèges tandis que les serviteurs de l’État sont abandonnés alimente un ressentiment diffus mais profond.
Les militaires retraités constituent une frange importante et symbolique de la population affectée par cette crise. Le non-versement des pensions réajustées alimente un sentiment de trahison. Des manifestations organisées par les anciens de l’armée ont eu lieu à plusieurs reprises devant les ministères et institutions officielles. La situation est d’autant plus délicate que certains de ces anciens militaires possèdent encore une influence sur les structures sécuritaires.



