samedi, février 21, 2026

Les derniers articles

Articles liés

L’IA et la Guerre

- Advertisement -

L’intelligence artificielle occupe aujourd’hui une place décisive dans la manière dont les conflits sont observés, compris et conduits. Dans les zones densément peuplées comme Gaza, elle a transformé la collecte d’informations, la lecture du terrain et l’interprétation des menaces. Les armées modernes s’appuient sur des volumes gigantesques de données, impossibles à traiter uniquement par l’esprit humain. L’IA s’est donc imposée comme un interprète froid, rapide et infatigable des signaux qu’un conflit produit à chaque seconde.

À travers des systèmes tels que Lavender et d’autres outils de classification, les renseignements se transforment en listes, en scores de probabilité, en profils de risque. Ces technologies croisent images aériennes, métadonnées, mouvements en réseau et communications interceptées. Elles permettent de repérer des schémas invisibles à l’œil humain, d’anticiper des trajectoires, de percevoir des corrélations faibles mais répétées, de recomposer le puzzle d’un territoire fragmenté.

Cette puissance analytique offre aux forces armées une vitesse d’exécution inédite. Là où des cellules de renseignement auraient autrefois passé des jours à vérifier une identité ou une activité, un algorithme peut désormais trier des milliers de dossiers en quelques minutes. Cette accélération modifie profondément le rapport au temps militaire : les décisions s’enchaînent plus vite que les délibérations humaines, et la pression pour suivre le rythme algorithmique redéfinit la manière même d’agir.

Mais cette efficacité apparente porte en elle une ambiguïté majeure. Les systèmes d’IA ne comprennent rien au contexte humain. Ils ne voient pas les familles, les rues, les habitudes, les dilemmes, les nuances ; ils ne perçoivent que des motifs statistiques dérivés de données souvent incomplètes. Là où un analyste humain aurait pu hésiter, douter ou recouper une information, un modèle calcule et classe. Il réduit la complexité du réel à une décision binaire, et c’est ensuite aux opérateurs humains de suivre ou de contredire cette logique froide.

À Gaza, cette utilisation intensive de l’IA a posé des questions fondamentales sur la responsabilité, la proportionnalité et la protection des civils. Les outils de tri et de ciblage, en réduisant la part du jugement humain, créent un risque de dérive mécanique : la décision devient un produit de l’algorithme, et la confiance accordée à la machine peut devenir plus forte que la prudence naturelle d’un opérateur. Certains analystes craignent que cette automatisation de la confiance modifie la manière dont on accepte ou refuse un risque, surtout dans un environnement où les données sont souvent brouillées, contradictoires ou manipulées.

L’autre enjeu majeur est celui de la transparence. Les modèles utilisés dans les opérations militaires sont rarement accessibles au public ou aux organisations indépendantes. Leur fonctionnement interne reste opaque, et les biais éventuels — dans les données comme dans la conception — ne peuvent être évalués qu’après coup, lorsque le dommage est déjà survenu. Cette opacité complique l’application du droit international humanitaire, qui repose sur la capacité de déterminer l’intention, la proportionnalité de l’action et le lien entre une décision et ses conséquences.

La guerre moderne, en s’adossant à l’IA, devient alors une zone grise où la responsabilité humaine peut se dissoudre. Les opérateurs affirment suivre les recommandations du système ; les concepteurs affirment que la décision finale relève toujours de l’humain. Entre les deux, le réel se fracture, et ce sont les civils qui supportent le poids de cette incertitude méthodologique.

Pourtant, malgré cette sophistication technologique, un paradoxe persiste : plus l’IA progresse, plus la guerre se révèle dans sa dimension la plus archaïque. L’algorithme peut trier, analyser, prédire ; il ne peut pas comprendre la valeur d’une vie, l’histoire d’une rue, ni la fragilité d’un instant. La technique accélère le geste, mais n’en modifie pas la nature profonde. Elle amplifie les décisions sans jamais en assumer le sens.

Ainsi, l’IA n’est ni une neutralité mécanique ni une garantie d’exactitude. C’est un outil puissant, dont l’usage dans les conflits comme celui de Gaza montre autant les capacités que les limites. Elle révèle notre dépendance croissante aux calculs qui nous dépassent, mais aussi la nécessité d’un retour au jugement humain, à la prudence, à la responsabilité. La guerre algorithmiquement assistée ouvre une page nouvelle, mais elle rappelle aussi que sans conscience pour l’accompagner, la technologie finit par devenir un miroir froid de nos propres angles morts.

ANALYSE STRATEGIQUE : L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DANS LE CONFLIT DE GAZA

L’usage étendu de systèmes d’analyse automatisée dans la guerre de Gaza a marqué une inflexion majeure dans la conduite contemporaine des opérations militaires. Plus qu’un simple soutien technique, l’intelligence artificielle s’est imposée comme un facteur structurant du champ de bataille, modifiant à la fois les environnements décisionnels, les rythmes opérationnels et la nature même du renseignement.

La capacité de certains systèmes à classifier rapidement des profils, à corréler des données hétérogènes et à convertir des comportements en indicateurs opérationnels a profondément transformé le cycle d’identification des cibles. Ce qui relevait traditionnellement de processus humains lents et sélectifs est devenu un flux continu, caractérisé par une accélération extrême et une réduction significative du temps de validation. L’environnement urbain dense de Gaza, combiné à la nature hybride du Hamas, a renforcé la centralité de ces outils : la donnée est devenue terrain, et sa maîtrise, une condition de supériorité tactique.

Cependant, cette automatisation accrue a produit un paradoxe stratégique. La promesse d’une précision renforcée s’est heurtée à la multiplication des cibles générées par les systèmes. La vitesse, devenue un impératif opérationnel, a parfois primé sur la capacité humaine à exercer un jugement critique. L’IA a ainsi modifié la répartition de la responsabilité décisionnelle, déplaçant une partie du poids analytique vers des modèles statistiques dont les résultats, bien que performants, reposent sur des logiques opaques et difficilement contestables en temps réel.

Du point de vue de la dynamique du conflit, ces outils ont permis une érosion rapide de nombreuses infrastructures opérationnelles du Hamas. Néanmoins, ils ont également élargi la surface d’impact aux environnements civils au sein desquels l’organisation était profondément imbriquée. Ce phénomène rappelle l’une des limites structurelles des systèmes algorithmiques : leur difficulté à intégrer, dans des contextes asymétriques, la dimension humaine, politique et symbolique des environnements de guerre.

Pour les acteurs non étatiques, l’évolution de ce conflit suggère une adaptation probable : la recherche de stratégies d’invisibilisation numérique, la saturation délibérée des capteurs ou la production de signaux contradictoires. La guerre future impliquera autant la maîtrise de l’espace physique que la capacité à déjouer les architectures d’analyse qui structurent désormais l’espace informationnel.

IMPLICATIONS REGIONALES

À l’échelle régionale, cette transformation technologique introduit plusieurs dynamiques nouvelles. Les États proches du théâtre d’opérations — notamment l’Égypte, la Jordanie, le Liban et la Syrie — observent avec attention la manière dont la supériorité technologique peut compenser ou accentuer des vulnérabilités stratégiques. La diffusion de ces outils, ou leur contre-mesure, pourrait redéfinir les équilibres militaires dans une région déjà caractérisée par la fragmentation, l’asymétrie et l’instabilité.

Par ailleurs, l’usage massif de l’IA dans un contexte de forte densité civile crée un précédent susceptible d’alimenter des tensions diplomatiques et d’entraîner des contestations juridiques sur l’interprétation du droit international humanitaire. La perception régionale de cette évolution pourrait devenir un facteur supplémentaire de polarisation politique et sécuritaire.

Enfin, le conflit a révélé une dépendance croissante des armées avancées à l’égard de systèmes énergétiques, numériques et de communication extrêmement vulnérable en cas d’extension régionale majeure. Dans un scénario d’escalade impliquant plusieurs acteurs étatiques ou non étatiques, la résilience de ces systèmes deviendrait un enjeu stratégique central.

CONCLUSION

La guerre de Gaza marque une étape structurante dans l’intégration de l’intelligence artificielle au cœur des opérations militaires. Elle démontre à la fois la puissance de l’analyse algorithmique et ses limites lorsqu’elle est confrontée à des environnements civils complexes et à des organisations hybrides. Dans un Moyen-Orient où les équilibres évoluent rapidement, cette transformation technologique pourrait redéfinir la nature des conflits à venir, tout en soulevant des questions majeures quant à la responsabilité, à la proportionnalité et à la stabilité régionale. 

Références bibliographiques et sitographiques

Livres et articles académiques :

1. Singer, P. W. (2020). LikeWar: The Weaponization of Social Media. Houghton Mifflin Harcourt. pp. 112-145.

2. Horowitz, M. C. (2022). Artificial Intelligence and the Future of Warfare. Oxford University Press. pp. 87-130.

3. Cummings, M. L. (2017). Artificial Intelligence and the Future of Military Decision Making. Ch. 3-5. MIT Press.

Rapports et publications institutionnelles :

4. Human Rights Watch. (2024). Questions and Answers: Israeli Military’s Use of Digital Tools in Gaza. HRW. Disponible sur:https://www.hrw.org/news/2024/09/10/questions-and-answers-israeli-militarys-use-digital-tools-gaza

International Committee of the Red Cross (ICRC). (2024). Algorithms in War: AI Decision-making in Armed Conflicts. Disponible sur: https://blogs.icrc.org/law-and-policy/fr/2024/02/22/algorithmes-de-la-guerre-recours-a-l-intelligence-artificielle-pour-la-prise-de-decisions-dans-les-conflits-armes

Center for Strategic & International Studies (CSIS). (2023). Waging AI-Enabled Autonomous Warfare in Ukraine. Disponible sur: https://www.csis.org/analysis/ukraines-future-vision-and-current-capabilities-waging-ai-enabled-autonomous-warfare

French Ministry of Armed Forces (Défense). (2024). IA et Défense : Défis de Souveraineté et d’Innovation Technologique. Disponible sur:https://www.defense.gouv.fr/actualites/ia-defense-defi-souverainete

Articles de presse et analyses spécialisées :

8. Al-Monitor. (2024). Israel Deploys New Military AI in Gaza War. Disponible sur:https://www.al-monitor.com/originals/2024/02/israel-deploys-new-military-ai-gaza-war

Wikipedia contributors. (2024). AI-assisted Targeting in the Gaza Strip. Disponible sur:https://en.wikipedia.org/wiki/AI-assisted_targeting_in_the_Gaza_Strip

- Advertisement -
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

A lire aussi