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Liban en crise : travailleurs et enseignants à bout, la grève menace

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Un contexte économique et social en crise

Depuis plus de quatre ans, le Liban est plongé dans une crise économique sans précédent, marquée par l’effondrement de la livre libanaise, une hyperinflation galopante et une détérioration drastique des conditions de vie. Les salaires, qui n’ont pas suivi l’augmentation vertigineuse des prix, ont perdu près de 90 % de leur valeur réelle, rendant difficile pour de nombreux travailleurs de couvrir leurs besoins essentiels​.

Dans ce contexte, les mobilisations sociales se multiplient. Les enseignants, les fonctionnaires et les travailleurs du secteur privé réclament des augmentations de salaire substantielles pour compenser la perte de leur pouvoir d’achat. Toutefois, face à un État en quasi-faillite et à des entreprises privées en difficulté, les négociations sont complexes et souvent infructueuses.

Béchara Al-Asmar, président de l’Union générale des travailleurs au Liban, a récemment réaffirmé la nécessité d’une indemnité de cherté de vie de 9 millions de livres libanaises, estimant que l’augmentation du salaire minimum à 18 millions de livres est insuffisante face à l’inflation galopante.

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Il a déclaré :

« Premier objectif à atteindre : garantir les 9 millions de livres comme compensation pour la cherté de vie. Cette somme concerne des centaines de milliers de travailleurs soumis à la loi du travail. Cette demande est légitime car le décret d’avril 2024, qui a relevé le salaire minimum à 18 millions de livres, est incomplet : la suppression de son article 2 a privé de nombreux salariés de cette compensation essentielle. »

Il ajoute que ce montant fait partie intégrante du salaire et impacte plusieurs autres prestations, comme les cotisations sociales et les indemnités diverses. Il a insisté sur le fait que cette indemnité de cherté de vie devrait être appliquée immédiatement, dénonçant les lenteurs administratives et les manœuvres gouvernementales pour retarder son exécution​.

Dans un autre passage, il souligne l’ampleur de la crise :

« Aujourd’hui, nous sommes face à une explosion des prix et une dévaluation massive de la monnaie. Comment justifier que les travailleurs continuent à survivre avec des salaires dérisoires alors que tout a augmenté de manière exponentielle ? Nous avons déposé plusieurs requêtes auprès du Conseil d’État pour rétablir cette compensation. Nous espérons une décision rapide. »

Les enseignants, en particulier, sont en première ligne de la contestation. Avec des salaires qui ne permettent même plus de payer les frais de transport pour se rendre au travail, beaucoup ont été contraints d’abandonner leur poste ou de chercher des emplois supplémentaires pour survivre. Dans les écoles publiques, les grèves se succèdent, mettant en péril la continuité de l’enseignement et l’avenir des élèves.

La situation est tout aussi alarmante dans le secteur hospitalier, où les infirmiers et le personnel médical, épuisés par les conditions de travail et les bas salaires, quittent massivement le pays pour chercher des opportunités à l’étranger. Cette fuite des compétences affaiblit encore davantage les services publics, augmentant le sentiment d’effondrement progressif de l’État.

L’inflation a également des répercussions sur les travailleurs indépendants et les petites entreprises. Nombre d’artisans, de commerçants et de prestataires de services ont été contraints de fermer boutique, incapables de faire face à l’augmentation des coûts d’importation et à la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs.

Les revendications sociales ne se limitent pas uniquement aux salaires. Les manifestants réclament aussi des garanties sur la protection sociale, des compensations pour la perte de leurs économies et une réforme du système fiscal jugé injuste.

Alors que la situation continue de se détériorer, le gouvernement peine à trouver des solutions viables, tiraillé entre les pressions du FMI, les contraintes budgétaires et les revendications populairesL’absence de décisions clairesne fait qu’alimenter la colère des travailleurs, qui préviennent que la mobilisation ne fera que s’intensifier si leurs demandes ne sont pas prises en compte.

Les actions de mobilisation et les blocages des négociations

Depuis plusieurs mois, les travailleurs libanais, en particulier les enseignants et les fonctionnaires, se mobilisent à travers des grèves, des sit-in et des manifestations pour exiger une amélioration de leurs conditions salariales. Le mouvement de contestation, porté notamment par Béchara Al-Asmar et l’Union générale des travailleurs au Liban, met en lumière l’ampleur du désespoir des classes laborieuses face à l’effondrement économique.

La mobilisation la plus visible concerne le secteur de l’éducation, où les enseignants du public et du privé ont mené des grèves répétées, paralysant des milliers d’écoles à travers le pays. Ces grèves, parfois prolongées sur plusieurs semaines, empêchent la continuité de l’enseignement et accentuent le sentiment de crise qui frappe déjà un système éducatif en grande difficulté.

Les syndicats des enseignants réclament une révision immédiate des salaires, qui, selon eux, ne permettent même plus de couvrir les frais de déplacement pour se rendre au travail. Certains enseignants perçoivent moins de 30 dollars par mois, une somme dérisoire dans un pays où l’inflation galopante a fait exploser le prix des denrées de base.

Le mouvement de contestation s’étend également aux hôpitaux publics et au secteur médical, où les médecins et infirmiers dénoncent des conditions de travail devenues intenables. Nombre d’entre eux ont choisi l’exil vers l’Europe ou les pays du Golfe, créant une grave pénurie de personnel médical et mettant en danger la continuité des soins pour la population libanaise.

Dans le secteur des transports, les chauffeurs de taxis et de bus ont aussi rejoint le mouvement, protestant contre la hausse du coût des carburants et l’absence de mesures de soutien de l’État. Les blocages de routes et les manifestations devant les ministères se sont multipliés, paralysant parfois des axes stratégiques à Beyrouth et dans les grandes villes.

Face à cette pression grandissante, le gouvernement a annoncé une augmentation du salaire minimum à 18 millions de livres libanaises, soit l’équivalent d’environ 200 dollars au taux actuel du marché. Mais cette mesure est jugée largement insuffisante par les syndicats, qui réclament en plus une indemnité de cherté de vie d’au moins 9 millions de livres, afin de compenser l’explosion des prix de l’alimentation, des loyers et des services essentiels.

Béchara Al-Asmar, figure centrale du mouvement syndical, a critiqué le manque de volonté politique du gouvernement, dénonçant des dirigeants déconnectés des réalités sociales et incapables de répondre aux urgences économiques du pays. Il affirme que l’augmentation du salaire minimum sans mécanisme de régulation des prix et sans réformes structurelles ne résoudra en rien la détresse des travailleurs.

Malgré plusieurs cycles de négociations entre les syndicats et les autorités, aucun accord global n’a encore été trouvé. Le gouvernement, confronté à des difficultés budgétaires majeures et aux exigences du FMI, hésite à accorder des hausses salariales qu’il considère comme impossibles à financer sur le long terme.

Les travailleurs, quant à eux, dénoncent une tentative du gouvernement de temporiser et de gagner du temps sans proposer de véritables solutions. Certains représentants syndicaux évoquent même une stratégie visant à épuiser le mouvement social, en pariant sur la lassitude et la résignation des travailleurs après plusieurs mois de lutte.

Dans les universités publiques, le bras de fer entre enseignants et gouvernement est particulièrement intense. De nombreux professeurs dénoncent un mépris total de la part des autorités, qui continuent à proposer des ajustements symboliques sans réelle prise en compte de l’urgence de la situation. Certains établissements ont été contraints de réduire les heures de cours ou de suspendre certains programmes, laissant des milliers d’étudiants dans l’incertitude quant à leur avenir académique.

Les travailleurs du secteur privé ne sont pas en reste. De nombreux employés de grandes entreprises se sont retrouvés piégés dans une spirale de précarité, voyant leurs revenus stagnants face à une inflation incontrôlable. Si certaines entreprises ont accordé des ajustements salariaux, les disparités sont énormes entre les différents secteurs, et de nombreux travailleurs du privé ne bénéficient d’aucune protection sociale pour faire face à l’augmentation du coût de la vie.

Au fur et à mesure que la situation économique se dégrade, les mobilisations risquent de s’intensifier. Les syndicats préviennent qu’ils ne reculeront pas sans obtenir des engagements concrets. Certains militants évoquent même la possibilité d’une grève générale, qui pourrait paralyser le pays et forcer les autorités à prendre des décisions plus radicales.

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Newsdesk Libnanews
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