En ce début février 2026, l’économie libanaise reste piégée dans un tourbillon destructeur où la masse monétaire se contracte de manière alarmante, tandis que l’inflation, bien que ralentie, continue de ronger le pouvoir d’achat des citoyens. Ce paradoxe économique, marqué par une diminution des agrégats monétaires M1, M2, M3 et M4, incluant les dépôts en devises étrangères comme les dollars et les billets en circulation, expose les failles béantes d’un système financier en déliquescence. La contraction, impulsée par des politiques restrictives pour ancrer le taux de change, coexiste avec une inflation tenace due à la dollarisation massive, aux chocs externes et à un manque criant de réformes. Selon les données les plus fraîches de la Banque du Liban, au 29 janvier 2026, M1 s’établit à 110 869 milliards de livres libanaises, en hausse hebdomadaire de 2 132,26 milliards, mais reflétant une tendance annuelle de contraction par rapport aux pics de 2025. M2 atteint 148 128 milliards de livres, progressant de 2 476,45 milliards sur la semaine, tandis que M4, englobant les bons du Trésor détenus par le secteur non bancaire, culmine à 5 983,07 trillions de livres, en augmentation de 12 504,99 milliards. Pour M3, qui intègre les dépôts en devises étrangères, les chiffres de novembre 2025 indiquent 6 061 261 milliards de livres, mais des tendances récentes suggèrent une poursuite de la contraction, avec une baisse annuelle estimée à environ 3,5 %. En équivalent dollars, M1 avoisine 1,24 milliard de dollars et M2 1,64 milliard, illustrant une érosion réelle due à la dépréciation persistante de la livre. Côté inflation, elle a ralenti à 12,23 % en glissement annuel en décembre 2025, contre 14,9 % en novembre, marquant le plus bas depuis février 2020, avec une moyenne annuelle de 14,58 % pour 2025. Les projections pour 2026 tablent sur une possible descente à 8,7 %, mais des risques de remontée à 20 % planent si les instabilités régionales s’aggravent. Ces indicateurs peignent un tableau d’une économie en sursis, où les efforts pour dompter l’inflation via une contraction monétaire risquent de stranguler la croissance, exacerbant les souffrances d’une population déjà exsangue.
Les racines obscures de la contraction monétaire : un piège auto-imposé ?
La contraction monétaire qui étreint le Liban n’est pas un accident fortuit, mais le fruit amer de choix politiques et structurels qui ont miné les fondations du système financier depuis la crise de 2019. Au cœur de ce phénomène se trouve la Banque du Liban, qui, pour stabiliser le taux de change officiel à environ 89 500 livres par dollar depuis 2023, a imposé des restrictions draconiennes sur les dépôts en devises étrangères, pilier de M3. Ces dépôts, qui représentaient plus de 80 % des actifs bancaires avant la crise, ont fondu comme neige au soleil, passant de 6 209 476 milliards de livres au 22 janvier 2025 à des niveaux inférieurs en 2026, avec une chute hebdomadaire récente compensée par des hausses sporadiques mais insuffisantes pour inverser la tendance. Les limitations sur les retraits, plafonnés à 400-500 dollars par mois par compte, ont non seulement gelé les liquidités mais aussi érodé la confiance, entraînant une fuite des capitaux estimée à des dizaines de milliards de dollars. Cette politique restrictive, héritée de l’ère intérimaire de Wassim Mansouri et poursuivie sous le nouveau gouverneur Karim Souaid, vise à préserver les réserves en devises, tombées à des niveaux critiques de 9 milliards de dollars nets en 2025. Cependant, elle a accentué la dollarisation de l’économie, où plus de 85 % des transactions se font en dollars, réduisant drastiquement la circulation de la livre et contractant M1 et M2. Les remises des expatriés, autrefois un bouclier contre la pauvreté, ont chuté de 15-20 % en 2025 en raison des conflits régionaux, privant l’économie de devises fraîches et aggravant la contraction de M3. Ajoutez à cela les sanctions internationales contre des entités liées au Hezbollah, qui limitent les flux financiers transfrontaliers, forçant la BDL à rationner les dollars pour les importations essentielles. Cette contraction n’est pas uniforme : tandis que M4 montre des hausses hebdomadaires grâce à des ajustements sur les bons du Trésor, la tendance annuelle révèle une diminution de 0,42 % depuis le début de 2026, soulignant une volatilité qui masque une érosion profonde. Les causes externes, comme la guerre au sud avec Israël en 2024, ont disrupté les chaînes d’approvisionnement, augmentant les coûts et forçant une réduction des importations, ce qui contracte indirectement la masse monétaire. Internement, l’absence de réformes fiscales a laissé le gouvernement dépendant des financements bancaires, créant un cercle vicieux où les banques, surendettées, ne peuvent plus injecter de liquidités. Cette contraction, bien qu’intentionnelle pour juguler l’hyperinflation passée, risque aujourd’hui de plonger le pays dans une déflation dépressive, où la demande s’effondre et les investissements fuient.
Les ravages invisibles : comment la contraction monétaire asphyxie le Liban quotidien
Les conséquences de cette contraction monétaire se propagent comme un venin lent mais fatal à travers l’économie et la société libanaise, transformant une crise financière en catastrophe humanitaire. Économiquement, elle a étouffé la croissance, avec un PIB réel en stagnation à -0,6 % en 2025, après des chutes abyssal de 7 % en 2021. Les entreprises, privées de crédit bancaire, ferment leurs portes en cascade, portant le chômage des jeunes à 50 % et la pauvreté à 74 % de la population. Les restrictions sur les dépôts ont créé des drames personnels : des déposants, ruinés, en viennent à braquer leurs propres banques pour financer des traitements médicaux vitaux. Socialement, la contraction de M3, riche en dollars, a exacerbé les inégalités, car les classes moyennes voient leurs économies bloquées tandis que les élites transfèrent des fonds à l’étranger. Les importations, vitales pour un pays qui dépend à 80 % des biens étrangers, ont chuté de 10 % en 2025, entraînant des pénuries récurrentes en carburant, médicaments et aliments de base. Financièrement, les banques, avec des pertes cumulées dépassant 72 milliards de dollars, sont paralysées, incapables de prêter et contribuant à une contraction de crédit de 15 % annuelle. Les réserves en devises, stabilisées mais fragiles, exposent l’économie à des chocs comme les tensions géopolitiques, où un simple blocus pourrait vider les coffres. Politiquement, cette asphyxie monétaire alimente l’instabilité, avec des manifestations sporadiques contre un système perçu comme une machine à appauvrir les masses. À long terme, sans inversion, elle pourrait accélérer l’exode des talents, avec plus d’un million de Libanais ayant fui depuis 2019, et dégrader les services publics, déjà limités à une heure d’électricité quotidienne sans recours privés. Cette contraction, loin d’être un remède, s’avère un poison qui mine la résilience nationale.
Les ombres persistantes : pourquoi l’inflation refuse de capituler au Liban
Malgré les efforts pour contracter la masse monétaire, l’inflation reste un monstre tapi dans l’ombre, alimenté par des facteurs tenaces qui défient les mesures conventionnelles. La dollarisation quasi-totale de l’économie indexe les prix sur le dollar, transmettant les moindres fluctuations du marché parallèle à l’inflation, même avec un taux officiel stable. Les disruptions supply chain, amplifiées par les conflits régionaux en 2024-2025, ont gonflé les coûts d’importation, avec l’inflation alimentaire à 14,64 % en décembre 2025. La dévaluation historique de la livre, perdant 98 % depuis 2019, a instillé une inertie inflationniste, où les anticipations de hausses futures poussent les commerçants à majorer les prix préventivement. Les coupes dans les subventions sur l’énergie et les biens essentiels, dues à l’épuisement des réserves, ont transféré les fardeaux aux consommateurs, avec une inflation dans le logement et les utilities à 17,2 % fin 2025. Le secteur public, chroniquement sous-financé, contribue via des salaires érodés qui forcent les employés à des emplois secondaires, distordant les marchés et perpétuant l’inflation. Enfin, le manque de réformes structurelles, comme la restructuration de la dette à 150 % du PIB, maintient une pression fiscale qui se répercute sur les biens de consommation. Bien que ralentie par la stabilisation du change sous Souaid, l’inflation à 12,23 % reste élevée par rapport aux normes régionales, menaçant une résurgence si les négociations avec le FMI échouent. Ces facteurs, entrelacés, transforment l’inflation en un hydre résilient, résistant aux coupes monétaires.
Le calvaire silencieux : les blessures infligées par une inflation insatiable
L’inflation persistante au Liban n’est pas qu’un chiffre abstrait ; elle est une lame qui entaille profondément le tissu social et économique, aggravant les fractures d’une nation en lambeaux. Avec une moyenne de 14,58 % en 2025, elle a pulvérisé les économies des classes moyennes, déjà séquestrées dans les banques, précipitant des millions dans la pauvreté extrême. Les ménages modestes, payés en livres dévaluées, ont vu leur pouvoir d’achat s’évaporer de 95 % depuis 2019, entraînant une hausse des maladies nutritionnelles et des abandons familiaux. Économiquement, elle repousse les investissements étrangers, en chute de 80 % depuis 2018, et rend les projections d’affaires hasardeuses, freinant les embauches et maintenant un chômage à 40 %. Sanitairement, elle a favorisé des crises comme le choléra en 2022, dues à des pénuries d’eau. Politiquement, elle attise la rage contre les élites, vues comme profiteurs de la misère. À long terme, sans maîtrise, elle pourrait muter en hyperinflation si les réserves fondent, menaçant l’effondrement total.
Le ministère des Finances : maître d’œuvre ou saboteur de la politique monétaire actuelle ?
Dans le cadre de la politique monétaire actuelle, axée sur la contraction pour stabiliser le change et dompter l’inflation, le ministère des Finances joue un rôle ambigu, souvent critiqué pour son inertie. Chargé de la fiscalité, il influence directement la masse monétaire via les déficits budgétaires, qui, à 10 % du PIB en 2025, forcent la BDL à indirectement monétiser la dette par des achats de bons du Trésor, gonflant M4 artificiellement. Critiquement, le ministère a tardé à aligner le dollar douanier sur le taux de marché, ce qui a contracté les revenus fiscaux et accru la dépendance aux devises rares, exacerbant la contraction de M3. Sous la pression du FMI, il a ajusté la TVA et les droits pour booster les recettes, mais cela a alimenté l’inflation sans compenser la contraction monétaire. Les critiques pointent son rôle dans le maintien de subventions ciblées, qui, bien que réduites, drainent les réserves et empêchent une contraction plus efficace. Sans réformes fiscales agressives, comme taxer les capitaux rapatriés, le ministère freine la stabilisation, prolongeant la contraction et l’inflation.
La Banque du Liban sous Karim Souaid : sauveur ou continuateur d’une politique controversée ?
Nommé le 27 mars 2025, Karim Souaid, expert en gouvernance bancaire et opposant à l’influence du Hezbollah, dirige la BDL dans une phase critique de politique monétaire restrictive. Sa stratégie, héritée de Mansouri, met l’accent sur la fin du financement gouvernemental et la préservation des réserves, contractant M3 pour ancrer le change à 89 500 livres/dollar. Critiquement, Souaid priorise les négociations IMF pour restructurer les pertes bancaires de 80 milliards de dollars, ce qui pourrait atténuer la contraction en libérant des dépôts, mais ses liens avec l’élite financière soulèvent des doutes sur une protection des déposants. Sa politique refuse les hausses de taux en raison de la dollarisation, optant pour des rations de devises qui contractent la masse mais risquent d’alimenter l’inflation via des pénuries. Globalement, Souaid est vu comme un réformateur potentiel, mais critiqué pour une contraction trop rigide qui étouffe la croissance sans vaincre l’inflation.
Les banques libanaises : rouages essentiels ou entraves à la politique monétaire en cours ?
Les banques libanaises, au cœur de la politique monétaire actuelle, agissent comme des amplificateurs de la contraction via leurs contrôles de capitaux informels depuis 2019, limitant les retraits et contractant M3 drastiquement. Avec des prêts non performants à 79 %, elles ne peuvent injecter de liquidités, perpétuant la chute de M1 et M2. Critiquement, elles résistent à la restructuration exigée par Souaid, protégeant leurs actionnaires au détriment d’une politique monétaire plus fluide. Leur rôle dans la dollarisation accentue la contraction de la livre, tandis que leurs pertes bloquent les prêts, freinant toute relance. Elles sont accusées de complicité dans une politique qui priorise la stabilité au prix de la souffrance populaire.
Horizons troubles : vers une sortie de crise ou un abîme plus profond ?
Les perspectives pour le Liban en 2026 restent voilées d’incertitudes, avec une contraction monétaire persistante et une inflation à 12,23 % fin 2025 potentiellement grimpant à 18 % si les réformes stagnent. Une croissance de 4 % est envisageable avec un accord IMF, mais sans restructuration bancaire et fiscale, le pays risque une stagnation prolongée.
Les recommandations sont claires : accélérer la libération des dépôts pour relancer M3, taxer les profits illicites pour réduire l’inflation, et renforcer l’indépendance de la BDL. Sans cela, le Liban court vers un chaos accru.
