Le Premier ministre libanais par intérim, Najib Mikati, s’est rendu à Damas ce samedi pour une rencontre historique avec le nouveau leader syrien, Ahmed al-Sharaa, au Palais du Peuple à Damas. Cette rencontre marque un tournant dans les relations entre les deux voisins, longtemps marquées par des tensions et des rivalités politiques. La visite intervient après la chute du régime de Bachar al-Assad et l’installation d’un nouveau leadership en Syrie, offrant une opportunité de rétablir des liens bilatéraux.
Une délégation de haut niveau pour un enjeu crucial
La délégation libanaise qui accompagne Najib Mikati illustre l’importance de cette visite. Elle comprend des figures clés du gouvernement et des services de sécurité, notamment :
- Abdallah Bou Habib, ministre des Affaires étrangères et des expatriés.
- Le général de brigade Elias Bayssari, directeur général par intérim de la Sûreté générale.
- Le général Tony Kahwaji, directeur du renseignement de l’armée libanaise.
- Le général Hassan Choucair, directeur adjoint de la Sûreté de l’État.
Du côté syrien, le président Ahmed al-Sharaa était entouré de hauts responsables, notamment :
- Assad Cheibani, ministre des Affaires étrangères.
- Anas Khattab, chef des services de renseignement.
- Ali Kadah, directeur du bureau d’Ahmed al-Sharaa.
Les discussions, qui se tiennent dans un cadre protocolaire au Palais du Peuple, reflètent l’importance stratégique de ce dialogue. La réception officielle de Najib Mikati par Ahmed al-Sharaa à l’entrée du palais souligne également la volonté syrienne de restaurer des relations respectueuses et formelles avec Beyrouth.
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Les objectifs de la rencontre
Cette réunion de haut niveau vise plusieurs objectifs :
- Rétablir une coopération sécuritaire : Les discussions entre les responsables du renseignement libanais et syrien montrent que la sécurité frontalière et la lutte contre le terrorisme figurent parmi les priorités. Le contrôle des zones transfrontalières reste crucial pour les deux pays, qui ont été confrontés à des flux d’armes et de combattants pendant la guerre syrienne.
- Relancer les relations diplomatiques : Après plus d’une décennie de tensions, la présence des ministres des Affaires étrangères des deux pays témoigne d’une volonté de renforcer les canaux diplomatiques et de normaliser les relations.
- Aborder les dossiers économiques : La situation économique catastrophique du Liban nécessite un renforcement de la coopération avec la Syrie, notamment dans des secteurs clés comme le commerce, l’énergie et le transit des marchandises.
- Faciliter le retour des réfugiés : Le Liban accueille encore plus d’un million de réfugiés syriens. Une stabilisation en Syrie pourrait encourager un retour progressif de ces populations, ce qui réduirait la pression économique et sociale sur le Liban.
HTS, incidents frontaliers et pressions économiques
La visite de Najib Mikati à Damas s’inscrit également dans un contexte sécuritaire tendu, marqué par l’activité de groupes armés tels que Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), une organisation issue d’Al-Qaïda, qui opère dans la région frontalière entre le Liban et la Syrie. Ces factions sont accusées de mener des trafics d’armes dans les zones frontalières, ce qui a entraîné des affrontements ponctuels avec l’armée libanaise. Des sources militaires rapportent que ces incidents perturbent non seulement la sécurité locale, mais également la stabilité des échanges transfrontaliers, déjà fragilisée par le conflit syrien.
En parallèle, la politique syrienne d’interdire l’entrée de citoyens libanais sans permis de résidence ajoute une autre couche de complexité. Ce blocage limite la circulation des marchandises libanaises à destination du Golfe, créant un quasi-blocus terrestre qui étouffe les exportations libanaises. Cela accentue la crise économique au Liban, où les secteurs agricoles et industriels sont particulièrement touchés par cette restriction.
Ces tensions sont également exacerbées par des visites de personnalités politiques libanaises en Syrie, comme celle de Walid Joumblatt. Le chef du Parti socialiste progressiste s’est rendu récemment à Damas pour rencontrer des responsables syriens, dans une démarche visant à trouver des solutions aux problèmes transfrontaliers et économiques. Cette visite a suscité des réactions contrastées au Liban, reflétant les divisions internes sur la manière de gérer les relations avec la Syrie.
Un contexte marqué par de profonds bouleversements
La visite de Najib Mikati intervient dans un contexte de changements profonds au Liban et en Syrie. Au Liban, l’élection récente du président Joseph Aoun a permis de surmonter une vacance présidentielle de plus de deux ans. Ce développement offre au pays une opportunité de rétablir une gouvernance fonctionnelle et de réorienter sa politique étrangère.
En Syrie, la chute de Bachar al-Assad a ouvert une nouvelle ère politique, bien que le pays reste confronté à des défis majeurs, notamment la reconstruction et la stabilisation. Le nouveau leader Ahmed al-Sharaa cherche à normaliser les relations de la Syrie avec ses voisins, et cette rencontre avec Mikati s’inscrit dans cette stratégie.
Défis et opportunités pour les deux pays
Le rapprochement entre le Liban et la Syrie comporte des défis, notamment en raison des sensibilités politiques internes au Liban. Certains partis politiques libanais, notamment ceux opposés à l’influence du Hezbollah, restent sceptiques quant à un rapprochement trop rapide avec Damas. De plus, la Syrie doit encore prouver qu’elle est capable de s’engager dans des relations bilatérales respectueuses, sans chercher à restaurer l’hégémonie qu’elle exerçait sur le Liban avant 2005.
Cependant, les opportunités sont également importantes. La coopération entre les deux pays pourrait permettre de résoudre des problèmes communs, tels que la lutte contre les réseaux criminels transfrontaliers et la coordination sur des questions économiques vitales. Une telle collaboration pourrait également renforcer la position du Liban dans ses négociations avec d’autres acteurs internationaux, en montrant sa volonté de contribuer à la stabilisation régionale.
Une réunion chargée de symbolisme
Le fait que la réunion se tienne au Palais du Peuple, un lieu emblématique de l’ancien régime syrien, souligne le poids symbolique de cet événement. En accueillant Najib Mikati avec tous les honneurs, Ahmed al-Sharaa cherche à montrer que la Syrie est prête à tourner la page du conflit et à jouer un rôle constructif dans la région. Pour le Liban, cette visite est une tentative de repositionner le pays dans un Moyen-Orient en pleine recomposition, tout en répondant aux attentes de ses partenaires régionaux et internationaux.
Les retombées attendues de cette visite
Les résultats de cette rencontre seront scrutés de près, tant au Liban qu’à l’international. Une déclaration conjointe ou des annonces concrètes sur des accords bilatéraux pourraient marquer le début d’une nouvelle phase dans les relations libano-syriennes. Cependant, des progrès réels dépendront de la capacité des deux pays à surmonter les obstacles politiques et à transformer cette visite symbolique en actions concrètes.



