Un pays en crise de confiance envers ses dirigeants
Depuis plusieurs années, le Liban traverse une crise de gouvernance sans précédent, marquée par un effondrement économique, une paralysie politique et une défiance généralisée envers les institutions. La population, éprouvée par la corruption endémique, l’inefficacité de l’État et l’absence de solutions concrètes, exprime un ras-le-bol face à une élite politique accusée de servir ses propres intérêts plutôt que ceux du pays. Dans ce contexte, Nawaf Salam, juge et diplomate, apparaît comme l’un des rares acteurs à incarner une alternative crédible pour un renouveau institutionnel.
La défiance des Libanais envers leurs institutions ne date pas d’hier, mais elle a atteint un niveau critique après l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, événement qui a symbolisé l’impunité des élites politiques et l’effondrement de l’État. Depuis, les gouvernements successifs ont échoué à répondre aux attentes de la population, alimentant un sentiment d’abandon et d’injustice. La crise monétaire qui a suivi, avec la dévaluation massive de la livre libanaise et la faillite du système bancaire, n’a fait qu’exacerber cette colère.
Face à cette situation, Nawaf Salam met en avant un discours axé sur la restauration de la confiance publique. Selon lui, la stabilité du Liban ne pourra être retrouvée qu’à travers une refonte des institutions, une transparence accrue et une véritable lutte contre la corruption. Son expérience au sein de la diplomatie et de la justice lui confère une légitimité que peu d’autres figures politiques possèdent. Contrairement aux chefs de partis traditionnels, son profil technocratique et indépendant en fait un candidat de choix pour une transition politique.
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Cependant, les obstacles à cette refonte institutionnelle sont nombreux. Le système politique libanais, basé sur le confessionnalisme et la répartition du pouvoir entre les différentes communautés, rend toute réforme complexe. Les partis en place, soucieux de préserver leurs acquis, sont réticents à toute transformation qui menacerait leur influence. Ainsi, malgré une volonté populaire de changement, la classe politique actuelle demeure le principal frein à une évolution significative du pays.
Une justice indépendante, clé du renouveau institutionnel
L’un des principaux axes défendus par Nawaf Salam pour restaurer la confiance dans les institutions est la refonte du système judiciaire. La justice libanaise est largement perçue comme inféodée aux intérêts des partis politiques, ce qui nuit à son indépendance et empêche toute véritable lutte contre la corruption. Pour Salam, il est impératif de garantir l’autonomie des magistrats et de mettre en place des mécanismes transparents pour éviter les interférences politiques dans les affaires judiciaires.
Le manque d’indépendance de la justice s’est illustré à plusieurs reprises dans des affaires majeures, notamment celle de l’explosion du port de Beyrouth. Les enquêtes ont été systématiquement entravées par des pressions politiques, empêchant la tenue d’un procès impartial et la désignation de responsables. Cette impunité alimente la frustration des Libanais, qui voient dans ces blocages la preuve d’un système où les puissants échappent à la justice.
Un autre aspect clé du renforcement du pouvoir judiciaire concerne la lutte contre la corruption. Nawaf Salam insiste sur la nécessité de créer des institutions de contrôle dotées de réels pouvoirs d’investigation et d’exécution. Actuellement, de nombreux organismes de lutte contre la corruption existent, mais ils sont souvent inefficaces en raison de leur manque d’autonomie et de moyens. Pour rétablir la confiance, des réformes profondes sont indispensables afin que la justice puisse fonctionner sans ingérence et que les responsables de détournements de fonds publics soient jugés.
Au-delà des réformes structurelles, Nawaf Salam prône également une modernisation du système judiciaire. La digitalisation des procédures, la formation continue des magistrats et la mise en place de tribunaux spécialisés pourraient améliorer la rapidité et l’efficacité des décisions judiciaires. En garantissant une justice accessible et efficace, il espère ainsi redonner aux citoyens la certitude que leurs droits sont protégés et que les abus ne resteront plus impunis.
Redéfinir le rôle de l’État et restaurer les services publics
Outre la justice, Nawaf Salam estime que la réhabilitation de l’État passe par une refonte des services publics, qui se sont progressivement effondrés sous l’effet de la crise économique et de la mauvaise gestion. L’électricité, l’eau, l’éducation et la santé sont des secteurs sinistrés, où l’État est incapable d’assurer un service minimum à la population. Cette défaillance pousse les Libanais à se tourner vers des solutions privées coûteuses ou vers des réseaux parallèles contrôlés par des partis politiques ou des groupes confessionnels.
L’un des principaux défis à relever est celui de l’électricité. Depuis des années, le Liban est plongé dans une crise énergétique, marquée par des coupures de courant incessantes et une dépendance aux générateurs privés. Nawaf Salam défend un plan de restructuration du secteur de l’énergie basé sur une gestion plus transparente, une diversification des sources d’approvisionnement et des investissements dans les énergies renouvelables.
L’éducation et la santé, deux piliers fondamentaux du développement, sont également en état de dégradation avancée. Les écoles et universités publiques souffrent d’un manque criant de financements, tandis que les hôpitaux peinent à assurer des soins de base en raison de la fuite des compétences et de la crise monétaire. Restaurer ces services nécessitera non seulement des réformes budgétaires, mais aussi une lutte contre le clientélisme qui gangrène ces secteurs.
Nawaf Salam insiste également sur la nécessité de rétablir un État fort et capable d’imposer son autorité face aux ingérences des groupes politiques et économiques. Aujourd’hui, de nombreuses décisions stratégiques sont prises en fonction des intérêts de certains partis, et non dans l’intérêt général. Une gouvernance transparente et efficace permettrait de restaurer la confiance des citoyens et de reconstruire les bases d’un État fonctionnel.
Réduire l’influence des partis politiques dans l’administration
L’un des grands défis pour restaurer la confiance des Libanais dans les institutions est la nécessité de réduire l’influence des partis politiques sur l’administration publique. Depuis des décennies, les recrutements dans la fonction publique sont souvent basés sur l’appartenance confessionnelle ou partisane plutôt que sur les compétences. Ce système de favoritisme a conduit à une inefficacité généralisée et à un manque de professionnalisme dans la gestion des affaires publiques.
Nawaf Salam défend une approche méritocratique, où les postes dans l’administration seraient attribués sur la base de critères objectifs et transparents. Pour cela, il propose de renforcer les instances de contrôle et de mettre en place des mécanismes d’évaluation réguliers pour garantir que seuls les plus compétents accèdent aux responsabilités publiques.
Une autre problématique majeure est l’influence des groupes politiques dans les décisions économiques et financières. De nombreuses entreprises publiques sont utilisées comme des instruments de financement pour certains partis, entraînant une gestion déficiente et des pertes massives pour l’État. Nawaf Salam plaide pour une privatisation partielle de certains secteurs stratégiques, tout en maintenant un cadre de régulation strict pour éviter les abus.
Enfin, la refonte du mode de gouvernance passe par une réforme électorale permettant une meilleure représentativité et une réduction du clientélisme. Tant que le système confessionnel et les alliances opportunistes prévaudront, il sera difficile de rétablir une administration véritablement neutre et efficace.



