Le 2024 restera comme une année charnière dans les relations entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Après des décennies de rivalités et de conflits par procuration, ces deux puissances régionales ont surpris la communauté internationale en entamant une normalisation de leurs relations. Cette démarche, facilitée par des médiateurs internationaux comme la Chine et l’Irak, marque un tournant potentiel dans la géopolitique du Moyen-Orient.
Un rapprochement inattendu mais stratégique
Depuis la révolution iranienne de 1979, les relations entre Riyad et Téhéran ont oscillé entre tensions et affrontements indirects. La rivalité s’est intensifiée avec des conflits par procuration au Yémen, en Syrie, au Liban et en Irak, où les deux nations soutiennent des factions opposées.
Cependant, en mars 2023, un tournant s’est amorcé à Pékin, où des pourparlers supervisés par la Chine ont permis aux deux pays de signer un accord historique de rétablissement des relations diplomatiques. Selon « Al Joumhouriyat » (20 décembre 2024), cette normalisation a été motivée par des intérêts stratégiques partagés. Riyad cherche à stabiliser la région pour faciliter ses ambitions économiques, notamment son projet Vision 2030, tandis que Téhéran espère alléger son isolement diplomatique et économique.
Le rôle de la Chine et de l’Irak dans la médiation
La réussite de cet accord doit beaucoup à la médiation chinoise, un fait inédit dans la diplomatie moyen-orientale. Pékin, en tant que premier importateur de pétrole saoudien et iranien, a un intérêt direct dans la stabilisation des relations entre ces deux partenaires clés. « Al Sharq Al Awsat » (20 décembre 2024) souligne que ce rôle marque une volonté de la Chine de s’affirmer comme un acteur diplomatique global.
L’Irak, pour sa part, a également contribué à faciliter ce rapprochement en accueillant des discussions préliminaires. En jouant sur son double rôle de voisin immédiat et de médiateur, Bagdad a aidé à établir un dialogue constructif entre les deux parties.
Impacts sur les conflits régionaux
La normalisation saoudo-iranienne pourrait avoir des répercussions profondes sur plusieurs théâtres de conflits régionaux.
- Au Yémen : Le conflit, où Riyad soutient le gouvernement et Téhéran les rebelles houthis, pourrait connaître une désescalade. Selon « Al Quds » (20 décembre 2024), des pourparlers directs ont déjà abouti à une réduction des hostilités.
- En Syrie et en Irak : Une coordination accrue entre les deux pays pourrait faciliter la reconstruction et la stabilisation de ces zones ravagées par la guerre.
- Au Liban : L’impasse politique et les tensions confessionnelles pourraient être atténuées par une détente entre les soutiens externes des principales factions libanaises.
Cependant, ces avancées demeurent fragiles. Comme le souligne « Al Arabi Al Jadid » (20 décembre 2024), les divergences stratégiques profondes, notamment sur la question nucléaire iranienne et le soutien aux groupes armés, restent des obstacles majeurs à une coopération durable.
Des motivations économiques et stratégiques
Pour l’Arabie saoudite, la normalisation avec l’Iran s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire les tensions régionales et à créer un environnement propice à ses ambitions économiques. Le projet Vision 2030, porté par le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), nécessite une stabilité régionale pour attirer les investissements étrangers et diversifier l’économie saoudienne au-delà du pétrole.
Pour l’Iran, cette normalisation représente une opportunité de sortir de son isolement croissant. Sous le poids des sanctions internationales, Téhéran cherche à renforcer ses liens économiques et à réduire la pression exercée par ses rivaux régionaux.
Réactions internationales : entre prudence et scepticisme
Les acteurs internationaux ont réagi diversement à ce rapprochement. Les États-Unis, tout en saluant cette initiative, restent méfiants quant aux intentions de Téhéran. Washington continue de surveiller de près les activités nucléaires iraniennes et ses soutiens aux groupes armés dans la région.
De son côté, Israël voit ce rapprochement avec inquiétude. « Al Bina' » (20 décembre 2024) rapporte que Tel-Aviv perçoit une menace dans la consolidation de l’influence iranienne, même si la normalisation saoudo-iranienne pourrait contribuer à une réduction des tensions dans certains conflits.
Défis et incertitudes
Malgré ces avancées, des défis majeurs subsistent. Les rivalités confessionnelles entre sunnites et chiites, exacerbées par des décennies de propagande, continuent d’alimenter les divisions au sein de la région. De plus, les intérêts stratégiques divergents des deux pays sur des questions clés, comme le soutien aux factions armées et le rôle de l’Iran en Syrie, restent des points de friction.
En outre, la confiance mutuelle, indispensable à toute coopération durable, est encore loin d’être acquise. « An-Nahar » (20 décembre 2024) souligne que la méfiance historique entre Riyad et Téhéran limite les perspectives d’un partenariat stratégique profond.
Vers une nouvelle ère géopolitique ?
Si elle réussit, la normalisation entre l’Arabie saoudite et l’Iran pourrait redessiner les équilibres géopolitiques du Moyen-Orient. Une réduction des tensions permettrait non seulement de stabiliser les zones de conflit, mais aussi d’ouvrir la voie à des projets régionaux de développement et de coopération.
Cependant, à ce stade, la région reste marquée par des incertitudes. La poursuite des négociations et la mise en œuvre des accords existants détermineront si ce rapprochement peut inaugurer une nouvelle ère de stabilité ou s’il restera un épisode temporaire dans une longue histoire de rivalités.



