Approbation gouvernementale en contexte de tensions régionales
Le Conseil des ministres libanais a approuvé lundi une série de nominations diplomatiques majeures, renforçant ainsi sa présence à l’étranger dans un moment critique sur le plan régional. Ces décisions ont été prises dans le cadre d’un ordre du jour comprenant 49 points, auquel se sont ajoutés plusieurs dossiers urgents, notamment les répercussions de la guerre Israël-Iran sur les relations bilatérales et multilatérales du Liban.
Ce mouvement diplomatique, attendu depuis plusieurs mois, vise à renforcer les canaux de dialogue du Liban avec ses partenaires stratégiques, dans un contexte d’instabilité sécuritaire croissante, de tensions économiques internes et de réformes institutionnelles en attente.
Des nominations dans des postes-clés
Le gouvernement a procédé à la nomination de 16 nouveaux ambassadeurs dans des capitales aux enjeux variés, couvrant l’espace européen, américain, asiatique et moyen-oriental. Ce redéploiement diplomatique reflète une volonté de relancer l’activisme extérieur du Liban et de soigner ses relations bilatérales avec des pays stratégiques.
Parmi les principales nominations :
– Tarek Mneimneh devient ambassadeur aux Émirats arabes unis, un partenaire régional clé pour la diaspora libanaise et les échanges économiques.
– Rabih al-Shaer est désigné à Paris, poste hautement symbolique et stratégique, alors que la France reste un interlocuteur majeur du Liban au sein de l’Union européenne et du Conseil de sécurité.
– Ahmad Arafa est nommé représentant à New York, siège des Nations unies, dans un contexte où le Liban tente de défendre sa souveraineté face aux tensions frontalières.
– Nada Hamadeh représentera le Liban à Washington, à un moment où les relations avec les États-Unis nécessitent une reconfiguration stratégique après les récentes déclarations de l’administration Trump.
D’autres postes de premier plan incluent :
– Hind Darwish à l’UNESCO,
– Fadi Assaf au Vatican,
– Munir Anouti en Turquie,
– Jean Mrad à Chypre,
– Caroline Ziadeh à Genève,
– Cynthia Chidiac à Vienne,
– Ghadi Khoury au Koweït,
– Wael Hashem en Corée du Sud,
– Hani Chemaitelly en Espagne,
– Bashir Azzam à Moscou,
– Bashir Tawk à Ottawa,
– Ali Karanouh en Arabie Saoudite.
Restructuration au sein du ministère des Affaires étrangères
En parallèle des nominations d’ambassadeurs, le Cabinet a également procédé à des changements au sein du ministère des Affaires étrangères. Trois postes stratégiques ont été attribués :
– Abdel Sattar Issa devient le secrétaire général du ministère,
– Ibrahim Assaf est nommé directeur des affaires politiques,
– Fadi Ziadeh prend la tête des affaires financières.
Ces nominations internes doivent permettre un meilleur pilotage des priorités diplomatiques et une réorganisation fonctionnelle du ministère, confronté à des défis croissants en matière de coordination multilatérale, de gestion de crise et de diplomatie économique.
Une réponse à la guerre Israël-Iran
La dimension géopolitique de cette réorganisation diplomatique est manifeste. La guerre entre Israël et l’Iran, déclenchée récemment, reconfigure l’ensemble des équilibres régionaux. Le Liban, pays frontalier et historiquement sensible à toute escalade, doit adapter rapidement ses canaux de représentation, tant pour gérer les urgences sécuritaires que pour porter ses positions dans les enceintes internationales.
La nomination d’un ambassadeur à Washington, dans ce contexte, revêt une importance particulière. De même, les postes de New York, Genève et Vienne permettent au Liban de rester acteur dans les discussions sur la paix, le désarmement et les droits de l’homme, notamment à l’ONU et à l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Un enjeu de visibilité pour le Liban
En proie à une crise économique inédite, le Liban a besoin de restaurer sa crédibilité internationale. La vacance prolongée de plusieurs postes d’ambassadeurs avait affaibli sa capacité de représentation, tant auprès des institutions financières que des gouvernements partenaires.
Ces nouvelles nominations sont perçues comme un signal d’engagement à rétablir un fonctionnement diplomatique normal, capable de porter les intérêts libanais à l’étranger, de sécuriser des aides, et de défendre la position du pays sur des dossiers sensibles comme les réfugiés, les frontières maritimes et les sanctions.
Défis à venir pour les nouveaux ambassadeurs
Si les nominations représentent un pas en avant, elles s’accompagnent de défis majeurs pour les diplomates nouvellement désignés. Il leur faudra convaincre leurs homologues que le Liban reste un interlocuteur crédible, malgré la lenteur des réformes internes et la fragmentation du pouvoir politique.
La gestion des relations bilatérales avec des pays comme la France, les États-Unis, la Russie ou l’Arabie saoudite nécessitera doigté, coordination étroite avec la présidence et la primature, et une capacité d’anticipation des tensions à venir.
Diplomatie multilatérale et rôle des femmes
La nomination de Nada Hamadeh à Washington, Caroline Ziadeh à Genève, Hind Darwish à l’UNESCO, et Cynthia Chidiac à Vienne témoigne d’une volonté d’accroître la présence féminine dans les représentations diplomatiques de haut niveau. Cela marque une inflexion importante dans une diplomatie souvent dominée par des figures masculines.
Le rôle des femmes diplomates dans les forums multilatéraux est désormais reconnu comme essentiel, notamment pour porter les dossiers de droits humains, d’éducation, et de médiation culturelle.
Répercussions politiques internes
Les nominations diplomatiques ont parfois donné lieu à des tensions entre les forces politiques représentées au sein du gouvernement. La répartition géographique, les affiliations partisanes et les équilibres confessionnels ont été au cœur des négociations préalables. L’approbation de cette nouvelle vague de nominations montre cependant qu’un consensus minimal a pu être atteint sur ces choix, sans provoquer de blocage.
Certaines voix s’interrogent néanmoins sur les critères de sélection. La nécessité de professionnaliser la diplomatie libanaise, en s’appuyant sur des compétences éprouvées plutôt que sur des logiques d’allégeance, reste un objectif souvent proclamé mais rarement mis en œuvre de manière systématique.



