Hayat Tahrir al-Sham (HTS), ou « Organisation de libération du Levant », est un groupe rebelle islamiste issu de la guerre civile syrienne. Il a été officiellement formé en janvier 2017 par la fusion de plusieurs factions rebelles, dont :
- Front Fatah al-Cham : Anciennement connu sous le nom de Front al-Nosra, ce groupe était la branche syrienne d’Al-Qaïda avant de déclarer son indépendance en 2016. Cette séparation d’Al-Qaïda visait à améliorer son image et à élargir son soutien en Syrie.
- Harakat Nour al-Din al-Zenki : Ce groupe rebelle islamiste opérant principalement dans la région d’Alep avait auparavant reçu un soutien étranger, y compris des États-Unis, avant de rejoindre HTS.
- Front Ansar Dine : Une coalition de factions islamistes opérant dans le nord de la Syrie.
- Liwa al-Haq : Une faction islamiste originaire de la province de Homs.
- Jaych al-Sunna : Un groupe opérant dans le nord et le centre de la Syrie.
HTS est rapidement devenu une force dominante dans la région d’Idlib, l’un des derniers bastions rebelles en Syrie. Cette province est devenue un refuge pour les opposants au régime syrien, rassemblant une mosaïque de groupes armés et de civils déplacés.
Leadership et stratégie
Le dirigeant de HTS, Abou Mohammed al-Joulani, est une figure clé de la rébellion syrienne. Ancien cadre d’Al-Qaïda en Irak, al-Joulani a joué un rôle central dans l’établissement du Front al-Nosra en Syrie avant d’évoluer vers HTS. Son leadership est marqué par une tentative de repositionnement stratégique :
- Distanciation d’Al-Qaïda : En 2016, al-Joulani a annoncé la rupture officielle avec Al-Qaïda pour former le Front Fatah al-Cham, qui a ensuite intégré HTS. Cette décision visait à améliorer la perception du groupe auprès de la population syrienne et des acteurs internationaux.
- Contrôle local : Sous sa direction, HTS a établi une administration civile appelée le « Gouvernement de salut », qui gère des services locaux tels que l’éducation, la justice et l’infrastructure à Idlib. Cette approche leur a permis de gagner une certaine légitimité auprès de la population locale.
- Flexibilité idéologique : Bien que HTS conserve une idéologie islamiste rigide, il a cherché à s’adapter aux réalités politiques en collaborant parfois avec des groupes non jihadistes pour des objectifs communs, notamment contre le régime de Bachar al-Assad.
Objectifs et position actuelle
HTS poursuit plusieurs objectifs :
- Maintenir le contrôle sur Idlib et ses environs, une région stratégique bordant la Turquie.
- Renforcer son influence parmi les autres factions rebelles et marginaliser les groupes concurrents, tels que Hurras al-Din, une faction restée fidèle à Al-Qaïda.
- Se positionner comme un acteur incontournable dans toute négociation sur l’avenir politique de la Syrie.
Cependant, HTS reste classé comme organisation terroriste par plusieurs pays, dont les États-Unis, la Russie et la Turquie. Cela limite sa capacité à obtenir un soutien international ouvert.
Critiques et défis
HTS est critiqué pour son traitement des civils et des groupes opposants à Idlib. Des rapports d’organisations humanitaires font état d’arrestations arbitraires, de répression de la liberté d’expression et de violences contre des factions rivales. De plus, sa tentative de légitimisation n’a pas convaincu tous les acteurs locaux ou internationaux, qui continuent de le considérer comme une organisation extrémiste.
Les tensions internes et externes représentent un autre défi. HTS doit gérer des dissensions au sein de ses propres rangs, tout en faisant face aux pressions militaires de la Russie et du régime syrien, ainsi qu’aux frappes aériennes sporadiques de la coalition internationale.
La Turquie joue un rôle complexe et ambivalent vis-à-vis de Hayat Tahrir al-Sham (HTS). Bien qu’HTS soit classé comme organisation terroriste par Ankara, les relations entre la Turquie et ce groupe rebelle ont évolué en fonction des réalités géopolitiques sur le terrain en Syrie, notamment dans la province d’Idlib.
Soutien indirect et intérêts stratégiques
La Turquie, en tant que principal soutien des forces rebelles syriennes, a noué des relations pragmatiques avec HTS dans le cadre de ses efforts pour maintenir son influence dans le nord de la Syrie. Bien que ce soutien soit souvent indirect, plusieurs éléments illustrent une forme de collaboration tacite :
- Coordination sur le terrain : La Turquie a établi une série de postes d’observation militaires dans la province d’Idlib dans le cadre des accords d’Astana avec la Russie et l’Iran. Ces postes, censés surveiller les zones de désescalade, ont souvent coexisté avec les zones contrôlées par HTS, sans confrontation directe. Cela suggère une reconnaissance implicite de la domination de HTS dans la région.
- Gestion des flux de réfugiés : La Turquie, qui accueille déjà plus de 3,6 millions de réfugiés syriens, cherche à éviter une nouvelle vague migratoire massive. Le contrôle exercé par HTS à Idlib sert indirectement les intérêts turcs, car il limite l’avancée du régime syrien soutenu par la Russie, qui pourrait provoquer de nouveaux déplacements de populations vers la frontière turque.
- Équilibre des forces rebelles : Bien que la Turquie soutienne principalement l’Armée nationale syrienne (ANS), une coalition rebelle distincte d’HTS, elle tolère la présence de ce dernier dans le nord de la Syrie pour éviter une guerre ouverte entre factions rebelles. Cette approche pragmatique vise à préserver l’équilibre des forces anti-Assad.
Pressions internationales et limitations
Malgré cette coopération indirecte, la Turquie fait face à plusieurs défis et pressions liés à sa relation avec HTS :
- Relations avec la Russie : La Turquie, membre du processus d’Astana, collabore avec la Russie pour gérer le conflit syrien. Moscou a longtemps demandé à Ankara de réduire l’influence de HTS à Idlib, accusant ce groupe d’entraver les efforts de stabilisation dans la région.
- Position officielle d’Ankara : Officiellement, la Turquie considère HTS comme une organisation terroriste. Cependant, son incapacité à neutraliser le groupe dans la province d’Idlib est souvent critiquée, notamment par la communauté internationale.
- Défis internes à Idlib : La province d’Idlib reste un territoire complexe, où cohabitent HTS, d’autres groupes rebelles et les forces turques. Cette mosaïque rend la gestion des relations avec HTS délicate pour Ankara, qui doit à la fois répondre aux attentes internationales et protéger ses propres intérêts stratégiques.
HTS et les ambitions turques en Syrie
La Turquie perçoit Idlib comme une zone tampon essentielle pour ses ambitions en Syrie. En tolérant la domination de HTS tout en renforçant ses propres positions militaires, Ankara cherche à :
- Prévenir une offensive totale du régime syrien et de ses alliés russes sur Idlib.
- Maintenir une influence dans les négociations sur l’avenir politique de la Syrie.
- Protéger ses frontières des menaces terroristes et des flux migratoires incontrôlés.
Cependant, cette approche pragmatique a ses limites. Les critiques croissantes de la communauté internationale et les pressions exercées par la Russie pourraient contraindre la Turquie à adopter une position plus ferme à l’égard de HTS à l’avenir.
Rôle dans la chute de Bachar al-Assad
HTS a joué un rôle clé dans l’offensive qui a conduit à la chute du régime d’Assad. Son organisation, son expérience militaire et sa capacité à coordonner des actions offensives complexes ont permis de prendre rapidement le contrôle d’Alep, Hama, Homs et enfin Damas. La stratégie d’HTS, combinant actions militaires et administration civile, leur a permis de consolider leur emprise sur ces territoires.



