Ouverture sous tension
Hier matin, les députés ont gagné l’hémicycle à pas comptés. À neuf h quarante, l’appel nominal a fixé la présence à quatre-vingt-neuf élus, trois de plus que le seuil requis. La présidence a rappelé que l’ordre du jour devait se limiter à un train de ratifications et à quelques ajustements budgétaires. À peine ce rappel terminé, un bloc réformiste a déposé une proposition accélérée abrogeant l’article 122 de la loi 44 / 2017 – dispositif jamais appliqué qui réserve six sièges à la diaspora. Le Perchoir a aussitôt objecté qu’aucune pétition officielle ne figurait au secrétariat ; sans ce document, pas de procédure d’urgence. Le climat de routine a viré à la confrontation. Quelques minutes plus tard, couloirs et travées bruissaient déjà de conciliabules, gestes brusques et regards d’avertissement.
Le projet qui bouleverse la loi électorale
Le texte présenté supprime le quota de six sièges, aligne tous les électeurs sur une seule circonscription et crée un portail d’inscription sécurisé. Ses rédacteurs disent détenir soixante-huit signatures : assez pour exiger un examen accéléré. Leur plaidoyer s’appuie sur deux idées : l’égalité entre citoyens, où qu’ils résident, et la simplification d’un mécanisme jamais appliqué faute de décrets. Les adversaires ripostent sur trois registres. Primo, le symbole : la diaspora perdrait une vitrine politique. Secundo, la logistique : renégocier des accords consulaires, ouvrir plus de bureaux et financer l’opération en quatorze mois paraît hors de portée d’un Trésor exsangue. Tertio, l’équilibre confessionnel : toucher un seul article sans revoir le découpage bloquerait toute réforme globale. Les promoteurs rétorquent que le déséquilibre est hypothétique, les électeurs expatriés votant déjà selon leurs racines géographiques.
La sortie orchestrée et ses effets limités
À onze h cinq, quarante-deux députés favorables au projet ont quitté leur rang, espérant casser le quorum. Devant les caméras, les fauteuils vides ont donné une image de crise, mais le calcul s’est révélé imparfait : soixante-dix-huit élus sont restés, juste assez pour poursuivre la séance. Les partisans du départ ont accusé la présidence de « cadenasser la démocratie » ; le bureau a répliqué que l’usage du siège vide n’est qu’un « spectacle » lorsque le règlement n’a pas été respecté. Deux heures plus tard, les frondeurs sont revenus, sans obtenir la réouverture du débat.
Sous-comité fantôme et guerre de procédure
Dans l’après-midi, un centriste a dénoncé l’inaction du sous-comité chargé, depuis janvier, de revoir tout le code électoral. Deux réunions express, aucun rapport : voilà, selon lui, la preuve d’une manœuvre dilatoire. Le Perchoir a brandi l’article 17 du règlement : seule la conférence des présidents peut ajouter un point sensible au programme. Les réformistes ont juré de déposer une pétition complète avant la session extraordinaire d’octobre ; le président de séance a répondu qu’un texte « sans consensus sur le découpage, le seuil et la campagne » restera bloqué.
Tension sociale dans les tribunes
Les galeries, d’ordinaire clairsemées, affichaient complet. Retraités, parents d’élèves, étudiants : chacun brandissait une revendication. L’expression « diaspora égale citoyenneté » a déclenché des applaudissements répétés, malgré les rappels à l’ordre des huissiers. À plusieurs reprises, la présidence a menacé de vider les gradins, sans aller jusqu’à l’exécution. L’activation de la rue au sein même du Parlement signale la porosité croissante entre colère sociale et bras de fer institutionnel.
Budgets adoptés en ordre dispersé
Profitant d’un quorum maintenu de justesse, la Chambre a voté trois crédits sociaux : aides directes aux retraités, subvention du carburant scolaire et exonération temporaire de TVA sur vingt-et-un produits de première nécessité. Le rapporteur des Finances a défendu un financement mixte – petit prélèvement sur les transactions immobilières et contribution sur les plateformes numériques. Fait notable, plusieurs élus favorables au projet diaspora ont soutenu ces crédits, tandis que d’autres se sont abstenus pour marquer leur hostilité à la procédure suivie le matin.
Regard diplomatique et impact financier
Derrière les rideaux, la séance était suivie par des conseillers étrangers. Selon plusieurs diplomates, la capacité du Parlement à trancher la question des expatriés pèsera sur le soutien budgétaire attendu cet automne. La banque centrale, qui a relevé hier les plafonds de retrait pour 320 000 déposants, lie désormais la stabilité du taux de change à un calendrier électoral clair. Un report prolongé, avertissent les marchés, renchérirait la prime de risque et retarderait la conclusion d’un accord avec le Fonds monétaire.
Scénarios jusqu’aux législatives
La journée s’est achevée sans résolution : les six sièges de la diaspora restent en suspens, le sous-comité demeure muet, les alliances sont plus fragiles que jamais. D’ici octobre, les réformistes promettent une pétition formelle ; la majorité répond qu’elle ne bougera qu’avec un « paquet complet ». La rue, elle, se dit prête à revenir si le débat s’enlise. Sur la scène internationale, bailleurs et chancelleries attendent un signal : soit le pays arbitre rapidement la querelle, soit il expose son calendrier électoral – et sa crédibilité financière – à une nouvelle zone de turbulence.



