mercredi, janvier 14, 2026

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Reconnaissance de la Palestine : Macron défie Israël et les États-Unis

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En annonçant la reconnaissance d’un État palestinien, Emmanuel Macron a déclenché une tempête diplomatique qui secoue le Moyen-Orient et au-delà. Dans une lettre adressée au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, le président français a non seulement réaffirmé son soutien à une solution à deux États, mais aussi mobilisé plusieurs pays occidentaux, dont le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et Malte, pour officialiser cette reconnaissance lors de l’Assemblée générale des Nations unies, prévue à partir du 23 septembre 2025. Ce geste audacieux a provoqué la fureur d’Israël, qui accuse Macron d’attiser l’antisémitisme, et des États-Unis, qui ont riposté en interdisant l’accès à leur territoire à une délégation palestinienne de 80 personnes, dont le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Alors que Gaza s’enfonce dans une crise humanitaire sans précédent, avec plus de 63 000 morts depuis le début du conflit le 7 octobre 2023, l’initiative française tente de redonner vie à une paix fragile, tout en exposant les fractures profondes entre les acteurs du conflit.

Gaza, un drame humanitaire qui force l’action

La guerre à Gaza, déclenchée par une attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023, a transformé l’enclave en un champ de ruines. Le ministère de la Santé de Gaza dénombre plus de 63 000 morts, des quartiers entiers réduits en cendres et près de 2,2 millions d’habitants déplacés. La famine, officiellement déclarée à Gaza-Ville, et la décision d’Israël, le 29 août 2025, de classer la ville comme zone de combat ont amplifié l’horreur. Dans sa lettre à Netanyahou, Macron ne cache pas son indignation : « Face à la catastrophe humanitaire à Gaza, il n’existe aucune justification possible. Nos efforts diplomatiques naissent de cette urgence. » Il dénonce l’offensive militaire israélienne, l’occupation prolongée et les déplacements forcés de populations, qui, selon lui, isolent davantage Israël et alimentent des tensions aux conséquences globales, y compris une résurgence de l’antisémitisme.

Ce drame a poussé la communauté internationale à réagir. La France, en tandem avec l’Arabie saoudite, a organisé une conférence majeure à l’ONU en juillet 2025, aboutissant à la Déclaration de New York. Ce texte marque un tournant : les 22 pays de la Ligue arabe y condamnent unanimement les attaques du Hamas contre des civils israéliens et exigent que le groupe cède le contrôle de Gaza à l’Autorité palestinienne (AP), tout en renonçant à ses armes. Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, a salué cette unité comme un « pas décisif » vers la désescalade. Cette initiative renforce l’espoir que l’AP, marginalisée à Gaza depuis la prise de pouvoir du Hamas en 2007, puisse redevenir un acteur central, offrant une alternative diplomatique à la violence.

L’interdiction américaine : un coup dur pour la diplomatie palestinienne

Dans une décision sans précédent, les États-Unis ont annoncé, le 29 août 2025, le refus ou la révocation des visas pour 80 responsables palestiniens, dont Mahmoud Abbas, empêchant leur participation à l’Assemblée générale de l’ONU. Cette mesure, confirmée par le département d’État et relayée par un communiqué du secrétaire d’État Marco Rubio, vise les membres de l’Autorité palestinienne et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). « Avant d’être considérés comme des partenaires sérieux pour la paix, l’AP et l’OLP doivent rejeter le terrorisme, y compris le massacre du 7 octobre, cesser l’incitation à la violence dans l’éducation et mettre fin à leurs campagnes judiciaires contre Israël devant la CPI et la CIJ », a déclaré Tommy Pigott, porte-parole adjoint du département d’État. Cette interdiction, qui concerne même le président Abbas, attendu à New York pour défendre la cause palestinienne, a été qualifiée de « contradiction avec le droit international » par l’AP, qui a appelé Washington à revenir sur sa décision.

Cette mesure choque d’autant plus qu’elle contrevient à l’accord de siège de 1947 entre les États-Unis et l’ONU, qui garantit l’accès des délégations étrangères au siège de l’organisation à New York. Seule la mission permanente palestinienne, dirigée par l’ambassadeur Riyad Mansour, bénéficie d’une exemption, permettant une présence minimale. « Nous verrons ce que cela implique précisément pour nos délégations, et nous répondrons en conséquence », a déclaré Mansour, prudent, face à la presse. Cette interdiction rappelle un précédent : en 1988, Yasser Arafat, alors chef de l’OLP, s’était vu refuser un visa, obligeant l’ONU à tenir une session spéciale à Genève pour qu’il puisse s’exprimer. La décision américaine, perçue comme un soutien explicite à la position israélienne, complique davantage les efforts de Macron pour faire avancer la cause palestinienne.

La vision française : un État palestinien pour garantir la paix

Pour Macron, la reconnaissance d’un État palestinien est plus qu’un symbole : c’est une condition essentielle pour assurer la sécurité d’Israël. « Notre engagement à doter le peuple palestinien d’un État repose sur la conviction qu’une paix durable est indispensable à la sécurité d’Israël », écrit-il à Netanyahou. Ce positionnement s’inscrit dans la tradition française de soutien à une solution à deux États, avec un État palestinien englobant la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza, territoires occupés par Israël depuis 1967. L’Autorité palestinienne, qui administre des zones semi-autonomes en Cisjordanie, voit dans cette initiative une opportunité de renforcer sa légitimité, après avoir été évincée de Gaza par le Hamas il y a près de vingt ans.

La France n’est pas seule dans ce combat. Le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et Malte ont promis de formaliser leur reconnaissance lors de l’Assemblée générale, tandis que la Nouvelle-Zélande, la Finlande et le Portugal y songent sérieusement. Ce front occidental marque une rupture avec des décennies de diplomatie prudente, souvent alignée sur les priorités américaines favorables à Israël. Plus de 140 pays, principalement du Sud global, reconnaissent déjà la Palestine, mais l’appui de grandes puissances occidentales pourrait changer la donne. Muhammad Shehada, analyste politique basé à Gaza, le souligne : « Le soutien marqué des nations occidentales à une solution à deux États brise l’idée, défendue par Netanyahou, que le transfert ou la dépopulation massive des Palestiniens est la seule issue. »

La riposte d’Israël et la polémique sur l’antisémitisme

La réaction d’Israël a été cinglante. Benjamin Netanyahou, farouchement opposé à un État palestinien, a accusé Macron d’« attiser le feu de l’antisémitisme » avec son initiative. Une attaque que le président français a qualifiée d’« abjecte », défendant sa démarche comme un impératif moral et stratégique. Netanyahou, qui promet d’intensifier l’offensive à Gaza et de maintenir un contrôle indéfini sur le territoire, s’isole de plus en plus face à la communauté internationale. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a salué l’interdiction américaine des visas comme une « initiative courageuse », remerciant Washington de « tenir l’OLP et l’AP responsables de leur incitation à la haine et de leurs efforts pour mener une guerre juridique contre Israël ».

Les États-Unis, de leur côté, ont exprimé leur malaise face à l’initiative française. Dans une lettre aux autorités françaises, l’ambassadeur américain Charles Kushner a averti que « les gestes en faveur de la reconnaissance d’un État palestinien encouragent les extrémistes, alimentent la violence et mettent en danger les Juifs en France ». Convoqué par le Quai d’Orsay, Kushner a été représenté par son adjoint, signe des tensions croissantes entre Paris et Washington. L’interdiction de visas, visant 80 responsables palestiniens, renforce l’alignement américain sur la position israélienne, au risque de marginaliser davantage les efforts diplomatiques pour la paix.

Renforcer les modérés palestiniens

L’initiative française, soutenue par l’Arabie saoudite, pourrait donner un nouvel élan aux factions modérées palestiniennes. La Déclaration de New York, en marginalisant le Hamas et en renforçant l’Autorité palestinienne, offre une opportunité à cette dernière de reprendre la main. Shehada y voit un signal fort : « Cette dynamique crée une voie diplomatique qui montre aux Palestiniens qu’un engagement pacifique peut porter ses fruits, là où la violence n’a rien donné. » En affaiblissant les factions les plus radicales du Hamas, ce mouvement pourrait redonner du poids à l’AP, offrant un espoir à une population épuisée par des décennies de conflit.

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