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Rencontre à Genève : Rafael Grossi et Abbas Araghchi discutent des inspections nucléaires iraniennes

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Le 16 février 2026, à Genève, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a tenu une réunion approfondie avec le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi. Cette rencontre, qualifiée de technique et détaillée par les deux parties, intervient à la veille de négociations indirectes entre l’Iran et les États-Unis, marquant un retour notable de l’AIEA au cœur des débats sur le programme nucléaire iranien. Grossi, qui dirige l’agence depuis 2019, réaffirme ainsi son rôle pivotal dans un contexte de tensions régionales exacerbées par la guerre de juin 2025 entre Israël, les États-Unis et l’Iran, qui a endommagé plusieurs sites nucléaires iraniens.

Cette discussion à Genève n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une série d’efforts diplomatiques pour restaurer les mécanismes d’inspection suspendus par Téhéran en novembre 2025, en réponse à une résolution du Conseil des gouverneurs de l’AIEA jugée hostile par l’Iran. Grossi a déclaré sur les réseaux sociaux que ces échanges étaient « en profondeur » et préparaient des « négociations importantes » prévues pour le lendemain. Araghchi, de son côté, a souligné la présence d’experts nucléaires iraniens, indiquant un focus sur des aspects techniques comme l’enrichissement d’uranium et la reprise des vérifications. Cette initiative reflète la persistance de l’AIEA à maintenir un dialogue, même imparfait, dans un paysage géopolitique fragilisé.

Le contexte de ces pourparlers est marqué par les conséquences durables du conflit de juin 2025. Lors de cette guerre de douze jours, des frappes aériennes ont ciblé des installations clés comme Natanz, Fordow et Ispahan, rendant inaccessibles certains sites pour les inspecteurs de l’AIEA. Grossi a rappelé lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, les 13 et 14 février 2026, que l’agence avait pu reprendre des inspections sur les sites non bombardés, mais que l’accès aux zones endommagées restait un point de friction. Il a insisté sur la possibilité d’un accord, tout en soulignant sa « difficulté extrême » due aux complexités post-conflit. L’Iran, quant à lui, conditionne toute coopération accrue à une clarification de la position de l’AIEA sur ces attaques, comme l’a déclaré le chef de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran (OEAI), Mohammad Eslami, le 23 janvier 2026.

Grossi, diplomate argentin expérimenté, a souvent mis en avant le droit de l’Iran à un programme nucléaire civil pacifique, tout en appelant à un respect strict des obligations internationales. À Munich, il a affirmé que « l’Iran a le droit de bénéficier de capacités nucléaires pacifiques et civiles », mais que cela nécessitait une vérification rigoureuse pour restaurer la confiance internationale. Cette déclaration échoe aux principes fondateurs de l’AIEA, établie en 1957 pour promouvoir l’usage pacifique de l’énergie atomique tout en empêchant la prolifération.

Une agence technique au cœur des enjeux géopolitiques

L’AIEA, initialement conçue comme une entité technique chargée de vérifications scientifiques, s’est progressivement imposée comme un acteur indirect dans les arènes politiques. Sous la direction de Grossi, cette évolution est particulièrement visible dans le dossier iranien. L’agence n’émet pas de sanctions ni de décisions politiques, mais ses rapports influencent directement les délibérations au Conseil de sécurité de l’ONU et les politiques des grandes puissances. Par exemple, les évaluations de l’AIEA sur l’enrichissement d’uranium en Iran – qui a atteint des niveaux proches de ceux nécessaires pour une arme nucléaire avant la guerre – ont servi de base à des résolutions internationales.

Cette transformation s’explique par la nature même des traités nucléaires, comme le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) de 1968, dont l’Iran est signataire. L’AIEA y joue le rôle de gardien, effectuant des inspections pour confirmer que les activités déclarées restent pacifiques. Grossi a souvent employé un langage juridique précis pour encadrer ces missions : il parle de « sauvegardes » et de « protocoles additionnels », des termes qui soulignent l’importance du droit international dans les vérifications. Dans un entretien accordé à des médias lors de la Conférence de Munich, il a expliqué que l’agence opère dans un cadre légal strict, où les inspections ne sont pas des intrusions arbitraires mais des mécanismes consensuels pour bâtir la confiance.

Le cas iranien illustre parfaitement comment une institution technique peut influencer la politique sans en être formellement partie. Après la suspension des inspections en novembre 2025, Grossi a initié une série de dialogues techniques, aboutissant à un accord intérimaire signé au Caire le 9 septembre 2025 avec Araghchi. Cet accord prévoyait une reprise progressive des vérifications, incluant des rapports complets sur tous les sites nucléaires iraniens. Cependant, l’Iran a averti, via son Conseil suprême de sécurité nationale, que toute mesure hostile – comme de nouvelles sanctions – suspendrait ces arrangements. Grossi, lors de la réunion du Conseil des gouverneurs de l’AIEA le 11 septembre 2025, a confirmé que cet accord couvrait l’ensemble des infrastructures, mais a noté que le temps pressait pour une mise en œuvre pleine.

Cette dynamique place l’AIEA en position de médiateur indirect. Grossi, protégé par une escorte policière spéciale autrichienne depuis août 2025 en raison de menaces liées aux tensions sur l’Iran, incarne cette dualité : un scientifique-diplomate naviguant entre faits techniques et impératifs politiques. Ses déclarations à Genève, le 16 février 2026, soulignent cette approche : il a évoqué un « dialogue compliqué et extrêmement difficile », mais existant, ouvrant la voie à des étapes futures.

La confiance par la vérification : un pilier du mandat de Grossi

Au cœur de la stratégie de Grossi se trouve le binôme confiance et vérification, un concept emprunté à Ronald Reagan mais adapté au contexte nucléaire. L’AIEA ne se contente pas de déclarations ; elle exige des preuves tangibles via des inspections sur site, des échantillonnages et des caméras de surveillance. Dans le cas de l’Iran, Grossi a répété que l’agence avait inspecté les 13 sites déclarés non touchés par les bombardements de juin 2025, mais que l’accès aux trois sites endommagés – Natanz, Fordow et Ispahan – restait bloqué. Il a déclaré le 14 février 2026 à Munich que « nous savons parfaitement ce qui doit être vérifié et comment le vérifier », insistant sur l’urgence d’un accord dans les prochains jours.

Cette insistance sur la vérification répond à une perte de confiance accumulée. Avant la guerre, l’Iran avait réduit sa coopération avec l’AIEA en réponse au retrait américain du JCPOA (Plan d’action global commun) en 2018 et à la réimposition de sanctions. Grossi, depuis son entrée en fonction, a multiplié les visites en Iran – plus d’une dizaine – pour rétablir des canaux techniques. En septembre 2025, il a noté des « progrès » dans les discussions, espérant une conclusion rapide. Pourtant, les mouvements détectés près des stocks d’uranium enrichi, signalés par l’AIEA en octobre 2025, ont ravivé les soupçons, même si Grossi a précisé que l’Iran n’enrichissait pas activement à des niveaux militaires.

Le langage juridique employé par Grossi renforce cette approche. Il invoque régulièrement les « obligations safeguards » de l’Iran sous le TNP, qui exigent une transparence totale. À Genève, le 16 février 2026, les discussions avec Araghchi ont porté sur des questions techniques comme la limitation de l’enrichissement à 60 % – proche du seuil militaire de 90 % – et la réinstallation de caméras de surveillance retirées par Téhéran. Grossi a souligné que ces mesures visent à « créer un terrain prometteur » pour des avancées plus larges, écho à son discours au Conseil des gouverneurs en septembre 2025.

Droit proclamé versus contrôle renforcé : la logique sous-jacente

La logique qui guide l’action de l’AIEA sous Grossi peut se résumer à un équilibre entre le droit proclamé des États à l’énergie nucléaire pacifique et le besoin de contrôles renforcés pour en vérifier l’usage. L’article IV du TNP garantit ce droit, que l’Iran invoque régulièrement pour justifier son programme. Grossi l’a reconnu explicitement à Munich le 14 février 2026, affirmant que « pour parvenir à un accord, il doit y avoir une issue » et que Téhéran « entend poursuivre ses activités nucléaires pacifiques, et nous devons reconnaître ce droit ».

Cependant, ce droit est conditionné par des vérifications rigoureuses. Grossi plaide pour un « protocole additionnel » renforcé, permettant des inspections surprises et un accès élargi. Dans le contexte post-guerre, cette logique s’applique aux sites bombardés : l’Iran exige que l’AIEA condamne les attaques avant d’autoriser l’accès, tandis que Grossi argue que les inspections sont essentielles pour évaluer les dommages et confirmer l’absence de diversion de matériaux. Le 23 janvier 2026, Eslami a conditionné les visites à une clarification de la stance de l’AIEA sur les frappes de juin 2025, que Grossi n’a pas condamnées formellement, se cantonnant à un rôle technique.

Cette dialectique a été illustrée par l’accord du Caire en septembre 2025, où l’Iran a accepté des modalités pratiques pour reprendre les inspections, en présence du ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty. Grossi a alors déclaré que cela ne modifiait pas les obligations de l’Iran, mais renforçait les outils de vérification. À Genève, le 16 février 2026, les échanges ont porté sur l’extension de ces modalités, incluant potentiellement les sites endommagés si un accord est trouvé avec les États-Unis.

Cette approche transforme les débats : d’idéologiques, centrés sur les accusations de prolifération ou d’impérialisme, ils deviennent procéduraux, axés sur des protocoles concrets. Grossi a averti que le statu quo « ne peut durer éternellement », poussant vers des résolutions basées sur des faits vérifiables plutôt que sur des postures.

Les implications immédiates des pourparlers de Genève

Les discussions du 16 février 2026 à Genève entre Grossi et Araghchi ont ouvert la porte à une reprise potentielle des inspections complètes, mais les obstacles persistent. Grossi a indiqué que l’AIEA continue de monitorer les sites non bombardés, confirmant l’absence d’enrichissement actif au-delà des niveaux déclarés, bien que des mouvements près des stocks aient été détectés en octobre 2025. Araghchi, accompagné d’experts de l’OEAI, a insisté sur des aspects techniques comme la calibration des centrifugeuses et la transparence sur les stocks d’uranium enrichi à 60 %.

Ces échanges préparent les négociations indirectes avec les États-Unis, prévues le 17 février 2026, où le secrétaire d’État américain Marco Rubio a exprimé un espoir prudent pour un accord, préférant des « résultats négociés » à des confrontations. L’Iran, de son côté, perçoit un déplacement de la position américaine vers plus de réalisme, comme l’a noté Araghchi sur les réseaux sociaux. L’AIEA, via Grossi, fournit le cadre technique pour ces talks, ses rapports servant de base factuelle.

En parallèle, l’agence a étendu ses missions ailleurs, comme en Ukraine, où des équipes visitent des sous-stations critiques pour les centrales nucléaires, illustrant son rôle global. Pour l’Iran, les implications immédiates incluent une possible visite de l’AIEA dans les deux prochaines semaines, comme annoncé par le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Esmaeil Baghaei le 28 juillet 2025 – une déclaration réitérée en février 2026. Cela pourrait inclure une évaluation des dommages post-guerre, si Téhéran assouplit sa position sur la condamnation des attaques.

Les détails techniques discutés à Genève portent sur la réinstallation de 27 caméras de surveillance retirées en 2022, et sur l’accès à des données d’enrichissement accumulées. Grossi a souligné que ces mesures, si implémentées, permettraient de restaurer une continuité dans les vérifications, interrompue depuis novembre 2025. L’Iran, quant à lui, maintient que toute coopération dépend de la levée des sanctions, liant ainsi le technique au politique.

Ces développements soulignent l’urgence : avec des stocks d’uranium enrichi estimés à plusieurs milliers de kilogrammes, l’AIEA surveille de près tout signe de diversion. Grossi, dans ses interventions récentes, a réitéré que l’agence opère avec impartialité, basant ses conclusions sur des preuves scientifiques plutôt que sur des allégations. Les pourparlers de Genève, bien que complexes, représentent un pas vers une dé-escalade procédurale, où les inspections renforcées pourraient atténuer les risques immédiats de prolifération.

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