Les chiffres des fêtes: abondance visible, durée courte
Plus de 20 000 arrivées ont été comptées en quatre jours pendant la période de Noël. La dynamique est décrite comme une vague concentrée. Elle ne s’étale pas. Elle s’accumule sur quelques journées.
Dans le même registre, une projection a été avancée pour l’ensemble de la fin d’année, au-delà de 400 000 arrivées. Ce chiffre crée une impression de retour à la normalité. Pourtant, la structure reste celle d’un pic.
Les réservations hôtelières illustrent cette volatilité. Trois semaines avant les fêtes, plusieurs zones restaient sous 50%. Dans certains cas, les réservations étaient tombées à 30%. Puis une remontée rapide est mentionnée, à Beyrouth, jusqu’à plus de 80%. Certains hôtels ont même atteint 100% sur des dates précises.
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En dehors de Beyrouth, des taux d’occupation au-delà de 60% sont cités. Ils montrent une reprise. Ils montrent aussi une reprise inégale. Une ville peut être pleine. Une autre peut rester à moitié vide.
Le paradoxe de l’aéroport: flux massifs, vulnérabilité quotidienne
Le 29 décembre 2025, l’aéroport de Beyrouth a enregistré 171 mouvements d’avions. La journée a compté 21 343 passagers. La répartition est précise. Il y a eu 86 vols à l’arrivée et 85 au départ. Il y a eu 9 982 arrivées et 11 361 départs.
Ces chiffres racontent une économie qui circule encore. Ils racontent aussi une économie dépendante d’un accès routier et d’un sentiment de sécurité. Or la route de l’aéroport est décrite comme un axe anxiogène.
Des agressions y sont rapportées comme répétitives. Le mode opératoire mentionné repose sur des groupes en motos. La violence est décrite comme allant jusqu’au meurtre, pour un portefeuille ou une moto. La peur se concentre sur la nuit et le petit matin.
Ce contraste dit une chose. Le pays peut afficher une activité de pointe. Pourtant, la sécurité reste vécue comme inégale. Ce vécu n’est pas neutre socialement. Il pèse plus sur ceux qui n’ont pas d’alternative.
Badaro comme laboratoire: 27 fermetures, plus de 20 réouvertures
Une photographie chiffrée est donnée sur une zone précise. À Badaro, 27 restaurants ont fermé pendant la guerre. Puis plus de 20 ont rouvert. Cette donnée est rare, car elle mesure un choc, puis un rattrapage.
La reprise est aussi décrite par un taux d’occupation. Les restaurants de Badaro ont atteint 85% sur les soirées clés. La liste des soirées est citée comme repère. Jeudi, vendredi, samedi, puis la nuit de fête.
Cette performance est réelle. Elle reste concentrée. Elle ne dit pas que tout le mois est fort. Elle dit que quelques soirées ont porté l’essentiel.
Un autre élément décrit l’activation commerciale. Un festival de Noël a été mis en avant, avec décorations sur l’axe, promotions et baisses de prix. Ce levier joue sur la décision d’achat. Il attire une clientèle hésitante.
Ces éléments montrent une résilience. Ils montrent aussi un filtrage. Tout le monde ne consomme pas. Tout le monde ne consomme pas au même prix.
La segmentation qui révèle l’écart: 17–25 ans, lieux souvent complets
Le récit des fêtes évoque une segmentation explicite. Il est question de restaurants dédiés à une tranche 17–25 ans. Ces lieux sont décrits comme souvent complets.
Ce détail peut sembler anodin. Il est au contraire très révélateur. Il montre qu’une partie de la jeunesse consomme de manière intense pendant les fêtes. Elle fréquente des lieux ciblés. Elle crée une image de ville pleine.
Cette image peut masquer une autre réalité. Dans un pays où la pauvreté est estimée à 45% en 2019, puis à 75% en 2020, et où un niveau au-delà de 80% est évoqué aujourd’hui, l’accès à la fête devient un marqueur social. Une majorité vit avec des arbitrages d’urgence. Une minorité peut encore consommer par choix.
Ainsi, la fête devient un miroir déformant. Elle expose les gagnants visibles. Elle rend moins visibles ceux qui restent à l’écart.
Le rôle des visiteurs: Europe, expatriés, Golfe, séjours plus longs
Le profil des visiteurs cités pendant les fêtes est précis. Une présence européenne est mentionnée. Elle est liée à des attaches avec des Libanais. Des visiteurs d’Irak, d’Égypte, de Jordanie, du Qatar, du Koweït et des Émirats arabes unis sont aussi cités. L’espoir d’un retour de visiteurs saoudiens est évoqué.
Cette diversité compte, car elle structure la dépense. Les visiteurs du Golfe sont décrits comme ayant des séjours plus longs. Un séjour long soutient l’hôtellerie. Il soutient aussi la location de voitures et le commerce.
À l’inverse, une partie de la diaspora vient sur des séjours courts. Elle concentre la consommation sur quelques jours. Elle dépense beaucoup en peu de temps. Elle remplit les restaurants et les soirées.
Cette combinaison nourrit l’impression de reprise. Pourtant, elle peut accentuer l’inégalité. Les secteurs situés sur les bons axes profitent. Les autres restent en marge.
Stabilité de surface et fracture de fond: 89 500, 4,7%, mais une pauvreté massive
Deux chiffres macroéconomiques ressortent dans le récit public. Une stabilité relative autour de 89 500 livres pour un dollar en 2025 est mentionnée. Une croissance estimée autour de 4,7% en 2025 est aussi évoquée, portée par tourisme, commerce et transferts.
Ces chiffres peuvent créer un récit de normalisation. Ils ne suffisent pas à décrire le quotidien. La pauvreté, rappelée à 75% en 2020 et potentiellement au-delà de 80% aujourd’hui, impose une autre lecture.
Une économie peut afficher une croissance. Elle peut aussi rester profondément inégalitaire. La croissance peut être concentrée sur des poches. Elle peut aussi être alimentée par des flux extérieurs.
Les fêtes illustrent ce mécanisme. L’activité augmente. La ville s’anime. Pourtant, la majorité ne retrouve pas un pouvoir d’achat stable. Le contraste devient visible sur un menu, sur un tarif, sur un trajet.
L’hôtel comme indicateur d’inégalité: de 30% à plus de 80%, puis 100% pour certains
La trajectoire hôtelière racontée par des pourcentages est un outil d’analyse. Des réservations à 30% ont été citées avant le rebond. Puis une remontée à plus de 80% est mentionnée à Beyrouth. Certains hôtels ont atteint 100% sur des dates.
Ce type de rebond crée une vitrine. Il nourrit des photos. Il nourrit un discours de relance. Pourtant, il dit aussi que la demande s’est décidée tard. Une décision tardive favorise certains acteurs. Ceux qui ont de la trésorerie. Ceux qui peuvent attendre.
Un petit hôtel fragile souffre quand les réservations restent sous 50% pendant des semaines. Il paie ses charges. Il ne remplit pas. Il peut réduire ses équipes. Il peut aussi fermer temporairement.
À l’inverse, un établissement bien placé peut profiter d’un rebond de dernière minute. Il peut vendre plus cher. Il peut atteindre 100%. Cette asymétrie est un mécanisme d’inégalité économique, même à l’intérieur d’un même secteur.
Le chiffre de 60% au-delà de Beyrouth illustre aussi la fracture territoriale. La capitale capte l’essentiel du pic. Les régions captent une partie du flux. La reprise reste donc géographiquement concentrée.
La restauration: 85% un soir, mais une reprise qui dépend des promotions
Le taux de 85% à Badaro sur les soirées clés montre un niveau élevé. Il dit aussi que la demande est concentrée sur quelques dates. Cette concentration augmente le risque pour les établissements.
Pour attirer, des promotions et des baisses de prix sont mises en avant via un dispositif festif. Ce point compte, car il signifie que le marché a besoin d’incitations. Une partie de la clientèle hésite. Elle attend des offres.
Ces offres sont utiles socialement, car elles ouvrent l’accès à des budgets plus serrés. Pourtant, elles réduisent aussi la marge unitaire. Un établissement peut être plein. Il peut pourtant gagner moins, si le prix moyen baisse.
La fête peut donc masquer une fragilité. L’image d’un restaurant occupé ne dit pas ce que vaut le ticket moyen. Elle ne dit pas non plus si les dépenses couvrent les dettes et les loyers.
Les réouvertures: plus de 20, mais la mémoire des 27 fermetures
Le chiffre des 27 fermetures pendant la guerre reste une base. Il rappelle que la restauration ne repart pas de zéro. Elle repart d’un choc.
Le fait que plus de 20 aient rouvert montre une capacité de rebond. Il montre aussi un tri. Tous n’ont pas rouvert. Certains ont disparu. Certains n’ont pas eu de financement. D’autres ont été remplacés.
Ce tri modifie la structure sociale d’un quartier. Il peut changer l’offre. Il peut aussi changer les prix. Une zone peut devenir plus “sélective” après la crise, car seuls certains acteurs survivent.
L’inégalité apparaît alors dans la géographie. Certaines rues reprennent. D’autres stagnent. Certaines zones attirent. D’autres restent vides.
La mobilité comme filtre social: qui peut éviter le risque
La route de l’aéroport est décrite comme le théâtre d’agressions répétées, avec un mode opératoire en motos et des cas mortels. Cette situation a un effet social direct.
Celui qui peut choisir un horaire plus sûr peut réduire son risque. Celui qui peut payer un transport plus cher peut aussi se protéger. Celui qui peut voyager à plusieurs véhicules peut diminuer l’exposition.
À l’inverse, un travailleur de nuit n’a pas toujours le choix. Un employé à horaire décalé n’a pas toujours le budget. Un livreur n’a pas toujours un itinéraire alternatif.
La sécurité devient donc un facteur d’inégalité. Elle n’est plus seulement un droit. Elle devient une ressource. Ceux qui ont des moyens peuvent acheter une partie de la protection. Les autres vivent la contrainte.
Cette inégalité de sécurité se traduit ensuite en inégalité économique. On sort moins. On consomme moins le soir. On évite des courses. L’économie de services perd des clients, surtout parmi les ménages prudents.
Résilience réelle: les chiffres montrent un rebond, pas une normalité
Les chiffres des fêtes montrent des rebonds. Plus de 20 000 arrivées en quatre jours. Plus de 80% de réservations à Beyrouth après avoir touché 30%. Des pics à 100% dans certains hôtels. Plus de 60% dans d’autres zones. 85% de remplissage dans des restaurants sur des soirées clés. Plus de 20 réouvertures après 27 fermetures. 171 mouvements d’avions et 21 343 passagers en une journée.
Ces données décrivent une capacité du pays à attirer et à consommer sur des fenêtres courtes. Elles décrivent aussi une dépendance à des signaux de confiance et de sécurité. La demande se décide tard. Elle reste concentrée.
Cette configuration produit une résilience. Elle ne produit pas forcément une stabilité. La stabilité exige une saison longue. Elle exige une demande prévisible. Elle exige aussi une protection quotidienne.
Illusion possible: la fête comme vitrine qui cache la fracture
Le risque est celui d’une lecture trop optimiste. Une rue pleine ne signifie pas une société à l’équilibre. Une journée d’aéroport très active ne signifie pas une mobilité sûre. Un hôtel à 100% un soir ne signifie pas un secteur assaini.
L’inégalité se voit dans les chiffres sociaux rappelés, avec une pauvreté passée de 45% à 75%, puis vers plus de 80%. Elle se voit aussi dans les mécanismes des fêtes. Promotions nécessaires, décisions tardives, consommation concentrée, segmentation par âge, et dépendance à des visiteurs spécifiques.
Cette inégalité se voit enfin dans la manière dont la sécurité pèse sur les trajectoires. Ceux qui peuvent se protéger continuent. Ceux qui ne peuvent pas se replient.
Ce que disent les fêtes, en clair: une économie qui tient par poches
Les fêtes montrent une économie qui tient par poches. Beyrouth monte vite au-dessus de 80% sur certains hôtels. Badaro atteint 85% sur les soirées clés. L’aéroport dépasse 21 000 passagers sur une journée.
Dans le même temps, plusieurs zones restent sous 50% avant le rebond. Des régions n’atteignent que 60% au mieux. Des quartiers portent encore la trace de 27 fermetures. La pauvreté reste massive. La sécurité reste inégale.
Cette coexistence est le cœur du sujet. La résilience existe, car le pays produit des pics. L’illusion existe aussi, car ces pics peuvent masquer une fracture sociale durable. La fête, dans ce cadre, n’est pas un verdict. C’est un révélateur.



