Dans un contexte de tensions persistantes au Liban et au Proche-Orient, plusieurs journaux ont placé au cœur de leur une la prolongation du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) pour une durée finale de seize mois. Selon Al Sharq Al Awsat (29 août 2025), cette résolution adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité marque un tournant stratégique. Le texte, référencé comme résolution 2790, pose une feuille de route claire pour une réévaluation de la présence onusienne dans le sud du Liban. Le quotidien souligne l’importance des négociations diplomatiques menées entre la France et les États-Unis pour parvenir à ce consensus, qualifiées de « décisives ».
Le renouvellement, qui devrait être le dernier, associe l’objectif d’un retrait progressif des troupes internationales à des exigences claires envers l’État libanais. Il s’agit notamment de la « souveraineté exclusive de l’État sur les armes », une formule visant explicitement la présence militaire du Hezbollah. Toujours selon Al Sharq Al Awsat, les discussions qui ont conduit à cette résolution auraient inclus une clause américaine rédigée par l’émissaire Tom Barak, acceptée après validation par les parties concernées, et qui engage le Liban à interdire toute détention d’armes non officielle, y compris celles du Hezbollah, en application des résolutions 1559, 1680 et 1701.
Ad Diyar (29 août 2025) apporte un éclairage complémentaire sur les suites pratiques attendues de cette résolution. Le journal précise que le général Joseph Aoun, président de la République, a été informé des grandes lignes du plan préparé par le commandement de l’armée, en vue de présenter une stratégie globale de désarmement progressif. Ce document, une fois validé par le Conseil des ministres, devrait être transmis au Conseil supérieur de défense, puis aux autorités américaines, en vue d’un soutien logistique et politique.
Le désarmement des camps palestiniens au sud du Liban : symbolique et réalités
Plusieurs journaux reviennent également sur le processus visible de désarmement entamé dans les camps palestiniens du sud, notamment à Rashidieh, Bourj el-Chemali et Al-Bass. Al Akhbar (29 août 2025) met en lumière les modalités logistiques de cette opération menée en coordination avec l’armée libanaise. Des camions chargés d’armes lourdes et de munitions ont quitté ces camps pour rejoindre la caserne de l’armée à Chawakir, dans une mise en scène saluée par les autorités, mais perçue comme un geste de façade par certains observateurs.
Ce désarmement partiel est encadré par un accord entre le gouvernement libanais et l’Autorité palestinienne. Toutefois, selon Al Akhbar, les factions armées conservent une certaine capacité d’autonomie, notamment en matière de sécurité interne. Le journal insiste également sur le fait que cette opération a été conçue pour s’adapter aux exigences américaines exprimées lors des visites de délégations officielles, sans impliquer pour autant une stratégie sociale ou politique de réintégration des réfugiés.
Du côté de Al Joumhouriyat (29 août 2025), la réaction politique locale ne s’est pas fait attendre. Le journal annonce que le président du Parlement, Nabih Berri, devrait prononcer un discours à forte charge symbolique dans le cadre de la commémoration de la disparition de l’imam Moussa Sadr. Ce discours serait l’occasion de dénoncer ce que le président du Législatif perçoit comme un déséquilibre dans l’application de l’accord de cessez-le-feu, notamment le non-respect par Israël de certaines clauses, en particulier le droit des déplacés à revenir dans leurs localités du sud.
Crise humanitaire à Gaza : l’ONU parle de famine délibérée
Au-delà des enjeux purement libanais, la presse arabe consacre également ses unes à la situation dramatique dans la bande de Gaza. Al Sharq Al Awsat (29 août 2025) cite un rapport interne du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, signé par plus de 500 employés, qui qualifie la crise alimentaire à Gaza de « famine fabriquée ». Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a affirmé que la mort par faim dans l’enclave palestinienne est « le résultat de décisions politiques délibérées », en contradiction flagrante avec le droit humanitaire international. Le journal indique que ces déclarations sont intervenues alors qu’un nouveau cycle de violences dans la ville de Gaza a fait des dizaines de milliers de morts depuis le début du conflit, il y a près de deux ans.
La dénonciation d’un potentiel « génocide » est relayée également par Al 3arabi Al Jadid (29 août 2025), qui publie une tribune dénonçant l’absence de réponse coordonnée des pays arabes à cette catastrophe. Le texte interpelle directement les États membres de la Ligue arabe, accusés d’inaction, et appelle à l’établissement immédiat de couloirs humanitaires par voie terrestre et maritime. Une analyse de la situation militaire met en cause l’armée israélienne pour des frappes systématiques contre des zones résidentielles, des hôpitaux et des centres de distribution de nourriture.
Israël – Syrie : négociations secrètes sous le parrainage de Washington
La possibilité d’un accord de sécurité entre Israël et la Syrie fait aussi la une de plusieurs journaux. Al Sharq Al Awsat(29 août 2025) évoque des discussions préliminaires, soutenues discrètement par l’administration Trump. Un projet d’accord pourrait être signé en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, prévue le 25 septembre. Le président syrien Ahmed al-Sharaa doit y prononcer un discours devant l’assemblée. Selon les informations du quotidien, les États-Unis miseraient sur ce sommet pour provoquer un rapprochement bilatéral, avec la participation directe de Donald Trump et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Les détails sur cet accord sont rares, mais Al Bina’ (29 août 2025) mentionne des zones de sécurité communes, une coopération frontalière et une phase de désescalade militaire dans le sud syrien. Des déclarations contradictoires émanant de Tel-Aviv et de Damas montrent cependant que ces pourparlers demeurent fragiles.
Enjeux militaires au Yémen : démonstration de force ou escalade incontrôlée ?
L’intensification des frappes israéliennes sur Sanaa, capitale du Yémen, constitue un autre dossier saillant. Al Liwa’ (29 août 2025) et Al Quds (29 août 2025) relatent une série de dix frappes aériennes israéliennes sur le complexe présidentiel yéménite et les collines de Jabal Attan et Jabal Nahdayn. Ces frappes, officiellement justifiées par la présence supposée de dirigeants Houthis, sont perçues comme une nouvelle provocation dans une région déjà instable. Le journal cite une déclaration du ministre israélien de la Défense, affirmant que « la main d’Israël peut frapper n’importe qui, n’importe où ».
Pour sa part, Al Bina’ (29 août 2025) donne la parole à Nasser Kandil, qui affirme que les frappes israéliennes n’ont causé que des dégâts limités et que la résistance yéménite est en train de gagner une guerre d’endurance. Le quotidien insiste sur la capacité balistique des forces yéménites, qui auraient, selon lui, utilisé des missiles hypersoniques contre des sites israéliens. Ces informations ne sont toutefois pas confirmées par des sources indépendantes.
Un repositionnement stratégique des puissances européennes
Enfin, la dynamique géoéconomique est évoquée dans Al Sharq Al Awsat (29 août 2025) à travers un entretien avec le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani. Il y défend la politique de rapprochement entre l’Italie et l’Arabie saoudite, insistant sur le rôle croissant de Riyad comme partenaire économique stratégique. Le diplomate souligne aussi l’intérêt de Rome à s’engager dans des discussions sur les crises en Syrie, à Gaza et en Ukraine. Ce déplacement du centre d’attention européen vers les grands acteurs régionaux comme l’Arabie saoudite illustre, en creux, la perte de centralité du Liban dans les priorités diplomatiques de l’Union européenne.
Politique locale : désarmement sous contrainte, tensions internes et manœuvres de l’exécutif
Armée, exécutif et désarmement : le nouveau triangle décisionnel
Au centre de la scène politique libanaise se trouve la question du désarmement des groupes armés palestiniens et de l’encadrement militaire de la sécurité nationale. Ad Diyar (29 août 2025) révèle que le général Joseph Aoun, président de la République, a été saisi d’un plan préparé par l’état-major de l’armée. Ce document, élaboré sous l’égide du général Rodolphe Heikal, chef d’état-major, prévoit un désarmement progressif sous supervision étatique, en cohérence avec la feuille de route de la résolution 1701 et du mandat renouvelé de la FINUL.
Le plan, dont le contenu est encore confidentiel, serait présenté au Conseil des ministres lors d’une réunion prévue au début du mois de septembre. Il devrait être ensuite soumis au Conseil supérieur de défense. Cette dynamique institutionnelle reflète une tentative d’asseoir une légitimité étatique autour du monopole de la violence légitime, dans un contexte où le désarmement a historiquement été un point de blocage majeur dans les équilibres politiques libanais.
Ce processus de centralisation du pouvoir militaire est cependant loin de faire l’unanimité. Al Akhbar (29 août 2025) indique que des dissensions existent au sein même des structures de sécurité. Des sources militaires citées par le journal soulignent l’opposition de plusieurs commandants d’unités et d’officiers supérieurs à une exécution précipitée du plan, en l’absence de garanties politiques claires et d’une validation par les composantes communautaires concernées.
Le Hezbollah en retrait stratégique, mais vigilant
L’enjeu du désarmement dépasse largement les camps palestiniens et touche, en filigrane, la présence armée du Hezbollah. Si aucune déclaration directe de la formation dirigée par Naim Kassem n’a été relayée dans la presse du jour, les positions du tandem chiite se clarifient à travers les préparatifs du discours de Nabih Berri. Al Joumhouriyat(29 août 2025) annonce que le président de la Chambre interviendra à l’occasion de l’anniversaire de la disparition de l’imam Moussa Sadr. Son discours est attendu comme une mise en garde à l’exécutif et à l’armée contre toute tentative d’unilatéralisme dans l’application des résolutions internationales.
Des sources citées dans Al Joumhouriyat affirment que le Hezbollah considère comme inacceptable un calendrier de désarmement imposé sans concertation, surtout tant que les violations israéliennes au sud continuent. Le discours de Berri devrait aussi rappeler l’engagement historique du mouvement Amal envers la résistance, et dénoncer une application « sélective » des clauses des accords de cessez-le-feu. Il mettra également en avant les droits des populations du sud, notamment leur retour dans leurs localités, ce qui serait mis en péril par certaines clauses évoquées dans les projets de coopération militaire internationale.
Gouvernement Salam : entre exécution technique et pression américaine
Le gouvernement dirigé par Nawaf Salam se trouve dans une position délicate. Al Sharq Al Awsat (29 août 2025) révèle que la résolution 2790, adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU, fixe des exigences précises, notamment sur la mise en œuvre des résolutions 1559 et 1701, conditionnant tout soutien international à des engagements concrets. La diplomatie française et américaine a intensifié les contacts pour assurer l’adhésion du gouvernement libanais au nouveau cadre opérationnel de la FINUL.
Selon Ad Diyar, l’émissaire américain Tom Barak aurait obtenu l’engagement oral du Premier ministre sur un plan de désarmement progressif, couplé à des mécanismes de coopération militaire avec les forces onusiennes. La pression exercée sur l’exécutif est d’autant plus forte qu’elle est adossée à des leviers financiers : aides militaires, relance du dossier des prêts de la Banque mondiale, et participation à des projets d’infrastructure régionaux.
Mais cette approche suscite des critiques internes. Dans Al Akhbar, des sources proches de la majorité actuelle accusent le gouvernement Salam d’avoir trop cédé aux injonctions étrangères, sans validation parlementaire, ni consultation avec les forces communautaires. Le journal souligne l’absence de cadre politique inclusif dans les discussions, ce qui pourrait renforcer les blocages institutionnels à court terme.
Opposition fragmentée, consensus introuvable
Sur le front de l’opposition, la dispersion des forces reste manifeste. Al Joumhouriyat note qu’aucune coordination réelle n’existe entre les partis souverainistes, les formations centristes et les groupes issus de la société civile. Si tous expriment leur scepticisme sur l’efficacité d’un désarmement partiel sans réforme du système politique, ils peinent à produire une alternative cohérente.
Par ailleurs, l’opposition parlementaire ne semble pas disposer d’assez de leviers pour bloquer les décisions gouvernementales, en l’absence d’une majorité stable. Ad Diyar évoque néanmoins la possibilité que certains groupes tentent de renvoyer la balle au Conseil constitutionnel, s’il s’avère que des décisions exécutives violent les dispositions de l’accord de Taëf ou de la Constitution.
Les camps palestiniens : entre visibilité médiatique et vide social
L’opération de désarmement des camps palestiniens occupe une place centrale dans la politique sécuritaire de l’État. Al Akhbar fournit des détails logistiques : huit camions ont quitté le camp de Rashidieh, deux celui de Bourj el-Chemali, pour rejoindre la caserne de Chawakir. Des images diffusées par l’armée montrent des roquettes Katyusha et des obus de mortier, mettant en scène la puissance de feu transférée sous contrôle libanais.
Cette opération, saluée par le gouvernement comme une preuve de sa capacité à imposer l’ordre, est perçue différemment sur le terrain. Le journal insiste sur le malaise des habitants, qui voient dans cette mise en scène une démonstration de force sans suivi politique. Aucun projet de réhabilitation des camps ou d’intégration sociale des réfugiés n’a été annoncé, nourrissant un sentiment d’instrumentalisation politique.
Al Sharq (29 août 2025) évoque également la position ambiguë de Mahmoud Abbas, dont l’autorité tente de faire valoir sa coopération tout en gardant ses réseaux dans les camps. Le journal souligne le décalage entre les annonces officielles et la réalité, marquée par l’absence d’engagements sur l’éducation, la santé ou le travail.
Le rôle de la présidence : entre arbitrage et réaffirmation
Dans ce contexte tendu, le rôle du président Joseph Aoun apparaît déterminant. Ad Diyar rappelle que le chef de l’État est informé de tous les volets du plan militaire de désarmement. Sa fonction de commandant en chef des forces armées et d’arbitre institutionnel lui confère une légitimité singulière pour coordonner les étapes du processus. La presse du jour ne signale aucune déclaration officielle de sa part, mais les différentes sources convergent pour signaler son implication discrète mais active.
Cette posture prudente vise probablement à préserver les équilibres internes, à un moment où les tensions communautaires pourraient ressurgir à la faveur d’une mauvaise gestion du processus. Plusieurs analystes soulignent que le président pourrait jouer un rôle central dans la rédaction d’un document d’orientation sur la sécurité nationale, qui ferait consensus parmi les acteurs politiques et les partenaires internationaux.
Diplomatie : réajustements d’alliances et activisme multilatéral
Accord de sécurité Israël-Syrie : catalyseur d’un basculement régional
L’annonce de négociations avancées entre Israël et la Syrie constitue l’un des points les plus sensibles du paysage diplomatique analysé le 29 août 2025. Al Sharq Al Awsat rapporte que ces pourparlers, orchestrés discrètement par Washington, pourraient aboutir à un accord de sécurité signé en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Le président syrien Ahmed al-Sharaa, dont la participation est confirmée, devrait prononcer un discours à cette occasion. Les négociations incluraient la création de zones de sécurité partagées et une désescalade progressive sur la frontière sud.
Toujours selon Al Sharq Al Awsat, cette dynamique est portée par l’administration Trump, qui y voit une opportunité stratégique de repositionnement américain au Proche-Orient. L’objectif serait de stabiliser militairement le front syro-israélien, de contenir l’influence iranienne et de réintégrer partiellement la Syrie dans le jeu diplomatique international.
Le projet ne fait toutefois pas l’unanimité. Al Bina’ signale que ces pourparlers provoquent des tensions internes à Damas, notamment au sein des services sécuritaires, hostiles à tout engagement perçu comme un abandon du front de la résistance. En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait donné son accord de principe, à condition que l’accord inclue des garanties sur la neutralisation des factions pro-iraniennes opérant dans le sud syrien.
Médiation qataro-égyptienne sur Gaza : diplomatie de la continuité face au blocage
Alors que la bande de Gaza continue de subir des frappes meurtrières, les efforts de médiation portés par le Qatar et l’Égypte se poursuivent, malgré l’absence de réponse israélienne à la dernière proposition de cessez-le-feu. Al Qudsrapporte que la proposition, transmise le 18 août à Tel-Aviv, a reçu un accord de principe de la part du Hamas, mais demeure ignorée par le gouvernement israélien.
Le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al Thani, a exprimé sa frustration lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue égyptien. Il a appelé la communauté internationale à assumer ses responsabilités humanitaires, face à une famine désormais qualifiée de systémique par les agences onusiennes. Le Qatar insiste sur l’urgence d’un couloir humanitaire sécurisé et d’un mécanisme d’acheminement des aides sans entrave.
Selon Al 3arabi Al Jadid, cette position est soutenue par Le Caire, qui maintient ses discussions avec les services de renseignement israéliens et palestiniens, malgré les tensions liées à la poursuite des bombardements sur les zones civiles. Le journal relève cependant un certain essoufflement diplomatique : les réunions techniques se succèdent sans débouché politique concret, les autorités israéliennes restant intransigeantes sur les conditions de libération des otages.
Déploiement diplomatique américain : conditionnalités et sécurité régionale
Les États-Unis apparaissent comme les grands architectes des réarrangements diplomatiques en cours. Al Sharq Al Awsat dévoile que l’envoyé spécial Tom Barak a joué un rôle de pivot dans la négociation de la résolution 2790 sur la FINUL. En parallèle, il aurait œuvré à la mise en place d’un cadre bilatéral de coopération sécuritaire entre Beyrouth et Washington. Ce cadre inclut la restructuration des forces armées libanaises et la promesse d’une aide militaire accrue, en échange d’un engagement progressif vers le désarmement des groupes non étatiques.
Ad Diyar précise que les États-Unis envisagent l’envoi d’une mission diplomatique et militaire conjointe à Beyrouth, pour superviser l’application du plan de désarmement présenté par l’armée libanaise. Ce dispositif serait coordonné avec le commandement de la FINUL, dont le mandat a été prorogé pour seize mois supplémentaires.
Ce déploiement diplomatique s’accompagne d’un discours conditionnel. Plusieurs journaux relèvent que l’aide américaine au Liban reste tributaire d’un respect strict des engagements sécuritaires, mais aussi d’un agenda réformiste que Washington considère encore très peu avancé. Al Akhbar cite des sources militaires qui évoquent la crainte d’un affaiblissement de la chaîne de commandement en cas de politisation excessive du processus de réforme.
L’Italie comme médiateur économique et diplomatique
Dans un entretien accordé à Al Sharq Al Awsat, le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani décrit Riyad comme le marché le plus dynamique pour les exportations italiennes au sein du monde arabe. Au-delà de la dimension économique, il affirme que l’Italie joue un rôle actif dans les discussions sur la Syrie, Gaza et l’Ukraine. Rome se positionne ainsi comme un partenaire euro-méditerranéen stratégique, capable de conjuguer diplomatie économique et engagement humanitaire.
Tajani confirme également l’implication de l’Italie dans les discussions européennes sur une stratégie intégrée pour la reconstruction post-conflit à Gaza. Le journal souligne que cette posture italienne est bien reçue à Riyad, où la Vision 2030 du prince héritier offre un cadre de coopération à long terme. Il mentionne par ailleurs la volonté italienne de soutenir des mécanismes diplomatiques plus équilibrés, sans exclusivité américaine.
Résistances iraniennes et repositionnements stratégiques
L’Iran, bien que peu présent dans les prises de parole officielles, reste un acteur central dans les recompositions diplomatiques régionales. Al Bina’ signale que les négociations entre Téhéran et la troïka européenne (France, Allemagne, Royaume-Uni) sont à l’arrêt, après l’échec d’une médiation sur le rétablissement de l’accord nucléaire. La République islamique aurait reçu une notification d’activation de la clause de « snapback » des sanctions, ce qui pourrait précipiter une nouvelle séquence de tensions diplomatiques.
Selon les analystes cités par le journal, cette crispation pourrait pousser l’Iran à renforcer son ancrage au Levant, notamment par le biais de ses alliances avec le Hezbollah, les Houthis et certaines milices syriennes. Le rapprochement israélo-syrien, s’il se concrétise, pourrait être interprété comme un encerclement stratégique de l’Iran, contraignant celui-ci à des réponses asymétriques.
Al Sharq fait état de tensions internes croissantes à Téhéran, amplifiées par les répercussions militaires de la guerre des douze jours. Le journal évoque les pertes humaines dans les rangs des Pasdaran et la destruction de sites nucléaires clés, dont Fordo et Natanz. Ces revers affaiblissent la position de négociation de l’Iran et pourraient fragiliser sa diplomatie régionale.
Diplomatie religieuse : une voie parallèle de dialogue
Un aspect moins médiatisé mais significatif des dynamiques diplomatiques concerne l’engagement croissant des institutions religieuses dans les débats régionaux. Al Sharq rapporte que le grand imam d’Al-Azhar, Ahmed al-Tayeb, a pris contact avec les présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam pour exprimer son soutien à la souveraineté du Liban et son opposition à toute instrumentalisation confessionnelle des crises en cours.
L’imam al-Tayeb a également exprimé sa volonté de visiter le Liban prochainement, dans le but d’encourager le dialogue interreligieux et de soutenir les efforts humanitaires à destination des réfugiés palestiniens. Cette initiative s’inscrit dans une tradition de diplomatie religieuse qui complète les canaux classiques de la politique extérieure des États arabes.
Politique internationale : multipolarité contestée et foyers de conflit en expansion
Guerre à Gaza : fracture du droit international et diplomatie désarmée
La situation dans la bande de Gaza continue de dominer l’actualité internationale. Les rapports publiés le 29 août 2025 mettent en évidence un glissement progressif vers un consensus humanitaire sur la gravité extrême de la crise. Al Sharq Al Awsat rapporte que le Conseil de sécurité de l’ONU a reconnu à l’unanimité, à l’exception notable des États-Unis, que la famine à Gaza constitue une crise provoquée par l’homme. Le secrétaire général António Guterres a déclaré que « la mort par la faim à Gaza résulte de décisions délibérées qui défient les principes les plus fondamentaux du droit humanitaire ». Cette déclaration fait écho à une lettre signée par plus de 500 employés du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, appelant leur hiérarchie à qualifier la situation de « génocide ».
Le bilan humain dépasse désormais les 63 000 morts, selon les données diffusées par les Nations unies. La situation est également dénoncée par Al 3arabi Al Jadid, qui met en lumière l’inaction des États arabes face à cette catastrophe. Le journal dénonce la « schizophrénie des régimes officiels » qui affichent leur soutien aux Palestiniens tout en empêchant concrètement les convois humanitaires de franchir leurs frontières. Cette critique est d’autant plus virulente que le journal évoque la complicité silencieuse de certains États arabes dans le maintien du blocus.
Al Quds précise que des frappes israéliennes menées dans la nuit du 28 au 29 août ont tué cinquante civils, dont dix-neuf personnes en attente de distribution alimentaire. La bande de Gaza fait également face à un effondrement total du système de santé. Les hôpitaux fonctionnent à plus de 300 % de leur capacité. Quatre personnes seraient mortes de faim dans les vingt-quatre dernières heures, dont deux enfants. Ces données viennent renforcer les appels à la mise en place urgente de couloirs humanitaires, que ni l’Égypte ni Israël n’ont pour l’instant acceptés.
Yémen : escalade israélienne et démonstration de force contrariée
Un autre théâtre de tension majeur est le Yémen. Al Liwa’ indique qu’Israël a mené une série de frappes aériennes sur Sanaa, visant notamment le palais présidentiel et des installations militaires supposées. Dix frappes auraient touché les collines de Jabal Attan et Jabal Nahdayn. Le gouvernement israélien affirme avoir ciblé des chefs militaires Houthis. Ces informations sont cependant démenties par les autorités de la rébellion. Nasser Al-Ameri, porte-parole houthi, cité dans Al Bina’, qualifie les annonces israéliennes de « propagande médiatique ». Selon lui, aucun leader militaire n’a été touché.
Plus intéressant encore, Al Bina’ révèle que ces attaques interviennent alors qu’un missile hypersonique yéménite aurait atteint plusieurs cibles sensibles en territoire israélien. Ce développement remettrait en question la supériorité stratégique israélienne. Le journal présente cette offensive comme une victoire symbolique de la résistance arabe contre l’hégémonie militaire d’Israël. Cette perception, bien que non confirmée par des sources internationales, alimente un discours de légitimation du front Houthi dans la presse alignée sur l’axe de la résistance.
Al Sharq complète cette analyse en notant que les frappes israéliennes coïncident avec le discours hebdomadaire d’Abdul Malik al-Houthi. Le journal y voit une tentative d’assassinat ciblé, en rupture avec la doctrine traditionnelle de dissuasion graduelle. Loin d’apaiser la situation, cette stratégie semble contribuer à la généralisation des fronts de confrontation entre Israël et ses adversaires régionaux.
Syrie : le retour du dialogue imposé et la ligne rouge de la normalisation
La perspective d’un accord de sécurité entre Israël et la Syrie fait l’objet de multiples spéculations. Al Sharq Al Awsatannonce la possible signature d’un texte en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, avec la bénédiction de Donald Trump. L’objectif affiché est de créer des zones de sécurité communes et de réduire la présence des milices pro-iraniennes dans le sud du pays. Si cette information se confirme, elle marquerait un tournant diplomatique majeur.
Pourtant, la réalité au sol contredit en partie cette dynamique. Al 3arabi Al Jadid décrit une intensification des frappes israéliennes dans la région de la Ghouta, autour de Damas, et en particulier sur le site militaire de Jabal al-Mana’ à Al-Kisweh. Le journal affirme que ces attaques constituent le premier débarquement israélien dans cette zone depuis la chute du régime de Bachar al-Assad. Ces actions remettent en question la sincérité des intentions de désescalade affichées par Tel-Aviv.
Al Quds évoque aussi la crise politique interne syrienne à travers le cas de la dénomination de l’école Saadallah Wannous, dont le nom a été retiré par décision du ministère de l’Éducation. Le geste a suscité une vague d’indignation dans les milieux intellectuels, qui y voient un effacement de la mémoire critique du régime précédent. Cette censure symbolique s’inscrit dans une politique plus large de contrôle de la mémoire et de l’identité nationale, en contradiction avec toute logique de réconciliation durable.
Irak : tensions confessionnelles autour du droit civil
En Irak, le vote de la « madouna al-shar’iya al-ja’fariyya », rapporté par Al Quds, relance les tensions autour de la séparation des sphères religieuse et civile. Le texte adopté par 167 députés vise à institutionnaliser le droit chiite ja’fari dans le champ des affaires familiales. Ce vote a été salué comme une « victoire stratégique » par les représentants politiques du clergé chiite, notamment ceux proches du grand ayatollah Ali Sistani.
Le débat divise profondément le paysage politique irakien. Al Quds mentionne des critiques émanant de parlementaires sunnites et de mouvements laïques, qui dénoncent une violation de la neutralité de l’État. La législation, composée de plus de 300 articles, renforce les prérogatives du waqf chiite dans l’interprétation des affaires familiales. Elle ouvre également la porte à une légalisation implicite du mariage des mineures, ce qui suscite l’inquiétude de plusieurs ONG locales et internationales.
Le vote survient dans un contexte de montée des tensions avec les milices pro-iraniennes. Des négociations autour de la réintégration partielle de certaines brigades dans les forces armées régulières sont en cours, mais se heurtent à une défiance persistante entre les factions.
Ukraine : regain de violence, implication russe croissante
Si les journaux analysés se focalisent essentiellement sur le Moyen-Orient, Al 3arabi Al Jadid évoque brièvement un raid aérien russe de grande ampleur à Kiev. L’attaque aurait visé des sites gouvernementaux dans le quartier de Pechersk. Cette frappe, l’une des plus violentes depuis plusieurs semaines, a entraîné de nombreuses victimes civiles. L’absence de réaction occidentale cohérente montre, selon l’article, l’érosion progressive du soutien militaire à l’Ukraine.
Cette évolution est également évoquée par Al Bina’, qui fait le lien entre la recrudescence des attaques russes et la fragilisation des alliances occidentales. Le journal y voit une conséquence directe du retour de Donald Trump au pouvoir, les États-Unis ayant réduit leur aide militaire à Kyiv. L’article conclut sur une mise en garde : la lassitude occidentale pourrait ouvrir la voie à une redéfinition des rapports de force dans l’ensemble du continent eurasiatique.
Économie : dynamique géopolitique, fragilité des indicateurs et absence de cap économique
Fluctuations économiques et implications géopolitiques régionales
La couverture économique du 29 août 2025 révèle une forte interdépendance entre la conjoncture libanaise et les dynamiques régionales. Plusieurs sources mettent en évidence des tensions financières latentes qui affectent directement le Liban, sans pour autant fournir d’indicateurs économiques précis. Toutefois, les enjeux stratégiques autour du désarmement et de la présence internationale, notamment dans le sud du pays, apparaissent implicitement liés à l’avenir des investissements et de l’aide internationale.
Dans Ad Diyar (29 août 2025), une analyse approfondie des discussions en cours autour de la « Horsité du sâlah » évoque clairement l’articulation entre désarmement progressif et conditionnalité de l’aide économique. Les pressions internationales, notamment américaines, s’exercent pour l’application de réformes sécuritaires, en lien direct avec des soutiens économiques promis, mais encore largement hypothétiques. Cette même source indique que des discussions diplomatiques visent à inclure des éléments de développement économique, notamment via des partenariats stratégiques, dans un plan plus large de stabilisation du Liban.
Dans ce contexte, la mission diplomatique américaine, conduite par Tom Barak et d’autres représentants, joue un rôle d’intermédiaire entre exigences politiques et promesses économiques. Selon Al Joumhouriyat (29 août 2025), ces pressions se traduisent par des échéances précises fixées au gouvernement libanais. Le scénario d’une future mission technique américaine à Beyrouth évoqué par Ad Diyar viendrait appuyer la mise en œuvre d’un soutien financier, conditionné à des engagements politiques et sécuritaires.
Pressions sur la gouvernance et incertitudes bancaires
Si les journaux ne donnent pas d’éléments chiffrés précis, l’analyse de Al Akhbar (29 août 2025) permet de cerner un climat d’instabilité économique croissante, notamment en lien avec la question du retrait des armes des camps palestiniens et de leur impact politique. La menace d’un durcissement sécuritaire sans encadrement institutionnel fait planer une incertitude sur les investissements, en particulier ceux liés à des projets régionaux avec financement extérieur.
Le positionnement du président Joseph Aoun et du gouvernement dirigé par Nawaf Salam est jugé stratégique dans l’orchestration de ces mesures. Toutefois, leur marge de manœuvre semble étroite. Aucune mention directe n’est faite du rôle de la Banque du Liban ni de son gouverneur, Karim Souaid, dans les publications du jour, ce qui limite l’analyse macroéconomique sur des bases internes.
Dans Al Liwa’ (29 août 2025), les déclarations de responsables israéliens appelant à une reprise du contrôle militaire sur Gaza et certaines zones de Cisjordanie, couplées à des opérations de pression sur le sud libanais, peuvent aussi être interprétées comme des risques latents pour la stabilité économique du Liban. En effet, chaque escalade militaire dans la région génère un climat de défiance vis-à-vis du marché libanais, notamment dans les secteurs des services et du tourisme.
Ralentissement des flux financiers régionaux
Un autre point mentionné par Al Sharq Al Awsat (29 août 2025) touche aux perspectives de coopération régionale entre Riyad et Rome. Le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani souligne dans un entretien l’importance croissante du marché saoudien pour les exportations italiennes. Si ce développement ne concerne pas directement le Liban, il illustre néanmoins un redéploiement régional des investissements européens vers des zones jugées plus stables, ce qui pourrait marginaliser davantage l’économie libanaise.
Par ailleurs, le journal note que ces alliances régionales incluent des dossiers liés à Gaza, à la Syrie et à l’Ukraine. Ces priorités diplomatiques influencent aussi la répartition des aides et la politique de coopération internationale, souvent au détriment de pays comme le Liban, perçus comme à haut risque.
Risques accrus pour les investissements et climat financier incertain
La journée du 29 août 2025 illustre, à travers une lecture croisée des journaux, l’ampleur des incertitudes économiques au Liban. Al Joumhouriyat évoque en filigrane l’inquiétude croissante des milieux d’affaires face aux pressions sécuritaires et à la fragilité de l’exécutif. Bien que les journaux ne fassent pas état de mouvements spécifiques sur les marchés ou d’indicateurs économiques à court terme, plusieurs éléments signalent un contexte peu propice à l’investissement. L’absence de déclaration du gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souaid, sur la conjoncture monétaire renforce le sentiment d’opacité.
La mention, dans Ad Diyar, d’un plan sécuritaire global présenté par le général Rodolphe Heikal, suscite des interrogations dans les milieux économiques. La centralisation des décisions militaires, tout en étant perçue comme un signal de stabilité institutionnelle par certains bailleurs, soulève également des craintes sur la priorisation des dépenses publiques. Le budget de la défense représenterait, selon des sources non chiffrées du journal, une part croissante des allocations budgétaires, au détriment des secteurs sociaux ou productifs.
En parallèle, Al Sharq Al Awsat souligne que la diplomatie américaine lie désormais toute aide financière ou logistique à des progrès tangibles sur le front du désarmement. Cette conditionnalité contribue à rendre l’environnement économique encore plus imprévisible, surtout pour les acteurs étrangers potentiels. Plusieurs entreprises, notamment du secteur de l’énergie, auraient suspendu temporairement leurs projets d’investissement, en attente de clarification de la situation politique intérieure.
Tensions régionales et repositionnement des flux économiques
Dans un registre connexe, la dynamique régionale décrite par Al Sharq Al Awsat et Al 3arabi Al Jadid montre un repositionnement des flux économiques et diplomatiques vers des pôles jugés plus stables. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, insiste dans son entretien à Al Sharq Al Awsat sur le rôle croissant de Riyad comme hub économique régional. Ce déplacement de la centralité vers le Golfe, avec des engagements en infrastructure, énergie et technologie, marginalise de facto des pays en crise comme le Liban.
D’autres publications, comme Al Quds, abordent indirectement les conséquences économiques de la situation régionale en mentionnant les pertes humaines et matérielles à Gaza, Sanaa et Damas. L’incertitude géopolitique générée par l’expansion des fronts militaires alimente un sentiment d’instabilité régionale, néfaste pour le commerce, la finance et le tourisme dans l’ensemble du Levant.
Ce contexte explique en partie la baisse d’intérêt pour le Liban comme plateforme logistique ou financière. Al Liwa’évoque la dégradation progressive du rôle du pays en tant que carrefour économique, notamment après la chute de Beyrouth comme capitale bancaire de la région. Le quotidien fait référence à une analyse des milieux économiques à Dubaï, selon laquelle le Liban ne pourra regagner sa place qu’à condition de restaurer la confiance dans les institutions et de garantir la neutralité sécuritaire du territoire.
Absence de stratégie industrielle ou commerciale nationale
Le paysage économique libanais reste marqué par une inertie politique forte. Aucun journal ne mentionne de programme industriel, de réforme fiscale ou de plan de relance. Cette absence de feuille de route contribue à l’enlisement. Le gouvernement dirigé par Nawaf Salam concentre ses efforts sur le volet sécuritaire et diplomatique, négligeant les urgences économiques internes.
Al Akhbar souligne à cet égard le déséquilibre structurel du débat public. Les questions de désarmement, de souveraineté ou de présence étrangère mobilisent l’agenda, reléguant au second plan la crise de liquidité bancaire, l’effondrement des infrastructures ou la fuite des talents. Ce désintérêt pour la reconstruction économique, aggravé par l’absence de statistiques officielles disponibles, empêche toute planification rigoureuse.
Le secteur privé, déjà affaibli par la crise bancaire et les faillites en série, peine à maintenir une activité régulière. Aucun soutien n’est mentionné dans la presse au profit des PME, de l’agriculture ou du tourisme, qui constituaient historiquement des leviers de croissance.
Ouverture internationale sélective : espoir ténu
Dans ce contexte morose, seule l’ouverture partielle de certaines initiatives diplomatiques à caractère économique laisse entrevoir une marge de manœuvre. Al Sharq Al Awsat évoque des contacts informels entre des investisseurs européens et des partenaires du Golfe, incluant marginalement le Liban dans des projets transversaux de connectivité énergétique. Toutefois, aucune annonce formelle ne confirme une intégration à court terme.
Le Liban demeure ainsi dans une position d’attente, dépendant de la stabilisation politique et de décisions extérieures. Plusieurs articles, dont celui de Al Bina’, insistent sur la nécessité d’un rééquilibrage stratégique entre politique intérieure et diplomatie économique, sans quoi le pays risque un isolement structurel.
Justice : lenteurs institutionnelles, dossiers sensibles et enjeux sécuritaires
Retrait des armes palestiniennes : implications judiciaires limitées
L’un des développements les plus suivis dans l’actualité judiciaire du 29 août 2025 est lié au processus de retrait des armes des camps palestiniens du sud. Bien que présenté avant tout comme une opération militaire et diplomatique, ce mouvement soulève également des questions de droit, de compétence et de responsabilité pénale. Al Akhbar décrit en détail le transfert de munitions, de roquettes et d’obus de mortier à partir des camps de Rashidieh, Bourj el-Chemali et Al-Bass vers la caserne militaire de Chawakir. Si l’armée libanaise supervise l’ensemble de l’opération, aucun mandat judiciaire ou accompagnement légal explicite n’est mentionné.
Le retrait d’armes lourdes, bien que spectaculaire sur le plan médiatique, reste juridiquement ambigu. Al Akhbarsouligne que ces arsenaux n’avaient jamais fait l’objet de procédures judiciaires formelles. Il n’existe pas de liste officielle des armes recensées ni de document validé par une autorité judiciaire attestant de la légalité du transfert. Ce vide pose la question de la traçabilité juridique des stocks et du sort réservé aux personnes responsables de leur gestion. Aucun mandat d’arrêt n’est mentionné, ni aucune procédure engagée devant les juridictions militaires ou civiles.
Al Joumhouriyat apporte une précision importante en indiquant que les discussions entre l’État libanais et l’Autorité palestinienne ont débouché sur un accord politique plutôt que légal. En d’autres termes, le cadre juridique du désarmement n’est pas issu d’une loi ou d’un décret, mais d’un arrangement bilatéral informel, ce qui pourrait affaiblir la valeur des preuves en cas de contentieux ultérieur.
Dossiers de corruption : stagnation judiciaire persistante
Aucune des publications du 29 août 2025 n’évoque explicitement des avancées sur les nombreux dossiers de corruption ouverts depuis 2019. Ce silence général est lui-même révélateur. Al Akhbar, qui consacrait historiquement une partie importante de sa couverture aux procès financiers liés à la crise bancaire ou aux soupçons de détournement de fonds publics, ne mentionne aucun développement récent. De même, Ad Diyar reste muet sur l’avancée des enquêtes ouvertes contre des responsables publics ou d’anciens ministres.
Cette absence d’information peut s’expliquer par plusieurs facteurs. D’une part, la lenteur des procédures, souvent entravées par des conflits de compétence entre les juridictions ordinaires et les instances spéciales. D’autre part, les obstacles politiques qui freinent l’activation du Conseil supérieur pour le jugement des présidents et ministres. En l’absence de volonté politique manifeste, les dossiers emblématiques restent en suspens.
Par ailleurs, la nomination de juges spécialisés ou la relance du parquet financier ne sont pas mentionnées dans la presse, ce qui suggère une période de stagnation. Ce vide judiciaire contribue à alimenter une forme d’impunité structurelle, renforcée par l’épuisement des ressources humaines dans les tribunaux, l’émigration de nombreux magistrats et l’accumulation de retards dans le traitement des affaires courantes.
Résolution 2790 et justice militaire : compétence contestée
L’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2790 sur le Liban, évoquée notamment par Al Sharq Al Awsat, soulève indirectement des enjeux juridiques liés à l’application des résolutions 1559 et 1701. Ces textes appellent au désarmement de toutes les forces non étatiques. Leur application effective suppose, au-delà de l’action militaire, un encadrement judiciaire strict. Or, aucun mécanisme de suivi judiciaire n’est encore précisé.
La question de la compétence des juridictions militaires pour juger d’éventuelles infractions au monopole des armes de l’État reste sujette à débat. Selon Ad Diyar, le plan préparé par l’armée, censé être présenté au Conseil des ministres, ne précise pas si les contrevenants – notamment les responsables des arsenaux dans les camps ou les membres de groupes armés locaux – seraient traduits devant une juridiction militaire ou civile. Ce flou juridique pourrait avoir des répercussions sur la crédibilité du processus tout entier.
En outre, Al Akhbar laisse entendre que certaines factions concernées par le désarmement conserveraient des prérogatives sécuritaires internes. Cela signifie que même si des armes sont retirées, leur détention antérieure pourrait ne pas faire l’objet de poursuites judiciaires. Ce choix politique de non-judiciarisation risque de renforcer un précédent problématique : la disjonction entre légalité théorique et tolérance de fait.
Accès aux droits dans les camps et absence de mécanisme de réparation
Le retrait des armes dans les camps palestiniens ne s’accompagne d’aucune mesure judiciaire en faveur des populations civiles. Al Akhbar note l’absence totale d’un programme de régularisation administrative, de justice réparatrice ou d’accès aux recours en cas de violations de droit. Aucun mécanisme n’est prévu pour indemniser les victimes d’explosions accidentelles, de violences internes ou d’arrestations arbitraires passées dans les zones autonomes.
Cette carence est d’autant plus significative que le cadre légal applicable dans les camps est souvent dérivé d’accords exceptionnels entre l’État libanais et l’Organisation de libération de la Palestine, sans fondement dans le droit commun. L’absence de statut juridique clair pour les réfugiés palestiniens rend difficile toute action en justice. La judiciarisation du désarmement aurait pu être l’occasion d’ouvrir une réflexion sur les statuts, les protections et les droits fondamentaux dans les camps. Aucun journal ne signale une telle initiative.
Al Sharq confirme ce désintérêt institutionnel. Le désarmement est abordé comme un enjeu de souveraineté, mais jamais comme un problème de justice sociale ou de réparation. Le journal insiste plutôt sur la réussite logistique et la coordination sécuritaire, sans mention des conséquences juridiques pour les habitants.
Défense des libertés publiques et cadre légal flou
Le traitement judiciaire des manifestations, des arrestations politiques ou des atteintes aux libertés ne figure pas dans les articles du jour, mais cette absence soulève une question importante sur la normalisation des mécanismes d’exception. Depuis les mouvements de protestation de 2019, de nombreux citoyens ont été traduits devant la justice militaire. Aucune révision de ces pratiques n’est évoquée dans la presse.
Cette situation traduit un déséquilibre structurel : l’appareil judiciaire semble concentré sur la préservation de l’ordre plutôt que sur la garantie des droits. Les conséquences juridiques des décisions de l’exécutif, notamment en matière de sécurité, ne sont pas encadrées par des dispositifs transparents. Les journalistes des quotidiens consultés n’évoquent ni les recours possibles contre les abus, ni les initiatives parlementaires visant à réformer les juridictions d’exception.
Justice internationale : accusations à Gaza, silence au Liban
Dans Al Sharq Al Awsat et Al Quds, les accusations de famine délibérée à Gaza prennent une dimension judiciaire. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, affirme que les décisions politiques israéliennes pourraient constituer des violations graves du droit international humanitaire. Cette déclaration est étayée par une lettre signée par plus de 500 employés du HCDH, évoquant explicitement un potentiel génocide. Ces termes, s’ils étaient repris par une instance judiciaire internationale, pourraient ouvrir la voie à des poursuites, notamment devant la Cour pénale internationale.
Aucun équivalent n’est mentionné pour le Liban. Les violations passées ou présentes de droits fondamentaux, y compris les cas de torture, de détentions arbitraires ou de disparitions forcées, ne font l’objet d’aucune procédure internationale connue selon les journaux du jour. Ce contraste avec le traitement du dossier palestinien illustre l’invisibilisation des enjeux judiciaires libanais sur la scène internationale.
Société : conditions humanitaires dégradées, fractures sociales et pressions identitaires
Gaza au cœur des consciences collectives
La presse du 29 août 2025 consacre une large place à la situation dans la bande de Gaza, perçue comme un drame humain d’une intensité sans précédent. Les effets sociaux de ce conflit ne se limitent pas au territoire palestinien ; ils résonnent puissamment dans la société libanaise. Plusieurs journaux, notamment Al Quds et Al 3arabi Al Jadid, soulignent l’impact émotionnel sur la population, la classe politique et les milieux associatifs. Cette empathie collective s’exprime à travers une série d’initiatives populaires, de collectes alimentaires et d’élans de solidarité dans les quartiers périphériques de Beyrouth, à Saida et dans la Békaa.
Al 3arabi Al Jadid insiste sur la profonde blessure morale provoquée par les images de famine et de bombardements ciblant des civils palestiniens. Le journal dénonce le silence officiel des pays arabes, ce qui contribue à radicaliser une partie de l’opinion. Les discours religieux, les prêches du vendredi et les publications d’associations de la société civile libanaise font de Gaza un point de ralliement symbolique contre l’injustice, perçue comme systémique.
Dans les écoles et les universités libanaises, notamment publiques, des cercles de discussion et des commémorations ont été spontanément organisés. Bien que la presse n’en fasse pas état de façon chiffrée, Al Quds fait allusion à des mobilisations étudiantes, motivées par la volonté d’élargir l’espace de débat autour de la condition palestinienne. Cet engagement, essentiellement moral, a néanmoins des répercussions politiques : il ranime les tensions entre les partisans de la résistance armée et ceux qui plaident pour un soutien humanitaire strict.
Réfugiés palestiniens : tension sociale et déséquilibres persistants
Le processus de retrait des armes dans les camps palestiniens du sud, largement couvert par Al Akhbar, a des répercussions sociales visibles. L’opération, qui implique le déplacement de roquettes et d’armes lourdes depuis les camps vers des casernes de l’armée, a été accueillie avec prudence par les habitants. Le journal met en avant le sentiment d’abandon ressenti par certaines familles, qui dénoncent l’absence de suivi humanitaire ou social. Aucun programme d’aide ou de réinsertion n’a été proposé en parallèle de la campagne de désarmement, ce qui laisse planer une incertitude sur la vie quotidienne post-désarmement.
Al Sharq note que si les armes ont disparu de la sphère visible, les dynamiques internes aux camps restent inchangées. Les mécanismes d’entraide, souvent gérés par des factions ou des ONG palestiniennes, doivent désormais opérer dans un contexte de surveillance militaire accrue, ce qui accroît les tensions sociales. Cette reconfiguration du pouvoir à l’intérieur des camps, perçue comme une rupture de l’autonomie relative dont jouissaient les groupes armés, crée une forme d’instabilité sociale difficilement mesurable.
La jeunesse des camps, particulièrement affectée par le chômage, l’exclusion et l’absence de perspectives, reste hors du champ des politiques publiques. Aucun journal ne mentionne de mesures en matière d’éducation, d’emploi ou de santé à destination des populations palestiniennes. Cette absence de planification sociale approfondit un sentiment de marginalisation systémique.
Crise des services publics : fragmentation du lien social
L’un des marqueurs les plus préoccupants de la société libanaise reste l’effondrement progressif des services publics. Si les journaux du 29 août 2025 n’évoquent pas directement d’indicateurs sur l’eau, l’électricité ou la santé, plusieurs articles soulignent les tensions sociales liées à l’absence d’infrastructures fonctionnelles. Al Bina’ évoque le climat de lassitude dans les quartiers périphériques de Beyrouth, où la fourniture de l’électricité reste inférieure à six heures par jour dans certaines zones. Le recours à des générateurs privés alimente une économie parallèle, renforçant les inégalités entre les quartiers riches et les zones défavorisées.
Al Liwa’ fait également état d’un ralentissement des services municipaux dans les régions rurales. Le journal rapporte que plusieurs municipalités sont en cessation de paiement, ce qui compromet la collecte des déchets, la distribution d’eau potable et l’entretien des routes. Cette détérioration des conditions de vie contribue à un repli communautaire de plus en plus marqué. Les familles se tournent vers les réseaux confessionnels ou claniques pour pallier les déficits de l’État, ce qui affaiblit le sentiment d’unité nationale.
Dans ce contexte, les services de santé publique sont particulièrement sinistrés. Plusieurs hôpitaux fonctionnent en mode dégradé, faute de médicaments, de personnel et de matériel de base. La situation dans les dispensaires des zones périphériques est décrite comme critique par des sources non identifiées dans Al Akhbar, qui évoque le retour de certaines pathologies infectieuses dans la Békaa et le Akkar.
Précarisation croissante et désintégration des classes moyennes
Le tissu social libanais est également affecté par une précarisation rapide des couches moyennes. Aucun journal ne publie de chiffres actualisés sur la pauvreté ou le chômage, mais plusieurs articles laissent entendre une aggravation du phénomène. Ad Diyar évoque des témoignages de fonctionnaires de l’administration publique contraints de cumuler plusieurs emplois ou de recourir à des aides alimentaires pour subvenir à leurs besoins. Le salaire minimum, inchangé depuis 2023, est désormais considéré comme insuffisant pour couvrir plus de dix jours de dépenses de base dans une famille de quatre personnes.
La classe moyenne inférieure, autrefois soutenue par les crédits bancaires, est aujourd’hui dans une impasse. L’absence de mécanismes de restructuration de la dette personnelle ou de soutien au logement a entraîné une multiplication des expulsions et des situations de surendettement. Ces phénomènes, bien que peu documentés dans la presse, sont mentionnés à travers des encadrés ou des récits indirects dans Al Joumhouriyat.
Par ailleurs, Al Sharq Al Awsat aborde les effets sociaux du redéploiement diplomatique et économique vers les pays du Golfe. De nombreux Libanais, notamment jeunes diplômés, cherchent à migrer pour échapper à l’absence d’opportunités. Ce mouvement de fuite des compétences, quoique historique, atteint aujourd’hui une nouvelle intensité. Il appauvrit les structures sociales locales, prive les secteurs stratégiques de main-d’œuvre qualifiée et contribue à l’érosion du sentiment d’avenir partagé.
Disparités territoriales et sentiment d’abandon
Les disparités entre régions constituent un autre axe de fracture sociale. Al Liwa’ met en lumière la situation du nord du pays, notamment à Tripoli et dans les villages environnants, où les tensions sociales se traduisent par une augmentation des délits de droit commun. Des sources sécuritaires anonymes citées par le journal évoquent une recrudescence des vols, des cambriolages et des altercations, souvent liés à la précarité extrême. La réponse des autorités reste limitée, faute de moyens logistiques et humains.
La Békaa, de son côté, reste marquée par une forte présence de réfugiés syriens. Aucun journal ne signale d’initiatives d’intégration ou de soutien spécifique, ce qui entretient un climat de tension latente avec les populations hôtes. Les campagnes xénophobes, relayées parfois par les réseaux sociaux, ne sont pas dénoncées officiellement, ce qui contribue à une banalisation de la discrimination.
Dans le sud, les conséquences sociales de la militarisation sont indirectement abordées par Al Akhbar à travers la couverture du désarmement des camps. Les populations locales s’inquiètent d’une éventuelle intensification du contrôle militaire et du risque de nouvelles restrictions de circulation. Cette perception d’un traitement sécuritaire des enjeux sociaux accentue le sentiment d’abandon.



