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Revue de presse du 30/09/25: tensions électorales et plan américain pour Gaza au cœur de l’actualité

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Blocage politique autour du calendrier électoral

La question du maintien ou du report des élections législatives cristallise une tension croissante au sommet de l’État libanais. Dans son édition du 30 septembre 2025, Al Akhbar met en exergue les doutes qui planent sur le déroulement du scrutin parlementaire prévu dans les mois à venir. Le journal évoque un climat d’« instabilité volontaire » entretenu par certaines forces politiques dans le but de torpiller l’échéance électorale. Cette thèse est renforcée par la multiplication des accusations croisées, notamment entre les blocs Kataëb, Forces libanaises et les formations souverainistes, accusées par d’autres camps de préparer un boycott déguisé.

Al Joumhouriyat, dans un article en première page, rapporte que les débats autour du projet de loi électorale ont viré à un « concours de surenchère politicienne », où chaque camp cherche à s’approprier la rhétorique de la défense des droits démocratiques tout en préparant en coulisses des alternatives au vote populaire. Le journal décrit une atmosphère de défiance généralisée dans laquelle les échéances constitutionnelles sont instrumentalisées à des fins partisanes.

Du côté des institutions, Annahar publie une déclaration du ministre de l’Intérieur, relayée le 30 septembre 2025, affirmant que « le ministère est prêt sur le plan logistique et administratif pour organiser les élections dans les délais prévus ». Cette affirmation tranche avec les insinuations relayées par plusieurs responsables politiques qui avancent, selon le journal, « des scénarios de vide électoral prolongé ». L’absence de consensus sur la loi électorale et les soupçons de manipulations judiciaires dans certains dossiers liés à des figures candidates renforcent cette incertitude.

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Joseph Aoun et Nawaf Salam dans l’œil du cyclone politique

Le président Joseph Aoun, dans un geste hautement symbolique, a décoré le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, du « Grand-Croix de l’ordre du Cèdre ». Ce geste, rapporté dans Al Joumhouriyat, s’accompagne d’un message clair : toute attaque contre l’armée ou les forces de sécurité constitue une « ligne rouge ». Ce message a été renforcé par les propos du président, qui a rappelé que « la stabilité et la sécurité sont les conditions préalables à toute réforme ou à tout scrutin crédible ».

Ce soutien au haut commandement militaire est intervenu dans un contexte marqué par une multiplication de critiques contre les institutions sécuritaires, accusées, selon Al Sharq, d’« instrumentalisation politique » dans les régions sensibles, notamment dans la Békaa et le Nord. La déclaration de Joseph Aoun vise aussi, selon Al Akhbar, à resserrer les rangs autour de l’appareil d’État dans un moment où les forces de sécurité sont prises entre le feu croisé des pressions partisanes.

De son côté, le Premier ministre Nawaf Salam a été salué par un diplomate arabe dans les colonnes d’Annahar comme « le chef de gouvernement le plus coopératif et efficace depuis longtemps ». Cette évaluation positive tranche avec les critiques formulées à son encontre dans d’autres journaux qui évoquent une absence de stratégie politique claire pour surmonter l’enlisement institutionnel.

Guerre de Gaza : Trump impose un cadre de sortie unilatéral

Sur le front international, la rencontre entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a dominé les unes régionales. Le 30 septembre 2025, Al QudsAl Bina’ et Al Sharq Al Awsatconvergent dans leurs éditions respectives sur un constat commun : la présentation par Donald Trump d’un plan de fin de guerre à Gaza représente un tournant stratégique, mais soulève de vives critiques.

Le plan, qualifié de « Conseil de paix » par Trump, prévoit une cessation progressive des hostilités, le désarmement total du Hamas, la libération de prisonniers israéliens, et la mise en place d’une administration technique dans la bande de Gaza. Al Quds précise que cette administration serait dirigée par des technocrates palestiniens sous supervision internationale, avec un mandat limité à la gestion des affaires civiles. En contrepartie, aucune reconnaissance d’un État palestinien indépendant n’est incluse, ce qui a conduit le Hamas à réagir avec méfiance, promettant d’« étudier sérieusement » le document sans s’engager.

Al Bina’ insiste sur l’alignement total de ce plan avec les priorités israéliennes, notamment la non-reconnaissance d’un État palestinien, la consolidation du contrôle militaire sur les points névralgiques, et l’externalisation de la gestion sécuritaire vers une « coalition arabo-islamique ». L’initiative est présentée comme une manière détournée de pérenniser la situation actuelle sous un vernis diplomatique.

Al Sharq Al Awsat met en lumière le rôle du Qatar et de l’Égypte comme médiateurs, ayant présenté le plan aux responsables du Hamas. Ces derniers ont indiqué qu’ils consulteraient leur direction et répondraient « de bonne foi ». Le journal relève aussi que Téhéran a exprimé de fortes réserves, qualifiant le plan d’« accord de capitulation sous contrainte militaire ».

Positions libanaises sur le plan Trump

Sur la scène libanaise, la réaction la plus marquante est venue de Naim Kassem, secrétaire général du Hezbollah, qui a déclaré dans les colonnes d’Al Akhbar que « toute solution imposée sans résistance est une reddition sans conditions ». Il a ajouté que « le Liban ne peut rester neutre face à la normalisation par la force ».

L’analyse de Al Liwa’ met en avant la difficulté pour les autorités libanaises de prendre une position officielle dans un contexte de fragmentation politique. Le journal note que le président Aoun et le Premier ministre Salam se sont contentés d’un « silence diplomatique », laissant le Hezbollah occuper seul le terrain discursif.

Cette divergence d’approche met en évidence l’asymétrie stratégique entre l’État et les factions armées, particulièrement sur les dossiers régionaux. Le plan Trump devient ainsi un facteur de polarisation intérieure, instrumentalisé par certaines forces politiques pour justifier soit le renforcement de la résistance, soit la relance d’un processus diplomatique local.

La rue libanaise entre scepticisme et résignation

Dans les rues de Beyrouth et de Tripoli, Al Sharq rapporte une certaine résignation de la population, peu convaincue par les discours officiels. Entre inflation persistante, chômage élevé et insécurité croissante, les Libanais interrogés par le journal se montrent peu préoccupés par la guerre à Gaza, préférant évoquer les pénuries d’électricité et la hausse des prix.

Cependant, des rassemblements spontanés de solidarité avec les Palestiniens ont eu lieu à Saïda et dans certains quartiers sud de la capitale, sans incidents notables. La mobilisation reste toutefois marginale par rapport aux années précédentes, ce que Al Joumhouriyat attribue à un « effondrement de la confiance collective dans la capacité d’influence de la rue ».

Politique locale : tensions institutionnelles, recompositions partisanes et incertitudes électorales

Fragmentation politique persistante autour des échéances législatives

La scène politique libanaise continue d’être dominée par une fragmentation aiguë, exacerbée par la perspective incertaine des prochaines élections législatives. Selon Al Joumhouriyat du 30 septembre 2025, la dernière session parlementaire s’est transformée en une « arène de surenchères stériles », notamment autour de la réforme de la loi électorale et du calendrier du scrutin. Le journal évoque une atmosphère tendue dans l’hémicycle, marquée par des altercations entre députés des blocs Kataëb, Forces libanaises et d’autres formations souverainistes, tous accusés par leurs adversaires de chercher à miner le processus démocratique par des moyens procéduraux.

Les accusations de manipulation du calendrier électoral par certaines factions politiques ont été reprises par Al Sharq, qui cite des sources parlementaires anonymes affirmant que des groupes cherchent « à créer les conditions techniques d’un report électoral justifié par l’incapacité logistique ». Ces accusations sont rejetées par les représentants des partis concernés, qui évoquent, au contraire, leur volonté de « renforcer les garanties démocratiques avant toute consultation populaire ».

Le Président et le Premier ministre en désaccord sur le rôle de l’armée

Dans un contexte de tensions généralisées, le Président de la République Joseph Aoun a clairement affirmé, dans des propos rapportés par Al Joumhouriyat, que « toute attaque ou remise en cause de l’armée ou des forces de sécurité constitue une ligne rouge ». Cette déclaration fait suite à une série de critiques adressées aux services de sécurité pour leur gestion controversée de certaines manifestations dans la Békaa et au Akkar. Le président a pris soin de rappeler que « la stabilité nationale passe d’abord par la confiance dans l’appareil sécuritaire », tout en décernant au général Rodolphe Haykal une distinction élevée dans l’ordre du Cèdre.

De son côté, le Premier ministre Nawaf Salam n’a pas repris à son compte cette défense inconditionnelle des forces de sécurité. Dans une entrevue relayée par Al Sharq, il s’est contenté d’un message plus mesuré, évoquant « la nécessité d’un encadrement civil renforcé des opérations sécuritaires ». Cette divergence de ton souligne un désalignement croissant entre les deux têtes de l’exécutif. Selon Al Akhbar, cette dissension serait symptomatique d’un rapport de force plus large sur la gestion des portefeuilles régaliens et la réforme du Conseil supérieur de la Défense, toujours bloquée.

La stratégie de Hezbollah face à l’État : défi ou repositionnement ?

Dans un long article publié par Al Akhbar, Naim Kassem, secrétaire général du Hezbollah, a livré un diagnostic de la situation politique actuelle. Selon lui, l’État libanais est incapable, en l’état, d’assumer ses fonctions régaliennes sans le soutien d’une force de résistance organisée. Il affirme que « toute tentative de réduire le rôle de la résistance est une tentative de désarmement indirect qui ne dit pas son nom ». Cette position fait écho aux tensions apparues autour des décisions gouvernementales des 5 et 7 août, qualifiées par Kassem de « tentative institutionnelle d’encercler la résistance dans un cadre étatique sans garantie de souveraineté réelle ».

Al Akhbar souligne que le Hezbollah interprète les décisions administratives récentes comme une offensive politique, orchestrée notamment par le bloc du Premier ministre, visant à limiter l’autonomie stratégique du parti. Pour répondre à cette lecture, le Hezbollah a intégré à son agenda un objectif explicite : « renverser les décrets d’août » et réimposer sa vision de la sécurité nationale. Selon des analystes cités par le journal, cette stratégie n’est pas nécessairement synonyme d’affrontement mais de « transformation des rapports de pouvoir institutionnels ».

Renforcement de l’axe Aoun-Berri, marginalisation des souverainistes

Sur le terrain des alliances, Al Liwa’ note un rapprochement manifeste entre le Président Joseph Aoun et le président du Parlement Nabih Berri. Leur réunion récente à Baabda, confirmée par plusieurs sources officielles, a permis de « coordonner les positions face aux tentatives de fragmentation de l’autorité centrale ». Le journal rapporte que les deux hommes partagent la même analyse : un report des élections serait politiquement toxique, mais une élection organisée dans les conditions actuelles serait un saut dans l’inconnu.

Face à cette consolidation du pôle exécutif-législatif, les partis souverainistes semblent marginalisés. Leur appel à une « clarification des responsabilités institutionnelles » est resté lettre morte. Annahar rapporte que plusieurs députés issus des Forces libanaises et des Kataëb se sont plaints de « l’isolement politique orchestré depuis Baabda », qu’ils perçoivent comme une mise à l’écart délibérée de toute opposition structurée.

Blocages juridiques et tensions autour des nominations administratives

Un autre front de tension concerne les nominations dans l’administration centrale. Selon Al Sharq Al Awsat, plusieurs nominations stratégiques sont bloquées en Conseil des ministres en raison d’un désaccord persistant entre les ministres proches du Hezbollah et ceux affiliés au Courant patriotique libre. Le journal cite notamment les dossiers de la Direction générale des Finances et de la Haute Commission du Recensement, laissés vacants depuis plusieurs mois.

Le Premier ministre Nawaf Salam, confronté à cette impasse, aurait proposé un mécanisme transitoire de nominations par intérim, ce que Al Akhbar qualifie de « tentative de contournement de la légitimité gouvernementale ». Pour le Hezbollah, ce mécanisme ouvrirait la porte à une « gestion discrétionnaire » des institutions par l’exécutif, sans passage par le Parlement.

Interférences extérieures : la diplomatie à l’épreuve de la polarisation interne

Le dossier syrien continue de diviser la classe politique. Al Bina’ rapporte que certains ministres souverainistes ont dénoncé la participation du Liban, à travers des canaux non-officiels, à des discussions bilatérales avec le régime syrien sur le retour des réfugiés. Le journal souligne que ces contacts, facilités par la Russie, auraient été menés sans coordination préalable avec le ministère des Affaires étrangères, ce qui a provoqué un incident protocolaire au sein du gouvernement.

Par ailleurs, des tensions apparaissent autour de la position du Liban vis-à-vis du plan Trump pour Gaza. Al Quds et Al Sharq relèvent que le gouvernement a évité toute déclaration officielle sur ce sujet, préférant laisser les partis politiques exprimer des positions divergentes. Le silence des institutions contraste avec la vivacité des débats parlementaires, où plusieurs élus ont dénoncé une « dépolitisation volontaire de la diplomatie libanaise » au profit d’un alignement de fait sur les agendas régionaux.

Citation et discours des personnalités politiques : affirmation de souveraineté, lignes rouges sécuritaires et tensions institutionnelles

Joseph Aoun : la sécurité comme fondement de la légitimité politique

Dans un discours tenu à l’occasion de la remise de la plus haute distinction nationale au commandant de l’armée, le président de la République Joseph Aoun a réaffirmé l’importance du rôle des institutions militaires dans le maintien de l’ordre public. Selon Al Joumhouriyat du 30 septembre 2025, le président a souligné que « l’armée et les forces de sécurité constituent des lignes rouges » et que « toute tentative de les affaiblir est une menace directe contre l’équilibre national ». Il a déclaré : « Sans la vigilance et le professionnalisme de nos institutions militaires, le Liban n’aurait pas retrouvé la stabilité nécessaire à sa survie. »

Joseph Aoun a également insisté sur la nécessité de maintenir une coordination étroite entre les organes de sécurité et l’exécutif, soulignant que « la sécurité des citoyens prime sur toute autre considération politique ». En réponse implicite aux critiques récentes émanant de partis souverainistes, le président a affirmé : « Il n’est pas admissible de transformer la sécurité nationale en enjeu partisan. »

Naim Kassem : un discours de combat stratégique

Dans un long texte publié dans Al Akhbar, Naim Kassem, secrétaire général du Hezbollah, a dressé un bilan de la période post-conflit et exposé les prochaines étapes de la stratégie du parti. À l’occasion de la commémoration de la mort de Hassan Nasrallah, Kassem a déclaré : « Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de résistance, où la priorité est de reconstruire notre dispositif de dissuasion et de briser l’inertie imposée par l’ennemi. » Il a ajouté que le Hezbollah poursuivait une politique de « patience stratégique », tout en se préparant à « imposer de nouvelles règles d’engagement sur le terrain ».

Il a aussi sévèrement critiqué les décisions gouvernementales des 5 et 7 août 2025, estimant qu’elles visaient « à restreindre la liberté d’action du Hezbollah et à miner sa légitimité populaire ». Kassem a comparé cette situation à celle de mai 2008, déclarant : « Comme à l’époque, nous ne resterons pas passifs face à des décisions qui compromettent notre capacité de défense. Le renversement de ces décrets est désormais une priorité institutionnelle du parti. »

Dans un passage particulièrement marquant, il a mis en cause le président Aoun, en affirmant que « lorsque le chef de l’État lui-même se demande s’il existe une autre option que l’inaction, cela révèle le degré de vacillement de l’autorité centrale ». Il a ainsi légitimé, selon lui, l’existence et l’action autonome de la résistance face à un État « paralysé et démissionnaire ».

Nawaf Salam : entre discrétion diplomatique et message d’autorité

Le Premier ministre Nawaf Salam, bien que plus réservé dans ses interventions publiques, a livré plusieurs messages à travers des entretiens diffusés dans Al Sharq et Al Liwa’. Interrogé sur la tenue des prochaines élections, il a assuré que « le gouvernement est prêt à assumer ses responsabilités, mais ne saurait garantir seul l’équité du processus sans consensus national. »

Sur les tensions autour des nominations administratives, Salam a proposé un compromis reposant sur des désignations provisoires, justifiées par « l’impératif de continuité de l’État ». Ce choix a été perçu comme un signal d’apaisement envers le Courant patriotique libre, tout en conservant une forme d’autonomie face au Hezbollah. Il a déclaré : « Le temps des blocages infinis est révolu. L’État ne peut plus être otage des désaccords partisans sur des postes administratifs. »

Concernant le plan Trump pour Gaza, Nawaf Salam s’est gardé de toute déclaration officielle. Cependant, des propos rapportés par Al Bina’ lors d’un échange privé avec des diplomates européens laissent entendre qu’il considère ce plan comme « déséquilibré et incompatible avec les principes du droit international », tout en précisant que « le Liban n’a pas intérêt à se positionner frontalement tant que les conséquences régionales ne sont pas stabilisées. »

Nabih Berri : message de continuité et défense du compromis

Le président du Parlement, Nabih Berri, a multiplié les interventions dans la presse au lendemain de sa rencontre avec Joseph Aoun à Baabda. Dans Al Joumhouriyat, il affirme : « J’ai trouvé un président déterminé, conscient de l’importance de la stabilité institutionnelle. Nos discussions ont porté sur les grands équilibres, pas sur les petites querelles. » Sur la question électorale, Berri a rappelé que « les délais constitutionnels sont clairs, et tout dépassement volontaire de ces délais serait une rupture grave du pacte républicain ».

Sur un ton plus personnel, il a défendu son rôle comme médiateur entre les pôles politiques : « Je ne suis ni arbitre ni spectateur. Mon rôle est de préserver l’unité nationale et de prévenir les fractures institutionnelles. » Il a ainsi confirmé son opposition à toute réforme électorale précipitée, en déclarant : « On ne change pas les règles du jeu au milieu du match. »

Positions transversales : autres déclarations notables

Al Sharq rapporte des propos de l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, qui a dénoncé « une confiscation progressive de la souveraineté nationale au profit d’une gouvernance parallèle » dirigée, selon lui, par « des groupes armés non étatiques ». Il a également critiqué le silence de l’exécutif sur le plan Trump, estimant que « l’absence de position officielle est un aveu de dépendance régionale ».

De son côté, Al Quds cite une intervention du chef du Courant patriotique libre, qui a réitéré son engagement pour une « déconfessionnalisation progressive de l’État », tout en dénonçant les blocages systématiques du Hezbollah dans les nominations administratives : « Ceux qui refusent la transparence et la compétence dans l’administration sont ceux-là mêmes qui revendiquent une légitimité populaire. »

Enfin, dans une tribune publiée par Al Akhbar, l’ancien ministre Charbel Nahas s’est exprimé sur la crise de gouvernance. Il a souligné que « la multiplication des discours de légitimation sécuritaire cache une faillite de la pensée politique au sommet de l’État ». Il appelle à un « retour au contrat social de 1943, repensé pour le XXIe siècle, sans milices ni tuteurs régionaux. »

Diplomatie : repositionnements régionaux, pressions américaines et lignes de fracture autour du plan Trump-Netanyahou

Le Liban face au plan Trump : entre prudence officielle et critiques partisanes

Le 30 septembre 2025, plusieurs journaux, dont Al Joumhouriyat et Annahar, ont relayé les premières réactions libanaises au plan de paix présenté conjointement par Donald Trump et Benyamin Netanyahou visant à « stabiliser » la situation à Gaza. Ce plan, structuré en 21 points, établit un cadre sécuritaire, économique et politique qui exclut toute souveraineté militaire palestinienne dans la bande de Gaza, au profit d’une administration régionale mixte supervisée par Israël, les États-Unis, l’Égypte et le Qatar.

Face à ce projet, le Liban a adopté un ton mesuré. Selon Al Bina’, le gouvernement libanais s’est abstenu de toute déclaration officielle. Toutefois, des sources diplomatiques citées dans Al Liwa’ rapportent que le ministère des Affaires étrangères aurait transmis, par voie discrète, un mémorandum exprimant ses « réserves sur toute initiative ne tenant pas compte du droit au retour des réfugiés palestiniens ». Une telle formulation, tout en évitant un affrontement direct avec Washington, vise à préserver la cohésion politique interne sur une question aussi sensible.

Dans les colonnes de Annahar, l’ancien ministre et chef des relations extérieures des Forces libanaises, Richard Kouyoumjian, a critiqué l’inaction du gouvernement libanais. Il affirme : « Il est impensable que le Liban reste silencieux alors que se redessinent les cartes de la région. L’alignement implicite sur les lignes de la Résistance n’est plus viable. » Il ajoute que l’absence de réaction officielle « expose le Liban à une marginalisation diplomatique et à des conséquences sécuritaires indirectes ».

Relations régionales : l’axe Téhéran-Beyrouth à l’épreuve

Le même jour, Al Akhbar publie un article détaillant les frictions récentes entre les instances gouvernementales libanaises et la diplomatie iranienne. Selon le journal, des émissaires venus de Téhéran ont fait part de leur « préoccupation » face à la tiédeur du Liban sur les dossiers syriens et palestiniens. Ils auraient insisté pour que le Liban réaffirme « son attachement aux causes régionales communes », formule utilisée pour désigner le soutien au Hamas et au régime syrien.

Dans ce contexte, Al Liwa’ fait état d’un refroidissement entre le Liban et l’Iran. Des hauts fonctionnaires libanais, ayant requis l’anonymat, estiment que « la ligne de communication entre les deux pays n’est plus aussi fluide » et qu’un nombre croissant de dossiers, notamment en matière de sécurité intérieure, « ne sont plus partagés systématiquement avec l’ambassade iranienne ». Cette évolution, tout en restant implicite, reflète une volonté croissante au sein de l’appareil d’État de reprendre le contrôle du pilotage diplomatique.

Malgré cela, le Hezbollah poursuit sa propre diplomatie parallèle. Selon Al Akhbar, le parti aurait tenu une série de réunions avec des délégations iraniennes et syriennes afin de coordonner les positions sur le plan Trump. Naim Kassem y aurait exprimé son rejet de ce qu’il considère comme « une trahison des principes de la résistance », et affirmé que « toute normalisation sans retour des réfugiés est une capitulation ».

L’Arabie saoudite et le Qatar : diplomaties de conciliation et rôles multiples

La couverture diplomatique du 30 septembre accorde également une place importante aux évolutions du dialogue entre le Liban et les puissances du Golfe. Dans un article de Al Sharq Al Awsat, il est fait mention d’une relance des contacts entre Beyrouth et Riyad à travers des émissaires de second niveau. Ces échanges porteraient essentiellement sur la relance des investissements saoudiens dans des secteurs non stratégiques, comme l’agriculture et les énergies renouvelables. Toutefois, aucune avancée concrète n’est encore enregistrée. Selon un expert cité par le journal, « l’Arabie saoudite observe, mais reste prudente. Elle attend des signaux forts en matière de gouvernance et de désengagement du Hezbollah des institutions ».

De son côté, le Qatar maintient une présence diplomatique discrète mais active. Al Liwa’ rapporte une rencontre entre un envoyé spécial de l’émir et des responsables libanais, dont l’objectif était de proposer une médiation indirecte entre les différents pôles politiques à propos du plan Trump. Le Qatar aurait également offert son aide technique pour la reconstruction des zones affectées au Sud, sous réserve d’un encadrement international neutre. L’article précise que « le Qatar pourrait jouer un rôle pivot si le climat régional se tendait davantage autour de la bande de Gaza ».

Pressions américaines et arbitrages diplomatiques internes

Selon Al Akhbar, la diplomatie américaine exerce une pression croissante sur le Liban pour qu’il prenne position en faveur du plan de paix et qu’il œuvre à la stabilisation du front sud. Le journal évoque la visite récente d’un diplomate américain à Baabda, porteur d’un message de la Maison Blanche exprimant « la nécessité pour le Liban de s’aligner sur les efforts internationaux de pacification ». Ce message aurait été accueilli avec réserve par Joseph Aoun, qui aurait réitéré « l’attachement du Liban à la légalité internationale et à l’initiative de paix arabe ».

Al Liwa’ signale par ailleurs que la diplomatie américaine, par l’intermédiaire de Nancy Pelosi, aurait proposé un programme de coopération militaire renforcé conditionné à l’acceptation tacite du plan Trump. Le Liban aurait répondu que « l’armée libanaise est ouverte à tout partenariat compatible avec la souveraineté nationale ». Cette formule vise à rejeter toute contrepartie politique explicite, tout en maintenant l’ouverture à des soutiens techniques.

Enjeux de souveraineté : vers un recentrage diplomatique ?

Une tribune publiée dans Al Quds met en lumière les dilemmes stratégiques de la diplomatie libanaise. L’auteur y souligne que « le Liban est tiraillé entre l’héritage de la Résistance, la fragilité de ses institutions, et la nécessité d’une intégration régionale conditionnée par sa neutralité ». Il appelle à « une clarification stratégique de la position libanaise sur la Palestine, la Syrie et l’axe Téhéran-Moscou ».

De leur côté, certains analystes, cités dans Al Joumhouriyat, estiment que « l’enlisement du Liban dans des alliances fluctuantes mine sa capacité à défendre ses intérêts propres ». Ils plaident pour une doctrine diplomatique fondée sur « la souveraineté institutionnelle, la distanciation intelligente, et la relance des relations bilatérales équilibrées avec les pays arabes modérés ».

Ce débat traverse également les cercles de réflexion proches du pouvoir. Un conseiller du président, sous couvert d’anonymat, confie à Al Sharq : « Nous n’avons plus le luxe de l’ambiguïté stratégique. Le Liban doit définir ce qu’il veut, où il se situe, et jusqu’où il est prêt à aller. »

Politique internationale : le plan Trump-Netanyahou redessine les équilibres régionaux autour de Gaza

Les contours du plan américain : désarmement du Hamas, gouvernance internationale et retrait conditionné

Le 30 septembre 2025, les journaux arabes ont largement couvert le contenu et les implications du plan de paix américain proposé par Donald Trump et soutenu par Benyamin Netanyahou. Tel que décrit dans Al Quds, ce plan comprend 21 points, articulés en quatre phases, visant à instaurer une paix « durable » dans la bande de Gaza. L’élément central est l’exigence du désarmement total du Hamas dans un délai de 72 heures, en échange d’un retrait progressif de l’armée israélienne, conditionné à la mise en œuvre effective de la nouvelle gouvernance.

Selon Al Sharq Al Awsat, cette gouvernance serait assurée par une autorité de transition internationale baptisée Conseil de paix, présidée par Donald Trump lui-même, et potentiellement dirigée sur le terrain par Tony Blair, ancien Premier ministre britannique. Cette structure inclurait aussi des représentants de l’ONU, du Qatar, de l’Égypte, et des experts sécuritaires occidentaux. L’administration locale serait confiée à une coalition de personnalités palestiniennes jugées modérées, excluant explicitement le Hamas.

Le même journal précise que le plan prévoit également la création d’une zone tampon de sécurité autour de Gaza, large de 500 à 1000 mètres, sans présence militaire israélienne permanente, mais avec un droit de poursuite pour Israël en cas de menace, comparable au modus operandi observé au Liban sud. Les forces palestiniennes locales seraient encadrées, entraînées et surveillées par des unités de sécurité arabes, notamment jordaniennes et égyptiennes.

Réactions israéliennes : entre flexibilité diplomatique et lignes rouges sécuritaires

Lors de la conférence de presse conjointe du 29 septembre, rapportée dans Al Quds et Al Sharq, Benyamin Netanyahou a salué « un tournant stratégique dans l’histoire du Proche-Orient », affirmant que ce plan répondait aux cinq principes de sécurité fondamentaux d’Israël. Il a toutefois averti que « toute entrave du Hamas à la mise en œuvre serait considérée comme une déclaration de guerre » et que « l’armée israélienne était prête à reprendre le contrôle de Gaza si nécessaire ».

D’autres voix israéliennes, comme celle de l’ancien ministre Avigdor Lieberman, cité dans Al Akhbar, se sont montrées plus sceptiques. Selon lui, « l’implication internationale excessive affaiblit la capacité d’Israël à garantir sa sécurité à long terme ». Il déplore également l’absence de précision sur le statut définitif de Gaza et craint une « légitimation indirecte » de l’Autorité palestinienne dans un cadre jugé peu fiable.

Réactions internationales : adhésions conditionnées et pressions diplomatiques

Le plan Trump a été formellement présenté en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Selon Al Joumhouriyat, il a reçu un soutien diplomatique explicite de 142 pays, dans le cadre de ce qui est désormais appelé la Déclaration de New York, portée conjointement par la France et l’Arabie saoudite. Cette déclaration appelle à un retrait complet d’Israël de Gaza, à la mise en place d’une force internationale de maintien de la paix, et à la reconnaissance progressive de l’État palestinien dans ses frontières d’avant 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale.

Dans un éditorial publié dans Al Quds, la Tunisie a été citée comme l’un des États les plus actifs dans la défense du droit à l’autodétermination palestinien. Son représentant permanent à l’ONU a déclaré que « tout plan de paix qui ne garantit pas le droit au retour, le respect des frontières historiques et le retrait total de l’occupation ne saurait être accepté ».

L’Union européenne, selon Al Sharq, a salué la dynamique mais exprimé des doutes sur « la faisabilité sécuritaire du désarmement accéléré du Hamas » et a appelé à « une clarification du rôle des Nations unies dans la supervision du processus ». De son côté, le Royaume-Uni a soutenu le projet, qualifiant Tony Blair de « candidat idéal pour présider la transition ».

Positions régionales : le Qatar et l’Arabie saoudite en première ligne, l’Iran sur la défensive

Parmi les États arabes, le Qatar joue un rôle pivot. Selon Al Liwa’, l’émir Tamim ben Hamad a accepté de participer à la mise en œuvre logistique et financière du plan, tout en posant des conditions strictes : la neutralité de l’administration locale, la non-exclusion de Gaza du processus politique global, et l’arrêt total des bombardements israéliens pendant la transition.

L’Arabie saoudite, moteur de la Déclaration de New York, y voit une opportunité de consolider sa stature régionale et d’initier un virage diplomatique post-normalisation. Riyad a toutefois insisté sur « l’inclusion progressive de tous les Palestiniens dans la gouvernance », sans pour autant appeler explicitement à un dialogue avec le Hamas.

L’Iran, en revanche, a vivement critiqué le plan. Al Bina’ cite un communiqué du ministère iranien des Affaires étrangères qualifiant le projet de « complot impérialiste visant à liquider la cause palestinienne ». Téhéran dénonce « la marginalisation systématique de la résistance armée » et « l’imposition d’un agenda sécuritaire occidental par des puissances néocoloniales ». Le Hezbollah, par la voix de Naim Kassem, a également rejeté le plan, y voyant « une continuation de la guerre sous d’autres formes ».

Gouvernance de Gaza : entre reconstruction conditionnée et transition politique floue

Le plan propose une reconstruction de Gaza en trois phases sur cinq ans, selon un mécanisme de supervision conjointe entre le Conseil de paix, les agences de l’ONU et des consortiums arabes. Al Akhbar souligne que cette reconstruction exclut explicitement tout financement versé à des structures liées au Hamas. Un volet économique de la Trump Peace Initiative prévoit la création d’une zone économique spéciale à Rafah, dédiée aux investissements internationaux, à l’instar du modèle de Solidere à Beyrouth.

Mais comme le rapporte Al Quds, plusieurs interrogations demeurent : qui garantira la sécurité du processus ? Quel sera le statut juridique de la force multinationale ? Que se passera-t-il en cas de sabotage ou de rejet local ? Pour l’instant, aucune réponse claire n’est donnée, et les documents diffusés évoquent des arrangements à négocier « ultérieurement ».

La France et la Jordanie ont proposé que le Conseil de sécurité des Nations unies valide formellement le plan, ce qui conférerait un cadre légal à l’intervention étrangère. Mais selon Al Joumhouriyat, la Russie a exprimé des réserves et pourrait poser son veto, en dénonçant une « gestion unilatérale du conflit ».

Répercussions régionales : repositionnements diplomatiques et risques de contagion

Au-delà de Gaza, le plan Trump-Netanyahou influence les équilibres régionaux. Selon Al Quds, l’Égypte y voit une chance de renforcer son rôle de médiateur régional tout en contrôlant plus efficacement la frontière de Rafah. Le président Sissi aurait reçu un message personnel de Netanyahou lui garantissant un « rôle stratégique dans la sécurité régionale ».

En revanche, la Turquie et le Pakistan, tout en participant aux discussions, ont exprimé des réserves. Ankara, en particulier, redoute que la marginalisation du Hamas n’entraîne une radicalisation accrue. Le président Erdogan a appelé à une solution « juste, inclusive et respectueuse des institutions palestiniennes ».

D’un point de vue sécuritaire, Al Akhbar note que les États-Unis ont commencé à déployer discrètement des conseillers militaires dans la région, en coordination avec des forces spéciales égyptiennes. Ce dispositif viserait à sécuriser les axes logistiques du futur Conseil de paix.

Économie : blocage des réformes et hémorragie de l’économie informelle

L’échec du programme avec le FMI : un revers diplomatique et économique

Le 30 septembre 2025, Nahar a révélé que les négociations avec le Fonds monétaire international n’ont toujours pas abouti à un accord. Malgré des consultations tenues à Beyrouth quelques jours auparavant, la délégation du FMI a conclu que « les progrès annoncés par les autorités libanaises restaient largement insuffisants » pour initier un programme formel d’aide. Selon les déclarations du ministre des Finances Yassine Jaber dans le même quotidien, les principaux obstacles résident dans la faiblesse du projet de loi sur la « faille financière » et le manque de clarté de la réforme bancaire.

Le FMI a également critiqué la décision du gouvernement de suspendre certaines taxes, notamment celles sur les carburants, privant ainsi l’État de ressources fiscales cruciales. Le rapport final de la mission souligne l’absence de mesures concrètes visant à augmenter les recettes fiscales, à rationaliser les dépenses et à renforcer les institutions de surveillance financière.

Dans Al Sharq Al Awsat, des sources au sein de la délégation internationale ont affirmé que « le Liban n’a pas encore atteint le seuil de crédibilité requis pour recevoir un appui financier massif », pointant du doigt la lenteur des réformes législatives et la fragilité de l’environnement politique. L’échec de l’accord constitue un nouveau revers pour la relance de l’économie et isole davantage le pays des circuits financiers internationaux.

Budget 2026 : entre projections irréalistes et manque de gouvernance

Le projet de budget pour 2026, présenté comme une étape essentielle pour stabiliser les finances publiques, suscite de nombreuses critiques dans la presse. Selon Al Liwa’, le document actuellement examiné par les commissions parlementaires ne tient pas compte des faiblesses structurelles de la collecte fiscale. Les recettes prévues sont jugées « fantaisistes » par plusieurs économistes, alors que le taux de recouvrement réel des impôts ne dépasse pas 50 % des montants théoriques attendus.

Al Sharq rapporte que le FMI a qualifié le projet de « simple exercice comptable déconnecté de la réalité ». L’économie libanaise, encore fortement dollarisée et dominée par l’économie informelle, peine à générer des revenus pour financer les services publics. La « loi sur la faille financière », censée répartir équitablement les pertes du secteur bancaire, reste bloquée au Parlement. Selon un éditorialiste du même journal, « l’absence de courage politique pousse les députés à éviter tout vote impopulaire à l’approche des élections », sacrifiant les exigences structurelles au profit de considérations électoralistes.

Le ministre Yassine Jaber a néanmoins annoncé dans Al Sharq Al Awsat qu’une « programmation des paiements aux déposants » était à l’étude. Elle viserait à compenser partiellement les pertes bancaires à travers un mécanisme d’étalement sur plusieurs années. Mais là encore, aucun calendrier précis ni enveloppe budgétaire n’ont été avancés, rendant la mesure incertaine.

Contrebande et économie parallèle : un système qui sape l’État

Plusieurs journaux ont tiré la sonnette d’alarme sur l’impact de la contrebande massive aux frontières sur l’économie nationale. Al Sharq, dans un article signé par D. Issa, décrit cette activité comme une « hémorragie économique » qui affaiblit l’État, détruit le tissu productif, et menace la santé publique. Selon ce quotidien, la plupart des biens entrant illégalement au Liban — médicaments, produits alimentaires, appareils électroniques — ne respectent ni les normes de qualité ni les règles fiscales, ce qui crée une concurrence déloyale avec les entreprises légales.

Des zones entières du nord du pays et des confins avec la Syrie sont devenues des passages quasi-incontrôlés, selon les témoignages rapportés par Al Bina’. Des produits turcs ou syriens, souvent vendus à moitié prix, alimentent les marchés libanais sans aucune supervision sanitaire ou douanière. Le phénomène touche aussi les carburants, créant des pénuries locales et privant l’État de revenus importants.

Dans Al Sharq, une enquête décrit comment certaines grandes marques libanaises de textile, d’alimentation ou de cosmétique ont dû réduire leur production, voire fermer face à la montée de cette concurrence illégale. Des milliers d’emplois ont été supprimés, aggravant la précarité d’une classe moyenne déjà affaiblie. Le journal rappelle que le commerce légal est tenu de payer TVA, douanes, impôts sur les sociétés, salaires formels et charges sociales, alors que la contrebande échappe à tous ces mécanismes.

Une fiscalité inefficace et une justice inégalitaire

Le système fiscal libanais apparaît totalement défaillant. Dans Al Sharq, plusieurs observateurs critiquent l’inefficacité des services de recouvrement et le manque de traçabilité des transactions. L’économie « blanche » est décrite comme « pénalisée », tandis que les activités « grises » et « noires » prospèrent. L’absence de registre centralisé, l’usage massif du cash et l’impunité judiciaire favorisent l’évasion fiscale.

Le journal rapporte que les entreprises qui respectent la légalité sont souvent les plus lourdement taxées, alors que les grands acteurs de l’économie informelle jouissent d’une quasi-totale impunité. Ce déséquilibre engendre une perte de confiance générale dans les institutions, que le projet de réforme de la fiscalité peine à corriger.

Selon une analyse publiée dans Al Sharq Al Awsat, le taux d’imposition réel pour de nombreux secteurs reste inférieur à 10 %, malgré une législation qui prévoit des taux théoriques bien plus élevés. Les fraudes au registre commercial, les sociétés écrans et les comptes offshore sont toujours monnaie courante, sans action judiciaire notable.

Les entreprises libanaises en difficulté : faillites silencieuses et crédit inexistant

L’environnement des affaires reste extrêmement fragile. Comme le souligne Al Akhbar, plusieurs entreprises moyennes et grandes ont signalé leur cessation d’activité ou une réduction importante de leurs opérations. La raréfaction du crédit bancaire, combinée à l’absence de dispositifs publics de soutien, limite toute tentative de relance.

Les chiffres non officiels montrent que plus de 10 % des entreprises formellement enregistrées n’ont pas renouvelé leur patente en 2025. Le secteur du commerce de détail, des restaurants et des services informatiques est le plus affecté. Al Liwa’ évoque un risque de délitement généralisé, notamment dans les zones rurales, où les infrastructures de soutien économique sont quasi inexistantes.

Certaines sociétés tentent de résister en se tournant vers les marchés extérieurs, notamment le Golfe et l’Afrique de l’Ouest. Mais les contraintes logistiques, douanières et bancaires rendent ces opérations coûteuses et peu compétitives. Dans un article d’Al Bina’, un entrepreneur dans le secteur des équipements médicaux affirme avoir vu ses marges divisées par trois en un an, en raison de la fluctuation du dollar et de la hausse des frais d’importation.

Initiatives institutionnelles : réformes retardées et discours déconnectés

Face à cette situation, plusieurs initiatives sont évoquées mais peu appliquées. Le Conseil économique et social, dans un communiqué repris par Al Sharq, recommande la création d’un registre fiscal unifié, la digitalisation de la TVA, et la restructuration de la direction des douanes. Mais ces propositions, bien que consensuelles, se heurtent à l’inertie institutionnelle et à l’opposition de certains cercles politiques.

Le gouvernement a par ailleurs lancé une campagne de sensibilisation à l’économie formelle, sans impact mesurable à ce jour. Al Liwa’ indique que les petits commerçants, artisans et professionnels libéraux continuent de déclarer moins de la moitié de leurs revenus, faute d’incitation ou de contrôle.

Les chambres de commerce et les syndicats patronaux, réunis à Beyrouth fin septembre, ont publié une déclaration commune appelant à « un pacte de croissance et de transparence » pour sortir du cycle de la défiance. Mais là encore, aucun engagement concret de la part de l’exécutif n’a été annoncé.

Justice : conflits d’intérêts, immunités et crises de confiance

L’affaire Roland Khoury : révélateur des défaillances judiciaires

L’un des dossiers les plus discutés dans la presse du 30 septembre 2025 reste celui impliquant Roland Khoury, ancien président du Conseil d’administration du Casino du Liban. Selon Al Akhbar, le juge instructeur de Jounieh, saisi du dossier de gestion du casino et des paris sportifs électroniques, avait initialement retenu des charges graves, notamment pour détournement de fonds publicsblanchiment d’argentenrichissement illicite et négligence administrative.

Le rapport d’enquête préliminaire faisait état de flux financiers suspects, d’une absence totale de supervision sur les paris en ligne, et d’une exploitation commerciale incontrôlée par la société opératrice « OSS ». Toutefois, comme le rapporte Al Akhbar et Al Sharq, une évolution notable est survenue lorsque la chambre d’accusation de la cour d’appel du Mont-Liban a décidé de rejeter les accusations principales de détournement et de blanchiment, considérant qu’il n’existait pas d’éléments suffisants pour les qualifier de crimes. Cette décision a entraîné la remise en liberté de Roland Khoury et de plusieurs cadres du casino, moyennant le versement d’une caution de 20 milliards de livres libanaises chacun, et l’interdiction de quitter le territoire.

Plusieurs commentateurs dans Al Akhbar dénoncent cette décision comme un « enterrement judiciaire prémédité », dans un contexte où les réseaux d’influence politique au sein du système judiciaire sont largement accusés de protéger les hauts responsables. Le même journal souligne que l’autorité de régulation des jeux en ligne, pourtant censée contrôler les flux numériques liés aux paris, est restée passive pendant plusieurs années, malgré les alertes d’ONG et de parlementaires.

Le dossier de Ryad Salamé : une affaire sans fin

Le traitement du dossier judiciaire de Ryad Salamé, ancien gouverneur de la Banque du Liban, continue également de soulever de nombreuses interrogations. Selon un article d’analyse de Al Sharq, cette affaire incarne « l’impasse structurelle du système judiciaire libanais face à l’impunité des élites ». L’auteur du texte, Ibrahim Al Arab, souligne que malgré les mandats d’arrêt internationaux et les dizaines de rapports bancaires incriminants, l’ancien gouverneur n’a toujours pas été jugé ni formellement inculpé au Liban.

Le même article décrit un jeu d’obstruction institutionnelle : entre défauts de comparution, appels systématiques, multiplicité des recours et interventions politiques, la justice libanaise est apparue incapable d’instruire efficacement le dossier. Le parquet financier n’a jamais été autorisé à enquêter librement sur les comptes de la Banque centrale, et aucune saisie des avoirs de Salamé n’a été effectuée sur le territoire libanais.

Al Joumhouriyat rapporte que plusieurs ONG internationales, dont Human Rights Watch, ont publié des communiqués appelant à la création d’une commission d’enquête internationale pour traiter des grands dossiers de corruption au Liban, jugeant les institutions locales « inaptes à garantir l’impartialité et l’efficacité requises ».

Réformes judiciaires bloquées : la Constitution comme variable d’ajustement

La question de l’indépendance du pouvoir judiciaire fait également l’objet d’un large consensus critique dans la presse. Un éditorial de Al Sharq évoque un « climat de défiance généralisé » à l’égard de la magistrature, nourri par le clientélisme politique, les ingérences partisanes et les logiques communautaires.

Le journal souligne que, bien que l’article 20 de la Constitution garantisse l’indépendance des juges, la pratique démontre un contrôle politique omniprésent dans les nominations, les mutations et les décisions disciplinaires. La réforme du Conseil supérieur de la magistrature, censée instaurer une plus grande autonomie du corps judiciaire, est bloquée depuis plus d’un an au Parlement.

Al Liwa’ met en lumière plusieurs cas récents où des juges ayant tenté d’enquêter sur des personnalités politiquesont été rapidement écartés de leurs fonctions ou placés en disponibilité. Le journal rapporte aussi les propos d’un magistrat sous anonymat : « Tant que les juges dépendent des faveurs politiques pour leur avancement, aucune enquête sensible ne pourra être menée à terme. »

Les effets pervers de la justice sélective

Les conséquences de cette situation vont bien au-delà des grands dossiers de corruption. Dans un reportage publié par Al Sharq, des citoyens et avocats témoignent de la lenteur des procédures, de l’arbitraire dans les jugements, et de la politisation des poursuites. Un avocat cite plusieurs exemples de cas de violences conjugales, d’abus de biens sociaux ou de fraudes électorales classés sans suite, pendant que certains opposants politiques sont poursuivis pour des délits d’opinion ou de diffamation.

L’article évoque également la détention provisoire comme moyen de pression politique, notamment contre des syndicalistes ou des activistes, en violation des délais légaux. Plusieurs affaires récentes illustrent cette dérive, notamment la garde à vue prolongée d’un enseignant ayant dénoncé sur les réseaux sociaux des fraudes dans une école publique du Sud, comme le rapporte Al Akhbar.

Dans un autre article du même journal, la pratique des « dossiers sur commande », montés pour neutraliser des adversaires internes à certains partis politiques, est également décrite. Ces affaires sont souvent ouvertes sur la base de dénonciations anonymes ou de documents falsifiés, puis relayées par des médias alignés, sans vérification préalable.

Justice internationale et blocage du dossier du port

L’une des grandes frustrations exprimées dans la presse reste l’inaction judiciaire dans le dossier de l’explosion du port de Beyrouth. Selon Al Joumhouriyat, malgré la mort de 220 personnes et plus de 7 000 blessés, aucun haut responsable n’a été poursuivi ni condamné, deux ans après l’ouverture de l’instruction.

L’article rappelle que le gouvernement libanais avait initialement reconnu en mai 2024 la compétence de la Cour pénale internationale pour enquêter sur les crimes commis depuis octobre 2023. Toutefois, cette décision a été rapidement annulée un mois plus tard, sous pression de plusieurs formations politiques.

Les familles des victimes dénoncent un système d’obstruction généralisée. Les multiples juges d’instruction nommés au fil des mois ont tous été dessaisis ou suspendus, soit par la Cour de cassation, soit à la suite de plaintes disciplinaires déposées par les avocats des inculpés. Ce blocage juridique, aggravé par l’inexistence d’une législation sur les crimes de masse, empêche tout recours à une justice indépendante.

Réactions institutionnelles : discours sans effet

Face à cette crise de légitimité, les autorités judiciaires ont multiplié les annonces. Le président du Conseil supérieur de la magistrature a déclaré dans Al Sharq Al Awsat qu’une « réforme de structure » serait proposée d’ici la fin de l’année, avec pour objectifs l’indépendance des nominations, la rotation obligatoire des postes et la digitalisation des procédures. Mais aucun texte n’a encore été soumis au Parlement.

De son côté, le ministre de la Justice a présenté en conférence de presse une charte d’éthique judiciaire, censée renforcer les principes de neutralité, de transparence et de diligence. Cependant, ce texte n’a aucune force contraignante, et aucun organe de suivi indépendant n’a été désigné pour contrôler son application.

Les juges, de leur côté, sont divisés. Une partie réclame la création d’un syndicat autonome de la magistrature, tandis qu’une autre défend le maintien de la tutelle actuelle, par crainte de représailles. Le clivage se double d’un débat sur les avantages financiers alloués aux magistrats, alors que les salaires restent très inférieurs à ceux de leurs homologues régionaux.

Société : précarité grandissante et tensions autour du dossier des réfugiés

Une crise prolongée ignorée par l’État

Les tensions sociales liées à la question des réfugiés palestiniens au Liban ont atteint un point critique à la fin septembre 2025, comme en témoignent plusieurs articles de Al Akhbar publiés le 30 septembre 2025. Le journal revient longuement sur les critiques croissantes contre l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), accusé de réduire drastiquement ses services dans les camps libanais, tout en préparant un retrait progressif de ses missions au profit des autorités locales. Selon l’analyse de Hitham Al-Moussawi, cette stratégie est interprétée comme une opération de délestage humanitaire déguisée, risquant de précipiter une des populations les plus fragilisées du pays dans un abandon quasi total.

Le silence officiel du Liban face à cette dynamique suscite de vives critiques. Dans ses colonnes, Al Akhbar interroge : « Pourquoi l’État libanais, bien qu’il soit directement concerné politiquement, sécuritairement et socialement, reste-t-il muet face à un plan aussi lourd de conséquences ? ». Cette inertie contraste avec l’ampleur des risques soulevés : explosion sociale dans les camps, radicalisation de certains groupes en l’absence de perspective, et menace sur les équilibres confessionnels et politiques du pays.

Diminution des services : une urgence sanitaire et éducative

Les chiffres rapportés par Al Akhbar sont particulièrement alarmants. En quinze ans, le nombre d’écoles opérées par l’UNRWA est passé de 87 à 60, soit une réduction de près de 30% de l’offre scolaire. En 2025 seulement, 88 classes ont été fermées et 100 enseignants journaliers ont été supprimés, réduisant fortement la capacité d’accueil dans les camps, alors que la population scolarisable continue d’augmenter.

L’impact sur les soins médicaux est également sévère. Toujours selon Al Akhbardes centres de santé tels que celui de Nabatiyeh ont été fermés, et les dotations en médicaments pour maladies chroniques ainsi que les budgets d’hospitalisation ont fortement baissé. La baisse du budget alloué à l’UNRWA au Liban, passé de 200 millions de dollars en 2023 à 165 millions en 2025, fragilise l’ensemble des services essentiels pour une population où 95% vivent sous le seuil de pauvreté, selon une étude conjointe de l’université américaine de Beyrouth et de l’UNRWA.

Réactions populaires : mobilisation dans les camps

Face à cette situation, les comités populaires, les syndicats et les organisations de femmes ont organisé une série de protestations dans les camps et à Beyrouth. Le siège de l’UNRWA à Beyrouth a été temporairement bloqué, tout comme plusieurs bureaux régionaux, selon un rapport d’Al Akhbar. Des pancartes dénonçaient la « trahison des droits des réfugiés » et réclamaient le maintien des services, tandis que d’autres appelaient à une réponse du gouvernement libanais, totalement absent de la scène.

Un militant interviewé par le journal dénonçait une situation où « les bailleurs internationaux se désengagent sous prétexte d’austérité, tandis que l’État libanais accepte sans condition de reprendre les missions, sans aucun plan ni capacité logistique ». Les manifestants pointent un double langage de l’UNRWA : promouvoir l’égalité et l’autonomie tout en réduisant sa présence sur le terrain, laissant les réfugiés dans une plus grande vulnérabilité.

Implications politiques : vers une reconfiguration du dossier des réfugiés

Plusieurs éditorialistes, notamment dans Al Akhbar et Al Sharq, voient dans cette dynamique une tentative de transformation du dossier palestinien au Liban : d’un statut de réfugiés protégés par une instance internationale, les Palestiniens seraient graduellement intégrés dans les dispositifs sociaux locaux, sans garantie de droits équivalents ni reconnaissance politique.

Ce processus s’effectue dans un contexte régional marqué par le plan Trump-Netanyahou sur Gaza, où la réduction de la place de l’UNRWA s’accompagne d’une volonté de réinstaller durablement les réfugiés dans les pays hôtes. Le journal Al Akhbar évoque ainsi la visite de la Commissaire européenne pour la Méditerranée, Dubravka Suica, qui a déclaré publiquement que des discussions étaient en cours pour transférer « progressivement certaines fonctions de l’UNRWA aux autorités palestiniennes » – une déclaration interprétée comme le début d’une opération de liquidation de la structure.

Cette lecture est renforcée par les propos recueillis par Al Akhbar auprès de responsables d’organisations non gouvernementales palestiniennes : « La fin de l’UNRWA, c’est la fin du droit au retour. C’est une tentative de solder le dossier palestinien par la fatigue et la privation ».

Impact local : tensions communautaires et fragmentation sociale

Le retrait de l’UNRWA pourrait avoir des effets en cascade sur les dynamiques locales. Selon Al Liwa’, la réduction des services de l’UNRWA contribue à renforcer la concurrence entre populations libanaises défavorisées et réfugiés, notamment pour l’accès aux soins, à l’emploi informel et à l’aide humanitaire.

Des frictions ont été signalées dans plusieurs zones périurbaines, notamment à Borj al-Barajneh et Ain el-Hilweh, où des tensions ont éclaté entre jeunes Libanais et Palestiniens à propos de postes dans des programmes d’aide alimentaire. Le journal évoque également l’augmentation des discours de stigmatisation dans les médias locaux, certains accusant les réfugiés de peser indûment sur les services publics ou de menacer la stabilité sociale.

Face à ces tensions, l’État reste passif. Aucun plan de cohésion sociale ni campagne de sensibilisation n’a été lancée, et le Conseil des ministres n’a pas abordé le dossier dans ses dernières réunions, selon Al Joumhouriyat. Une vacance stratégique que dénoncent plusieurs analystes, dont l’un estime que « l’absence de politique publique sur ce sujet crée un vide que d’autres forces, souvent confessionnelles ou clientélistes, s’empressent de combler ».

Une jeunesse palestinienne sans avenir

Le recul des services éducatifs a des conséquences graves sur la jeunesse palestinienne, qui représente une part importante de la population des camps. Selon des données relayées par Al Akhbar, le taux d’abandon scolaire chez les enfants de 12 à 16 ans a atteint près de 35%, en raison de la fermeture des classes, de l’absence de matériel pédagogique, et du coût des transports.

Les conséquences de ce décrochage sont multiples : recrutement par des groupes extrémistesexode vers l’Europe via des réseaux de migration illégale, ou enrôlement dans le travail informel ou criminel, notamment dans le trafic de drogue ou les réseaux de vol à moto. Le journal signale également une forte augmentation des mariages précoces, poussée par la misère économique et l’absence de perspectives.

Face à cette situation, les initiatives locales restent limitées. Quelques ONG proposent des programmes de soutien psychologique, mais le financement est instable et les structures ne suffisent pas à absorber l’ampleur des besoins. Un éducateur interrogé dans Al Akhbar résume ainsi la situation : « On a détruit leur école, on les pousse à quitter leur pays, on ferme leurs hôpitaux. Il ne leur reste que la colère ou l’exil. »

L’État libanais entre silence et déni

La position du gouvernement libanais sur cette question reste marquée par le silence, voire l’évitement stratégique. Aucun plan national sur les réfugiés n’a été mis à jour depuis 2018. Les déclarations officielles se bornent à rappeler le refus du Liban de tout projet de naturalisation, sans proposer de solution alternative ni de cadre pour négocier avec les partenaires internationaux.

Cette attitude, dénoncée dans Al Akhbar comme « une politique de l’autruche », pourrait se retourner contre l’État, dans un contexte de négociations régionales accélérées. En refusant de prendre part aux discussions sur le devenir des réfugiés, le Liban se prive de moyens de pression diplomatique, tout en exposant sa société à un déséquilibre croissant.

Culture: dynamiques artistiques et mémoire en scène

Le paysage culturel libanais se distingue ces derniers jours par une combinaison d’hommages artistiques, d’initiatives littéraires et de projets patrimoniaux visant à ancrer la mémoire collective dans un contexte en crise. Le théâtre, la musique, la littérature et le patrimoine urbain convergent pour offrir un espace de respiration à une société fragilisée.

Hommage à Ahmed Kaabour : une soirée de résonances politiques et poétiques

Dans Al Akhbar (30 septembre 2025), un reportage consacré à une soirée hommage rendue à l’artiste Ahmed Kaabour au théâtre Séville souligne la force de l’engagement culturel en période d’incertitude nationale. L’événement, organisé par un collectif d’associations artistiques, a réuni plusieurs générations de spectateurs et de musiciens, dans un esprit à la fois commémoratif et mobilisateur.

Ahmed Kaabour, figure emblématique de la chanson engagée, a vu son répertoire revisité par de jeunes artistes et interprètes, notamment une chorale de l’université libanaise. Les chansons emblématiques comme Ounadikom ont été reprises dans une mise en scène sobre, ponctuée d’extraits de ses discours d’archives. Selon Al Akhbar (30 septembre 2025), le choix de ce répertoire ne doit rien au hasard : les organisateurs ont souhaité rappeler « le rôle du chant comme acte de résistance contre la déshumanisation et l’oubli ».

Littérature contemporaine : entre introspection et transmission

Toujours dans Al Bina’ (30 septembre 2025), la rubrique culturelle revient sur la parution récente de plusieurs ouvrages d’auteurs libanais, dont Les Nuits de l’éclipse de Layla Chahine et Fragments d’un matin d’été de Rabih Maatouk. Ces publications s’inscrivent dans un courant littéraire post-2020 où l’introspection, la mémoire familiale et l’exil intérieur dominent les thématiques narratives.

Les critiques littéraires cités par Al Bina’ notent l’émergence d’une écriture du quotidien, marquée par l’économie des moyens stylistiques et un réalisme mélancolique. Layla Chahine, par exemple, explore la tension entre l’attachement au quartier de Zarif à Beyrouth et la désillusion provoquée par l’effondrement économique. Ce type d’ouvrage est publié à compte d’auteur ou par de petites maisons d’édition locales, comme « Dar Al Mashreq » ou « Kitabat Bayrout ».

Les expositions comme espace de parole citoyenne

À Beyrouth, plusieurs expositions ont été organisées en septembre 2025, selon Al Liwa’ (30 septembre 2025). Parmi les plus remarquées figure celle intitulée Tensions muettes, présentée dans un espace alternatif de Gemmayzeh. Cette installation immersive, composée de photographies, de fragments sonores et de vidéos d’archives, propose une lecture critique des effets de la crise sociale et du déplacement urbain.

L’artiste visuelle Nour Dabbous y expose une série de portraits d’habitants anonymes de Bourj Hammoud, accompagnés de témoignages audio sur leurs conditions de vie actuelles. Le dispositif invite le visiteur à circuler entre les pièces comme dans un labyrinthe de mémoire. Selon Al Liwa’, cette approche favorise « une reconfiguration sensible des récits périphériques souvent absents des sphères dominantes de la représentation ».

Parallèlement, une galerie du quartier Mar Mikhaël accueille une exposition de peintures contemporaines autour du thème de la ruine et de la reconstruction. Plusieurs artistes de la diaspora y sont représentés, témoignant de la vivacité des échanges artistiques entre Beyrouth, Paris, Berlin et Montréal.

Musique : entre patrimoine et expérimentations

Le journal Al Joumhouriyat (30 septembre 2025) revient sur le concert donné à Tyr par le musicien Ziad Sahhab, dans le cadre d’un festival de soutien aux écoles publiques. Le répertoire du chanteur, mêlant oud, textes satiriques et improvisations, a été salué pour sa capacité à faire dialoguer la musique traditionnelle et les préoccupations politiques contemporaines. Dans une salle remplie de familles, de jeunes et de retraités, l’émotion était palpable, surtout lors de l’interprétation de Ya Lebnan, dédiée aux enseignants en grève.

La scène musicale underground continue quant à elle de se développer, avec l’émergence de nouveaux collectifs comme Sawt Beirut, mentionné dans Al Akhbar (30 septembre 2025). Ce groupe, qui mélange électro, chants soufis et percussions, se produit dans des lieux alternatifs et refuse toute affiliation institutionnelle. Leur dernière performance, captée à la maison des artistes de Badaro, interrogeait la notion d’asile sonore dans un pays en crise.

Patrimoine architectural : le retour du Grand Théâtre dans le débat public

Le projet de restauration du Grand Théâtre de Beyrouth, abandonné depuis des années, refait surface dans plusieurs journaux, notamment dans Al Bina’ (30 septembre 2025) et Al Akhbar (30 septembre 2025). Un collectif d’architectes et d’historiens de l’art appelle à relancer la réhabilitation de ce bâtiment emblématique de l’époque mandataire, situé en plein cœur de la capitale.

Ce théâtre, construit en 1927 et gravement endommagé par la guerre civile, reste aujourd’hui inaccessible, bien que sa façade ait été consolidée après l’explosion du port en 2020. Les militants du patrimoine dénoncent l’inaction des pouvoirs publics et soulignent que « l’abandon du Grand Théâtre symbolise l’amnésie institutionnalisée ». Une pétition circule en ligne et a déjà recueilli plusieurs milliers de signatures.

Toujours selon Al Akhbar, les autorités municipales de Beyrouth auraient entamé des discussions avec l’UNESCO et des mécènes privés, mais aucune feuille de route n’a été présentée officiellement. L’enjeu dépasse la simple restauration physique : il s’agit de redonner à cet espace une fonction culturelle accessible à tous.

Les quartiers comme scènes culturelles vivantes

Enfin, plusieurs articles dans Al Liwa’ (30 septembre 2025) et Al Sharq (30 septembre 2025) mettent en lumière les initiatives culturelles spontanées qui fleurissent dans les quartiers populaires. À Dahieh, une bibliothèque communautaire a été inaugurée dans un ancien centre médical, grâce à une campagne de financement participatif. À Tripoli, une troupe de théâtre de rue anime les marchés du vieux souk avec des pièces satiriques sur la corruption locale.

Ces formes de culture de proximité s’inscrivent dans un mouvement de résistance sociale. Elles permettent à des populations marginalisées d’exprimer des revendications, tout en renforçant les liens communautaires. Les organisateurs insistent sur l’importance de « créer des lieux où les récits ordinaires peuvent exister sans censure ni filtre idéologique ».

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