vendredi, février 20, 2026

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Saad Hariri entre Dar al-Fatwa et Aïn el-Tiné: un retour en signaux, sans annonce formelle

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Une séquence d’images calculées, plus qu’une déclaration de candidature

Saad Hariri a choisi deux scènes à forte charge symbolique pour marquer son retour dans l’espace public. D’abord Dar al-Fatwa, ensuite Aïn el-Tiné. Le choix des lieux compte autant que les mots. Dar al-Fatwa renvoie à la représentation sunnite et à la recherche d’un cadre d’unité. Aïn el-Tiné renvoie au centre du jeu institutionnel et au compromis. Dans une période où l’horizon électoral reste incertain, ce type de parcours parle par sa mise en scène. Il suggère une stratégie de réinstallation progressive, sans saut frontal vers l’annonce.

La séquence est d’autant plus notable que Saad Hariri revient après une longue phase de retrait. Il ne revient pas par une conférence de presse. Il revient par des rendez-vous de pouvoir. Il revient aussi par des gestes qui disent: « je suis là, je consulte, j’écoute, je reprends place ». Ce retour n’est pas un événement unique. C’est une série. Il vise à produire un effet de normalité. Il cherche à rendre sa présence à nouveau évidente. Dans le contexte libanais, la normalisation est déjà une victoire tactique. Elle évite de déclencher une guerre d’images trop tôt. Elle évite aussi de provoquer une riposte immédiate des adversaires.

Le message implicite est double. D’un côté, il rassure une base qui a vécu le retrait comme un vide. De l’autre, il teste les réactions. Un retour réel ne se décrète pas. Il se mesure aux alignements qui suivent. Il se mesure aux portes qui s’ouvrent. Il se mesure aussi aux résistances.

Dar al-Fatwa: la recherche d’un cadre, entre représentation et discipline politique

La visite à Dar al-Fatwa s’inscrit dans une logique de recentrage. Dar al-Fatwa est un lieu religieux, mais sa fonction dépasse le religieux. Il sert souvent de point de rassemblement, surtout lorsque la scène sunnite est fragmentée. Le passage de Saad Hariri dans ce lieu ne signifie pas seulement un respect institutionnel. Il signifie une tentative de réactiver un axe de légitimité. Cet axe n’est pas électoral uniquement. Il est social, symbolique et communautaire.

La représentation sunnite traverse une période de fatigue. Les crises économiques ont touché toutes les régions. Elles ont aussi réduit la capacité des partis à tenir par les services. Dans ce contexte, la demande la plus forte n’est pas forcément un programme. C’est une figure de protection. C’est une promesse de stabilité. Le retour de Hariri, lorsqu’il passe par Dar al-Fatwa, se place sur ce terrain. Il cherche à dire qu’il existe encore un point de gravité. Il suggère aussi qu’il peut redevenir un pivot, sans s’annoncer comme un chef de bataille.

Ce passage a aussi une dimension de discipline. La scène sunnite a connu des candidatures dispersées, des listes concurrentes, et des alliances de circonstance. Un leader qui revient doit d’abord reconstruire une cohérence minimale. Dar al-Fatwa est un outil pour cela. Il permet de parler d’unité sans parler de partage de sièges. Il permet de rappeler une hiérarchie sans l’énoncer brutalement. Il permet enfin de créer un récit de « responsabilité », utile quand la société est épuisée.

Aïn el-Tiné: le signal envoyé au centre du système

Après Dar al-Fatwa, Aïn el-Tiné. Le choix est très lisible. Ce n’est pas une visite de quartier. C’est une visite à un centre de décision. Aïn el-Tiné est le lieu où se fabriquent les compromis, où se gèrent les équilibres, où se testent les majorités. Y aller, c’est dire qu’on redevient un acteur institutionnel, pas seulement un acteur communautaire.

Dans la grammaire politique libanaise, ce passage sert à plusieurs choses. Il sert à confirmer que le retour ne se limite pas à la rue sunnite. Il sert à réactiver des canaux de négociation. Il sert aussi à rappeler un style: celui du deal, de la médiation, et du dialogue. Pour Saad Hariri, cette image est utile. Elle le distingue d’une politique du choc. Elle le place dans une posture de gestion.

Aïn el-Tiné est aussi une scène qui envoie un message aux partenaires extérieurs. Les acteurs régionaux et internationaux lisent ces déplacements comme des indices. Ils cherchent à savoir si Hariri est de nouveau « opérable ». Ils cherchent à savoir s’il peut stabiliser, négocier, et contenir. Une photo à Aïn el-Tiné n’est pas une preuve. Mais c’est un signal. Dans un pays où les décisions se font souvent par signaux, le symbole devient un outil.

Retour calculé ou retour décisif: ce que la séquence dit, et ce qu’elle évite de dire

Le retour est visible, mais il reste incomplet. Il est fait de visites et de paroles mesurées. Il n’est pas fait d’engagement net. Ce choix est cohérent avec une période instable. Une annonce frontale de candidature obligerait à entrer dans une bataille d’alliances. Elle obligerait aussi à clarifier des positions sur des sujets explosifs. Or la période est dominée par l’incertitude électorale et par le débat sur les délais. Dans ce contexte, Hariri semble privilégier une stratégie d’attente active. Il revient, mais il ne se lie pas.

Ce type de retour présente un avantage immédiat. Il permet de reprendre de l’oxygène politique. Il permet de remobiliser sans se brûler. Il permet aussi de regarder le terrain. Qui suit. Qui critique. Qui tente de récupérer. Qui tente de bloquer. Un retour est aussi une phase d’audit. On mesure les forces réelles. On mesure les fidélités. On mesure les moyens.

Mais il a aussi un risque. Une présence sans décision peut être lue comme de l’hésitation. Or l’hésitation, au Liban, est souvent punie. Les bases veulent une direction. Elles veulent une promesse. Elles veulent une capacité à agir. Si le retour reste trop longtemps au stade des symboles, il peut se retourner. Il peut donner l’image d’une figure qui revient sans pouvoir trancher. Dans la mémoire récente, les déceptions politiques ont été nombreuses. La tolérance à l’ambiguïté est faible.

Le terrain sunnite: recomposition, concurrence et attente d’un leadership clair

Le contexte de ce retour est celui d’une recomposition. La représentation sunnite n’est plus structurée comme avant. Les réseaux ont changé. Les ressources ont changé. Les figures locales ont pris plus de place. Les alliances se font plus vite, puis se défont. Dans ce paysage, Hariri reste un nom lourd. Mais un nom ne suffit plus. Il faut reconstruire des relais. Il faut reconstruire une machine. Il faut surtout reconstruire une promesse crédible.

La demande la plus audible, dans plusieurs régions, est une demande de protection sociale. Les familles cherchent des revenus. Elles cherchent l’école. Elles cherchent les soins. Elles cherchent la stabilité. Un leader qui revient doit répondre à cela. Sinon il sera perçu comme un acteur d’institutions, pas un acteur de quotidien. Or la politique libanaise ne tient plus uniquement par les grandes questions. Elle tient par la survie.

Dans le même temps, la concurrence existe. Elle peut être directe, par des figures qui veulent prendre la place. Elle peut être indirecte, par des alliances transversales qui contournent. Hariri doit donc reprendre l’initiative, sans déclencher une guerre interne trop tôt. C’est aussi pour cela que le retour passe par des lieux de consensus relatif. Dar al-Fatwa pour la cohésion symbolique. Aïn el-Tiné pour la normalité institutionnelle.

Le facteur régional: aucun retour n’est seulement libanais

Saad Hariri n’est jamais lu uniquement à l’intérieur. Il est aussi lu à l’extérieur. Son retour est interprété à travers les relations régionales. Il est interprété à travers les intérêts de capitales qui suivent le Liban comme un dossier de stabilité. Dans ce cadre, un retour « acceptable » est un retour qui ne met pas le pays sur une trajectoire de rupture. Un retour « utile » est un retour qui peut contribuer à calmer une scène sunnite et à réinstaller des canaux de compromis.

Cette dimension explique la prudence. Une déclaration trop agressive pourrait inquiéter des partenaires. Une déclaration trop timide pourrait décevoir des soutiens. Hariri semble chercher une zone médiane. Il revient sans attaquer. Il revient sans promettre. Il revient pour se rendre incontournable, puis décider.

Le lien avec l’incertitude électorale: revenir au moment où le calendrier tremble

Le retour intervient dans une période où la question des élections est elle-même instable. La bataille des délais, des procédures et des recours a déjà déplacé le débat du terrain politique vers le terrain juridique. Dans un tel contexte, annoncer une campagne complète est risqué. Le calendrier peut bouger. Les règles peuvent être contestées. La logistique peut être invoquée.

Pour Hariri, cette incertitude est à la fois un danger et une opportunité. Un danger, car une campagne lancée trop tôt peut être neutralisée par un report. Une opportunité, car un acteur qui se pose en garant de stabilité peut gagner du terrain quand la confusion augmente. Les visites à Dar al-Fatwa et Aïn el-Tiné s’inscrivent dans ce cadre. Elles donnent à Hariri une posture de « recours ». Pas forcément de recours électoral. De recours politique.

Les signaux à surveiller: ce qui dira si le retour devient décisif

Le retour deviendra décisif si des éléments concrets apparaissent. D’abord des rencontres élargies, pas seulement symboliques. Ensuite des indications sur la stratégie électorale, même indirectes. Puis des alliances, ou au moins des clarifications de lignes rouges. Enfin un discours sur le quotidien, taxes, salaires, services, et protection sociale.

Un autre indicateur sera la capacité à reconstituer une discipline de camp. Au Liban, la discipline se mesure aux listes et aux compromis locaux. Si les figures locales acceptent de se ranger, cela signifie que la centralité est reconstruite. Si elles résistent, cela signifie que Hariri revient dans un paysage où l’autorité ne se récupère plus aussi facilement.

Le dernier indicateur est la capacité à parler au-delà de sa base. Aïn el-Tiné est un signal en ce sens. Mais il faudra plus. Un leader national doit apparaître comme capable de négocier, tout en tenant un minimum de cohérence. Il doit aussi éviter d’être réduit à un symbole de nostalgie. Il doit produire une utilité immédiate.

Un retour qui se joue sur la crédibilité, pas sur la nostalgie

La séquence Dar al-Fatwa puis Aïn el-Tiné montre une stratégie. Elle vise à reconstruire une présence par les lieux de légitimité. Elle vise aussi à reprendre une position centrale sans annoncer une bataille. Ce choix peut fonctionner si la société cherche surtout un stabilisateur. Il peut échouer si la société veut une rupture et une décision.

Pour l’instant, le retour est un retour en signaux. Il est construit. Il est prudent. Il est lisible. Il n’est pas encore décisif. La suite dépendra d’une chose simple: la capacité de transformer des images en organisation, et des visites en choix.

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