samedi, février 21, 2026

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Scolarisation en péril : écoles à mi-temps, manuels absents et élèves déplacés

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L’année scolaire 2024–2025 restera dans les mémoires comme l’une des plus difficiles du système éducatif libanais. Tandis que les écoles publiques peinent à fonctionner faute de ressources humaines et matérielles, les établissements privés à bas revenus s’effondrent sous le poids des charges. Entre établissements à mi-temps, manuels non imprimés, pénurie de fioul et saturation des classes, la scolarisation des enfants libanais est aujourd’hui menacée à une échelle inédite. Dans un contexte d’inaction ministérielle et de hausse généralisée des coûts, parents d’élèves, enseignants et syndicats tirent la sonnette d’alarme.

Le secteur public en sous-régime chronique

Plus de 400 écoles publiques à travers le Liban ne fonctionnent plus qu’à mi-temps. Cette situation est la conséquence directe du non-versement des subventions promises pour l’année scolaire en cours, ainsi que de la pénurie persistante de personnel administratif et d’agents de service. Dans de nombreux établissements, un seul gardien assure à la fois l’accueil, l’entretien et la surveillance. Le personnel enseignant, souvent sous-payé ou contraint à des vacations irrégulières, multiplie les absences non remplacées.

Les enseignants dénoncent l’absence d’un cadre de travail stable : contrats non renouvelés, salaires impayés pendant plusieurs mois, absence de moyens de transport ou de remboursement. Dans certaines écoles de la Békaa ou du Akkar, les directions sont réduites à improviser un roulement des classes, en alternant les groupes une semaine sur deux, faute de professeurs disponibles à temps plein.

Cette réduction drastique de l’activité compromet gravement la qualité de l’enseignement et creuse les inégalités entre les établissements du centre et ceux de la périphérie.

Une pénurie généralisée de fournitures

Parallèlement à la crise humaine, le matériel scolaire est devenu un luxe. Les manuels scolaires de base, habituellement distribués gratuitement dans les écoles publiques, n’ont pas été imprimés pour cette rentrée. Le ministère de l’Éducation n’a pas débloqué les crédits nécessaires, en raison de retards budgétaires et de blocages administratifs. Les élèves sont contraints de se partager des photocopies usées, lorsque des associations locales en fournissent. Certaines matières sont tout simplement suspendues, faute de supports adaptés.

À Hasbaya, un collège public a dû fermer ses portes pendant dix jours consécutifs en janvier, en raison de l’absence de fioul pour le chauffage. Les températures glaciales ont rendu les salles de classe impraticables. Dans d’autres régions montagneuses, des enseignants rapportent des élèves vêtus de vêtements inadaptés, grelottant pendant des heures sans interruption. L’incapacité à fournir un environnement minimalement sécurisé et sain rend tout apprentissage presque impossible.

La chute silencieuse des écoles privées modestes

L’effondrement ne touche pas seulement le secteur public. Les écoles privées à faible budget, qui scolarisaient des dizaines de milliers d’élèves, sont elles aussi en grande difficulté. Incapables d’absorber la hausse des prix de l’électricité, des salaires et du matériel pédagogique, ces établissements ferment leurs portes les uns après les autres.

Depuis septembre 2024, près de 8 000 élèves ont quitté le privé pour tenter d’intégrer le public. Cette migration massive crée un effet d’engorgement immédiat : les classes de CM1, de cinquième ou de terminale accueillent parfois jusqu’à 45 élèves dans des locaux vétustes. Les enseignants ne disposent plus du temps ni des moyens nécessaires pour un suivi individualisé. L’accueil des nouveaux venus se fait souvent sans évaluation préalable, ce qui crée des disparités de niveau difficiles à gérer.

Ce phénomène d’exode scolaire du privé vers le public affecte aussi la dynamique sociale. Des familles issues de la classe moyenne, autrefois attachées à des établissements communautaires ou religieux, se retrouvent contraintes de rejoindre un système public en crise, sans filet d’accompagnement.

Saturation, tensions et décrochages

La surcharge des écoles publiques se traduit par une hausse des tensions internes. Dans les établissements urbains de Beyrouth, certains élèves passent des heures à attendre un siège disponible, partagent des manuels obsolètes et doivent suivre des cours dans des salles transformées en dortoirs temporaires. Les conflits se multiplient, les absences aussi.

À Tripoli, un directeur d’école élémentaire rapporte que le taux de fréquentation hebdomadaire est tombé à moins de 60 % dans son établissement. De nombreux élèves, découragés, décrochent totalement. Le manque de suivi psychologique ou de médiation scolaire aggrave encore la situation. Aucun programme structuré d’orientation ou de soutien n’a été mis en place.

Les enfants les plus vulnérables – déplacés syriens, enfants en situation de handicap, élèves issus de foyers précaires – sont les premiers à pâtir de cette désorganisation. Leurs parcours scolaires deviennent erratiques, marqués par des interruptions fréquentes et des redoublements imposés.

L’appel au secours des associations de parents

Face à cette situation critique, les associations de parents d’élèves multiplient les actions pour interpeller les autorités. Des communiqués ont été publiés dans plusieurs régions appelant à une mobilisation nationale pour l’éducation. Les revendications portent sur trois axes principaux : le déblocage immédiat des fonds ministériels pour la logistique scolaire, l’ouverture de postes d’enseignants contractuels et un plan de relance structurel du secteur éducatif public.

À Beyrouth, une réunion de coordination a rassemblé plusieurs fédérations d’écoles publiques et d’ONG éducatives. Une proposition de « conférence nationale de sauvetage scolaire » a été formulée. Elle viserait à réunir tous les acteurs du système éducatif, y compris les bailleurs internationaux, pour établir une feuille de route d’urgence.

Pour l’heure, les autorités sont restées silencieuses. Le ministère de l’Éducation n’a pas publié de calendrier de subvention, ni communiqué sur les retards de manuels. Les tentatives de dialogue des syndicats sont restées sans réponse formelle.

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Newsdesk Libnanews
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