Une sécheresse d’une ampleur exceptionnelle frappe le Liban, affectant gravement l’agriculture, les forêts, la faune et la flore, et accentuant les risques de désertification, d’insécurité alimentaire et de conflits autour des ressources hydriques. Cette crise hydrique, marquée par une diminution drastique des précipitations, menace les moyens de subsistance des agriculteurs, la stabilité des écosystèmes forestiers et la survie des espèces animales et végétales. Des pans entiers de la montagne libanaise, notamment près de Jounieh et Harissa, montrent une végétation qui brunit, signe d’un stress hydrique sévère affectant les arbres et les plantes. Ces impacts, combinés à la fragilité économique et aux tensions régionales, aggravent les défis structurels auxquels le Liban est confronté, menaçant la sécurité alimentaire et écologique du pays.
Une agriculture sous stress hydrique
La sécheresse de 2025 inflige des dommages considérables au secteur agricole libanais, qui soutient les moyens de subsistance de nombreuses communautés rurales. La réduction des précipitations, signalée comme inférieure de plus de 50 % aux moyennes saisonnières, a entraîné une pénurie d’eau pour l’irrigation dans les régions agricoles clés, notamment la Bekaa, Akkar et le sud. Les agriculteurs, dépendants de l’eau pour cultiver des céréales, des oliviers, des fruits et des légumes, font face à une chute des rendements, compromettant leur survie économique.
Les cultures céréalières, telles que le blé et l’orge, essentielles pour l’alimentation de base, subissent un stress hydrique sévère, réduisant les volumes de production. Les oliveraies, qui constituent une part importante de l’agriculture libanaise, souffrent d’un manque d’eau, affectant la croissance des fruits et la qualité de l’huile d’olive, une source de revenus cruciale pour les agriculteurs. Les vergers de fruits, comme les pommiers et les agrumes, ainsi que les cultures maraîchères, sont également touchés, avec des pertes de production qui augmentent les prix des produits agricoles sur les marchés locaux.
Cette crise agricole aggrave l’insécurité alimentaire dans un pays fortement dépendant des importations alimentaires. Les agriculteurs, confrontés à des coûts élevés pour l’irrigation par pompes à diesel, réduisent leurs superficies cultivées, ce qui limite la disponibilité des produits locaux. Cette situation accroît la pression sur les chaînes d’approvisionnement alimentaire, rendant les denrées de base de plus en plus inaccessibles pour de nombreux ménages.
Les forêts libanaises en péril
Les forêts libanaises, essentielles à la régulation climatique et à la préservation de la biodiversité, subissent des dommages importants en raison de la sécheresse. La diminution des précipitations a accentué le stress hydrique des arbres, en particulier dans les régions montagneuses du Chouf, du nord et de la Bekaa. Près de Jounieh et Harissa, des pans entiers de la végétation montagneuse brunit, signe d’un dépérissement des cèdres, pins et chênes, qui montrent des feuilles jaunissantes et une mortalité accrue.
Cette dégradation augmente le risque d’incendies de forêt, favorisés par des conditions sèches et des vents chauds. Les forêts, qui jouent un rôle crucial dans la séquestration du carbone et la prévention de l’érosion des sols, sont particulièrement vulnérables dans ces conditions. La perte de couverture végétale, exacerbée par le brunissement observé dans les régions montagneuses, contribue à l’érosion des sols, réduisant leur capacité à retenir l’humidité et accélérant les processus de désertification.
Faune et flore sous menace
La sécheresse affecte gravement la faune et la flore libanaises, perturbant les écosystèmes aquatiques et terrestres. Les rivières, lacs et zones humides, comme ceux d’Akkar et de la Bekaa, se sont asséchés ou ont vu leurs niveaux d’eau diminuer de manière significative. Cette raréfaction des points d’eau menace les espèces aquatiques, telles que les poissons et les plantes aquatiques, qui dépendent de ces habitats pour leur survie. Les zones humides, essentielles pour les oiseaux migrateurs, subissent une réduction de leur biodiversité, affectant les équilibres écologiques.
Sur le plan terrestre, la faune, incluant les petits mammifères, les reptiles et les oiseaux, souffre d’un accès réduit à l’eau et à la nourriture. Les pâturages, qui soutiennent l’élevage dans les régions rurales, se sont desséchés, affectant les troupeaux de chèvres et de moutons, une source de revenus pour de nombreuses communautés. La flore, y compris les plantes médicinales et les espèces endémiques, subit un stress hydrique, réduisant la couverture végétale et menaçant la diversité botanique du Liban.
Risques de désertification et insécurité alimentaire
La sécheresse entraîne des risques majeurs pour le Liban, au premier rang desquels la désertification. La perte d’humidité des sols, combinée à l’érosion causée par la diminution de la couverture végétale, menace les terres agricoles, en particulier dans la Bekaa et le sud. Ces régions, déjà semi-arides, risquent de devenir improductives, compromettant la viabilité de l’agriculture et les moyens de subsistance des communautés rurales.
L’insécurité alimentaire constitue un autre risque critique. La baisse des rendements agricoles, due au manque d’eau pour l’irrigation, réduit la disponibilité des produits locaux, augmentant la dépendance du Liban aux importations alimentaires. Dans un contexte économique où la livre libanaise a perdu plus de 90 % de sa valeur sur le marché parallèle, l’achat de denrées importées devient prohibitif, aggravant la faim et la malnutrition pour de nombreux ménages.
Les conflits autour des ressources hydriques représentent un risque supplémentaire. Dans les régions rurales, où l’accès à l’eau est limité, des tensions émergent entre les communautés pour le contrôle des puits et des sources. Ces conflits, bien que localisés, risquent d’exacerber les divisions sociales dans un pays où les équilibres confessionnels restent fragiles.
Risques sanitaires et énergétiques
La sécheresse pose des risques sanitaires significatifs. La diminution des ressources en eau potable, combinée à la pollution des réservoirs restants, augmente les risques de maladies hydriques, telles que les infections intestinales. Dans les zones rurales, où l’accès à l’eau propre est limité, les communautés sont particulièrement vulnérables. La qualité dégradée de l’eau, rendue impropre à la consommation, accroît les défis pour la santé publique.
Sur le plan énergétique, la sécheresse affecte la production hydroélectrique, qui dépend des rivières et des réservoirs. La baisse des niveaux d’eau limite la capacité des centrales hydroélectriques à fonctionner, intensifiant les coupures d’électricité, qui atteignent déjà des niveaux critiques dans de nombreuses régions. Cette situation aggrave les difficultés des ménages et des entreprises, qui dépendent de générateurs coûteux pour compenser les pannes.
Une crise dans un contexte économique précaire
La sécheresse s’inscrit dans un contexte économique dramatique, marqué par une crise qui sévit depuis 2019. La dévaluation de la livre libanaise, l’inflation galopante et une dette publique estimée à 155 % du PIB limitent la capacité du gouvernement à répondre à la crise hydrique. Le budget 2026, soumis au Parlement le 29 juillet 2025 par le ministre des Finances, Yassine Jaber, ne prévoit pas de fonds spécifiques pour la gestion de la sécheresse, accentuant la dépendance du Liban à l’aide internationale.
Les agriculteurs, confrontés à des coûts croissants pour le carburant et les pompes d’irrigation, peinent à maintenir leurs activités. Les restrictions bancaires imposées par la Banque du Liban (BDL), limitant l’accès au crédit, empêchent les investissements dans des solutions comme l’irrigation goutte-à-goutte ou les technologies de conservation de l’eau. Cette situation aggrave la vulnérabilité des communautés rurales, où la majorité de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Implications immédiates pour l’écosystème libanais
La sécheresse signalée le 19 septembre 2025 met en péril l’agriculture, les forêts, la faune et la flore du Liban, avec des conséquences immédiates pour la sécurité alimentaire, la stabilité écologique et la santé publique. La chute des rendements agricoles, due à la raréfaction de l’eau, menace la subsistance des agriculteurs et augmente la dépendance aux importations. Les forêts, marquées par un brunissement de la végétation près de Jounieh et Harissa, subissent un stress hydrique et des risques accrus d’incendies. La faune et la flore, privées d’eau, déclinent rapidement, tandis que les risques de désertification, d’insécurité alimentaire, de conflits hydriques, de maladies et de pannes énergétiques s’intensifient. Cette crise, dans un contexte de fragilité économique, souligne l’urgence d’une mobilisation pour préserver les écosystèmes et répondre aux besoins des populations affectées.



