Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad, la Syrie est plongée dans une période de chaos et de réorganisation profonde. De nombreuses dynamiques, souvent passées sous silence ou reléguées au second plan, marquent le quotidien du pays. Entre règlements de comptes internes, interventions étrangères et inquiétudes des populations, le futur de la Syrie s’annonce incertain. Voici un éclairage sur les événements marquants de cette nouvelle ère.
L’assassinat du général Mahmoud Ali : une affaire symbolique
La mort mystérieuse du général Mahmoud Ali, figure clé de la 4ᵉ division de l’armée syrienne dirigée par Maher el-Assad, illustre les luttes intestines qui secouent le pays. Ce haut gradé, connu pour sa loyauté envers le régime déchu, a été retrouvé assassiné dans des circonstances encore floues. Selon des sources locales, son meurtre pourrait être lié à des règlements de comptes internes, alors que les restes des structures du régime tentent de s’adapter à la nouvelle réalité politique et militaire.
La disparition de Mahmoud Ali met en lumière les tensions croissantes entre les factions pro-régime et celles qui cherchent à imposer leur domination dans une Syrie fragmentée. Ce genre d’assassinat, qui n’est pas isolé, traduit une recomposition brutale des hiérarchies au sein de l’appareil sécuritaire syrien. Pour les observateurs, ces règlements de comptes internes pourraient s’intensifier à mesure que les anciens alliés du régime redéfinissent leurs alliances.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
Bombardements israéliens : une stratégie de neutralisation
Dans le même temps, Israël a intensifié ses frappes aériennes sur le territoire syrien. Ces bombardements, qui visaient autrefois exclusivement les forces iraniennes et leurs alliés du Hezbollah, ont désormais pour cible des infrastructures stratégiques, y compris celles qui restent associées à l’ancien régime. Damas et le sud de la Syrie ont été le théâtre de plusieurs frappes récentes, destinées à empêcher la reconstruction d’un réseau militaire hostile à Israël.
La chute d’Assad a offert à Israël une opportunité de multiplier ses opérations, profitant de l’effondrement des structures de défense syriennes. Ces frappes, bien que discrètes dans les médias internationaux, traduisent une volonté israélienne de maintenir une pression constante sur les acteurs régionaux qu’il considère comme des menaces.
Les minorités religieuses face à l’incertitude
Les minorités religieuses, en particulier les chrétiens, sont parmi les plus vulnérables dans cette transition chaotique. Historiquement protégées par le régime Assad, ces communautés craignent désormais des représailles ou des persécutions dans un paysage dominé par des factions islamistes.
Abou Mohammed al-Jolani, chef du groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), a récemment tenté de lisser son discours pour gagner une acceptabilité auprès de l’Occident. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de financement de la reconstruction de la Syrie et de la levée des sanctions internationales. Cependant, malgré ces efforts apparents de modération, une évolution similaire à celle observée en Afghanistan sous le régime taliban n’est pas à exclure pour les communautés chrétiennes.
Il est important de rappeler qu’al-Jolani était autrefois un cadre d’Al-Qaïda en Syrie, et que sa tête est toujours mise à prix par plusieurs pays occidentaux pour des accusations de terrorisme. Bien que HTS tente de se repositionner en acteur pragmatique, les craintes subsistent quant à un possible durcissement idéologique qui pourrait entraîner des discriminations accrues, voire des persécutions, à l’encontre des chrétiens et d’autres minorités religieuses.
Dans des régions comme Deir ez-Zor, la population chrétienne a presque disparu. Alors qu’elle comptait autrefois plusieurs centaines de familles, seules quelques personnes y résident encore. Ces chiffres illustrent une réalité tragique : les minorités religieuses n’ont plus aucune garantie de sécurité dans une Syrie éclatée.
L’offensive turque contre les Kurdes : une guerre sans fin
La Turquie, quant à elle, a profité de l’effondrement du régime syrien pour intensifier ses opérations militaires dans le nord du pays. Officiellement, ces offensives visent à lutter contre les « terroristes kurdes » des Forces démocratiques syriennes (FDS), mais elles s’accompagnent de violations graves des droits humains. La dernière campagne turque a été marquée par des frappes aériennes et des bombardements de drones ayant causé la mort de dizaines de civils.
L’objectif d’Ankara est clair : établir une zone tampon le long de sa frontière sud et rapatrier une partie des réfugiés syriens présents en Turquie. Cependant, cette stratégie a exacerbé les tensions avec les forces kurdes, déjà affaiblies par la perte de leur soutien international. Les Kurdes, qui avaient joué un rôle crucial dans la lutte contre Daech, se retrouvent aujourd’hui pris en étau entre les ambitions turques et l’indifférence internationale.
Tahrir al-Sham : la menace persistante d’Al-Qaïda
La montée en puissance de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), un groupe jihadiste dominant dans le nord-ouest de la Syrie, suscite également des inquiétudes. Bien que HTS ait tenté de se repositionner comme un acteur modéré et local, sa composition reste marquée par la présence de proches d’Al-Qaïda. Ces éléments, bien que minoritaires au sein du groupe, continuent d’influencer ses orientations idéologiques.
HTS contrôle aujourd’hui une grande partie d’Idlib, la dernière grande enclave échappant au contrôle des forces pro-régime. La situation dans cette région est complexe, mêlant rivalités locales, pressions internationales et luttes d’influence entre factions jihadistes. Pour de nombreux analystes, la présence d’éléments extrémistes dans HTS pourrait prolonger l’instabilité en Syrie et freiner tout processus de paix.
Une Syrie fragmentée et des perspectives incertaines
La chute de Bachar el-Assad, loin d’annoncer une paix durable, a plongé la Syrie dans une fragmentation encore plus profonde. Les acteurs locaux et internationaux se livrent désormais à une guerre d’influence, chacun tentant de tirer profit du vide laissé par l’effondrement du régime. Entre les luttes internes, les ingérences étrangères et les tensions communautaires, l’avenir du pays reste marqué par l’incertitude.
Les événements récents, tels que l’assassinat de Mahmoud Ali ou les frappes israéliennes, ne sont que la partie visible de ce chaos. Ils témoignent d’une dynamique plus large où les alliances se redéfinissent constamment et où les populations civiles continuent de payer le prix fort.
Pour la communauté internationale, l’enjeu est de taille : accompagner la Syrie dans sa reconstruction sans pour autant laisser le pays devenir un nouveau terrain de jeu pour les grandes puissances. Mais à ce jour, les signaux d’une véritable stabilisation restent faibles, et le silence autour de certaines réalités syriennes ne fait qu’accentuer l’isolement et la souffrance de ses habitants.



