Le 16 septembre 2025, le président libanais, le général Joseph Aoun, a atterri à l’aéroport international Hamad de Doha pour présider la délégation libanaise au sommet arabe-islamique extraordinaire, convoqué en urgence pour répondre à l’agression israélienne contre le Qatar le 10 septembre. Cette attaque, visant des leaders du Hamas dans la capitale qatarie, a provoqué une onde de choc régionale, exacerbant les tensions dans un Moyen-Orient déjà marqué par le conflit à Gaza et les violations continues du territoire libanais par Israël. Accompagné d’une délégation de haut rang, le président Aoun s’apprête à prononcer un discours au Sheraton Hotel, où les dirigeants de 57 pays arabes et musulmans discutent d’une réponse collective à cette violation de la souveraineté qatarie.
À 9 heures du matin le 16 septembre 2025, l’avion présidentiel libanais a quitté l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth, emportant le président Joseph Aoun vers Doha. À son arrivée à l’aéroport international Hamad, il a été accueilli par une délégation qatarie dirigée par le vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Cheikh Saoud ben Abdelrahman Al Thani, et le ministre de la Culture, Abdelrahman ben Hamad. Étaient également présents des officiels libanais : le ministre des Affaires étrangères et des Expatriés, Youssef Raji, l’ambassadrice du Liban au Qatar, Farah Berri, et le représentant permanent auprès de la Ligue arabe, Ali Halabi. Ce protocole, marqué par une solennité particulière, reflète l’importance de la participation libanaise à un sommet convoqué dans un climat d’indignation régionale.
La délégation accompagnant le président Aoun inclut des figures clés : le général André Rahal, son conseiller spécial, le docteur Nabil Chedid, directeur général des cérémonies et des relations publiques à la présidence, et Rafic Chalala, directeur de l’information. Après une pause dans le salon d’honneur princier de l’aéroport, le cortège s’est dirigé vers le Sheraton Hotel, siège du sommet, où les discussions débuteront en début d’après-midi. Le président Aoun, attendu pour prononcer un discours au nom du Liban, portera une position qui devra naviguer entre la solidarité arabe, les pressions internationales, et les défis internes du pays, notamment l’occupation israélienne persistante de certaines zones du sud et les bombardements quotidiens signalés par l’armée libanaise.
L’agression israélienne contre Doha : un tournant régional
Le sommet a été déclenché par une opération israélienne menée le 10 septembre 2025 à Doha, ciblant des leaders du Hamas en pleine réunion sur un possible échange d’otages à Gaza. Cette attaque, qui a tué des aides du Hamas et un officier qatari sans atteindre ses cibles principales, a été dénoncée comme un « acte de terrorisme d’État » par le Premier ministre qatari, Mohammed ben Abdelrahman Al Thani. Le Qatar, qui héberge des figures du Hamas sous protection diplomatique, joue un rôle central dans la médiation entre Israël et le mouvement palestinien, facilitant des pourparlers pour la libération des 48 otages encore détenus à Gaza. L’opération israélienne, perçue comme une tentative de saboter ces efforts, a provoqué une vague de condamnations dans le monde arabe.
Le Qatar a immédiatement appelé à ce sommet extraordinaire, réunissant les membres de la Ligue arabe et de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Le 11 septembre, le ministère qatari des Affaires étrangères a publié un communiqué condamnant une « agression flagrante » et exigeant des garanties internationales pour la sécurité des médiateurs. L’attaque intervient dans un contexte régional volatile : le conflit à Gaza, déclenché par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 (1 200 morts israéliens, 251 otages), a entraîné une riposte israélienne dévastatrice. Selon le ministère de la Santé de Gaza, 64 871 Palestiniens ont été tués au 15 septembre 2025, et l’opération « Chariots de Gédéon II », lancée en août, intensifie les destructions à Gaza City, forçant des milliers de civils à fuir.
Le Liban sous pression : occupation et bombardements israéliens
Le Liban, représenté par Joseph Aoun, arrive à Doha dans une position particulièrement délicate. Le pays subit les retombées directes du conflit régional, avec une occupation israélienne persistante de certaines zones du sud, notamment les fermes de Chebaa et les collines de Kfar Chouba, en violation de la résolution 1701 de l’ONU. Depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 entre le Hezbollah et Israël, qui a mis fin à une année d’hostilités transfrontalières, l’armée libanaise et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) signalent des violations quotidiennes, incluant des survols de drones et des bombardements israéliens. Le 14 septembre 2025, un raid israélien près de Marjayoun a visé une position présumée du Hezbollah, provoquant une protestation officielle déposée par le ministère des Affaires étrangères auprès de l’ONU.
Ces actions aggravent les tensions dans un Liban déjà fragilisé par une crise économique sans précédent. Avec une inflation atteignant 200 % et une dette publique de 150 % du PIB, selon les estimations du ministère des Finances en juillet 2025, le pays peine à gérer l’afflux de 222 000 réfugiés palestiniens, selon l’UNRWA. Les camps comme Ain al-Hilweh, près de Saïda, restent des foyers d’instabilité, avec des affrontements en août 2025 ayant fait trois morts. Ces tensions internes compliquent la position du Liban, qui doit condamner l’agression israélienne contre le Qatar tout en évitant une confrontation directe avec les États-Unis, principal allié d’Israël.
Une voix libanaise au sommet
Le discours du président Aoun, prévu pour l’ouverture du sommet, sera scruté avec attention. Préparé en coordination avec le ministre Youssef Raji, il devrait réaffirmer le soutien du Liban à la cause palestinienne, condamner les violations de la souveraineté des États arabes, et appeler à une solution négociée basée sur les résolutions 242 et 338 de l’ONU. Le Liban, sous le gouvernement de Nawaf Salam formé en février 2025, cherche à projeter une image d’unité et de responsabilité régionale. Le ministre de la Défense, Maurice Sleem, supervise depuis le 10 septembre une nouvelle phase du plan « Monopole des armes », visant à intégrer les arsenaux non étatiques, y compris ceux du Hezbollah et des factions palestiniennes, conformément à la résolution 1559.
Cette position est cependant contrainte par les pressions internationales. Les États-Unis, qui ont alloué 50 millions de dollars en 2025 pour renforcer les capacités sécuritaires libanaises, conditionnent leur aide à des progrès dans le désarmement. Le 15 septembre, le secrétaire d’État américain Marco Rubio, en visite à Tel Aviv, a défendu le « droit d’Israël à se défendre », tout en qualifiant le Qatar d’« allié stratégique », une déclaration perçue comme un désaveu des revendications qataries. Cette posture place le Liban dans un équilibre délicat, alors que Joseph Aoun cherche à défendre les intérêts arabes sans compromettre les relations avec Washington.
Une indignation régionale et des enjeux diplomatiques
L’agression israélienne contre Doha a provoqué une mobilisation rapide des capitales arabes. L’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Égypte ont dénoncé l’opération, avec le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, déclarant le 15 septembre : « La violation de la souveraineté qatarie est inacceptable et menace la stabilité régionale. » L’Égypte a convoqué l’ambassadeur israélien, tandis que le Qatar pousse pour une résolution condamnant Israël et demandant des sanctions internationales. Ces réactions reflètent une frustration croissante face aux actions unilatérales d’Israël, notamment l’expansion des colonies en Cisjordanie, où 12 000 nouvelles unités ont été approuvées en août 2025, selon un rapport de l’ONU.
Le sommet, réunissant les membres de la Ligue arabe et de l’OCI, pourrait marquer un tournant diplomatique. Le Qatar, fort de sa base militaire américaine d’Al Udeid et de son rôle de médiateur, cherche à rallier un front uni. Cependant, des divergences internes, notamment entre Riyad et Doha sur la gestion du Hamas, risquent de compliquer l’adoption d’une résolution commune. Le Liban, avec sa délégation expérimentée incluant Ali Halabi, jouera un rôle de conciliateur, cherchant à éviter une escalade tout en défendant les principes de souveraineté.
Les implications pour le Liban et la région
La présence de Joseph Aoun à Doha intervient à un moment où le Liban est confronté à des défis multiples. Les bombardements israéliens quotidiens au sud, signalés par l’armée libanaise, incluent des frappes sur des positions présumées du Hezbollah, malgré le cessez-le-feu de novembre 2024. Le 12 septembre, un drone israélien a survolé Marjayoun, provoquant des dommages matériels et une nouvelle protestation déposée auprès de l’ONU. Ces violations aggravent la situation humanitaire, avec 1,2 million de déplacés internes selon l’UNRWA, et compliquent les efforts du gouvernement Salam pour stabiliser le pays.
Le sommet pourrait également aborder l’impact de l’attaque sur les négociations pour les otages à Gaza. Le Qatar, malgré l’incident, reste engagé dans la médiation, avec des discussions en cours pour un échange impliquant les 48 otages restants. Le Liban, qui subit les retombées des tensions palestiniennes dans ses camps, cherchera à plaider pour une aide humanitaire accrue, tout en condamnant les violations israéliennes de son propre territoire.
À Doha, les discussions se prolongeront dans la soirée du 16 septembre, avec des réunions bilatérales prévues entre Joseph Aoun et des dirigeants arabes. La délégation libanaise, soutenue par l’expertise de Youssef Raji et Ali Halabi, cherchera à renforcer la position du Liban comme acteur régional responsable, tout en navigant dans un contexte de pressions internes et externes croissantes.



