Les derniers articles

Articles liés

S&P entrevoit un frémissement dans la gestion de la dette libanaise

- Advertisement -

Une révision qui rompt avec cinq années de déclassements successifs

Standard & Poor’s a annoncé, le 15 août 2025, une amélioration de la note souveraine du Liban sur sa dette en monnaie locale, la faisant passer de « CC » à « CCC ». Cette décision constitue la première révision à la hausse opérée par l’agence américaine depuis le début de la crise financière en 2019. Dans son rapport, S&P motive cette décision par deux années consécutives d’excédents budgétaires ainsi que par des avancées tangibles sur certaines réformes exigées dans le cadre des négociations avec le Fonds monétaire international.

L’annonce est présentée avec circonspection. Certains économistes qualifient cette amélioration de signal technique, plus que de tournant structurel. Le rapport de l’agence de notation met d’ailleurs en garde contre un contexte économique hautement incertain, dans lequel les risques de défaut persistent. L’évaluation de la dette en devise étrangère demeure inchangée, à un niveau de « SD » (Selective Default), ce qui reflète la réalité d’un pays incapable de rembourser ses obligations extérieures.

Cette décision s’inscrit dans un contexte où les recettes fiscales ont modestement augmenté, aidées par une stabilisation partielle de la livre libanaise. Les dépenses de l’État ont été contenues par un gel de la masse salariale et par la diminution des importations subventionnées. Le ministère des Finances évoque une réduction de plus de 15 % du déficit primaire en 2024. Toutefois, ces améliorations sont décrites comme précaires, et ne concernent que les équilibres internes. L’endettement en devises reste gelé, et le secteur bancaire, en faillite depuis 2020, ne contribue toujours pas au financement du budget.

Recommande par Libnanews
Indicateurs économiques du Liban

Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

Une économie fragmentée et un endettement structurel

La dette publique représente encore 113 % du produit intérieur brut. Le ratio était supérieur à 240 % en 2022, selon les données fournies par le ministère des Finances. Cette amélioration apparente est due à une contraction massive du PIB, passé de 52 à 28 milliards de dollars entre 2018 et 2024, et à une réduction mécanique de la dette exprimée en livres libanaises. Cette dynamique reste dangereusement instable : en cas de choc inflationniste ou de retour à un taux de change flottant, la dette pourrait rapidement redevenir insoutenable.

L’agence S&P souligne également l’ampleur des lacunes de gouvernance, qui empêchent toute projection fiable à moyen terme. Les réformes structurelles, condition sine qua non d’un accord avec le FMI, n’ont pas progressé depuis décembre 2023. La loi sur la restructuration bancaire est toujours bloquée au Parlement, en raison de divergences entre les partis politiques. Cette paralysie a empêché toute restructuration des banques commerciales, qui demeurent en situation de défaut implicite.

La Banque du Liban, dirigée depuis février 2024 par Karim Souaid, tente de restaurer un semblant de crédibilité monétaire. Le taux de change de la livre a été stabilisé autour de 89 500 LBP pour un dollar sur le marché officiel, mais ce taux n’est applicable qu’aux transferts internes. Les transactions réelles continuent de s’effectuer à des taux supérieurs sur les marchés parallèles. Ce système dual entretient l’économie de cash et renforce l’exclusion financière.

Une notation qui ne reflète pas la réalité sociale

Les excédents budgétaires ont été obtenus au prix d’un effondrement des services publics. Dans le domaine de la santé, de l’éducation et de la sécurité sociale, l’État a réduit ses interventions à des niveaux jamais atteints. Les hôpitaux publics sont à court de médicaments, des écoles ferment faute d’enseignants, et les retraites ne sont plus versées qu’à hauteur de 25 % de leur valeur réelle.

Cette réduction de la dépense publique a mécaniquement diminué le déficit, mais au détriment des plus fragiles. Il s’agit d’un budget d’austérité sans État, qui permet à l’administration de survivre sur le plan comptable, tout en abandonnant la société à elle-même. Les recettes, pour leur part, sont tirées principalement de taxes indirectes, particulièrement régressives, comme la TVA et les droits de douane, qui pèsent sur les biens de première nécessité.

Cette politique de rigueur s’inscrit dans la stratégie de préparation à un éventuel accord avec le FMI. Le Fonds, qui avait signé un accord de principe avec le Liban en avril 2022, exigeait un rééquilibrage budgétaire, une réforme de la gouvernance, la restructuration du secteur bancaire et l’unification des taux de change. Or, en dépit de quelques gestes comptables, aucun de ces chantiers n’a véritablement abouti. Le FMI a d’ailleurs suspendu ses visites au Liban depuis mars 2025, en attendant un signal politique clair.

Une confiance de façade sur les marchés

Les euro-obligations libanaises libellées en livres libanaises ont connu une légère remontée, avec un rendement moyen tombé à 72 %, contre 78 % en juillet. Toutefois, ce mouvement reste purement spéculatif, et concerne des titres très faiblement échangés. La notation CCC de S&P implique encore une forte probabilité de défaut, selon les critères des agences de notation.

Cette amélioration pourrait aider le Liban à rétablir un dialogue avec ses créanciers internes, notamment les porteurs de bons du Trésor. Toutefois, en l’absence de banque centrale fonctionnelle et de budget adopté par le Parlement, ces perspectives demeurent théoriques.

Cette notation améliorée représente davantage un symbole qu’un changement de fond. Elle permet au Liban de sortir momentanément de la zone de défaut absolu, mais ne résout aucun des problèmes structurels. Le modèle économique demeure sans moteur : ni industrie, ni agriculture exportatrice, ni secteur bancaire actif, ni confiance politique. L’économie reste dépendante des transferts de la diaspora et de l’aide internationale, deux variables instables en contexte de guerre régionale.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi