Une journée sanglante dans le Sud-Liban
Le jeudi 18 juillet 2025 restera comme une nouvelle date noire pour les habitants du Sud-Liban. En l’espace de quelques heures, trois frappes aériennes israéliennes ont visé des zones habitées, faisant quatre morts et plusieurs blessés. Le ministère libanais de la Santé a confirmé les bilans dans un communiqué : une première frappe de drone a touché un véhicule dans le district de Nabatiyeh, tuant une personne et en blessant deux autres. Peu après, une seconde frappe a ciblé un camion dans la ville côtière de Naqoura, causant la mort d’une autre personne. Enfin, une troisième attaque sur le village de Qabrikha a tué un homme et une femme, cette dernière ayant succombé à ses blessures quelques heures plus tard.
Du côté israélien, l’armée a revendiqué deux des frappes, affirmant avoir éliminé des membres du Hezbollah. L’un des morts, identifié comme Hassan Ahmad Sabra, aurait selon Tsahal été un commandant naval de la Force Radwan, unité d’élite du mouvement chiite. Une autre cible, abattue à Naqoura, est décrite comme étant impliquée dans la tentative de rétablissement d’infrastructures militaires. En revanche, aucune déclaration officielle n’a été émise concernant l’attaque sur Qabrikha, alimentant interrogations et accusations de frappes aveugles.
Le cessez-le-feu de novembre en question
Ces événements viennent ébranler un cessez-le-feu déjà fragile, conclu en novembre 2024 sous médiation internationale. L’accord prévoyait deux engagements majeurs : d’une part, le retrait des combattants du Hezbollah au nord du fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière ; d’autre part, le retrait total des troupes israéliennes des cinq points frontaliers qu’elles occupaient encore au Liban. En pratique, aucun de ces engagements n’a été pleinement respecté.
Le Hezbollah n’a pas entièrement repositionné ses forces, tout en limitant leur visibilité opérationnelle. Quant à l’armée israélienne, elle maintient toujours une présence dans plusieurs zones jugées stratégiques, notamment aux abords de Rmeich et Aytaroun. Cette application sélective du cessez-le-feu alimente un déséquilibre perçu par la partie libanaise et accroît la tension sur le terrain.
Depuis le début de l’année 2025, plusieurs incidents sont venus fragiliser les lignes de contact. Des échanges de tirs sporadiques ont eu lieu à Kfarkila, Maroun el-Ras et Houla. Des drones israéliens ont régulièrement survolé l’espace aérien libanais. Les mécanismes de coordination avec la FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban) peinent à fonctionner dans ce climat de défiance croissante. Chaque incident est nié ou justifié par l’une des parties, tandis que les médiateurs internationaux observent une prudence de plus en plus silencieuse.
L’impact humain et sécuritaire sur la population civile
Les conséquences directes de cette reprise des hostilités se mesurent d’abord à travers le sort des populations locales. À Naqoura, Qabrikha et dans plusieurs localités du Nabatiyeh, des familles ont fui leurs domiciles par crainte de nouvelles frappes. Les routes secondaires, souvent utilisées pour contourner les points de tension, sont à nouveau surveillées par l’armée libanaise et par la FINUL. Des centres de santé ont suspendu leurs activités, faute de sécurité et de carburant. Plusieurs établissements scolaires accueillant des camps d’été ont fermé leurs portes.
Dans les zones les plus exposées, les habitants expriment un sentiment d’abandon. Ils disent être pris entre les stratégies militaires du Hezbollah et les représailles israéliennes, sans protection effective ni couverture médiatique suffisante. Les ONG actives sur le terrain évoquent un climat d’angoisse généralisée. « La population civile est en train de revivre les schémas traumatiques de 2006 », confie un travailleur humanitaire. « Les infrastructures sont vulnérables, les moyens de secours limités et la parole des habitants presque absente des forums diplomatiques. »
La FINUL, quant à elle, adopte une posture réservée. Si elle condamne en termes généraux les violences, elle s’abstient de nommer les responsables des violations. Son mandat limité et sa composition multinationale rendent toute action d’interposition directe extrêmement délicate.
Réactions politiques et militaires
Du côté des autorités libanaises, le silence a longtemps prévalu. Ni le ministère de la Défense, ni les représentants du gouvernement n’ont réagi dans l’immédiat aux frappes du 18 juillet. Ce n’est qu’en fin de journée que des sources proches du Premier ministre Nawaf Salam ont indiqué qu’un conseil de sécurité élargi devait se tenir. Le président Joseph Aoun a été informé des incidents, mais n’a pas communiqué publiquement. Cette absence de réaction rapide alimente les critiques de ceux qui dénoncent un État « absent de la guerre comme de la paix ».
Le Hezbollah, pour sa part, a choisi une stratégie d’ambiguïté. Les canaux de communication officiels du parti n’ont pas confirmé l’identité des personnes tuées ni annoncé de représailles immédiates. Toutefois, des déclarations relayées par des médias proches du mouvement évoquent une « évaluation de la réponse », laissant entendre que des actions ciblées pourraient suivre. L’histoire récente montre que le Hezbollah privilégie souvent une riposte asymétrique, visant à rétablir un équilibre de dissuasion sans provoquer d’escalade massive.
Israël, enfin, a opté pour une communication sélective. L’armée revendique ses frappes lorsqu’elles visent des « cibles militaires » identifiées, mais garde le silence sur celles dont les conséquences sont plus ambiguës ou susceptibles de susciter une controverse humanitaire. Cette stratégie laisse le champ libre aux spéculations et renforce le sentiment d’opacité entourant les opérations militaires dans la région.
Au-delà de ces événements immédiats, c’est toute la logique du cessez-le-feu de novembre qui semble remise en cause. L’accord avait été présenté comme une avancée vers la désescalade après une année de tensions persistantes. Mais l’absence de garanties concrètes, la faiblesse des mécanismes de vérification et la fragilité des équilibres politiques internes rendent sa pérennité incertaine. La résurgence de violences ciblées en plein été pourrait bien ouvrir une nouvelle séquence d’instabilité.



