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Suspension de la collecte des ordures dans le Metn et le Kesrouan suite à la fermeture de la décharge de Jdeideh

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La société de collecte des déchets Ramco a annoncé ce 18 février 2026 la suspension immédiate de ses opérations dans les districts du Metn et du Kesrouan, après avoir reçu une notification du Conseil pour le développement et la reconstruction (CDR) et de la société de conseil DPI J&G indiquant que la décharge de Jdeideh cesserait de recevoir des déchets à partir de cette date. Cette mesure, indépendante de la volonté de l’entreprise, restera en vigueur jusqu’à la réouverture du site ou l’identification d’une alternative viable. Dans l’intervalle, les résidents de ces zones risquent de voir s’accumuler des amas de déchets non collectés, tandis que les municipalités et l’État s’efforcent de trouver une solution temporaire pour atténuer les impacts immédiats sur l’hygiène publique et l’environnement.

Cette interruption survient dans un contexte où la décharge de Jdeideh, située au nord de Beyrouth et servant principalement les régions du Metn, du Kesrouan et une partie de la capitale, a atteint sa capacité maximale. Le site, initialement conçu comme une mesure d’urgence après la crise des déchets de 2015-2016, a été étendu à plusieurs reprises, avec des ajouts de cellules supplémentaires en 2025 pour prolonger son exploitation. La dernière expansion, approuvée par le cabinet en octobre 2025, visait à créer une huitième cellule pour absorber environ 1 400 tonnes de déchets par jour, mais les volumes accumulés – estimés à plus de trois millions de tonnes – ont rendu toute prolongation supplémentaire impossible sans risques structurels et environnementaux accrus. Le CDR, chargé de la supervision des infrastructures publiques, a confirmé que la fermeture était inévitable pour éviter des effondrements potentiels et des contaminations supplémentaires des sols et des eaux côtières.

Les districts du Metn et du Kesrouan, qui abritent une population dense de plus de 500 000 habitants, dépendent largement de ce site pour l’évacuation de leurs déchets ménagers. Ramco, responsable de la collecte dans ces zones depuis la restructuration des contrats en 2018, gère quotidiennement des milliers de tonnes de déchets mixtes, incluant des matières organiques, plastiques et autres résidus non triés. L’entreprise a indiqué que ses camions, habituellement déployés dès 4 heures du matin, resteraient immobilisés jusqu’à nouvel ordre, forçant les municipalités locales à stocker temporairement les déchets dans des sites improvisés ou à négocier des transferts vers d’autres décharges, comme celle de Costa Brava au sud de Beyrouth. Cette dernière, déjà surchargée, traite principalement les déchets de la capitale et des régions avoisinantes, et son utilisation pour les districts du nord pourrait entraîner des surcoûts logistiques évalués à plusieurs millions de dollars par mois.

Une crise récurrente ancrée dans l’histoire libanaise

Cette fermeture marque un nouveau chapitre dans la saga des crises des déchets au Liban, un problème structurel qui remonte à plusieurs décennies et qui illustre les faiblesses persistantes de la gouvernance environnementale. Dès les années 1990, à la sortie de la guerre civile, le pays a fait face à une accumulation incontrôlée de déchets, avec des sites comme celui de Bourj Hammoud servant de décharges sauvages, culminant en une montagne de déchets visible depuis la skyline de Beyrouth. En 1994, le gouvernement a confié la gestion des déchets de Beyrouth et du Mont-Liban à une entreprise privée, Sukleen, via le CDR, pour une durée initiale de six ans. Ce contrat, étendu à plusieurs reprises, incluait la collecte, le transport, le traitement et le dépôt, avec un coût par tonne passant de 45 dollars en 1994 à plus de 150 dollars en 2015, bien au-dessus de la moyenne mondiale de 11 dollars.

La première crise majeure éclate en 1997, lorsque l’incinérateur d’Amrousieh est détruit par des protestations locales contre les émissions toxiques, forçant l’ouverture en urgence de la décharge de Naameh, au sud de Beyrouth. Conçue pour une capacité de deux millions de tonnes sur six ans, elle a finalement absorbé plus de 15 millions de tonnes jusqu’à sa fermeture en juillet 2015, déclenchant la seconde grande crise. À l’époque, les rues de Beyrouth et du Mont-Liban se sont transformées en décharges à ciel ouvert, avec des amas de déchets atteignant des hauteurs de plusieurs mètres, favorisant la prolifération de maladies et des incendies spontanés. Les protestations du mouvement « Vous puez » (Tol3et Re7etkon) ont mobilisé des dizaines de milliers de citoyens, dénonçant la corruption et l’inefficacité gouvernementale, avec des affrontements violents menant à un mort et plus de 400 blessés.

En réponse, un plan d’urgence est adopté en 2016, prévoyant la construction de deux nouvelles décharges côtières : Bourj Hammoud-Jdeideh au nord et Costa Brava au sud. La décharge de Jdeideh, gérée par le CDR, a été érigée sur un terrain réclamé de la mer, avec une hauteur initiale de 16 mètres, traitant 1 400 tonnes par jour. Cependant, des controverses environnementales ont émergé dès le début, incluant des allégations de déversements illégaux en mer Méditerranée, en violation de la convention de Barcelone. Des estimations indiquent que seulement 23 % des déchets solides municipaux sont traités au Liban, avec 8 % recyclés et 15 % compostés, tandis que 77 % finissent en décharges ou sites ouverts. La population, passée de 4,4 millions en 2010 à près de 6 millions en 2015 en raison de l’afflux de réfugiés syriens, a exacerbé la production quotidienne de déchets solides municipaux, atteignant 1,05 kg par habitant, contre une moyenne européenne de 1,36 kg.

Les solutions provisoires : un cycle sans fin

Au fil des ans, les autorités libanaises ont multiplié les mesures temporaires pour juguler ces crises, sans jamais adopter une stratégie intégrée et durable. Après la fermeture de Naameh en 2015, le gouvernement a prolongé les contrats de Sukleen plusieurs fois, tout en lançant des appels d’offres pour diviser le pays en six zones de service. Ces processus, répétés à trois reprises pour respecter les critères de validité, ont été rejetés par le Conseil des ministres en août 2015, aggravant la situation. Des plans pour des incinérateurs ou des usines de valorisation énergétique des déchets ont été proposés en 2006, 2010 et 2014, mais bloqués par des oppositions locales et des préoccupations environnementales.

En 2018, la loi n° 80 sur la gestion intégrée des déchets solides marque un tournant théorique, promouvant la réduction, le réemploi, le recyclage et la décentralisation vers les municipalités. Pourtant, son application reste limitée : des usines de traitement mécano-biologique ont été financées par l’aide internationale dans des régions comme Sour, Jbeil ou Chouf, mais avec des taux de diversion des décharges inférieurs à 30 %. Dans le Metn et le Kesrouan, des initiatives locales comme celle de Bikfaya, soutenue par le parti Kataëb, ont introduit un tri à la source et un compostage communautaire, traitant jusqu’à 10 tonnes par jour. Cependant, ces efforts restent isolés, faute de coordination avec les unions de municipalités, souvent influencées par des acteurs politiques rivaux.

Plus récemment, en 2023-2024, le conflit avec Israël a généré entre 50 et 100 millions de tonnes de débris de construction, compliquant davantage la gestion des déchets. Le ministère de l’Environnement a émis une circulaire en mai 2024 pour guider la gestion des gravats, tandis que la stratégie nationale pour une gestion intégrée, approuvée en décembre 2024 par le Conseil des ministres, vise à éliminer les décharges ouvertes et les brûlages illégaux. Des projets innovants ont émergé du secteur privé, collectant plus de 450 tonnes de recyclables en 2023. Pourtant, ces innovations peinent à se développer face à l’absence de tri à la source généralisé et à la dépendance aux décharges.

Les impacts sur les résidents et l’environnement

Dans les districts du Metn et du Kesrouan, cette suspension risque d’entraîner des conséquences immédiates sur la santé publique. Les accumulations de déchets favorisent la prolifération de vecteurs de maladies comme les rats et les insectes, avec des risques accrus de contaminations respiratoires dues aux odeurs et aux émissions. Des études indiquent que 65 % des décharges libanaises sont situées à moins de 2 km de zones urbaines, exposant disproportionnellement les communautés vulnérables. À Jdeideh, les résidents signalent des problèmes de santé liés aux fumées toxiques, avec une augmentation de 330 % des brûlages ouverts dans le Mont-Liban depuis 2015.

Sur le plan environnemental, la décharge de Jdeideh pollue les eaux côtières, avec des rapports sur des déversements illégaux affectant les pêcheurs et la biodiversité marine. La Banque mondiale estime les dommages environnementaux à 221 millions de dollars pour 2024 seuls, incluant la dégradation des ressources naturelles et l’impact sur la gestion des déchets. Les districts du Metn et du Kesrouan, montagneux et densément peuplés, voient leurs sols contaminés par des lixiviats, menaçant les nappes phréatiques et l’agriculture locale.

Les dynamiques politiques et les défis actuels

Sous le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025, la ministre de l’Environnement Tamara al-Zein (Amal) et le ministre des Finances Yassin Jaber (Amal) supervisent ces dossiers. Le cabinet, composé de 24 ministres avec une représentation équilibrée entre confessions, priorise les réformes financières et la reconstruction post-conflit, mais la gestion des déchets reste fragmentée. Hezbollah et Amal, influents dans les nominations chiites, ont conservé des portefeuilles clés, mais sans tiers bloquant, facilitant potentiellement des décisions rapides.

En octobre 2025, une suspension similaire par Ramco avait conduit à une réouverture provisoire de Jdeideh, avec des transferts temporaires vers Costa Brava. Aujourd’hui, des négociations sont en cours pour une extension verticale du site, évaluée à 8 millions de dollars, ou pour des transferts inter-régionaux. Le CDR, sous la présidence de Mohamad-Ali Kabbani, explore des partenariats avec des firmes comme DPI J&G pour des audits techniques, visant à respecter les normes internationales.

Les implications immédiates pour les municipalités

Les unions de municipalités du Metn et du Kesrouan, comme celle du Metn côtier et central, préparent des plans d’urgence, incluant des stockages temporaires et des campagnes de tri. À Bikfaya, le modèle de compostage communautaire pourrait être étendu, traitant localement les organiques qui représentent 50 % des déchets solides municipaux. Cependant, les coûts, estimés à 150 dollars par tonne, pèsent sur des budgets locaux épuisés par la crise économique, avec une inflation dépassant 200 % en 2025 et une dette publique à 150 milliards de dollars.

Des initiatives citoyennes, comme celles de l’Université américaine de Beyrouth pour des compostages communautaires près de Naameh, montrent des voies alternatives. En 2025, le volume de déchets solides municipaux géré a chuté de plus de 80 % dans certaines zones dues aux disruptions du conflit 2024, mais la production per capita reste élevée. Le gouvernement Salam, via le ministère de l’Environnement, prépare une évaluation rapide pour intégrer les débris de guerre dans la stratégie nationale, avec un accent sur le recyclage pour réduire la dépendance aux matières premières.

Les perspectives factuelles des efforts en cours

Le plan national approuvé en décembre 2024 prévoit une transition vers un système décentralisé, avec des incitations au principe pollueur-payeur et des investissements dans la valorisation énergétique des déchets. Dans le Metn, des études pour une usine thermique à Bourj Hammoud sont en discussion, malgré les oppositions. Le CDR collabore avec la Banque mondiale pour un projet d’assistance d’urgence de 250 millions de dollars, visant la réparation d’infrastructures critiques. En attendant, les municipalités du Kesrouan négocient des accords inter-municipaux pour des transferts vers Jbeil, où une usine de traitement mécano-biologique traite 200 tonnes par jour.

Les données économiques soulignent l’urgence : la production de déchets solides municipaux devrait passer de 2,04 millions de tonnes en 2014 à 2,65 millions en 2025, malgré une population en déclin. Les brûlages ouverts, en hausse de 330 % depuis 2015, libèrent des dioxines affectant la santé, avec des cas d’asthme en augmentation de 20 % près des sites. Le ministère de la Santé, sous Rakan Nassereddine (Hezbollah), coordonne des surveillances épidémiologiques, tandis que le ministère du Travail, dirigé par Mohammad Haidar (Hezbollah), régule les conditions des collecteurs migrants chez Ramco.

Ces mesures, bien que provisoires, visent à contenir la crise actuelle, avec des audits en cours par DPI J&G pour évaluer la viabilité de Jdeideh. Les résidents, habitués à ces interruptions, appellent à des solutions durables, comme l’implémentation pleine de la loi 80/2018 pour un tri généralisé et une réduction des volumes mis en décharge.

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