La frontière syro-israélienne, marquée par des décennies de conflits, connaît un nouvel épisode de tensions. Le 27 août 2025, un drone israélien a visé un véhicule dans la région de Quneitra, tuant un ressortissant syrien, selon des sources syriennes. Damas a dénoncé une « agression caractérisée », accusant Tel-Aviv de porter atteinte à sa souveraineté. Cet incident s’inscrit dans une série de raids israéliens dans le sud de la Syrie, alors que le pays, sous un nouveau régime depuis la chute de Bachar el-Assad, navigue entre fragilité interne et pressions extérieures. Des pourparlers discrets entre Damas et Tel-Aviv, soutenus par des puissances internationales, tentent d’apaiser les tensions, mais la méfiance persiste. Retour sur un conflit où chaque mouvement risque d’embraser le Moyen-Orient.
Quneitra, épicentre d’une escalade
Le bombardement du 27 août à Quneitra a ravivé les hostilités dans une zone stratégique. Le véhicule ciblé transportait un civil, selon les autorités syriennes, bien qu’Israël n’ait pas commenté l’opération. Située dans le Golan syrien, occupé par l’État hébreu depuis 1967, Quneitra est régie par l’accord de désengagement de 1974, qui interdit une présence militaire syrienne significative. Tel-Aviv invoque régulièrement cet accord pour justifier ses frappes. Depuis juillet 2025, les raids israéliens se sont multipliés, notamment après des heurts dans la ville druze de Soueïda. En juillet, des bombardements ont visé le quartier général de l’armée syrienne à Damas, causant plus de 300 morts en trois jours, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Le nouveau régime syrien, dirigé par Ahmed al-Charaa depuis décembre 2024, dénonce ces actions comme une tentative de déstabilisation, alors qu’il peine à consolider son autorité.
Un régime syrien en quête de légitimité
La chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, après une offensive éclair des groupes rebelles, a porté au pouvoir Ahmed al-Charaa, figure issue de milieux islamistes modérés. Ce changement marque une rupture dans la gouvernance syrienne, mais le nouveau régime reste fragilisé par des divisions internes et une économie exsangue. Al-Charaa, ancien membre du groupe Hayat Tahrir al-Cham, cherche à se poser en leader d’une transition inclusive, tout en maintenant des alliances stratégiques, notamment avec l’Iran. Cependant, sa volonté de rétablir la souveraineté syrienne, en particulier dans le sud, se heurte aux ambitions sécuritaires d’Israël. Le régime accuse Tel-Aviv de profiter de la transition politique pour intensifier ses opérations, notamment dans le Golan, où la présence de milices pro-iraniennes reste une préoccupation majeure pour l’État hébreu.
La Russie, un allié sous pression
Alliée historique de la Syrie, la Russie fait face à des attentes croissantes de Damas. Les autorités syriennes ont convoqué l’ambassadeur russe pour protester contre le silence de Moscou face aux frappes israéliennes. Présente militairement en Syrie depuis 2015, la Russie maintient des relations pragmatiques avec Israël, notamment pour coordonner les opérations aériennes. Cette position ambiguë complique son rôle de médiateur. Le nouveau régime syrien, conscient de sa dépendance envers Moscou, exhorte la Russie à faire pression sur Tel-Aviv pour limiter les incursions. Cependant, Moscou, soucieux de préserver ses intérêts régionaux, évite une confrontation directe avec Israël. En juillet 2025, une trêve négociée sous l’égide de Washington, avec l’appui implicite de la Russie, avait permis une accalmie à Soueïda, mais cet accord s’effrite face aux récents événements.
La fermeté israélienne à l’épreuve
Côté israélien, le ton reste inflexible. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a réaffirmé que son pays ne tolérerait aucune menace à sa frontière nord. « Nous ne permettrons pas que le nord redevienne une base pour les ennemis d’Israël », a-t-il déclaré, visant les groupes soutenus par l’Iran dans le sud syrien. Cette doctrine de sécurité préventive, qui légitime des frappes ciblées, guide la stratégie israélienne. Tel-Aviv cherche à imposer une démilitarisation totale du sud syrien, une exigence perçue par Damas comme une tentative de consolider l’occupation du Golan. Ces positions ont suscité des critiques internationales. Le président français Emmanuel Macron a qualifié les déclarations de Netanyahou de « dangereuses pour l’équilibre régional », appelant à la retenue pour éviter une escalade.
Des négociations sous haute tension
Malgré les frictions, des efforts diplomatiques émergent. Une délégation syrienne, menée par le ministre des Affaires étrangères Assaad Al-Chibani, a rencontré des représentants israéliens à Paris pour discuter d’un apaisement, selon des informations exclusives du Monde (20 août 2025). Ces pourparlers, rares entre deux pays sans relations diplomatiques, visent à rétablir un dialogue direct. Le régime d’al-Charaa réaffirme son attachement à l’accord de désengagement de 1974, tout en exigeant des garanties contre les frappes israéliennes. Israël conditionne tout progrès à des mesures syriennes pour empêcher l’installation de milices pro-iraniennes près de sa frontière. Ces discussions, fragiles, reflètent une volonté d’éviter un conflit ouvert dans une région marquée par les guerres à Gaza et au Liban.
Un rapprochement sous influence internationale
Les initiatives de dialogue bénéficient du soutien de puissances internationales. Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, jouent un rôle clé. En juillet 2025, le président américain a levé les sanctions contre la Syrie, une décision vue comme un encouragement au dialogue régional. Tom Barrack, émissaire américain, a appelé à un « accord de non-agression » entre Damas et Tel-Aviv. La Russie, malgré les critiques du régime syrien, facilite des contacts indirects, comme ceux organisés à Bakou en juillet 2025, selon des informations exclusives de Libération. Ces efforts s’inscrivent dans un contexte marqué par les accords d’Abraham, qui ont normalisé les relations entre Israël et plusieurs pays arabes. Cependant, Ahmed al-Charaa a exclu toute participation à ces accords, déclarant le 26 août 202 que la priorité restait la sécurisation du sud syrien conformément à l’accord de 1974.
Des obstacles à une stabilisation
Les négociations se heurtent à des défis majeurs. La méfiance entre Damas et Tel-Aviv est profonde. Israël perçoit al-Charaa comme un acteur peu fiable en raison de ses origines islamistes, selon une source diplomatique. Damas accuse Tel-Aviv de maintenir un état de guerre larvée pour légitimer son occupation du Golan. Les tensions régionales, notamment avec l’Iran, compliquent davantage la situation. Les frappes israéliennes contre des cibles iraniennes en Syrie, survenues en juin 2025, exacerbent les frictions avec le nouveau régime, qui reste allié à Téhéran. Enfin, les divergences entre les puissances médiatrices, États-Unis et Russie, limitent les perspectives d’un accord durable. Emmanuel Macron a exprimé ses réserves sur le rôle de la Russie comme médiateur, citant les tensions avec l’Occident sur d’autres dossiers, comme l’Ukraine.
Un équilibre régional précaire
L’incident de Quneitra illustre la volatilité de la frontière syro-israélienne. Alors qu’Israël intensifie ses opérations pour sécuriser son flanc nord, le nouveau régime syrien, encore fragile, oscille entre affirmations de souveraineté et recherche de dialogue. Les initiatives diplomatiques, soutenues par Washington et Moscou, offrent une lueur d’espoir, mais les divergences stratégiques et les influences extérieures maintiennent la région sous tension. La France, par la voix d’Emmanuel Macron, appelle à la désescalade, tout en défendant la reconnaissance d’un État palestinien, une position qui crispe ses relations avec Netanyahou. Dans un Moyen-Orient où chaque incident peut déclencher un conflit plus large, la frontière syro-israélienne reste un point de fracture scruté avec anxiété.



