samedi, février 21, 2026

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Un patrimoine en péril: Les métiers en voie de disparition au Liban

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Le Liban, pays de contrastes et de diversité culturelle, a toujours été le berceau de nombreuses traditions artisanales. Des villages de montagne aux souks animés des grandes villes, des générations d’artisans ont perpétué des métiers qui reflètent le savoir-faire et l’identité libanaise. Cependant, à l’heure actuelle, beaucoup de ces métiers sont en voie de disparition, victimes de la modernisation, de la mondialisation et, plus récemment, de la crise économique sévère qui frappe le pays.

La poterie : un art millénaire en déclin

La poterie est l’un des plus anciens métiers artisanaux au Liban. Elle remonte à plusieurs milliers d’années, lorsqu’elle était une activité essentielle pour la création de récipients pour stocker les aliments et l’eau. Des régions comme Beit Chabab et Rashaya étaient autrefois réputées pour leurs potiers qui façonnaient à la main des objets utilitaires et décoratifs. Toutefois, l’arrivée de la production de masse, couplée à la concurrence des produits bon marché importés, a rendu cette profession presque obsolète. Les potiers traditionnels, souvent âgés, peinent à trouver des apprentis prêts à perpétuer leur savoir-faire.

En 2020, moins d’une dizaine de potiers étaient encore actifs dans le pays, chacun luttant pour maintenir ce métier vivant. Des initiatives locales, comme des ateliers de formation et des expositions d’artisans, tentent de relancer l’intérêt pour cette pratique ancestrale. Cependant, le manque de soutien financier et le déclin des ventes rendent leur tâche ardue.

La broderie traditionnelle : entre mémoire et oubli

Autrefois florissante dans les régions rurales, la broderie libanaise est une forme d’expression artistique qui se transmettait de génération en génération. Chaque région avait ses motifs distinctifs, inspirés par la nature ou des symboles religieux. Aujourd’hui, la broderie traditionnelle est en danger de disparition, remplacée par des vêtements de confection industrielle importés.

Dans des villages comme Kfarselwan et Bziza, certaines femmes âgées continuent à broder des chemises, des nappes et des châles, mais ces pièces trouvent difficilement preneur. L’invasion des produits synthétiques et des articles importés a réduit la demande pour ces œuvres d’art qui prenaient des mois à réaliser. Malgré quelques efforts pour revitaliser cette pratique, notamment par des ONG, la broderie risque de devenir une simple curiosité pour les générations futures.

Les forgerons : des maîtres de l’acier en voie d’extinction

Les forgerons, autrefois indispensables pour la fabrication des outils agricoles, des portails en fer forgé et même des armes, voient aujourd’hui leur profession s’éteindre. Les régions rurales du Liban, notamment la Békaa, abritaient de nombreux forgerons capables de transformer le métal brut en objets utilitaires et artistiques. Mais à l’ère des machines et de la production industrielle, le métier de forgeron est presque tombé dans l’oubli.

À Beyrouth et Tripoli, quelques forgerons subsistent, mais ils sont souvent spécialisés dans des commandes spécifiques pour des clients privilégiés. Leurs ateliers, souvent modestes et isolés, peinent à survivre face aux coûts croissants des matières premières et à la réduction de la demande pour leurs produits.

Les tailleurs traditionnels : l’art du sur-mesure menacé

Autrefois considérés comme des artistes de la mode, les tailleurs traditionnels du Liban ont vu leur métier décliner face à la montée des magasins de vêtements prêts-à-porter et à la production de masse. Jadis, chaque ville avait ses tailleurs qui fabriquaient des costumes, des robes et des vêtements de cérémonie sur mesure pour une clientèle fidèle. Beyrouth, Tripoli et Saïda abritaient des ateliers de tailleurs réputés, dont le savoir-faire se transmettait souvent de père en fils.

Aujourd’hui, les jeunes générations préfèrent acheter des vêtements standardisés à moindre coût, fabriqués à l’étranger. Le métier de tailleur est donc en déclin rapide, et très peu d’apprentis souhaitent prendre la relève. De nombreux ateliers de tailleurs ferment leurs portes, et ceux qui subsistent se battent pour rester à flot en misant sur une clientèle de niche, intéressée par la qualité et l’authenticité du sur-mesure.

La fabrication de savon à l’huile d’olive : un patrimoine en péril

Le savon traditionnel à base d’huile d’olive est un symbole du patrimoine libanais, particulièrement dans les régions de Tripoli et Saïda. Connu pour ses propriétés naturelles et ses bienfaits pour la peau, ce savon fait partie intégrante de la culture libanaise depuis des siècles. Les artisans de Tripoli, ville célèbre pour ses savonneries, produisaient autrefois ce savon selon des méthodes ancestrales, en mélangeant l’huile d’olive locale à des ingrédients naturels.

Cependant, la fabrication artisanale de savon est confrontée à de nombreux défis : la concurrence des savons industriels, souvent moins chers, et la hausse du prix de l’huile d’olive en raison de la crise économique. De plus, le manque de soutien gouvernemental et l’absence de politiques de préservation du patrimoine industriel mettent cette tradition en péril. Aujourd’hui, seules quelques savonneries traditionnelles subsistent, et l’avenir de cette pratique est incertain.

Les tisseurs de tapis : une tradition à bout de souffle

Le tissage de tapis artisanaux, autrefois une industrie prospère dans certaines régions du Liban comme Zgharta et Baalbek, est en voie d’extinction. Les tapis faits à la main, souvent à base de laine locale, étaient réputés pour leur qualité et leurs motifs traditionnels. Cependant, avec la prolifération des tapis produits industriellement et importés à bas coût, la demande pour ces œuvres d’art diminue considérablement.

Le tissage de tapis demande un savoir-faire complexe et des mois de travail, ce qui explique le coût élevé des pièces. Dans un contexte de crise économique où la population privilégie les produits bon marché, les tisseurs traditionnels ont de plus en plus de mal à trouver des clients. De nombreux ateliers ont fermé, et ceux qui restent se concentrent principalement sur des commandes spéciales pour une clientèle étrangère ou de luxe.

Le déclin des métiers traditionnels et l’avenir du patrimoine artisanal

Face à ces menaces, plusieurs initiatives locales et internationales ont vu le jour pour tenter de préserver les métiers traditionnels libanais. Des ONG et des associations artisanales organisent des ateliers de formation pour les jeunes, dans l’espoir de transmettre ce savoir-faire. Des foires artisanales et des expositions mettent en avant ces métiers pour attirer l’attention du public et des touristes.

Cependant, la pérennité de ces efforts dépendra en grande partie de la capacité du Liban à surmonter ses crises économique et politique. Sans un soutien institutionnel fort et sans la reconnaissance du patrimoine artisanal comme un pilier de l’identité nationale, il est possible que beaucoup de ces métiers disparaissent à jamais, emportant avec eux une part précieuse de l’histoire et de la culture du Liban.

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