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Violences domestiques en hausse : la protection des femmes en crise

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Une augmentation alarmante des signalements

L’année 2025 enregistre une détérioration nette de la situation des violences domestiques au Liban. D’après les chiffres publiés dans l’édition du 7 août 2025 de An-Nahar, l’ONG KAFA a recensé 862 signalements de violences conjugales entre janvier et juillet, soit une progression de 18 % par rapport à la même période en 2024. Ces données sont jugées préoccupantes par les intervenants de terrain, qui pointent une combinaison de causes structurelles et conjoncturelles : crise économique persistante, tensions psychologiques au sein des foyers, accès limité à l’accompagnement médical et psychologique.

Cette hausse constante des cas enregistrés ne reflète qu’une partie du phénomène, les observateurs notant que de nombreuses victimes n’osent pas se manifester. La peur des représailles, le poids des normes sociales, et la lenteur du système judiciaire continuent de décourager une grande partie des femmes victimes de violences. Les lignes d’urgence mises en place par les ONG enregistrent par ailleurs une augmentation significative d’appels sans suites judiciaires.

Des structures d’accueil saturées

Selon Al Joumhouriya, le système d’hébergement d’urgence reste notoirement insuffisant. Le pays ne compte que six refuges opérationnels pour femmes victimes de violence, dont trois à Beyrouth. La majorité de ces centres fonctionnent avec des moyens réduits, une capacité d’accueil limitée, et un personnel souvent bénévole. Le reste du territoire, notamment les zones rurales et périphériques, demeure largement dépourvu de structures de prise en charge.

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La difficulté de mise à l’abri immédiate des victimes est l’un des principaux problèmes identifiés. Plusieurs témoignages recueillis signalent des femmes contraintes de rester au domicile conjugal malgré des violences répétées, faute de solution d’hébergement. Dans d’autres cas, des femmes ont dû quitter précipitamment leur logement avec leurs enfants, sans prise en charge ni encadrement institutionnel. Le manque de moyens logistiques rend ces sorties extrêmement précaires.

Le manque de coordination entre les services sociaux, les hôpitaux, et les autorités judiciaires aggrave encore la complexité du parcours de protection. Certains centres dénoncent un traitement incohérent des cas, où les démarches d’urgence sont parfois bloquées pour des raisons administratives. Les victimes doivent souvent naviguer seules entre les différentes instances, sans accompagnement légal structuré.

Des procédures judiciaires entravées

Le traitement judiciaire des dossiers de violence domestique connaît un ralentissement préoccupant. Al Bina’ rapporte que plusieurs tribunaux de première instance ont suspendu temporairement l’examen de dossiers liés à la violence familiale. Cette décision, motivée par une surcharge administrative, a des conséquences directes sur la sécurité des victimes.

Les mesures d’éloignement — pourtant prévues dans le code de la protection contre les violences domestiques — sont difficiles à obtenir dans des délais compatibles avec les situations d’urgence. Les juges rechignent parfois à prendre des décisions immédiates, invoquant la nécessité de vérifications ou la complexité des contextes familiaux. Dans certains cas, les requêtes sont simplement renvoyées à une date ultérieure, sans justification claire.

Le manque de formation spécifique des magistrats à la question des violences intrafamiliales est souvent dénoncé par les ONG. Les procédures restent marquées par un traitement bureaucratique classique, sans prise en compte des spécificités de ces situations. L’absence d’unité spécialisée au sein de la magistrature contribue à l’inefficacité du système.

La lenteur de la justice entraîne parfois un retour de la victime au domicile de l’agresseur, faute d’alternative. Ce retour forcé augmente considérablement les risques de récidive. Dans plusieurs cas rapportés, les femmes ayant obtenu un jugement ont dû attendre plusieurs semaines pour son application, exposant ainsi leur intégrité physique à de nouveaux dangers.

Un réseau social en grande souffrance

Les services sociaux chargés de la protection de la famille sont eux-mêmes confrontés à une crise de fonctionnement. Toujours selon Al Bina’, les subventions publiques destinées aux associations spécialisées n’ont pas été versées depuis le mois d’avril 2025. Cette absence de financement compromet la capacité d’action des intervenants, qui doivent souvent réduire leurs heures d’ouverture, suspendre certaines activités ou renvoyer les demandes de prise en charge.

Le personnel de ces structures est en sous-effectif chronique. Les travailleurs sociaux alertent régulièrement sur la surcharge de dossiers, la fatigue émotionnelle des équipes et la faiblesse du soutien institutionnel. Les cas de burn-out se multiplient, menaçant la pérennité des dispositifs existants. Plusieurs centres ont d’ores et déjà cessé leurs activités dans les zones du nord et de la Bekaa.

Les centres de médiation, qui jouent un rôle clé dans l’évaluation et la gestion des conflits familiaux, ne disposent plus des ressources suffisantes pour remplir leur mission. Les formations continues ont été suspendues, les aides logistiques réduites au strict minimum, et les réseaux de coopération entre institutions civiles et sécuritaires désorganisés.

Ce dysfonctionnement généralisé alimente un sentiment d’abandon chez les victimes, mais aussi parmi les professionnels du secteur. Les assistantes sociales dénoncent une situation où elles ne peuvent plus garantir la sécurité de leurs bénéficiaires. Cette perte de crédibilité a un effet dissuasif sur les femmes qui hésitent à entreprendre une démarche de protection.

Témoignages de détresse

Les journaux du jour rapportent plusieurs témoignages illustrant la violence du quotidien de nombreuses femmes. Une mère de deux enfants battue à plusieurs reprises par son conjoint a dû quitter son domicile de Chiyah dans l’urgence, sans pouvoir bénéficier d’un logement de substitution. Elle a trouvé refuge dans une chambre prêtée par une voisine pendant quatre jours, avant de contacter une association locale, qui lui a signalé que les centres étaient pleins.

Une autre femme originaire de Tripoli a dû renoncer à une procédure judiciaire, ne parvenant pas à rassembler les documents nécessaires pour faire valoir ses droits. Faute d’avocat disponible et de service juridique gratuit, elle a abandonné ses démarches après deux semaines d’attente et d’allers-retours entre commissariat et tribunal.

Plusieurs victimes décrivent un système insensible, lent, incapable de prendre la mesure de l’urgence. Certaines évoquent des remarques déplacées de la part des policiers ou des juges, renforçant le sentiment d’injustice. D’autres racontent avoir dû insister pendant des jours pour que leur plainte soit enregistrée. Le manque de formation du personnel d’accueil aux violences sexistes est un problème récurrent.

Les réponses institutionnelles en attente

Face à cette situation, les autorités politiques restent en retrait. Aucune déclaration officielle n’a été faite par le ministère des Affaires sociales depuis le début de l’année. Le ministère de la Justice, quant à lui, n’a pas réagi à la suspension des dossiers dans plusieurs tribunaux. Le silence des autorités est interprété comme un manque d’engagement.

Les associations militantes demandent depuis plusieurs mois un plan national d’urgence, incluant le déblocage des subventions, la création de refuges supplémentaires, et la mise en place d’une juridiction spécialisée. Elles proposent également une coordination renforcée entre les services sociaux et les forces de l’ordre, ainsi qu’un financement pérenne des dispositifs existants.

Malgré plusieurs demandes de rencontre, les ONG n’ont pas été reçues par les autorités depuis le mois de mai. Le comité interministériel sur les violences sexistes ne s’est pas réuni depuis décembre 2024. Cette inertie bureaucratique alimente le désespoir des intervenants de terrain.

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Newsdesk Libnanews
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