Un voyage inédit après la chute du régime Assad
La visite d’un haut représentant syrien en Irak marque un tournant diplomatique majeur. Pour la première fois depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, un émissaire du gouvernement de transition syrien s’est rendu à Bagdad pour discuter de l’avenir des relations bilatérales. Après plus de cinquante ans de domination du Parti Baas, la Syrie entre dans une nouvelle ère politique et l’Irak est l’un des premiers pays à ouvrir ses portes aux nouvelles autorités syriennes. Cette visite s’inscrit dans un contexte où la reconstruction du pays et son retour sur la scène arabe sont en jeu.
Alors que la Syrie cherche à se repositionner diplomatiquement, l’Irak joue un rôle clé en facilitant cette réintégration régionale. Bagdad, qui a toujours maintenu un lien avec la Syrie malgré les crises successives, pourrait servir de passerelle entre Damas et le reste du monde arabe. Le gouvernement de transition syrien, confronté à une situation économique désastreuse et à des défis sécuritaires majeurs, voit dans cette visite une occasion d’obtenir un soutien de la part d’un voisin stratégique.
Une Syrie en quête de reconnaissance internationale
Depuis la chute d’Assad, la Syrie est en pleine phase de transition, avec un gouvernement intérimaire qui peine à imposer son autorité sur l’ensemble du territoire. Cette visite en Irak est donc un test diplomatique pour la nouvelle administration syrienne, qui cherche à obtenir une reconnaissance officielle de la part des pays arabes, à accélérer la levée des sanctions internationales qui pèsent sur son économie et à renforcer les liens économiques et sécuritaires avec ses voisins.
Le défi majeur de cette transition est d’éviter un vide politique qui pourrait conduire à une fragmentation du pays. Avec la disparition du régime baasiste, plusieurs factions cherchent à prendre le contrôle du pouvoir, ce qui complique le travail du gouvernement intérimaire. Bagdad, qui a lui-même connu une transition post-Saddam Hussein chaotique, offre un modèle de sortie de crise, même si l’Irak reste marqué par des divisions internes profondes.
Sécurité et frontières, des priorités urgentes pour la coopération syro-irakienne
L’une des questions clés de cette rencontre est la sécurisation de la frontière syro-irakienne. Avec l’effondrement du régime Assad, plusieurs régions de Syrie échappent encore au contrôle du gouvernement de transition. L’Irak craint que ce vide sécuritaire ne permette à des groupes djihadistes de reconstituer leurs forces, notamment dans la province de Deir ez-Zor, où Daech est toujours actif.
Les discussions entre la Syrie et l’Irak portent sur un renforcement du contrôle des frontières pour éviter une nouvelle infiltration terroriste, un partage des renseignements entre les services de sécurité des deux pays et une coopération militaire pour éliminer les dernières poches djihadistes dans l’est de la Syrie. Cette coopération sécuritaire est une priorité absolue, car ni Damas ni Bagdad ne veulent revivre le scénario de 2014, où l’État islamique avait profité du chaos syrien pour étendre son territoire jusqu’aux portes de Bagdad.
L’avenir économique, la Syrie cherche un soutien irakien pour sa reconstruction
Outre la sécurité, les discussions portent également sur la reconstruction de la Syrie. L’économie syrienne est totalement exsangue, avec une inflation galopante et un secteur industriel en ruines. L’Irak, en tant que pays voisin et puissance pétrolière, pourrait jouer un rôle dans l’approvisionnement de la Syrie en pétrole et en électricité, indispensables à sa reconstruction. La réouverture des routes commerciales entre les deux pays pourrait favoriser un redémarrage progressif du commerce.
La nouvelle administration syrienne espère que Bagdad facilitera les discussions avec d’autres pays arabes, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats, qui ont exprimé un intérêt pour la reconstruction syrienne à condition que le nouveau gouvernement prenne ses distances avec l’Iran. La présence de capitaux irakiens dans la reconstruction des infrastructures syriennes pourrait également jouer un rôle clé dans la relance économique du pays.
Les défis et les obstacles au rapprochement syro-irakien
Malgré ces opportunités, plusieurs défis compliquent ce rapprochement. Le gouvernement intérimaire syrien ne contrôle pas encore l’ensemble du pays. Certaines régions, notamment celles sous influence kurde, pourraient rejeter un rapprochement avec Bagdad. L’Iran, qui soutenait Bachar el-Assad, cherche à maintenir son influence en Syrie, ce qui pourrait compliquer les discussions avec les États du Golfe.
Les États-Unis restent un acteur clé dans la région et pourraient freiner toute intégration économique rapide de la Syrie au monde arabe tant que la transition politique n’est pas consolidée. La Syrie est toujours sous le Caesar Act, une loi américaine qui empêche toute coopération économique avec le pays tant que la transition politique n’est pas aboutie. L’Irak devra jongler entre ses relations avec Damas et la nécessité d’éviter des représailles économiques de Washington.
Un premier pas vers la réintégration de la Syrie sur la scène arabe
Cette visite en Irak est un test grandeur nature pour la nouvelle administration syrienne. Si elle parvient à obtenir le soutien officiel de Bagdad, cela pourrait ouvrir la porte à une reconnaissance plus large au sein de la Ligue arabe et à des coopérations économiques et sécuritaires renforcées. Cependant, la route vers une normalisation complète est encore longue. La Syrie doit stabiliser son territoire, relancer son économie et redéfinir ses alliances régionales pour espérer retrouver une place centrale au Moyen-Orient.



