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Vote de confiance au Liban : l’ultime épreuve pour le gouvernement Nawaf Salam

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Un vote décisif : entre légitimité et défis politiques

Le gouvernement de Nawaf Salam se trouve à un moment clé de son existence, alors qu’il s’apprête à affronter le vote de confiance du Parlement. Ce test politique revêt une importance cruciale, non seulement pour sa légitimité institutionnelle, mais aussi pour sa capacité à engager des réformes profondes dans un Liban marqué par une crise multiforme. Avec un programme ambitieux, Salam tente de s’imposer comme un acteur de changement, mais il doit composer avec une classe politique fragmentée, des intérêts divergents et une méfiance populaire grandissante.

Une majorité confortable mais fragile

Si l’issue du vote de confiance semble acquise, avec plus de 80 voix en faveur du gouvernement, l’enjeu ne réside pas seulement dans l’obtention de cette majorité, mais plutôt dans la manière dont le gouvernement Nawaf Salam pourra manœuvrer politiquement après cette étape institutionnelle.

Les forces politiques en présence affichent des positions contrastées vis-à-vis du gouvernement. Certains partis traditionnels, bien que réticents, préfèrent soutenir Salam temporairement, conscients de la nécessité d’un gouvernement stable pour éviter un vide institutionnel. D’autres forces, notamment issues de l’opposition et de la société civile, expriment des doutes sur sa capacité à mener des réformes audacieuses, dénonçant une équipe gouvernementale jugée trop proche des cercles du pouvoir traditionnel.

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L’enjeu principal pour Nawaf Salam est donc d’assurer une cohésion interne au sein de sa coalition, afin d’éviter une fragilisation rapide de son gouvernement face aux multiples crises que traverse le Liban.

Les défis structurels d’un gouvernement sous pression

Au-delà du vote de confiance, le gouvernement de Salam fait face à une série de défis immédiats, qui mettront à l’épreuve sa crédibilité et son autorité.

L’un des premiers tests sera la gestion des finances publiques et la préparation d’un budget réaliste capable de répondre aux attentes des créanciers internationaux. Le Liban, en quête d’un soutien du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, doit impérativement mettre en place des réformes budgétaires et adopter des mesures de stabilisation économique. Cependant, ces réformes se heurtent à des résistances politiques, notamment de la part des partis qui craignent une remise en cause des structures clientélistes sur lesquelles repose une grande partie du système libanais.

L’autre défi majeur concerne les nominations administratives et la refonte de l’appareil d’État. Avec 143 postes vacants dans l’administration, le gouvernement devra rapidement procéder à des nominations stratégiques, notamment au sein des forces de sécurité, du système judiciaire et des organismes de régulation financière. Mais ces décisions risquent d’alimenter les tensions entre les différentes factions politiques, chacune cherchant à placer ses alliés aux postes-clés.

La gestion de la crise énergétique et des infrastructures constitue également un test clé. Le Liban souffre toujours de coupures d’électricité chroniques, d’un réseau de distribution défaillant, et d’une dépendance excessive aux importations énergétiques coûteuses. Le gouvernement Salam a annoncé un plan pour réformer le secteur de l’énergie, avec une augmentation des investissements dans les énergies renouvelables et une restructuration d’Électricité du Liban (EDL). Toutefois, ces réformes risquent d’être freinées par les intérêts de certains groupes politiques et économiques, qui contrôlent une grande partie du marché énergétique parallèle.

les bénéficiaires du système clientéliste libanais – notamment certains partis politiques et figures influentes – n’ont aucun intérêt à voir ces réformes aboutir.

L’un des dossiers les plus épineux est la réforme du secteur bancaire, plongé dans une crise sans précédent depuis l’effondrement du système financier en 2019. Les déposants libanais attendent toujours des réponses claires quant à la restitution de leurs fonds bloqués, tandis que les institutions internationales exigent une restructuration du secteuravant d’accorder de nouveaux financements. Le gouvernement Salam doit donc composer avec les banques privées, la Banque du Liban et les créanciers étrangers pour trouver une issue qui ne provoque ni un effondrement total du secteur financier, ni un choc social trop violent.

Un autre chantier central est la réforme du système électoral et judiciaire, visant à restaurer la confiance de la population dans les institutions. Cependant, les résistances politiques sont fortes, notamment de la part de groupes qui bénéficient des lois électorales actuelles et qui voient d’un mauvais œil toute tentative de réduire leur influence sur la scène politique.

Une diplomatie pragmatique entre pressions régionales et intérêts nationaux

En parallèle des réformes internes, Nawaf Salam doit naviguer dans un environnement diplomatique particulièrement complexe, où le Liban est pris en étau entre des puissances rivales. Sa mission est d’obtenir un soutien financier et politique de la part des grandes puissances, sans tomber dans une dépendance excessive envers un acteur en particulier.

Les relations avec les pays du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, sont cruciales pour la relance économique du Liban. Ces États ont historiquement soutenu financièrement Beyrouth, mais leurs aides ont été réduites ces dernières années, en raison de l’influence grandissante du Hezbollah sur la politique libanaise. Nawaf Salam cherche donc à rassurer les monarchies du Golfe en adoptant un discours plus équilibré, mais sans pour autant se heurter frontalement au Hezbollah, un acteur incontournable de la scène politique libanaise.

Les relations avec l’Iran et la Syrie sont également sensibles. Téhéran, principal soutien du Hezbollah, observe de près la composition et l’agenda du gouvernement Salam. Une détérioration des relations avec l’Iran pourrait aggraver les tensions internes, tandis qu’une ouverture excessive vers l’Arabie saoudite risquerait de polariser davantage la scène politique. Nawaf Salam devra donc trouver un juste milieu, en maintenant un dialogue avec toutes les parties, tout en affirmant une certaine autonomie diplomatique.

Les États-Unis et l’Union européenne, quant à eux, restent des partenaires clés pour le Liban, notamment en ce qui concerne les aides économiques et le soutien à la réforme du secteur énergétique. Washington et Bruxelles poussent pour une accélération des réformes, conditionnant leur aide financière à des mesures concrètes contre la corruption et à une meilleure gestion des ressources publiques. Toutefois, ces puissances occidentales exigent également un affaiblissement du Hezbollah, ce qui place Nawaf Salam dans une position délicate, où il devra négocier des concessions sans provoquer une crise interne.

Enfin, la relation avec Israël constitue un défi diplomatique majeur. Après l’accord sur la délimitation maritime signé en 2022, les tensions persistent sur plusieurs dossiers sécuritaires. Les récents incidents frontaliers, ainsi que les divergences sur l’exploitation des ressources gazières en Méditerranée, obligent Nawaf Salam à gérer un équilibre fragile entre la nécessité de préserver la souveraineté libanaise et le besoin de garantir la stabilité régionale.

Vers un équilibre incertain

Le gouvernement Nawaf Salam se trouve donc à un carrefour stratégique, où chaque décision en matière de réformes ou de diplomatie pourrait renforcer son autorité ou précipiter son effondrement. Il devra prouver sa capacité à réconcilier les forces politiques internes, tout en menant une diplomatie habile pour assurer des soutiens financiers et géopolitiques sans alignement excessif sur une puissance en particulier.

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