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À Mar-a-Lago, Trump franchit un seuil : « Nous allons diriger le Venezuela »

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La scène était calibrée comme un acte de puissance. Samedi 3 janvier 2026, depuis Mar-a-Lago, Donald Trump n’a pas seulement revendiqué la capture de Nicolás Maduro : il a revendiqué l’après. « Nous dirigerons le Venezuela en attendant une transition sûre », a-t-il martelé, en ajoutant qu’il ne prendrait « pas le risque que quelqu’un reprenne le pouvoir » et « remette en cause » ce qui venait, selon lui, d’être accompli dans la nuit. L’opération, baptisée « Absolute Resolve » par l’état-major, devient ainsi, dans la bouche du président américain, un mandat politique temporaire — sans architecture présentée, mais avec une promesse de contrôle.

« Il aurait dû se rendre » : l’ultimatum revendiqué

L’un des moments les plus révélateurs de la conférence tient dans le récit personnel que Trump donne de ses derniers échanges avec Maduro. Interrogé sur leur dernier entretien, « il y a quelques jours », le président américain assure lui avoir demandé de se rendre. « Maintenant, il se dit qu’il aurait dû le faire », ajoute-t-il. L’objectif est clair : transformer une décision d’emploi de la force en conséquence d’un refus, et peindre l’opération comme la conclusion d’une série d’« opportunités » offertes au dirigeant vénézuélien.

Marco Rubio, prenant la parole peu après, a poussé ce cadrage : Maduro aurait reçu « plusieurs opportunités généreuses » pour éviter la confrontation. « Il a choisi la force : voilà aujourd’hui le résultat », dit-il, avant de résumer l’idée-force destinée autant aux adversaires qu’aux alliés : « À partir d’aujourd’hui, les gens savent que si Trump dit quelque chose, il le fait. » Le message est aussi une mise en garde : « Nous voulons parler avec tout le monde, mais ne vous moquez pas du président : jouer avec lui, ça ne fonctionne pas. »

« Une opération comme personne n’en a vu depuis la Seconde Guerre mondiale » : la surenchère comme signature

Trump a multiplié les formules d’exception : « une opération comme personne n’en a vu depuis la Seconde Guerre mondiale », un bilan « extraordinaire », « aucun homme » perdu, « aucun matériel » détruit. Il a insisté sur la supériorité de l’appareil militaire américain, allant jusqu’à expliquer que les moyens vénézuéliens avaient été « immobilisés » pour permettre l’arrestation, et que « toutes les lumières » avaient été éteintes à Caracas afin de concentrer « toutes nos capacités » sur l’objectif. Le présupposé est aussi politique qu’opérationnel : la maîtrise de l’environnement urbain et informationnel, l’idée d’un adversaire paralysé, le sentiment de fatalité imposé à un régime.

Dans la foulée, le président a présenté la capture comme un acte de sécurité intérieure : la drogue viendrait « essentiellement du Venezuela », tuant « des centaines de milliers » d’Américains par an, justifiant l’inculpation de Maduro et de son épouse aux États-Unis. La dimension judiciaire n’est pas annexe : elle sert à substituer au vocabulaire de la guerre celui de l’arrestation, au renversement celui du procès.

« Absolute Resolve » : l’état-major déroule le récit d’une machine

Le général Dan Caine, chef d’état-major, a offert la version la plus longue et la plus scénarisée de la séquence. Il a décrit une opération « intégrant toutes nos formes », d’une complexité « impossible à résumer », mobilisant « des centaines d’avions et de navires » avec un objectif unique : permettre à une équipe d’entrer dans Caracas pour « exfiltrer un dictateur ». Il insiste sur la lenteur du renseignement — « savoir ce qu’il mangeait, ce qu’il faisait, comment il se déplaçait », des « mois de surveillance » — et sur la recherche du « bon jour » pour « minimiser les pertes civiles » et maximiser les chances de réussite.

La chronologie qu’il énonce est précise : à 1h01, les forces « descendent avec discipline », essuient des tirs, ripostent, puis obtiennent une reddition rapide. « Maduro et sa femme se sont rapidement rendus », affirme-t-il, « sans pertes pour les États-Unis ». Vers 3h du matin, moins de deux heures plus tard, « toutes les forces étaient retournées en mer ». Le général conclut en une phrase de dissuasion : « Nos forces restent dans la région, prêtes à intervenir à nouveau. »

Pete Hegseth, secrétaire à la Défense, a prolongé ce registre d’exception : « Aucune autre nation n’aurait pu réaliser des actions comme celle d’hier. » Il a placé l’événement dans une narration plus large — « America First », « les États-Unis sont de retour » — et a glissé une comparaison qui vise le Moyen-Orient : « Maduro a eu sa chance, de la même manière que l’Iran a eu sa chance, jusqu’à ce qu’il ne l’ait plus. »

Ne pas prévenir le Congrès « pour éviter les fuites » : le secret assumé

Trump a reconnu ne pas avoir prévenu le Congrès avant l’opération, justifiant ce choix par la crainte de fuites qui auraient compromis « l’effet de surprise ». L’argument est classique, mais sa portée change dès lors que l’exécutif ne parle plus d’un raid mais d’une direction transitoire du pays. Le secret peut accompagner un coup de main ; il devient un problème politique quand l’engagement s’installe, qu’il s’élargit, et qu’il exige des moyens durables. L’aveu, au cœur d’une conférence sur l’après, installe dès maintenant un angle de contestation : non plus seulement la légalité d’une frappe, mais la légitimité d’une tutelle.

« Nous allons diriger avec un petit groupe » : l’après annoncé sans mode d’emploi

Trump a expliqué que les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela « avec un petit groupe de personnes », et qu’ils allaient « désigner une personne » pour prendre la relève. Il a lancé sa formule : « We’ll make Venezuela great again. » Mais il n’a pas donné de nom, ni de statut, ni de procédure. La promesse est, en réalité, un pari : gouverner sans s’exposer, stabiliser sans occuper, piloter sans apparaître comme une puissance d’administration coloniale.

Le président a tenté d’encadrer la durée : « J’espère que nous n’aurons pas à diriger le Venezuela trop longtemps », dit-il, en justifiant cette parenthèse par la remise en état d’infrastructures pétrolières en « mauvais état ». Le même passage contient une contradiction opérationnelle : annoncer des investissements lourds et, en même temps, espérer un retrait rapide. Dans ce type de transition, l’agenda ne dépend pas seulement de la volonté de Washington ; il dépend de la capacité des forces locales à se reconfigurer sans explosion, et de la réaction de la rue, des factions, des réseaux.

Machado écartée, Delcy Rodríguez courtisée : une transition par le sommet, pas par l’opposition

Trump a surpris en écartant l’idée d’une transition portée par María Corina Machado. Il dit ne pas avoir échangé avec elle et la juge insuffisamment soutenue « dans le peuple vénézuélien ». À l’inverse, il affirme avoir eu des échanges avec la vice-présidente Delcy Rodríguez, numéro deux du régime, et va jusqu’à la présenter comme prête à coopérer : « Faites ce que vous voulez », lui aurait-elle dit.

Ce passage, s’il reflète fidèlement des échanges réels, change la lecture : Washington ne mise pas nécessairement sur l’opposition comme socle d’un ordre nouveau ; il envisage de s’appuyer, au moins provisoirement, sur une partie de l’appareil existant — ou d’en obtenir la neutralisation — pour administrer la transition. Ce choix, pragmatique, peut accélérer la continuité des services ; il peut aussi miner la légitimité du récit “démocratique” auprès de ceux qui attendaient une alternance nette.

« Boots on the ground » et « seconde vague » : la menace comme méthode

Trump a déclaré que les États-Unis n’avaient « pas peur » d’envoyer des troupes au sol s’il le fallait. Il a aussi expliqué qu’une « seconde vague » d’attaque, plus importante, avait été planifiée mais non déclenchée, tout en prévenant qu’elle pourrait l’être si la transition ne se déroulait pas « selon ses vues ». Là se dessine une mécanique de tutelle : l’exécutif américain se réserve le droit de juger la transition, d’en sanctionner les écarts, et d’augmenter la pression militaire si l’issue politique n’est pas conforme.

Le sort judiciaire de Maduro est, lui aussi, exposé comme instrument de contrôle. Trump indique que Maduro, actuellement à bord d’un navire militaire américain, pourrait être détenu « à New York ou à Miami », « ce n’est pas encore défini ». Le message est double : la prise est sécurisée ; la scène judiciaire est prête.

Doctrine Monroe, menaces régionales : un Venezuela qui sert d’exemple

Le cœur idéologique de la conférence a été assumé sans détour. « Nous n’avons pas oublié la doctrine Monroe », déclare Trump, ajoutant que la domination des États-Unis « ne sera plus jamais remise en cause ». Il avertit : « Ce qui est arrivé à Maduro peut arriver à d’autres. » L’intervention n’est plus un épisode ; elle devient un signal régional.

La conférence déborde ainsi le Venezuela : Trump vise le président colombien — « qu’il fasse gaffe à ses fesses » — en réponse à ses condamnations. Rubio, dans la foulée, cible Cuba : le gouvernement cubain devrait « s’inquiéter », dit-il, un pays « en ruine » dont les dirigeants ont « du souci à se faire ». La rhétorique est celle d’une reconquête de la discipline hémisphérique, où Caracas sert d’avertissement.

Pétrole : l’économie comme justification, la souveraineté comme champ de bataille

Trump a posé le pétrole comme l’axe économique de sa “direction”. « Nous allons faire en sorte que nos compagnies pétrolières investissent au Venezuela, réparent les installations et fassent de l’argent pour le pays », dit-il, en promettant que la richesse devra profiter aux Vénézuéliens. Cet argument est central : il s’agit d’offrir, en échange de la tutelle, la perspective d’une remise en état et d’une relance.

Mais c’est aussi le point le plus inflammable. Au Venezuela, la rente pétrolière est un symbole national autant qu’un outil de pouvoir. Présenter l’entrée de compagnies américaines comme une reconstruction peut séduire une partie de la population épuisée par la crise ; cela peut aussi fédérer une résistance, notamment si l’opération est perçue comme une mise sous administration des actifs stratégiques. Sur le marché, ce n’est pas la taille des réserves qui compte à court terme : c’est la sécurité des installations, la stabilité administrative, la continuité logistique.

Impact immédiat : administration impossible à improviser, risque d’escalade, choc de précédent

En annonçant que les États-Unis “dirigeront” le Venezuela, Trump transforme une opération de capture en problème d’État. Gouverner exige une continuité de services, une chaîne de commandement, des forces qui obéissent, des recettes, des paiements, une police, des frontières. Et cela suppose, qu’on le veuille ou non, une confrontation avec la réalité locale : rivalités internes, loyautés militaires, réseaux civils, résistance, sabotages possibles, tensions sociales.

La conférence de Mar-a-Lago a planté trois piliers : la dissuasion (seconde vague, troupes au sol), la justice (inculpation, détention), l’économie (pétrole, investissements). Le reste dépendra de l’inconnue qui ne se gère pas depuis une tribune : le contrôle effectif du pays, dans les jours qui suivent l’effacement revendiqué de son chef.

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