jeudi, janvier 22, 2026

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Approbation du ministère de la Technologie et de l’Intelligence Artificielle : un tournant pour la modernisation du Liban

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Le 9 septembre 2025, le Conseil des ministres libanais a approuvé un projet de loi visant à établir un ministère dédié à la Technologie et à l’Intelligence Artificielle, une décision qui marque une étape potentielle dans la modernisation de l’administration publique. Dans un pays en quête de relance économique après des années de crise, cette initiative s’inscrit dans une ambition de digitalisation et de renforcement technologique, tout en faisant face à des défis structurels et régionaux majeurs.

Selon les déclarations officielles, ce nouveau ministère a pour vocation de coordonner la digitalisation des services publics et d’intégrer les différentes composantes de l’administration au sein d’un système unifié. Cette mesure vise à remédier à l’inefficacité chronique des processus administratifs et à positionner le Liban comme un acteur technologique émergent. Le Conseil des ministres a souligné que cette structure permettra au pays de s’élever à un « niveau supérieur de développement technologique », une ambition qui reflète une reconnaissance des retards accumulés face à des nations voisines plus avancées.

Cette annonce survient dans un contexte économique où les premiers signes de reprise se manifestent. Les projections de la Banque du Liban (BdL) pour le premier semestre 2025 indiquent un retour à une croissance modeste du PIB, après une contraction de 6,4 % en 2024 et une stagnation en 2022, avec un taux de 0,5 % en 2023. Cette dynamique repose sur une consommation privée en hausse, soutenue par des remittances estimées à 6,8 milliards de dollars en 2024, ainsi qu’un rebond progressif du tourisme, dont les recettes devraient se redresser après une baisse de 16 % à 4,7 milliards de dollars l’an dernier. La création de ce ministère pourrait ainsi stimuler ces secteurs en attirant des investissements étrangers et en favorisant l’innovation locale.

Les classements internationaux mettent toutefois en lumière les obstacles à surmonter. L’index de préparation à l’intelligence artificielle des gouvernements d’Oxford Insights pour 2024 place le Liban au 82e rang mondial sur 188 pays, soit une 9e place parmi 20 nations arabes et une 8e place parmi 52 pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (LMICs). Cela signifie que le Liban surpasse des pays comme le Sénégal ou l’Albanie, mais reste en retrait par rapport à la Géorgie ou au Bangladesh. Par ailleurs, l’index de préparation à l’IA du Fonds monétaire international (FMI) pour 2023 positionne le pays au 105e rang mondial, 60e parmi 79 marchés émergents (EMs) et 10e parmi 19 pays arabes. Ces évaluations, basées sur des indicateurs comme les infrastructures numériques, le capital humain et les cadres réglementaires, montrent que le Liban devance des économies comme le Botswana ou le Paraguay, mais est dépassé par des nations comme le Ghana ou la Namibie.

Ces données révèlent des atouts potentiels, tels qu’une diaspora qualifiée et une base éducative, mais aussi des faiblesses structurelles, notamment un manque d’investissements dans les infrastructures numériques. La BdL note que la croissance repose principalement sur la consommation domestique, alimentée par des flux de liquidités à court terme, plutôt que sur une relance des investissements publics et privés. Les chiffres économiques récents confirment une inflation en baisse à 15 % en juin 2025 (contre 41,8 % un an plus tôt), grâce à une stabilité monétaire et une discipline fiscale renforcée, bien qu’une inflation sous-jacente de 16,4 % indique des pressions domestiques persistantes.

Le contexte politique joue un rôle crucial dans la mise en œuvre de cette réforme. L’élection de Joseph Aoun à la présidence en janvier 2025, suivie de la formation d’un gouvernement doté de pleins pouvoirs en février et de la nomination d’un nouveau gouverneur à la BdL en mars, a permis une stabilisation institutionnelle. Ces avancées, combinées à l’amendement de la loi sur le secret bancaire en avril 2025, ont amélioré le sentiment des marchés. Cependant, la trêve fragile conclue le 27 novembre 2024 après un conflit armé avec Israël, ainsi que les tensions liées au désarmement des factions non étatiques, pourraient entraver les progrès technologiques.

Sur le plan budgétaire, la situation s’améliore légèrement. Les données du ministère des Finances pour 2024 font état d’un excédent budgétaire de 3 233 milliards de livres libanaises (36,1 millions de dollars), soit 0,9 % des dépenses totales, et d’un excédent primaire de 11,1 % des dépenses publiques. Ces résultats, supérieurs aux prévisions initiales du budget 2024 qui tablaient sur un équilibre, reflètent une hausse des recettes fiscales à 253 636 milliards de livres (2,8 milliards de dollars), dont 120 187 milliards issus de la taxe sur la valeur ajoutée. Ces fonds pourraient être orientés vers le développement des infrastructures numériques nécessaires à la stratégie d’IA.

L’ouverture internationale constitue un autre levier potentiel. La levée des sanctions contre la Syrie en décembre 2024, suite à des changements politiques, pourrait rouvrir des routes commerciales et soutenir les exportations, estimées à 2,707 milliards de dollars en 2024. De plus, le retour potentiel de 1,5 million de réfugiés syriens allégerait la pression sur les services publics, libérant des ressources pour des projets technologiques. Les discussions en cours avec le FMI, centrées sur un éventuel programme de soutien, pourraient également jouer un rôle clé, les autorités libanaises travaillant à définir un « mix de politiques et de réformes » ainsi qu’un niveau de financement externe approprié.

Les indicateurs financiers récents renforcent cette dynamique. Les réserves d’or de la BdL, représentant 83 % du PIB nominal projeté pour 2025, offrent une stabilité face à la crise. Parallèlement, la capitalisation boursière de la Bourse de Beyrouth, qui s’élevait à 19,81 milliards de dollars fin août 2025, a progressé de 2,3 % sur une semaine, signalant une confiance modeste. Les exportations ont chuté de 9,6 % à 2,707 milliards de dollars en 2024, tandis que les importations ont diminué de 3,5 % à 16,902 milliards, réduisant le déficit commercial à 14,195 milliards. L’augmentation de 33,4 % de la monnaie en circulation sur 12 mois jusqu’à juillet 2025 reflète une adaptation économique, offrant un cadre potentiel pour les ambitions technologiques.

Les réformes législatives en cours, comme l’adoption d’un cadre de résolution bancaire en juillet 2025, accompagnent cette initiative. Les données montrent une baisse des prêts bancaires de 32,1 % à 5,65 milliards de dollars fin 2024, tandis que les dépôts du secteur privé ont reculé de 6,4 % à 88,65 milliards. Ces ajustements, combinés aux efforts pour restructurer le secteur financier, pourraient soutenir les projets technologiques, à condition que la stabilité politique perdure et que les tensions régionales ne s’intensifient pas.

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