mardi, février 24, 2026

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Banque du Liban: l’offensive judiciaire comme deuxième front de souveraineté

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Une stratégie exposée comme un devoir institutionnel, pas comme une manœuvre politique

Le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souaid, présente une stratégie judiciaire comme un volet de restauration d’autorité. Dans son propos, la démarche vise toutes les personnes physiques ou morales qui auraient détourné, abusé, dissipé ou facilité la dissipation de fonds appartenant à l’institution, qu’elles aient eu un lien officiel avec la Banque centrale ou non.

Le cœur du raisonnement repose sur une équation simple. Les fonds qui ont quitté l’institution auraient contribué à l’érosion de ses avoirs. La récupération de ces fonds est décrite comme un moyen de créer de la liquidité. Cette liquidité est ensuite présentée comme la condition de paiement des droits, au premier rang desquels les droits des déposants.

Dans cette présentation, l’offensive n’est pas limitée à une affaire. Elle prend la forme d’un dispositif. Il se déploie devant la justice libanaise, et il peut se prolonger à l’étranger via des enquêteurs et des cabinets spécialisés. La logique consiste à obtenir des condamnations, mais surtout à saisir et geler des actifs pour empêcher leur dispersion avant l’issue des procédures.

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Le rôle de Riad Salameh devient la toile de fond explicite de la nouvelle ligne

La reprise en main judiciaire est indissociable du passif attribué à l’ancienne direction. Plusieurs éléments placent Riad Salameh au centre du contexte. Il est décrit comme ayant été détenu environ treize mois sur des accusations de crimes financiers liés à sa période de gouvernance. Il est ensuite libéré en septembre après le paiement d’une caution présentée comme très élevée, dépassant quatorze millions de dollars, tout en restant sous interdiction de voyage.

Surtout, un élément relève d’un soupçon interne, attribué à la direction actuelle. La direction de la Banque du Liban soupçonnerait que d’autres membres de l’institution auraient aidé Riad Salameh dans son schéma. Ce point est décisif, car il élargit le sujet. Il ne s’agit plus seulement d’un ancien gouverneur. Il s’agit d’un environnement, d’un éventuel réseau de facilitation, et donc d’une question de contrôle interne et de responsabilité collective.

Un autre élément, rapporté séparément, affirme que la nouvelle direction a engagé une action visant directement Riad Salameh et son frère Raja au titre de l’enrichissement illicite, via un montage de sociétés écrans. Ce récit coexiste avec d’autres textes qui décrivent des plaintes visant un ancien responsable interne et un ancien acteur du secteur bancaire. Pris ensemble, ces éléments dessinent une même logique: la Banque du Liban veut remonter les chaînes de décision et de bénéfices, au-delà d’un seul nom.

Cette toile de fond explique la prudence sur les chiffres. Une source citée indique que Karim Souaid n’a pas dévoilé le nombre de personnes soupçonnées dans le schéma ni le montant total considéré comme détourné. Cette retenue est cohérente avec une stratégie de contentieux. Elle évite de figer des accusations publiquement avant consolidation judiciaire.

Première plainte décrite: sociétés écrans offshore et enrichissement illicite allégué

Le premier volet présenté comme engagé au Liban consiste en une plainte pénale visant un ancien responsable important de la Banque du Liban et un ancien acteur du secteur bancaire, à titre individuel. Les textes insistent sur un point de cadrage. La plainte ne vise pas une banque commerciale en tant qu’entité. Elle vise des individus, et elle s’inscrit dans une logique de responsabilité personnelle.

Le schéma allégué est présenté comme technique et intentionnel. Il est question d’une opération de « rotation » et d’appropriation de fonds appartenant à la Banque du Liban, réalisée par la création de quatre sociétés écrans offshore. La localisation indiquée est celle des îles Caïmans. Le résultat final décrit est un enrichissement illicite des deux personnes poursuivies, avec la possibilité que l’enquête fasse apparaître d’autres bénéficiaires ou complices.

Le texte associe ce schéma à des soupçons de blanchiment et à l’intégration volontaire d’avantages indus dans des opérations financières plus larges. Même si les flux ne sont pas détaillés publiquement, l’angle est explicite: l’accusation vise un montage de dissimulation, pas une simple irrégularité comptable.

Cette première plainte, même lorsqu’elle est présentée sans lien nominal public avec Riad Salameh, prend un sens particulier dans le contexte de soupçons portant sur l’ancienne gouvernance. Le point commun, mis en avant dans les textes, est l’idée de fonds de la Banque du Liban utilisés pour des gains privés, par des mécanismes sophistiqués, dont la finalité est la capture et la dissimulation.

Le dossier Fori: une mécanique de commissions et un circuit de transfert contesté

Le deuxième volet est procéduralement différent, mais politiquement tout aussi lourd. La Banque du Liban décide de se constituer partie civile dans une affaire pendante devant la justice libanaise, mentionnée comme étant suivie par le premier juge d’instruction de Beyrouth. L’objet annoncé est l’appropriation de fonds appartenant à la Banque centrale.

Le cœur de l’affaire est la société Fori. Elle est soupçonnée d’avoir perçu des commissions non légitimes sur des opérations effectuées avec la Banque du Liban. Le mécanisme décrit est répétitif, donc potentiellement massif. Les banques commerciales payaient une commission pour chaque opération de négociation de titres réalisée avec la Banque centrale. Selon la logique avancée, ces commissions auraient dû revenir à la Banque du Liban. Or les textes indiquent qu’elles auraient été transférées intégralement à cette entité liée.

Deux éléments donnent à ce dossier un poids particulier. D’abord, il relie la Banque centrale aux pratiques de marché et à des opérations fréquentes, ce qui suggère que le préjudice dépend du volume et de la durée. Ensuite, il engage la Banque du Liban comme victime directe, donc comme acteur procédural qui peut demander des actes, orienter l’instruction et réclamer des mesures conservatoires.

Les textes précisent que l’affaire est ancienne, mais que la Banque du Liban revendique désormais un rôle plus central et plus actif, tout en rappelant qu’elle suit d’autres procédures dans lesquelles elle a déjà pris la qualité de partie civile, y compris devant la chambre d’accusation de Beyrouth. Cela dessine une stratégie d’ensemble: reprendre la main sur des dossiers ouverts, les pousser, et créer une continuité d’action plutôt qu’un coup unique.

Le « compte des consultations »: un outil interne présenté comme détourné de sa finalité

Un troisième volet est décrit comme en préparation. Il vise des entités et des sociétés identifiées, mais non qualifiées comme banques commerciales. Une société est mentionnée comme bénéficiaire, mais son nom est volontairement gardé sous réserve dans la communication publique.

L’élément central est un compte ouvert à la Banque du Liban sous une appellation renvoyant aux consultations. Les textes décrivent ce compte comme ayant été transformé en outil d’abus systématique. Ils indiquent que d’importants montants y ont transité sans lien avec les missions, objectifs ou règles normales de la Banque du Liban.

Ce volet est particulièrement sensible parce qu’il ne renvoie pas d’abord à l’extérieur. Il renvoie à un instrument interne. Il pose la question des autorisations, des signatures, des validations, et donc de la gouvernance. Dans le cadre du soupçon évoqué sur l’aide interne apportée à Riad Salameh, cette dimension interne devient un fil directeur: si des mécanismes internes ont été utilisés, la cible judiciaire peut s’élargir à ceux qui ont permis l’ouverture, la continuité ou la justification du compte.

Ce que les plaintes « pourraient viser » selon les textes: un périmètre qui dépasse un dossier et un nom

La Banque du Liban décrit explicitement ses procédures comme visant toute personne ou entité ayant participé à l’appropriation, à l’usage abusif, à la dissipation ou à la facilitation de la dissipation de ses fonds, y compris par manquement à des obligations légales ou professionnelles. Cette formule ouvre un périmètre. Elle inclut l’auteur principal supposé. Elle inclut aussi le facilitateur.

Le premier cercle potentiel est celui des bénéficiaires de montages offshore. Les textes décrivent des sociétés écrans, une localisation, et un enrichissement illicite. Ils indiquent aussi que l’enquête pourrait faire apparaître d’autres personnes. Sur ce terrain, le contentieux vise en pratique les actifs, car les sociétés écrans ne sont utiles que si elles servent à recevoir, déplacer et protéger des fonds.

Le deuxième cercle potentiel est celui des circuits de commissions. Le dossier Fori présente un schéma où des commissions payées par les banques commerciales, au titre d’opérations de marché avec la Banque centrale, sont détournées vers une entité liée. Si ce schéma est consolidé, il peut viser les responsables de la structure bénéficiaire, mais aussi ceux qui ont validé le dispositif, ceux qui l’ont maintenu, et ceux qui l’ont couvert.

Le troisième cercle potentiel est celui des comptes internes et des entités bénéficiaires non bancaires. Les textes évoquent un compte utilisé comme outil d’abus systématique. Ils évoquent des montants importants sans lien avec les missions normales. Une telle description implique des validations internes, des justificatifs et des contrôles. La cible peut donc inclure, selon ce qui ressortira, des responsables internes et des bénéficiaires externes.

Le quatrième cercle, plus politique, est lié à l’ancienne gouvernance. Les textes évoquent la situation judiciaire de Riad Salameh, sa détention, sa libération sous caution et l’interdiction de voyager. Ils évoquent aussi le soupçon que d’autres membres de l’institution l’auraient aidé. Cela signifie que, dans la logique de la direction actuelle, les procédures ne visent pas seulement des faits isolés, mais des modes opératoires qui auraient fonctionné dans la durée.

Enfin, un récit rapporte explicitement une action visant Riad Salameh et son frère Raja au titre de l’enrichissement illicite via un montage de sociétés écrans. Même si ce point est présenté dans un compte rendu distinct, il s’insère dans la logique globale: poursuivre des personnes, saisir des actifs, et reconstruire une capacité de paiement en récupérant ce qui a quitté l’institution.

La bataille des actifs: condamnations, saisies, gel et coopération internationale

Dans la communication du gouverneur, la dimension patrimoniale est centrale. Il est question de poursuite des personnes et des entités, mais aussi de saisie des biens meubles et immeubles, et des produits tirés des actes jugés illicites. L’objectif est de sécuriser une future liquidité, présentée comme indispensable au paiement des droits.

Ce choix implique une contrainte pratique. Les procédures peuvent durer, mais les actifs peuvent être déplacés rapidement. D’où l’idée d’une action à l’étranger et d’un recours à des enquêteurs externes. Des textes indiquent que des preuves proviendraient à la fois de registres internes de la Banque du Liban et d’éléments fournis par des enquêteurs externes, ce qui vise à crédibiliser l’accélération.

La dimension internationale est également cohérente avec les montages offshore évoqués. Une localisation comme les îles Caïmans, si elle est effectivement au cœur d’un schéma, suppose des démarches hors du Liban pour identifier les bénéficiaires effectifs, tracer les flux et immobiliser les actifs.

Le chantier sur les violations des circulaires et l’extension vers le secteur bancaire

Un passage fixe un principe juridique interne. Il est affirmé que toute violation des circulaires de la Banque du Liban constitue une infraction pénale, et que la Banque du Liban se réserve le droit de poursuivre les contrevenants devant la juridiction compétente. Cette précision élargit le spectre au-delà des grands dossiers médiatiques. Elle permet d’intégrer des comportements de non-conformité comme partie du même effort de reprise d’autorité.

Dans le même mouvement, la Banque du Liban annonce qu’elle collecte des informations auprès des banques libanaises sur des transferts à l’étranger et des retraits en espèces. Le périmètre est explicitement ciblé: présidents, membres de conseils d’administration, directeurs de banques, ainsi que personnes politiquement exposées et leurs proches. Les textes précisent que ces éléments pourront être transmis à la justice conformément au cadre légal modifié du secret bancaire.

Ce chantier est directement lié à la figure de Riad Salameh comme symbole. Le cœur de la crise libanaise s’est cristallisé sur l’idée d’inégalités de traitement et de captation des sorties. En annonçant une collecte structurée sur les transferts et les retraits des élites bancaires et des personnes exposées politiquement, la Banque du Liban tente d’installer une continuité entre la critique du passé et la supervision du présent.

Documenter la part de l’État jusqu’à fin 2023: un rapport qui vise aussi la responsabilité politique

Un autre chantier annoncé est la préparation d’un rapport complet, appuyé par des documents, destiné à déterminer, circonscrire et estimer l’ensemble des fonds placés à la disposition des gouvernements successifs jusqu’à la fin de l’année 2023, ainsi que les paiements effectués pour le compte de l’État ou sur instruction de l’État. Les formes mentionnées incluent prêts, avances, transferts et facilités de toute nature.

Ce volet modifie l’équilibre du débat public. Il ne vise pas seulement des individus et des sociétés. Il vise à reconstituer la trajectoire institutionnelle de l’argent, y compris quand il a servi à financer des décisions publiques. Cela n’est pas présenté comme un débat d’opinion. C’est présenté comme un acte de documentation, potentiellement utile pour des contentieux, des négociations et des arbitrages de responsabilité.

Dans ce cadre, la figure de Riad Salameh ne sert pas uniquement à incarner un soupçon. Elle sert à rappeler qu’un système de décisions a fonctionné pendant des années. La direction actuelle semble vouloir produire, dossier par dossier, une cartographie des circuits. Cette cartographie peut ensuite nourrir des procédures contre les auteurs, contre les facilitateurs, et contre les bénéficiaires, selon ce que les preuves permettront d’établir.

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