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Brigitte Bardot au Liban, mars 1967 : la visite-éclair qui raconte une époque de Beyrouth

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Brigitte Bardot est décédée aujourd’hui, dimanche 28 décembre 2025. Au-delà du cinéma et des débats que son nom continue de susciter, une séquence revient, presque comme une carte postale surgie d’un autre Liban : son passage à Beyrouth au printemps 1967, en pleine période de glamour méditerranéen. Un séjour bref, très photographié, abondamment raconté ensuite, qui dit autant de la star “BB” que de la place qu’occupait alors la capitale libanaise dans la géographie mondaine internationale.

Ce voyage n’est pas un “chapitre libanais” au sens fort : Bardot ne tourne pas au Liban, ne mène pas de mission officielle, ne s’y installe pas. C’est une parenthèse privée, effectuée avec son mari de l’époque, Gunter Sachs, héritier allemand et figure du jet-set. Mais précisément parce qu’elle est privée, et pourtant exposée, elle a laissé des traces typiques de ces années-là : quelques photos d’agence, des légendes de presse, des récits rétrospectifs, puis un empilement d’histoires colportées par la mémoire collective. Pour être juste, il faut accepter cette matière telle qu’elle est : solide par endroits, floue ailleurs, mais révélatrice dans son ensemble.

Arrivée à Beyrouth : une star mondiale, une ville qui veut être une scène

Ce que l’on peut affirmer sans forcer le trait, c’est que Brigitte Bardot est bien photographiée à Beyrouth en mars 1967 avec Gunter Sachs. Le cliché — noir et blanc, coupe courte, lunettes, posture de star déjà habituée à l’objectif — circule depuis des décennies dans les archives iconographiques. La présence de Bardot, à ce moment précis, n’est pas anecdotique : en 1967, elle est au sommet de sa puissance médiatique. Elle n’est pas seulement connue, elle est traquée, commentée, copiée. Partout où elle passe, les appareils suivent.

Beyrouth, de son côté, est alors dans une phase où elle se “vend” comme capitale de modernité régionale : hôtels de luxe, front de mer, restaurants, clubs, boutiques, presse mondaine. La ville se pense comme un carrefour — pas seulement économique ou diplomatique, mais culturel. Une star mondiale qui s’y montre, même quelques jours, renforce ce récit. C’est l’un des mécanismes du Beyrouth des années 1960 : attirer des figures occidentales et, par ricochet, s’inscrire dans la carte mentale de l’élégance internationale.

La visite de Bardot a donc une portée symbolique disproportionnée par rapport à sa durée. Elle devient une preuve par l’image : “Beyrouth est un endroit où l’on va”.

Le Phoenicia : l’hôtel comme vitrine de la “capitale-monde” libanaise

Dans les récits et les archives associées à ce séjour, un lieu revient avec insistance : le Phoenicia, sur la corniche, à Minet el-Hosn. L’hôtel, ouvert au début des années 1960, est déjà l’un des emblèmes du Beyrouth haut de gamme : architecture internationale, grandes réceptions, piscine, vie sociale dense. On y croise diplomates, hommes d’affaires, célébrités, et une clientèle régionale qui vient chercher, au Liban, une forme de liberté que la région n’offre pas partout.

Les sources disponibles présentent Bardot comme ayant fréquenté — et, selon des récits, séjourné — dans cet univers. Il faut être rigoureux : on dispose davantage d’indices iconographiques et narratifs que d’un registre officiel. Mais le point important est ailleurs : que l’on parle du Phoenicia à propos de Bardot montre le rôle de l’hôtel à l’époque. Il n’était pas simplement un établissement de luxe ; il était une scène. Une star comme Bardot y “fait sens” parce que l’hôtel est précisément conçu pour accueillir ce type de visibilité.

Dans la Beyrouth de 1967, l’hôtellerie n’est pas un décor neutre : c’est un outil de positionnement de la ville. Le Phoenicia participe à une stratégie implicite : hisser Beyrouth au rang des destinations où l’on peut vivre la Méditerranée comme à Cannes, Capri ou Saint-Tropez — avec, en plus, un exotisme proche et une intensité locale.

Dans les souks : la star, les paparazzis, et la ville qui se laisse photographier

Un autre volet du récit est plus urbain, presque sociologique : Bardot aurait été suivie par les photographes dans le centre et les anciens souks. Là encore, la précision absolue est délicate — on est souvent dans la reconstitution, à partir de descriptions et de légendes — mais l’idée est cohérente avec la logique du voyage : sortir, être vue, être poursuivie, et transformer chaque déplacement en mini-événement.

Ce qui compte, c’est le rôle de la ville. Les souks du Beyrouth d’avant-guerre n’étaient pas seulement un marché : c’était un espace de circulation commerciale, artisanale et sociale. Dire que Bardot y passe, c’est rappeler que le centre-ville était vivant, poreux, traversé. Le Beyrouth de 1967 n’est pas encore le Beyrouth des zones sécurisées et des bulles fermées. Une star peut s’y promener, au moins suffisamment pour qu’on en fasse un récit.

Dans la mémoire collective libanaise, cette scène fonctionne comme un cliché total : la star occidentale, l’effervescence urbaine, les passants, les objectifs. Et derrière la nostalgie, une réalité : Beyrouth savait produire de la modernité “visible”, photogénique, exportable.

L’arrêt chez un joaillier : Assaad Georges Daou, le luxe local comme signature

Un détail revient avec constance dans les textes consacrés à ce passage : une visite chez le joaillier Assaad Georges Daou, réputé à l’époque pour une clientèle internationale et régionale. Ce n’est pas un détail décoratif : c’est une information qui éclaire la structure du luxe beyrouthin des années 1960.

Beyrouth ne se contente pas d’offrir des hôtels et une vie nocturne ; elle offre un artisanat haut de gamme, des maisons locales capables de rivaliser en prestige symbolique. Quand une star est associée à un nom, l’effet est double : d’un côté, la star “valide” une adresse ; de l’autre, la ville affirme qu’elle a, sur place, des signatures dignes de ce circuit mondial.

Ce point est important parce qu’il corrige une idée fausse fréquente : la “Beyrouth glamour” n’était pas seulement une imitation occidentale. Elle était aussi faite d’acteurs libanais — commerçants, artisans, hôteliers — qui construisaient une économie du raffinement local. Le récit Bardot-Daou, qu’il soit reconstitué ou documenté par des mentions répétées, raconte cette ambition : être une capitale où le luxe peut être libanais.

Les nuits de Beyrouth : entre rumeurs, clubs, et une culture de la fête

À partir de ce moment, les sources deviennent plus bruyantes. Beaucoup de publications de mémoire — notamment issues d’archives de presse locale reprises sur les réseaux — évoquent la vie nocturne beyrouthine, et citent des lieux à la mode, dont “Les Caves du Roy”, club associé à l’hôtel Excelsior. Là, il faut distinguer deux choses.

Premièrement, l’existence de ces lieux et leur statut dans le Beyrouth des années 1960 est un fait largement attesté : la ville était un centre de sortie majeur, avec des établissements qui mélangeaient restauration, cabaret, danse, mondanité, et une forme de permissivité que la région regardait avec fascination. Des clubs et restaurants devenaient des “adresses” au sens fort : des lieux où l’on existe socialement.

Deuxièmement, l’affirmation précise “Bardot a passé telle soirée dans tel club” relève plus souvent du récit d’époque et de sa reprise que d’un document irréfutable. Il est possible que cela soit exact ; il est difficile, en l’état des éléments publics, d’en faire une certitude absolue sans archives primaires (articles datés, photos légendées, témoignages contemporains).

Mais, encore une fois, l’essentiel est l’arrière-plan : si l’on associe Bardot à la nuit beyrouthine, c’est parce que Beyrouth était, à ce moment, une capitale de la nuit. Le simple fait que cette association paraisse plausible en dit long sur la ville.

L’échappée vers Byblos : le Liban “mer et antiquité” en version jet-set

Le récit de ce passage ne se limite pas à Beyrouth. Byblos (Jbeil) est souvent mentionnée comme une étape, avec le Byblos Fishing Club comme adresse emblématique. Là, on touche à une autre dimension du tourisme libanais des années 1960 : le mélange entre mer, patrimoine, et table.

Byblos offrait ce que les visiteurs recherchaient : un port ancien, une impression d’histoire continue, une beauté facile à photographier, et une proximité avec la capitale. Le Byblos Fishing Club, fondé au début des années 1960 par Pépé Abed — figure du tourisme libanais — se prête parfaitement à ce récit : lieu de poissons et de convivialité, adresse qui attire les visiteurs étrangers, et qui finit par s’entourer d’une mythologie de “mur des célébrités”. Là encore, la mécanique est typique : un lieu se construit une légende, et la légende attire.

Attribuer à Bardot une excursion à Byblos n’est pas absurde ; c’est même cohérent avec l’itinéraire “classique” d’une visite au Liban à l’époque. Mais l’intérêt journalistique n’est pas de transformer une probabilité en certitude : il est de montrer comment le Liban se présentait alors aux visiteurs aisés — mer, antiquité, gastronomie, hospitalité.

Le départ par la mer et l’épisode de la panne : quand le récit se transforme en légende

Une histoire revient fréquemment dans les textes consacrés à ce voyage : Bardot aurait quitté le Liban par bateau, à bord d’un navire ou yacht nommé “Vandura”, avant de connaître un incident mécanique en mer, nécessitant une assistance. Ce type d’épisode est typiquement ce qui colle aux mythes : la star, la Méditerranée, l’imprévu, le sauvetage.

Ici, la prudence est obligatoire. Ce récit est rapporté dans des textes à tonalité “mémoire” ou “guide”, pas dans des archives maritimes publiquement accessibles et recoupées. Il n’est pas impossible qu’un incident ait eu lieu ; il est difficile d’en écrire les détails comme on écrirait un fait divers vérifié.

Mais l’existence même de cette histoire — vraie, amplifiée, ou réinventée — dit quelque chose : en 1967, un voyage mondain au Liban pouvait encore se vivre par la mer, dans une Méditerranée où la mobilité n’était pas entièrement industrialisée et sécurisée. Le voyage avait une texture. Il pouvait avoir un risque.

Ce que révèle, en creux, la “parenthèse Bardot” à Beyrouth

Pourquoi revenir sur ce passage aujourd’hui, alors que Brigitte Bardot vient de mourir ? Parce que cette parenthèse libanaise fonctionne comme un document sur Beyrouth.

D’abord, elle rappelle une centralité. Beyrouth, en 1967, n’est pas seulement une ville “belle” ou “animée”. Elle est un aimant. Une capitale où le monde passe, où les célébrités peuvent apparaître, où l’on trouve des hôtels, des boutiques, des clubs et des itinéraires compatibles avec le circuit international de l’époque.

Ensuite, elle rappelle une structure économique et culturelle. Les hôtels de luxe, les adresses commerciales réputées, les restaurants-icônes : tout cela compose une économie urbaine orientée vers l’extérieur, vers l’image, vers l’attractivité. Beyrouth avait compris très tôt ce que d’autres villes appellent aujourd’hui le “branding” : produire une histoire que l’on peut vendre.

Enfin, elle agit comme un contraste brutal avec ce que le Liban est devenu après les guerres, les crises et l’effondrement financier. Relire mars 1967, c’est voir un Liban qui se projette dans l’avenir, qui mise sur l’ouverture, qui capitalise sur sa position de carrefour. La nostalgie n’est pas une analyse, mais le contraste est un fait : ce Liban-là n’est plus disponible.

La visite de Brigitte Bardot n’a pas “fait” l’histoire du pays. Elle en est une photographie. Un instant où le Liban pouvait encore être une destination de désir, et où Beyrouth pouvait se vivre comme une scène internationale. Aujourd’hui, alors que Bardot disparaît, cette image revient — non pour idéaliser, mais pour mesurer ce qui a été, et ce que la crise a décomposé.

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