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Cisjordanie : intensification des démolitions et des pressions de colons dans la vallée du Jourdain contraint quinze familles palestiniennes au déplacement forcé traiter

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En ce 18 février 2026, la vallée du Jourdain, dans la Cisjordanie occupée, est le théâtre d’un nouvel épisode de tensions exacerbées. Des colons israéliens, soutenus par les forces de sécurité, ont contraint quinze familles palestiniennes à démanteler leurs habitations et à quitter leurs terres ancestrales, marquant une accélération des dynamiques de déplacement qui minent la stabilité de la région. Cet incident, survenu dans la communauté d’Al-Burj, illustre les mécanismes persistants de fragmentation territoriale, alimentés par des démolitions récurrentes et une violence accrue. Selon des témoins locaux et des rapports officiels, ces familles, composées majoritairement de Bédouins, ont été exposées à des attaques nocturnes répétées, incluant des incendies de tentes et des vols de bétail, les poussant à un exode contraint pour préserver leur sécurité.

Les faits rapportés

Les événements se sont déroulés dans un contexte de montée en puissance des activités de colons dans la vallée du Jourdain, une zone stratégique qui représente environ un tiers de la Cisjordanie et qui est riche en ressources hydriques et agricoles. D’après des sources locales citées par l’agence de presse palestinienne Wafa, les quinze familles d’Al-Burj ont commencé à démonter leurs structures en tôle et en toile dès le début de la semaine, sous la menace directe de colons armés. Mahdi Daraghmeh, chef du conseil du village d’Al-Malih, a décrit la situation comme une “campagne d’intimidation systématique”, où les assaillants, souvent escortés par des militaires israéliens, ont multiplié les raids nocturnes. “Les familles n’avaient d’autre choix que de partir pour éviter une catastrophe”, a-t-il déclaré, soulignant que sept autres familles de la communauté voisine d’Al-Maita avaient subi le même sort quelques jours plus tôt.

Ces déplacements s’inscrivent dans une vague plus large de démolitions et de confiscations. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), près de 700 Palestiniens ont été déplacés rien qu’en janvier 2026 en raison de violences liées aux colons, un record depuis octobre 2023. L’incident d’Al-Burj fait écho à la destruction récente de quinze habitations palestiniennes près de Jéricho, où des colons ont utilisé des bulldozers pour raser des structures résidentielles et un enclos pour animaux, comme rapporté par des résidents et des activistes. L’armée israélienne a nié toute implication directe dans ces démolitions, affirmant qu’une enquête était en cours, mais des témoins oculaires ont confirmé la présence de troupes assurant la protection des colons pendant l’opération.

Plus au nord, dans la région de Naplouse et de Salfit, les forces israéliennes ont procédé à des démolitions massives. À Qarawat Bani Hassan, des bulldozers ont forcé l’évacuation de trois maisons, coupant l’électricité au préalable, sous prétexte d’absence de permis de construction. Ces permis, délivrés par les autorités israéliennes en zone C – qui couvre 60 % de la Cisjordanie –, sont notoirement difficiles à obtenir pour les Palestiniens, selon des experts de l’ONU. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a documenté que, depuis le début de l’année, 101 structures ont été démolies pour manque de permis, entraînant le déplacement de 184 personnes, dont 98 enfants. “La violence des colons, soutenue par les forces de sécurité israéliennes, efface de vastes étendues de la zone C et de la vallée du Jourdain”, a indiqué un rapport du HCDH daté du 28 janvier 2026.

À Ras Ein al-Auja, une communauté bédouine de 130 familles a été entièrement déplacée après des mois de harcèlement, incluant des attaques nocturnes et des restrictions d’accès à l’eau. Farhan Jahaleen, un résident bédouin, a témoigné auprès de l’AFP : “Ce qui se passe aujourd’hui est l’effondrement complet de la communauté à la suite des attaques continues et répétées des colons, jour et nuit, au cours des deux dernières années.” Ces faits soulignent une stratégie coordonnée, où les colons établissent des avant-postes illégaux – quatre en zone B en 2025 seul – pour étendre leur contrôle territorial. L’armée israélienne a émis des ordres d’évacuation et saisi des terres pour ériger une barrière de séparation, isolant la vallée du Jourdain du reste de la Cisjordanie et coupant l’accès à 50 000 dounams de terres agricoles pour environ 900 Palestiniens.

Dans le sud, à Masafer Yatta, des colons du ranch Nahal Adasha ont intensifié leurs incursions, transformant des visites isolées en spectacles de domination coordonnés. Des familles entières ont été forcées de quitter leurs pâturages, avec des blocages routiers et des démolitions rendant la vie quotidienne intenable. Le consortium de protection de la Cisjordanie, un groupe d’ONG, a rapporté que les colons opèrent avec une impunité totale, amplifiée par l’absence de pression internationale sur Israël. Allegra Pacheco, directrice du consortium, a affirmé : “Personne ne met de pression sur Israël ou sur les autorités israéliennes pour arrêter cela, et les colons le sentent ; ils ressentent une impunité complète et se sentent libres de continuer.”

Ces incidents ne sont pas isolés. À Ein a-Duyuk a-Tahta, près de Jéricho, une trentaine de colons, protégés par l’armée, ont attaqué des résidents et démoli vingt structures, dont quinze habitations. L’armée a ouvert une enquête, mais les critiques soulignent que de telles enquêtes aboutissent rarement à des poursuites. Par ailleurs, dans le camp de réfugiés de Nour Shams, des bulldozers israéliens ont rasé 100 appartements, contribuant à la destruction de 4 487 structures dans les camps de Cisjordanie depuis janvier 2025, déplaçant 42 000 personnes. Ces opérations, souvent justifiées par des motifs de sécurité, visent selon l’ONU à consolider l’annexion en empêchant toute continuité territoriale palestinienne.

Les effets sociaux : déplacement, précarité, peur

Les conséquences humaines de ces démolitions et pressions sont profondes et multiformes. Le déplacement forcé génère une précarité immédiate, privant les familles de leurs moyens de subsistance. Dans la vallée du Jourdain, où l’agriculture et l’élevage sont vitaux, les Bédouins comme ceux d’Al-Burj perdent non seulement leurs maisons, mais aussi leurs troupeaux et leurs accès à l’eau. Rashid, une jeune mère de Ras Ein al-Auja, a décrit à Deutsche Welle comment le harcèlement incessant l’a forcée à partir : “Le harcèlement par les colons israéliens était devenu insupportable.” Avec 375 personnes déplacées de cette communauté seule, dont 186 enfants et 91 femmes, les familles se retrouvent souvent dans des camps improvisés, sans services de base comme l’électricité ou l’eau potable.

La peur est un facteur omniprésent. Les attaques nocturnes, les incendies de tentes et les vols de bétail créent un climat de terreur psychologique. À Al-Meite, près du checkpoint de Tayasir, des familles ont démantelé leurs abris après que des colons aient brûlé des tentes appartenant à des déplacés précédents, envoyant un message clair d’intimidation. Moataz Bisharat, un responsable local, a rapporté que ces actes visent explicitement les enfants et les femmes, rendant la présence palestinienne intenable. L’OCHA note que ces déplacements ont un impact disproportionné sur les enfants, avec 98 mineurs affectés par les démolitions pour manque de permis en 2026. “Les communautés se désintègrent sous la pression constante”, a indiqué un rapport de l’ONU, soulignant que la violence des colons accélère l’émigration et l’exode interne.

La précarité économique s’aggrave avec la perte de terres. Près de Qalqilya, la déclaration de 694 dounams comme “terres d’État” par l’Administration civile israélienne pave la voie à une nouvelle colonie, “Dorot”, isolant les Palestiniens de leurs ressources. À Al-Khader, un bâtiment résidentiel de deux étages abritant quatre appartements a été démoli, laissant des familles sans toit. Ces actes contribuent à une érosion progressive de la présence palestinienne, avec des communautés entières comme Ras Ein al-Auja vidées en quelques mois. Le HCDH a averti que la violence des colons, soutenue par les forces israéliennes, efface des pans entiers de la zone C, augmentant la vulnérabilité des populations bédouines.

L’inquiétude jordanienne et la lecture stratégique de fragmentation

La Jordanie observe ces développements avec une appréhension croissante, voyant dans l’annexion progressive de la Cisjordanie une menace directe à sa stabilité. Le roi Abdallah II a réaffirmé son “refus absolu” de toute mesure israélienne visant à annexer la Cisjordanie, qualifiant ces actions d’“illégales” et susceptibles d’exacerber le conflit. Lors d’une visite aux Émirats arabes unis, il a insisté sur le fait que de telles politiques “minent les efforts pour restaurer le calme”. Le ministère jordanien des Affaires étrangères a condamné la désignation de terres en Cisjordanie comme “terres d’État”, la considérant comme une violation du droit international et de la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui condamne les changements démographiques dans les territoires occupés depuis 1967.

Cette inquiétude s’ancre dans une lecture stratégique de fragmentation. Amman craint un “transfert silencieux” des Palestiniens vers la Jordanie, rendant la vie en Cisjordanie invivable par des pressions économiques et sécuritaires. Des analystes jordaniens, comme Mamdouh al-Abbadi, ancien vice-Premier ministre, avertissent que “le transfert n’est plus une menace ; il passe à l’exécution”. Avec trois millions de Palestiniens en Cisjordanie, une annexion pourrait entraîner un exode massif, équivalent à un quart de la population jordanienne actuelle. Le roi a évoqué ses “lignes rouges” : pas de déplacement forcé, pas de patrie alternative, pas de liquidation de la cause palestinienne. Ces mesures, incluant l’abrogation d’une loi jordanienne restreignant la vente de terres aux non-musulmans et la reprise des enregistrements fonciers en zone C, facilitent selon les experts l’expulsion des Palestiniens en rendant la preuve de propriété quasi impossible.

La fragmentation territoriale est vue comme une stratégie pour enterrer l’idée d’un État palestinien. Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances, a déclaré que ces changements permettraient aux colons juifs de forcer les Palestiniens à céder leurs terres, affirmant : “Nous continuerons à enterrer l’idée d’un État palestinien.” Pour la Jordanie, cela menace non seulement la paix régionale mais aussi sa propre intégrité, avec des risques de déstabilisation interne. L’avis consultatif de la Cour internationale de Justice a renforcé cette position, affirmant l’illégalité de l’occupation et des mesures d’annexion. Des sources jordaniennes confirment que les politiques d’“apaisement” envers les mouvements islamistes sont obsolètes face à ces évolutions, craignant un “tremblement de terre régional” si l’annexion s’accélère.

La notion de “fait accompli” et ses conséquences régionales

Le concept de “fait accompli” domine ces dynamiques, où les actions unilatérales israéliennes créent des réalités irréversibles sur le terrain. L’approbation par le cabinet de sécurité israélien, le 8 février 2026, de mesures approfondissant le contrôle sur les zones A et B – incluant la déclassification des registres fonciers et le transfert de la planification de sites religieux aux autorités israéliennes – efface les distinctions légales entre la Cisjordanie occupée et le territoire israélien souverain. Ces décisions, condamnées par le secrétaire général de l’ONU António Guterres comme “érodant la perspective d’une solution à deux États”, facilitent l’expansion des colonies et augmentent la pression sur les propriétaires palestiniens.

Les conséquences régionales sont immédiates. L’Arabie saoudite, l’Égypte, le Qatar et la Jordanie ont qualifié ces mesures d’illégales, visant à imposer une réalité administrative nouvelle qui sape les efforts de paix. Guterres a averti que “l’accélération de la dépossession des Palestiniens et l’expansion des colonies israéliennes ne feront rien pour apporter la stabilité et la paix tant nécessaires à la région”. Plus de 85 États membres et organisations régionales ont condamné ces décisions lors d’une déclaration conjointe le 17 février 2026, appelant à leur inversion immédiate.

Dans la vallée du Jourdain, ce “fait accompli” se manifeste par l’établissement d’avant-postes et la saisie de terres, isolant les communautés palestiniennes. À Wadi Qana, près de Qalqilya, la déclaration de terres comme réserve naturelle masque une appropriation, coupant l’accès à des ressources essentielles. Le HCDH note que la violence des colons a déplacé 4 037 Palestiniens depuis octobre 2023, concentrée en zone C et en vallée du Jourdain, avec une augmentation alarmante en zone B. Ces actes, soutenus par les forces israéliennes, créent un environnement coercitif favorisant le transfert forcé, comme à Al-Hadidiya, où seule une douzaine de familles sur dix-sept subsistent après l’implantation d’un avant-poste.

Les implications s’étendent au-delà de la Cisjordanie. La Ligue arabe et l’Organisation de la coopération islamique ont condamné ces mesures lors d’une déclaration conjointe le 10 février 2026, soulignant leur impact sur la stabilité régionale. En Jordanie, des sources officielles affirment que ces politiques menacent directement la frontière est, avec des risques de flux migratoires incontrôlés. L’Union européenne et les Nations unies ont réitéré que ces actions violent le droit international humanitaire, accélérant la fragmentation et minant toute perspective de négociation. À Silwan, à Jérusalem-Est, des avis de démolition pour quinze maisons en al-Bustan illustrent cette stratégie, où des bulldozers arrivent avec un préavis minimal, privant les résidents de recours légaux.

Ces développements récents, incluant les raids sur les camps de réfugiés et les attaques sur les infrastructures d’eau – comme à Al-Khamma, où des colons ont vandalisé des pipelines affectant 100 000 Palestiniens –, renforcent un cycle de dépossession. Le 17 février 2026, des forces israéliennes ont démoli une maison à Silat al-Harithiya, près de Jénine, et blessé deux enfants lors d’un raid près de Ramallah. Ces incidents, cumulés, perpétuent une réalité où la présence palestinienne est progressivement effacée, avec des répercussions sur les dynamiques géopolitiques impliquant Israël, la Palestine, la Jordanie et les acteurs internationaux.

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