lundi, février 23, 2026

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“Conseil de la paix”: l’argent est là, mais qui gouverne Gaza demain

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Une promesse spectaculaire, un flou organisé: l’architecture du “Conseil de la paix” se heurte à la question de la légitimité

Le “Conseil de la paix” est présenté comme une initiative censée accélérer la reconstruction de Gaza et ouvrir une séquence de stabilisation. Sur le papier, l’argument est simple: des financements peuvent être réunis, des forces peuvent être déployées, et un cadre multilatéral peut être affiché. Mais les éléments disponibles montrent que le véritable obstacle n’est pas financier. Il est politique et sécuritaire. Une analyse citée à Washington insiste sur ce point en affirmant que le défi du “Conseil de la paix” n’est pas l’argent, mais la légitimité locale et le consensus international, décrits comme décisifs. Cette idée est structurante parce qu’elle renverse le récit de l’urgence humanitaire: même si les montants existent, ils n’achètent pas une autorité reconnue, ni une architecture de sécurité acceptée, ni une gouvernance capable de durer sans replonger dans le cycle des affrontements. Le dispositif ressemble donc à une coalition de moyens sans garantie de finalité, et c’est exactement là que la gouvernance devient le point de rupture.  

Le “Conseil” est décrit comme ayant été formalisé par une signature d’un “pacte fondateur” à Davos, le 22 janvier 2026, avec Donald Trump et des dirigeants et représentants des États participants. Ce moment, mis en scène comme un acte fondateur, vise à produire un symbole de rupture: un organe nouveau, censé être plus opérationnel que les formats existants. Mais cette mise en scène alimente aussi la critique centrale: si un organe naît dans un cadre externe et sous impulsion américaine, comment obtiendra-t-il une acceptation réelle à Gaza, et comment évitera-t-il de devenir un instrument de politiques nationales plutôt qu’un outil de gouvernance locale? La même source évoque explicitement l’idée que le système, dans sa forme actuelle, est dominé par les États-Unis et qu’il est difficile de le qualifier d’organisation internationale dotée d’une légitimité démocratique. Autrement dit, le “Conseil” porte en lui une faiblesse originelle: la vitesse et la centralisation qui le rendent attractif pour ceux qui veulent “faire”, sont aussi ce qui le rend contestable pour ceux qui exigent une base de droit, une gouvernance partagée et une continuité avec l’architecture onusienne.  

Vingt pays, puis vingt-sept, et des réserves publiques: l’adhésion existe, mais la défiance structure déjà le mécanisme

Le premier test du “Conseil” n’est pas l’annonce d’un plan. C’est la liste des présents et des absents, et la manière dont chacun justifie son choix. Un document indique qu’une réunion inaugurale doit se tenir à Washington avec la présence de délégations d’au moins vingt pays, “au milieu des réserves d’un grand nombre d’États”. Ce point compte parce qu’il décrit une participation par prudence plus que par conviction. Venir, c’est ne pas rester en dehors d’un format que Washington pousse. Mais venir ne signifie pas se lier, ni valider l’architecture. Une autre source parle d’une participation plus large, avec des délégations de vingt-sept pays, ainsi que des représentants de l’Union européenne et d’organisations internationales. L’écart entre “au moins vingt” et “vingt-sept” ne change pas le fond: la coalition est suffisante pour la communication, mais elle n’est pas homogène, et cette hétérogénéité se voit dans la multiplication des réserves sur la gouvernance, la compatibilité avec la Charte des Nations unies, et le risque de marginalisation des institutions onusiennes.  

Les réserves ne sont pas un bruit de fond. Elles sont décrites avec des exemples concrets. L’Allemagne est citée parmi les pays ayant refusé d’adhérer, puis ayant annoncé une participation en précisant son attachement au rôle des Nations unies. La Commission européenne est mentionnée comme exprimant des questions sur le “champ d’application”, la “gouvernance” et l’alignement avec la Charte des Nations unies, tout en envoyant une “commissaire chargée de la Méditerranée”. Des pays comme la Pologne et le Mexique sont évoqués comme refusant de participer. L’Italie est décrite comme rompant une tendance européenne en participant à titre d’observateur malgré le refus de l’opposition italienne. Même des États éloignés du dossier, comme le Vietnam, sont cités dans la liste des participants, ce qui souligne le caractère composite de la coalition. Ce tableau dit une chose: le “Conseil” attire par son énergie politique, mais inquiète par son design institutionnel. Il peut agréger des participants, mais il peine à verrouiller une doctrine commune sur la gouvernance de l’après-guerre, ce qui est pourtant la condition de sa crédibilité.  

5 milliards annoncés, une force de stabilisation et “des milliers” d’hommes: la sécurité est posée avant la politique, au risque de l’échec

Le “Conseil de la paix” se présente aussi comme une machine à livrer des annonces. Plusieurs éléments convergent vers une séquence où un plan de reconstruction est mis en avant à hauteur de 5 milliards de dollars “jusqu’à présent”, accompagné de détails attendus sur la formation d’une “force de stabilisation” approuvée par les Nations unies. Les mêmes passages indiquent que Donald Trump doit insister sur le désarmement du Hamas et sur le début d’une phase visant à imposer l’ordre. Mais le texte insiste en parallèle sur un point qui fragilise l’ensemble: l’incertitude sur les calendriers, sur les étapes, et sur la méthode d’exécution de ces annonces. Cette incertitude est exactement le type de vide qui, dans les reconstructions post-conflit, finit par détruire la crédibilité des promesses, parce qu’un montant sans plan de gouvernance et sans chaîne de décision locale se heurte à la réalité du terrain.  

Un autre bloc d’informations décrit l’ambition des organisateurs: obtenir, en plus des engagements financiers, des promesses d’envoi de forces à la “force de stabilisation internationale” et à une police locale, avec l’idée que cette force serait “d’un rang supérieur” à une nouvelle police de Gaza et qu’elle coordonnerait avec l’armée israélienne à l’extérieur de l’enclave. Le même texte mentionne que Trump a parlé, un dimanche, d’engagements déjà obtenus, incluant 5 milliards et des promesses d’envoi de “milliers” de personnels à cette force et à la police. Mais le document décrit aussi un “grand enlisement” sur le volet police, quatre mois après un cessez-le-feu: les plans de création d’une force de police de l’après-Hamas auraient largement trébuché, à cause de désaccords sur la composition et le financement, et à cause du flou sur la question du désarmement volontaire du Hamas. Cette opposition entre l’annonce et la mécanique est centrale. Le “Conseil” part d’un réflexe sécuritaire: imposer un ordre avant de régler la gouvernance. Or, dans Gaza, imposer un ordre sans gouvernance crédible peut produire l’inverse de la stabilité, parce que l’autorité qui sécurise sans être légitime est perçue comme occupation, sous-traitance ou administration externe.  

La vraie bataille: qui administre Gaza, avec quel mandat, et sous quel parapluie de droit international

La question de gouvernance apparaît comme la ligne de faille la plus dangereuse. Une source évoque explicitement que des États arabes et du Golfe ne veulent pas injecter des investissements massifs dans la reconstruction sans garanties politiques claires sur l’avenir du “gouvernement palestinien”, et sans arrangements sécuritaires stables empêchant la reprise des combats. Ce point est crucial parce qu’il désigne l’angle mort du “Conseil”: financer des immeubles est plus facile que financer une autorité. Les donateurs peuvent promettre des montants. Ils hésitent à financer un système de gouvernance qui risque d’être renversé, contesté ou détruit par un nouveau cycle de violence. Pour ces pays, l’enjeu n’est pas une ligne budgétaire. C’est le mandat politique: qui parle au nom des Palestiniens à Gaza, qui contrôle les forces sur le terrain, et comment éviter que l’investissement ne se transforme en perte sèche au premier choc. Le “Conseil de la paix”, en voulant accélérer, se retrouve donc face à une exigence classique des bailleurs: pas de reconstruction sans architecture de pouvoir lisible.  

Cette exigence de mandat se combine avec une autre inquiétude, explicitement formulée: le risque que le “Conseil” marginalise les Nations unies et le Conseil de sécurité, et qu’il prenne des prérogatives trop larges sur la scène internationale. Le texte souligne des craintes de contournement du système onusien, et, côté européen, des demandes de compatibilité avec la Charte des Nations unies. Ces réserves ne sont pas seulement juridiques. Elles sont politiques. Elles disent que l’ONU, malgré ses limites, reste un lieu de légitimité minimale, surtout lorsqu’il s’agit d’un territoire occupé, de reconstruction, de déploiement de forces et de statut final. Si le “Conseil” donne l’impression d’un format parallèle, il risque d’être contesté non seulement par des adversaires de Washington, mais aussi par des alliés qui refusent d’assumer un précédent de gouvernance ad hoc dominée par une seule puissance. Le résultat, c’est que la gouvernance de Gaza ne peut pas être résolue uniquement par un format. Elle exige un compromis qui donne à la fois une légitimité locale, un parapluie international, et une cohérence régionale. Or les documents disponibles montrent que ce compromis est précisément ce qui manque aujourd’hui, et que le “Conseil” est lancé au moment où les questions sont encore ouvertes: désarmement du Hamas, retrait israélien, futur gouvernement palestinien, et stabilité durable.  

Un plan à vingt points, des forces “islamiques”, et le risque de sous-traiter la politique à la sécurité

Le “Conseil de la paix” est rattaché, dans les documents, à une “planification” plus large, décrite comme une initiative en vingt points. Cette initiative inclurait la formation d’une force issue de pays islamiques pour superviser une période de transition, reconstruire et soutenir la reprise économique. La Turquie est citée comme participant à la première réunion du “Conseil”, avec le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan représentant Recep Tayyip Erdogan, et Erdogan est cité exprimant l’espoir que le “Conseil” contribue à une stabilité durable et à la paix recherchée à Gaza. Ces éléments montrent que Washington cherche à donner au dispositif une coloration régionale, afin de réduire l’accusation d’un projet purement occidental ou imposé. Mais cette coloration ne résout pas la question du mandat palestinien. Elle peut même la compliquer si la force régionale est perçue comme un écran qui évite de trancher la question la plus sensible: qui gouverne au quotidien, qui lève l’impôt, qui contrôle les frontières intérieures, qui gère la justice, qui gère les services. Une force peut surveiller, mais elle ne remplace pas une autorité politique reconnue.  

Le risque le plus visible est celui de la “solution technique” à un problème politique. Les documents décrivent des tensions autour de l’idée d’appuyer des milices locales soutenues par Israël, présentées comme une option qui a suscité un désaccord au sein d’un centre de coordination civilo-militaire multinational dans le sud d’Israël. Un “source occidentale” est citée affirmant qu’il y a eu un rejet sévère de cette idée, en soulignant qu’il ne s’agit pas de simples bandes criminelles mais d’acteurs soutenus par Israël. Ce passage est important parce qu’il expose une tentation récurrente: chercher une sécurité rapide par des relais locaux, au prix d’une perte totale de légitimité. Si la gouvernance est construite sur des forces perçues comme des supplétifs, la reconstruction devient une administration de contrainte, et elle nourrit de nouveaux cycles de contestation. Dans cette logique, le “Conseil de la paix” peut annoncer des milliards et des forces. Il ne peut pas décréter la légitimité. Et c’est précisément pour cela que la gouvernance revient toujours comme question centrale, plus déterminante que les montants annoncés.  

La reconstruction comme miroir: sans lien avec la Cisjordanie, la “stabilité” risque d’institutionnaliser la fragmentation

Une critique plus stratégique apparaît: concentrer l’effort sur Gaza sans lier la trajectoire à la Cisjordanie et à l’ensemble des territoires occupés. Une source cite des experts avertissant que se focaliser sur Gaza sans rattacher le dossier à la Cisjordanie peut renforcer la fragmentation, contredire des décisions onusiennes qui considèrent les territoires occupés comme une unité, et éloigner l’horizon d’un État palestinien. Cette critique vise le cœur du récit du “Conseil”. En promettant une reconstruction rapide et une stabilisation par la sécurité, le dispositif risque d’offrir une solution de gestion, pas une solution politique. Or, une reconstruction qui stabilise Gaza tout en laissant la Cisjordanie se transformer par des mesures unilatérales et une expansion sur le terrain produit une contradiction: elle finance la survie d’un territoire tout en entérinant la disparition d’un cadre politique commun. Cela explique pourquoi l’adhésion internationale est prudente. Beaucoup d’États peuvent soutenir une reconstruction humanitaire. Beaucoup hésitent à soutenir un mécanisme qui, par sa structure, pourrait consacrer un découplage durable entre Gaza et la Cisjordanie.  

C’est aussi sur ce point que la gouvernance devient un enjeu de narratif. Si Gaza est “gouvernée” par un dispositif de stabilisation et de reconstruction sans horizon politique global, alors la gouvernance n’est plus un levier de souveraineté palestinienne. Elle devient une gestion de crise permanente, administrée par un assemblage d’acteurs extérieurs. Le “Conseil de la paix” est donc confronté à une alternative brutale. Soit il devient un outil transitoire qui prépare une gouvernance palestinienne reconnue, avec des garanties régionales et internationales. Soit il devient un outil de gestion qui remplace la politique par la sécurité, et la souveraineté par l’administration. Les documents disponibles montrent que la première option est affichée comme intention, mais que la seconde est contenue dans les mécanismes évoqués: désarmement prioritaire, force de stabilisation, police de l’après-Hamas, coordination avec l’armée israélienne, et doutes persistants sur le calendrier, les étapes, l’exécution, et l’acceptation locale. Ce contraste explique pourquoi le “Conseil de la paix” est présenté comme une promesse de reconstruction, mais immédiatement rattrapé par la question de gouvernance: qui décide, au nom de qui, et avec quel droit.  

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