dimanche, janvier 18, 2026

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Cryptomonnaies au Liban : une échappatoire financière dans un vide légal

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Dans un Liban où la confiance dans le système bancaire s’est effondrée, les cryptomonnaies comme le Bitcoin émergent comme une bouée de sauvetage pour une population désespérée de protéger ses maigres ressources. « Face à l’instabilité de la livre libanaise, de nombreux Libanais investissent dans le Bitcoin et d’autres cryptomonnaies comme alternative à l’épargne bancaire. Cependant, le gouvernement n’a pas encore mis en place de cadre légal clair pour réguler ces transactions », rapporte un quotidien local. Si cette ruée vers les monnaies numériques traduit une quête de stabilité dans un pays en crise, elle ouvre aussi la porte à des risques majeurs, dans un vide réglementaire où fraudes et blanchiment d’argent pourraient prospérer.

Une alternative à une monnaie en chute libre

L’essor des cryptomonnaies au Liban n’est pas un phénomène isolé : il est la réponse directe à une crise bancaire qui, depuis octobre 2019, a gelé les dépôts de millions de citoyens et réduit la livre libanaise à une coquille vide. Avec une dévaluation de plus de 98 % et un taux de change au marché noir dépassant 100 000 livres pour un dollar en 2025, la monnaie locale n’inspire plus confiance. Les restrictions bancaires – retraits limités à 100 ou 200 dollars par mois, souvent en livres dévaluées – ont poussé les Libanais à chercher des alternatives pour préserver leur pouvoir d’achat ou transférer des fonds à l’étranger.

« Investissent dans le Bitcoin et d’autres cryptomonnaies », les citoyens, des jeunes entrepreneurs aux familles dépendantes de la diaspora, se tournent vers ces actifs numériques pour contourner un système bancaire paralysé. Le Bitcoin, l’Ethereum ou le Tether (USDT), une stablecoin indexée sur le dollar, gagnent en popularité grâce à leur accessibilité via des plateformes d’échange internationales comme Binance ou Kraken. Avec un smartphone et une connexion Internet – malgré les coupures d’électricité fréquentes – n’importe qui peut convertir des dollars « frais » ou des livres en cryptos, échappant ainsi aux griffes des banques. En 2023, une étude estimait que 15 % des Libanais avaient déjà utilisé des cryptomonnaies, un chiffre probablement sous-estimé aujourd’hui vu l’aggravation de la crise.

Un marché dopé par la crise

La crise bancaire, qui a vu 170 milliards de dollars de dépôts s’évaporer dans un mélange de mauvaise gestion, de corruption et de ponction illégale, est le moteur de cette adoption massive. « Comme alternative à l’épargne bancaire », les cryptomonnaies offrent une décentralisation séduisante : pas de banque centrale pour manipuler la valeur, pas de guichet pour limiter les retraits. Les Libanais, habitués à jongler avec des dollars cash ou des transferts via Western Union, trouvent dans le Bitcoin un moyen de stocker de la valeur hors du système traditionnel, voire de payer des biens et services localement – certains commerçants à Beyrouth acceptent désormais les paiements en USDT.

Les échanges peer-to-peer (P2P), où acheteurs et vendeurs se rencontrent via Telegram ou WhatsApp, explosent aussi. Un dollar « frais » acheté au marché noir peut être converti en cryptomonnaie en quelques minutes, souvent à un taux plus avantageux que celui des bureaux de change officiels. Cette fluidité attire une population jeune et technophile – les moins de 35 ans représentent 40 % des habitants – mais aussi des entrepreneurs cherchant à contourner les sanctions bancaires ou à exporter des fonds vers des pays comme les Émirats arabes unis ou la France, où la diaspora libanaise est florissante.

Un vide réglementaire inquiétant

Pourtant, cette effervescence se déroule dans un flou juridique total. « Le gouvernement n’a pas encore mis en place de cadre légal clair pour réguler ces transactions », un constat qui reflète l’incapacité chronique de l’État libanais à s’adapter aux réalités modernes. Alors que des pays comme les États-Unis ou les membres de l’UE ont instauré des lois sur les cryptomonnaies – taxes sur les gains, registres des échanges, lutte contre le blanchiment – le Liban reste un no man’s land réglementaire. La Banque du Liban, engluée dans des scandales et une crise de légitimité, a émis des mises en garde en 2017 contre l’usage du Bitcoin, le qualifiant de « risqué », mais aucune législation n’a suivi.

Ce vide n’est pas anodin dans un pays en défaut de paiement depuis 2020, où le gouvernement intérimaire de Najib Mikati, en place depuis 2021, manque de ressources et d’autorité pour légiférer. L’élection de Joseph Aoun en janvier 2025 a redonné un semblant de stabilité institutionnelle, mais les priorités – sécurité, électricité, aide internationale – éclipsent la régulation des cryptos. Résultat : les plateformes opèrent dans une zone grise, sans obligation de déclarer les transactions ou de vérifier l’identité des utilisateurs, laissant le champ libre à des usages tant légitimes que douteux.

Un terrain fertile pour les abus

« Sans une régulation appropriée, le marché des cryptomonnaies au Liban pourrait devenir un terreau propice aux fraudes et au blanchiment d’argent », avertit l’analyse, une crainte fondée sur des tendances déjà visibles. Les cryptomonnaies, par leur anonymat relatif, attirent non seulement les citoyens honnêtes mais aussi les acteurs illicites. « Utilisées pour des activités illégales », elles servent à contourner les sanctions internationales – notamment celles visant des figures liées au Hezbollah – ou à blanchir des fonds issus de la corruption ou du trafic de drogue, un fléau dans la Bekaa. En 2023, Chainalysis estimait que 1 % des transactions cryptos mondiales étaient liées à des activités illégales ; au Liban, ce pourcentage pourrait être bien plus élevé vu le manque de contrôle.

Les fraudes pullulent aussi. Des arnaques au Ponzi, promettant des rendements mirobolants sur des « investissements » en Bitcoin, ont fleuri sur Telegram, piégeant des Libanais désespérés de récupérer leurs pertes bancaires. Les plateformes non régulées, souvent basées à l’étranger, échappent à toute juridiction locale, laissant les victimes sans recours. Ce Far West numérique menace de miner la confiance dans une solution que beaucoup voient comme un salut face à l’effondrement économique.

Une adoption à double tranchant

L’essor des cryptomonnaies au Liban est un symptôme de résilience autant qu’un pari risqué. Il reflète l’ingéniosité d’une population qui, privée de ses épargnes et d’un système bancaire viable, réinvente ses moyens de survie. Mais sans régulation, ce marché pourrait se retourner contre ses utilisateurs, transformant une alternative prometteuse en piège financier ou criminel. Les 95 millions de dollars débloqués par les États-Unis pour l’armée libanaise en février 2025 montrent un soutien international, mais rien n’indique un effort imminent pour encadrer ce secteur. En attendant, le Bitcoin prospère dans l’ombre, à la fois refuge et roulette russe dans un Liban au bord du précipice.

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