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Déclarations divergentes post-Doha 2025 : la fragilité persistante des coalitions arabes

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La réunion de la Ligue arabe à Doha, le 5 septembre 2025, devait marquer un tournant dans la coopération régionale face aux crises géopolitiques croissantes, notamment les tensions au Liban et la question palestinienne. Pourtant, les déclarations contradictoires des délégations égyptienne, saoudienne et qatarie, relayées par la presse panarabe, ont révélé une fois de plus la difficulté des États arabes à former des alliances durables. Vingt ans après l’émergence de coalitions ambitieuses, comme celle contre le terrorisme au Yémen ou l’isolement du Qatar en 2017, les dynamiques de fragmentation continuent de miner l’unité arabe. Pourquoi ces alliances restent-elles si instables ? Une analyse historico-politique des deux dernières décennies met en lumière des facteurs structurels et conjoncturels : divergences idéologiques, rivalités économiques et jeux d’influence extérieurs. Cet article explore ces tensions à travers des cas concrets, tout en s’appuyant sur les événements les plus récents pour éclairer un phénomène persistant.

Une Ligue arabe en quête de cohérence

Fondée en 1945, la Ligue arabe ambitionne de coordonner les politiques de ses 22 membres pour défendre les intérêts communs face aux défis régionaux. Cependant, les réunions récentes, notamment celle de Doha en septembre 2025, montrent que l’organisation peine à surmonter ses divisions internes. Lors de ce sommet, le secrétaire général de la Ligue, Ahmed Aboul Gheit, a appelé à une « réponse unifiée » face à l’escalade des tensions israélo-palestiniennes, marquées par les violences à Gaza en août 2025. Pourtant, les déclarations post-sommet ont révélé des priorités divergentes : l’Égypte a insisté sur une médiation neutre, tandis que le Qatar a réaffirmé son soutien aux factions palestiniennes, notamment le Hamas, et que l’Arabie saoudite a prôné une approche pragmatique axée sur la normalisation avec Israël. Ces divergences ne sont pas nouvelles. Dès 2002, le plan de paix arabe proposé par Riyad avait suscité des débats internes, certains États, comme la Syrie, rejetant toute normalisation sans concessions israéliennes claires.

La Ligue arabe souffre d’un manque de mécanismes contraignants. Contrairement à l’Union européenne, elle n’impose pas de décisions exécutoires, laissant chaque membre libre de poursuivre ses propres intérêts. Cette faiblesse structurelle s’est manifestée lors de la crise syrienne (2011-2020), où la suspension de la Syrie en 2011 a divisé les membres, l’Algérie et l’Irak s’opposant à l’isolement de Damas. En 2023, le retour de la Syrie dans la Ligue, acté lors du sommet de Jeddah, a marqué un revirement, mais sans résoudre les tensions sous-jacentes. Les déclarations d’Aboul Gheit à Doha, soulignant la nécessité d’une « solidarité arabe face aux ingérences extérieures », n’ont pas empêché les délégations de s’éparpiller dans des agendas nationaux, illustrant la fragilité chronique de l’organisation.

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La coalition yéménite : un mirage d’unité

L’intervention militaire au Yémen, lancée en 2015 sous la houlette de l’Arabie saoudite, est un exemple emblématique des ambitions et des limites des coalitions arabes. Baptisée « Tempête décisive », cette opération visait à contrer l’avancée des Houthis, soutenus par l’Iran, et à rétablir le gouvernement yéménite reconnu internationalement. La coalition, réunissant l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte, le Soudan et le Bahreïn, semblait incarner une unité arabe face à une menace commune. Cependant, dès 2017, des fissures sont apparues. Les Émirats, privilégiant leurs intérêts dans le sud du Yémen, ont soutenu des milices séparatistes, s’opposant aux objectifs saoudiens de maintenir un Yémen unifié. En 2020, le retrait progressif de l’Égypte et du Soudan a affaibli la coalition, tandis que les critiques internationales sur les pertes civiles ont accentué les dissensions internes.

En 2025, la situation au Yémen reste un point de discorde. Lors du sommet de Doha, l’Arabie saoudite a tenté de relancer une initiative de cessez-le-feu, proposant un rôle accru pour la Ligue arabe dans les négociations. Mais les Émirats, absents de plusieurs sessions clés, ont réaffirmé leur soutien aux forces du Conseil de transition du Sud, suscitant l’ire de Riyad. Un diplomate yéménite, cité dans la presse panarabe le 7 septembre 2025, a déploré « l’absence de vision commune » au sein de la coalition, accusant certains membres de privilégier leurs intérêts économiques, notamment le contrôle des ports stratégiques comme Aden. Ce cas illustre comment les ambitions géopolitiques et économiques fragmentent même les coalitions les plus structurées.

La crise qatarie : une fracture révélatrice

La crise du Qatar, débutée en juin 2017, reste un exemple frappant de l’instabilité des alliances arabes. L’Arabie saoudite, les Émirats, le Bahreïn et l’Égypte ont imposé un blocus au Qatar, l’accusant de soutenir le terrorisme et de se rapprocher de l’Iran. Cette coalition, soutenue par une rhétorique d’unité contre les « menaces régionales », s’est rapidement désagrégée. En 2021, l’accord d’Al-Ula, signé sous la médiation koweïtienne, a mis fin au blocus, mais les tensions persistent. Lors du sommet de Doha en 2025, l’Égypte a critiqué le rôle du Qatar dans le financement de groupes islamistes, tandis que le Qatar a accusé Le Caire de bloquer des initiatives humanitaires à Gaza. Ces échanges acrimonieux, rapportés par des médias panarabes comme Al-Sharq, montrent que la réconciliation reste superficielle.

Le Qatar, grâce à ses ressources gazières et à sa diplomatie agile, a su tirer parti de la crise pour renforcer son autonomie. En accueillant le sommet de 2025, Doha a cherché à se positionner comme un acteur incontournable, notamment en proposant une médiation dans le conflit israélo-palestinien. Cependant, cette ambition s’est heurtée à la méfiance de l’Arabie saoudite, qui voit dans l’activisme qatari une menace à son leadership régional. Ces rivalités, exacerbées par des intérêts économiques divergents, illustrent la difficulté de maintenir une coalition durable face à des agendas nationaux concurrents.

Tensions interétatiques : l’axe Égypte-Qatar et Arabie-Turquie

Les relations entre l’Égypte et le Qatar incarnent les tensions interétatiques qui minent l’unité arabe. Après la chute des Frères musulmans en Égypte en 2013, Le Caire a accusé Doha de soutenir des groupes islamistes, provoquant une rupture diplomatique. Malgré la réconciliation formelle de 2021, les relations restent tendues. En 2025, l’Égypte a critiqué le Qatar pour son rôle dans la médiation à Gaza, estimant que Doha favorise le Hamas au détriment d’une solution équilibrée. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, a déclaré le 6 septembre 2025 : « La stabilité régionale exige une approche impartiale, non des initiatives unilatérales. » Cette remarque, visant implicitement le Qatar, a suscité une réponse cinglante de Doha, qui a défendu son « rôle humanitaire » dans la région.

Parallèlement, les relations entre l’Arabie saoudite et la Turquie illustrent une autre fracture. Après des années de tensions, marquées par l’assassinat de Jamal Khashoggi en 2018, Riyad et Ankara ont amorcé une normalisation en 2022. Cependant, leurs visions divergent sur des dossiers clés, comme la Syrie et la Libye. En 2025, la Turquie a intensifié son soutien aux factions syriennes anti-Assad, tandis que l’Arabie saoudite privilégie une approche prudente pour éviter un conflit direct avec la Russie. Ces divergences, exacerbées par la compétition pour l’influence régionale, fragilisent toute tentative de coalition élargie impliquant des acteurs non arabes comme la Turquie.

Les intérêts économiques comme facteur de division

Les rivalités économiques jouent un rôle central dans l’instabilité des coalitions arabes. Le contrôle des ressources énergétiques, des routes commerciales et des investissements étrangers constitue un enjeu majeur. Par exemple, la compétition pour le leadership dans le secteur gazier oppose le Qatar, premier exportateur mondial de GNL, à l’Arabie saoudite, qui cherche à diversifier son économie via des projets comme NEOM. En 2024, les Émirats ont signé des accords énergétiques avec l’Union européenne, concurrençant directement les ambitions qataries. Ces rivalités économiques se traduisent par des politiques divergentes au sein de la Ligue arabe, où chaque État cherche à maximiser ses gains.

La crise yéménite illustre également cet enjeu. Les Émirats, en soutenant les séparatistes du Sud, visent à contrôler le port d’Aden, stratégique pour les routes maritimes. L’Arabie saoudite, quant à elle, cherche à sécuriser ses frontières sud tout en maintenant son influence sur le gouvernement yéménite. Ces objectifs divergents ont transformé la coalition initiale en une mosaïque d’intérêts concurrents. De même, les investissements massifs de l’Arabie saoudite et des Émirats en Afrique de l’Est, notamment à Djibouti et en Somalie, visent à contrer l’influence qatarie et turque, ajoutant une dimension économique aux tensions géopolitiques.

Le rôle des puissances extérieures

Les ingérences extérieures amplifient les divisions arabes. Les États-Unis, la Russie et l’Iran jouent un rôle déterminant dans la reconfiguration des alliances régionales. Par exemple, l’accord Abraham de 2020, promu par Washington, a poussé les Émirats, le Bahreïn et le Maroc à normaliser leurs relations avec Israël, au grand dam de pays comme l’Algérie et le Qatar, qui y voient une trahison de la cause palestinienne. En 2025, les États-Unis ont intensifié leur soutien à l’axe Égypte-Arabie saoudite, tout en maintenant des relations étroites avec le Qatar, hôte de la base militaire d’Al-Udeid. Cette diplomatie ambivalente attise les rivalités intra-arabes.

L’Iran, de son côté, exploite les divisions arabes pour étendre son influence, notamment via le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen. En septembre 2025, Téhéran a salué les déclarations qataries en faveur d’une médiation à Gaza, tout en critiquant l’Arabie saoudite pour son rapprochement avec Israël. La Russie, quant à elle, soutient la Syrie et maintient des relations cordiales avec l’Algérie, compliquant les efforts de la Ligue arabe pour adopter une position commune sur la reconstruction syrienne.

Les déclarations post-Doha : un miroir des divisions

Les réactions dans la presse panarabe après le sommet de Doha reflètent l’ampleur des divergences. Le journal Al-Sharq a rapporté que l’Arabie saoudite avait proposé un fonds régional pour la reconstruction de Gaza, mais que l’Égypte avait conditionné son soutien à un rôle accru de l’Autorité palestinienne. Le Qatar, quant à lui, a insisté sur l’urgence d’un cessez-le-feu sans conditions, une position soutenue par l’Algérie mais critiquée par les Émirats. Ces débats, loin de converger vers une stratégie commune, ont révélé des priorités nationales inconciliables. Un éditorial d’Al-Quds Al-Arabi, publié le 8 septembre 2025, résume la situation : « La Ligue arabe, censée incarner l’unité, est devenue un théâtre où chaque État joue sa propre partition. »

La réunion de Doha a également mis en lumière le rôle croissant des petits États du Golfe, comme le Koweït et Oman, qui tentent de jouer les médiateurs. Le Koweït, fort de son expérience dans la résolution de la crise qatarie, a proposé une « feuille de route pour la solidarité arabe », mais cette initiative reste embryonnaire face aux rivalités entre poids lourds régionaux. Les déclarations d’Oman, appelant à un « dialogue inclusif » avec l’Iran, ont suscité des réserves de la part de l’Arabie saoudite, illustrant la difficulté de concilier les visions stratégiques.

Les implications immédiates des tensions actuelles

En septembre 2025, les divisions arabes continuent de façonner les dynamiques régionales. La crise israélo-palestinienne, exacerbée par les violences de l’été, reste un test pour la capacité des États arabes à s’unir. Alors que l’Égypte et la Jordanie maintiennent leur rôle de médiateurs, le Qatar et l’Arabie saoudite adoptent des approches divergentes, compliquant toute tentative de réponse collective. Au Yémen, les négociations pour un cessez-le-feu piétinent, les Émirats et l’Arabie saoudite poursuivant des objectifs distincts. Enfin, les relations avec des acteurs non arabes, comme la Turquie et l’Iran, continuent d’alimenter les tensions intra-arabes, chaque État cherchant à maximiser son influence.

Les événements de Doha montrent que la quête d’un axe diplomatique cohérent reste hors de portée. Les déclarations des dirigeants, les initiatives avortées et les rivalités économiques soulignent une réalité persistante : les coalitions arabes, bien que nécessaires face aux défis géopolitiques, restent fragiles en raison de divergences structurelles et conjoncturelles. Les prochains mois, marqués par les négociations sur Gaza et la reconstruction syrienne, mettront à l’épreuve la capacité de la Ligue arabe à surmonter ces obstacles.

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