Les représentants républicains Darrell Issa et Darin LaHood ont déposé, le 2 février 2026, un projet de loi au Congrès des États-Unis visant à autoriser le président à imposer des sanctions à toute personne ou entité étrangère qui entrave le processus électoral libanais, en particulier les efforts pour restreindre ou empêcher les citoyens libanais à l’étranger de voter aux élections parlementaires.
Ce texte, baptisé « Lebanon Election Integrity and Diaspora Voting Protection Act of 2026 », intervient à un moment critique pour le Liban, alors que les élections parlementaires sont fixées au 10 mai 2026 pour les résidents, et aux 1er et 3 mai pour la diaspora. Il met en lumière les défis persistants qui pèsent sur la démocratie libanaise, marquée par des influences extérieures et des obstacles internes à la participation électorale.
Le projet de loi souligne que des élections libres, équitables et opportunes sont essentielles à la souveraineté, à la stabilité politique et à la gouvernance démocratique du Liban. Il rappelle que la Constitution libanaise et les lois électorales prévoient la participation des citoyens libanais résidant à l’étranger aux élections parlementaires. La population de la diaspora libanaise, estimée à des millions d’individus, joue un rôle critique dans la vie civique, politique et économique du pays.
Selon le texte, le Hezbollah et d’autres groupes armés, ainsi que des élites politiques corrompues et des acteurs étrangers, ont historiquement exercé une influence indue sur les processus politiques libanais, y compris l’intimidation des électeurs, la manipulation de l’administration électorale et l’obstruction des réformes permettant le vote de la diaspora. Protéger les droits des électeurs libanais, y compris ceux à l’étranger, est dans l’intérêt de la sécurité nationale des États-Unis.
Le projet exige également un rapport au Congrès, dans les 90 jours suivant son adoption, évaluant les menaces potentielles pour les élections parlementaires libanaises de mai 2026, y compris une analyse des interférences étrangères, notamment des entités soutenues par l’Iran.
Une initiative bipartisane au congrès
Les deux congressistes, tous deux d’origine libanaise, ont introduit ce projet de loi dans un contexte de tensions régionales accrues et de débats internes au Liban sur la loi électorale. Darrell Issa, représentant de la Californie, et Darin LaHood, de l’Illinois, ont cosigné le texte, qui a été renvoyé aux comités des Affaires étrangères et de la Justice de la Chambre des représentants.
Ce n’est pas la première fois que le Congrès américain s’intéresse aux affaires libanaises. Des initiatives similaires ont visé à renforcer la stabilité du Liban face aux influences extérieures, notamment iraniennes. Le projet de loi s’inscrit dans une série de mesures prises par Washington pour promouvoir la démocratie au Liban, tout en conditionnant l’aide américaine à des progrès concrets sur des questions comme le désarmement des groupes non étatiques.
Les sanctions proposées pourraient inclure le gel d’avoirs et l’interdiction de transactions avec les États-Unis pour toute personne ou entité impliquée dans des actions qui empêchent, limitent, retardent ou manipulent la capacité des citoyens libanais résidant à l’étranger à voter. Cela englobe également les tentatives de manipulation des résultats électoraux, l’intimidation ou les représailles contre les électeurs de la diaspora, ou toute interférence avec l’administration électorale contraire à la loi libanaise.
Le rôle crucial de la diaspora dans les élections libanaises
La diaspora libanaise, estimée entre 1,2 et 1,5 million d’électeurs potentiels, représente un enjeu majeur pour les élections de 2026. Lors des scrutins de 2018 et 2022, les expatriés ont voté pour l’ensemble des 128 sièges parlementaires, leurs bulletins étant comptés dans leurs districts d’origine. Cependant, la loi électorale de 2017 prévoit une circonscription distincte pour la diaspora, limitée à six sièges supplémentaires, un quota confessionnel fixe : un pour chaque grande confession (maronite, orthodoxe, catholique, sunnite, chiite, druze).
Cette disposition n’a jamais été mise en œuvre, et un amendement temporaire a permis aux expatriés de voter comme les résidents. En novembre 2025, le gouvernement a soumis un projet de loi au Parlement pour suspendre à nouveau l’article 112 de la loi de 2017, permettant ainsi aux expatriés de voter pour les 128 sièges. Plus de 101 355 Libanais à l’étranger se sont inscrits pour voter avant la date limite du 20 novembre 2025.
Les débats au Parlement libanais restent vifs. Des partis comme les Forces libanaises plaident pour un amendement permanent permettant aux expatriés de voter pour tous les sièges, arguant que cela renforce l’influence de la diaspora sans renforcer les divisions confessionnelles. D’autres, notamment le Hezbollah et le mouvement Amal, soutiennent l’activation des six sièges réservés, craignant une dilution de leur base électorale.
La valeur du vote n’est pas égale au Liban : un candidat à Chouf-Aley peut remporter un siège avec moins de 8 % des voix, tandis qu’à Saïda-Jezzine, il en faut environ 20 %. Les expatriés, souvent plus critiques envers l’establishment, ont influencé les résultats en 2022, favorisant des candidats indépendants.
Les accusations contre le Hezbollah et les influences extérieures
Le projet de loi américain pointe explicitement le Hezbollah comme un acteur ayant exercé une influence indue sur les processus électoraux libanais. Historiquement, le groupe, soutenu par l’Iran, a été accusé d’intimidation des électeurs et de manipulation de l’administration électorale. Lors des élections municipales de mai 2025, le Hezbollah et ses alliés ont conservé une forte emprise dans leurs bastions chiites, malgré les pertes subies lors de la guerre avec Israël.
En 2022, le Hezbollah avait perdu sa majorité parlementaire, mais conservé son bloc chiite de 27 sièges. Pour 2026, le groupe vise à sécuriser un « tiers de blocage » au gouvernement, garantissant une influence décisive. Des analystes estiment que la guerre n’a pas érodé dramatiquement le soutien chiite, mais isolé davantage le Hezbollah des coalitions interconfessionnelles.
Des acteurs étrangers, notamment l’Iran, sont soupçonnés d’ingérence dans les élections libanaises. Le rapport exigé par le projet de loi évaluerait précisément ces implications, y compris celles des entités soutenues par Téhéran.
Les dynamiques confessionnelles et régionales au Liban
Le système politique libanais, basé sur le confessionnalisme, répartit les sièges parlementaires entre les communautés : 64 pour les musulmans (27 chiites, 27 sunnites, 8 druzes, 2 alaouites) et 64 pour les chrétiens (34 maronites, 14 orthodoxes, 8 catholiques, 5 arméniens orthodoxes, 1 arménien catholique, 1 protestant, 1 autre). Cette répartition, héritée de l’accord de Taëf de 1989, vise à équilibrer les pouvoirs, mais renforce souvent les clivages.
Dans le sud, bastion chiite, les influences régionales – Iran, Israël – pèsent lourd. Les élections de 2026 interviennent après un cessez-le-feu fragile en novembre 2024, avec des déploiements de l’armée libanaise au sud du Litani conformément à la résolution 1701 de l’ONU. Des propositions américaines, comme le plan Barrack, visent à consolider l’autorité de l’État face aux armes non étatiques.
À Tripoli, sunnite, et dans le sud chiite, les dynamiques confessionnelles influencent les alliances électorales. Le Hezbollah, allié à Amal, domine le vote chiite, mais des oppositions chiites émergentes voient dans 2026 une opportunité.
Les relations américano-libanaises en 2026
Les États-Unis ont longtemps soutenu la souveraineté libanaise, conditionnant leur aide à des réformes. En 2026, Washington lie explicitement son soutien au désarmement du Hezbollah. Des sanctions ont déjà visé des figures du groupe, et le projet de loi renforce cette pression.
Lors d’une audition au Congrès le 3 février 2026, des experts ont plaidé pour un usage accru des sanctions pour promouvoir la paix et les réformes au Liban. Des congressistes ont critiqué Nabih Berri, président du Parlement, pour avoir entravé les réformes électorales favorisant la diaspora.
L’aide américaine au Liban inclut un soutien à l’armée libanaise, avec des conférences internationales prévues pour renforcer ses capacités. Cependant, des conditions strictes sont imposées : progrès sur le désarmement, limitation des armes à l’État.
Les défis de la loi électorale et les préparatifs pour mai 2026
Le décret convoquant le corps électoral, signé en janvier 2026 par le ministre de l’Intérieur Ahmad Hajjar, fixe les dates : 1er mai pour certains pays arabes, 3 mai pour le reste de la diaspora, et 10 mai pour les résidents. Plus de 101 000 expatriés inscrits reflètent un intérêt croissant, bien que inférieur à 2022.
Les débats sur la loi électorale persistent. Nabih Berri propose un « district unique », contesté. Des compromis sont évoqués : report de deux mois en échange de l’abolition des six sièges diaspora, permettant aux expatriés de voter pour les 128 sièges.
L’armée libanaise, sous le commandement du général Joseph Aoun, s’engage à sécuriser le scrutin. Des craintes d’ingérences persistent, notamment dans les zones sud, où des déplacements de population dus à la guerre pourraient affecter la participation.
Les implications immédiates pour la stabilité libanaise
À mesure que les élections approchent, les tensions internes s’intensifient. Le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025, navigue entre réformes économiques et pressions sécuritaires. La dette libanaise, l’inflation et les dépenses publiques sont croisées avec des rapports récents du FMI et de la Banque mondiale, confirmant une crise persistante.
Les dynamiques entre Israël, le Hezbollah, le Liban et l’ONU restent centrales. Des violations du cessez-le-feu, documentées par le mécanisme de surveillance américano-français, soulignent la fragilité. Des propositions pour une zone économique frontalière émergent, mais requièrent un consensus.
Le projet de loi américain, en ciblant les obstructions au vote diaspora, pourrait influencer les alliances électorales. Des analystes notent que la diaspora, souvent critique de l’establishment, pourrait transformer les résultats si pleinement intégrée.
Les préparatifs pour les élections incluent des mesures pour assurer la confidentialité des bulletins et la sécurité des urnes. Des observateurs internationaux, y compris de l’ONU, sont attendus pour superviser le processus.
Dans les régions comme Baalbek-Hermel, bastions du Hezbollah, les résultats municipaux de 2025 indiquent une base solide, malgré un isolement croissant. Les élections de 2026 testeront la résilience de ces alliances face aux pressions externes et internes.
Les débats sur le vote expatrié persistent, avec des propositions pour un amendement permanent. Le nombre d’inscrits, bien que modeste, signale une mobilisation potentielle qui pourrait égaler l’électorat domestique.
Les implications pour les coalitions politiques sont immédiates : un tiers de blocage pour le Hezbollah pourrait entraver les réformes post-électorales. Des influences confessionnelles, des sunnites de Tripoli aux chiites du sud, modèleront les listes électorales.
Enfin, les relations avec la Syrie, améliorées depuis la chute d’Assad, facilitent les transferts de prisonniers, mais posent des défis sur les frontières et les réfugiés. Ces éléments influencent directement la préparation des élections, avec des enjeux sécuritaires accrus.



