Dans un contexte de tensions géopolitiques exacerbées, le président américain Donald Trump a menacé le Canada de sanctions économiques en réaction à l’annonce par le Premier ministre canadien, Mark Carney, de reconnaître officiellement l’État de Palestine lors de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, en septembre 2025. Cette décision, qui intervient dans un climat de crise humanitaire à Gaza et de divergences croissantes entre les deux voisins nord-américains, pourrait bouleverser les relations bilatérales et compliquer les négociations commerciales en cours.
Une initiative audacieuse d’Ottawa
Le 30 juillet 2025, Mark Carney a surpris la communauté internationale en déclarant que le Canada reconnaîtrait l’État de Palestine lors de la prochaine session de l’ONU. Cette démarche s’inscrit dans la lignée de décisions similaires prises par la France, le Royaume-Uni, l’Espagne et la Norvège, qui ont opté pour une reconnaissance unilatérale dans l’espoir de relancer une solution à deux États pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Carney a toutefois assorti cette reconnaissance de conditions strictes : des élections générales en Palestine prévues pour 2026, auxquelles le Hamas, considéré comme une organisation terroriste par le Canada, serait exclu, ainsi qu’une démilitarisation complète du futur État.
Cette initiative intervient alors que Gaza traverse une crise humanitaire sans précédent. Selon le ministère de la Santé local, plus de 60 000 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre en 2023, et la famine menace 2 millions d’habitants. Carney a qualifié la situation de « catastrophe », dénonçant à la fois les agissements du Hamas et l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, qui compromettent, selon lui, toute perspective de paix. En adoptant cette position, le Canada rompt avec sa prudence habituelle sur la question palestinienne, affirmant une politique étrangère plus autonome face aux pressions de son voisin américain.
La réponse cinglante de Trump
La réaction de Donald Trump a été immédiate et virulente. Dans un message publié sur sa plateforme Truth Social, le président américain a fustigé la décision canadienne : « Le Canada vient de soutenir un État palestinien. Cela complique sérieusement nos négociations commerciales. Oh’ Canada ! »
Cette sortie intervient à la veille de la date butoir du 1er août 2025, fixée par Trump pour conclure un nouvel accord commercial avec le Canada, sous peine d’imposer des droits de douane de 35 % sur les exportations canadiennes non couvertes par l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC).Fidèle à sa stratégie de diplomatie coercitive, Trump a accusé le Canada de « récompenser le Hamas » en reconnaissant la Palestine, reprenant un argument cher au gouvernement israélien.
Des sources proches de la Maison Blanche indiquent que le président perçoit cette décision comme une trahison de la part d’un allié clé, compromettant les efforts de son administration pour soutenir Israël dans le conflit en cours. Cette posture s’inscrit dans la continuité de la politique pro-israélienne de Trump, marquée par un appui indéfectible à l’État hébreu, malgré les critiques internationales sur les conséquences humanitaires des opérations militaires israéliennes à Gaza.
Réactions sur la scène internationale
La menace de Trump a suscité des réactions contrastées à travers le monde. En Israël, le ministère des Affaires étrangères a dénoncé l’initiative canadienne, la qualifiant de « récompense pour le terrorisme ». Le ministre Gideon Sa’ar a évoqué un « projet d’État jihadiste », tandis que l’ambassadeur israélien à Ottawa, Iddo Moed, a exhorté le Canada à revoir sa position pour préserver les efforts de paix.
Ces déclarations reflètent l’inflexibilité du gouvernement israélien face à la vague de reconnaissances unilatérales de la Palestine.En Europe, la France et le Royaume-Uni, qui ont également annoncé leur intention de reconnaître la Palestine, ont réaffirmé leur position. Emmanuel Macron a défendu cette démarche comme une réponse à la crise humanitaire et un moyen de préserver la solution à deux États. Keir Starmer, le Premier ministre britannique, a conditionné la reconnaissance à un cessez-le-feu à Gaza, tout en condamnant les actions du Hamas. Ces prises de position soulignent l’isolement croissant des États-Unis, alors que quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (France, Royaume-Uni, Chine et Russie) soutiennent désormais la reconnaissance de la Palestine.Sur les réseaux sociaux, la décision de Trump divise.
Certains dénoncent un « chantage économique » visant à contraindre le Canada à aligner sa politique étrangère sur celle de Washington. D’autres accusent le président américain de fermer les yeux sur la crise humanitaire à Gaza pour des raisons électoralistes, cherchant à consolider le soutien de l’électorat pro-israélien aux États-Unis. Ces débats reflètent la polarisation croissante autour de la question palestinienne.
Un coup dur pour les relations bilatérales
La menace de sanctions économiques s’inscrit dans un contexte de relations canado-américaines déjà fragilisées. Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Trump multiplie les provocations à l’égard du Canada, qualifiant le pays de « 51e État » et raillant l’ancien Premier ministre Justin Trudeau. Ces déclarations, combinées à la menace de tarifs douaniers, visent à faire plier Ottawa dans les négociations commerciales en cours.
Le Canada, deuxième partenaire commercial des États-Unis, exporte près de 75 % de ses biens vers son voisin du sud, notamment dans les secteurs de l’automobile, de l’énergie et de l’agriculture. L’imposition de droits de douane de 35 % pourrait infliger des pertes économiques colossales, estimées à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an.Mark Carney, qui avait qualifié les discussions commerciales de « constructives », se trouve désormais dans une position délicate.
La reconnaissance de la Palestine, bien que saluée par une partie de l’opinion publique canadienne, risque de torpiller les négociations avec Washington. Trump, qui a déjà imposé des tarifs punitifs à des partenaires comme le Brésil et l’Inde, semble prêt à appliquer la même tactique au Canada pour imposer ses vues, non seulement sur la question palestinienne, mais aussi sur d’autres dossiers bilatéraux.
Une crise humanitaire au centre des débats
La décision du Canada s’inscrit dans un contexte de détérioration dramatique de la situation à Gaza. Selon le ministère de la Santé local, plus de 60 000 Palestiniens ont été tués depuis 2023, et la famine menace des millions d’habitants. Une agence alimentaire de l’ONU a averti qu’un scénario de « famine catastrophique » pourrait se concrétiser d’ici la fin de l’année. Même Trump, qui a reconnu l’existence d’une « réelle famine » à Gaza, s’est contenté d’appeler à une augmentation de l’aide humanitaire, sans remettre en cause le blocus israélien.L’envoyé spécial américain au Moyen-Orient, Steve Witkoff, est arrivé en Israël le 31 juillet pour discuter d’un éventuel cessez-le-feu, mais les pourparlers semblent au point mort. La position de Washington, qui soutient Israël tout en dénonçant la reconnaissance de la Palestine, est perçue par certains comme incohérente, contribuant à prolonger la crise humanitaire.
Une stratégie de coercition à haut risque
La menace de Trump contre le Canada s’inscrit dans une stratégie plus large de coercition économique, où les tarifs douaniers sont utilisés comme une arme diplomatique. En liant la reconnaissance de la Palestine à un échec potentiel des négociations commerciales, Trump cherche à dissuader Ottawa et d’autres alliés de s’écarter de sa ligne pro-israélienne. Cette approche risque toutefois d’accentuer l’isolement des États-Unis, alors que des partenaires traditionnels comme le Canada, la France et le Royaume-Uni adoptent des positions divergentes sur la question palestinienne.
Pour le Canada, cette crise représente un défi de taille. En optant pour la reconnaissance de la Palestine, Ottawa affirme son indépendance et son attachement au droit international, mais au prix de tensions économiques avec son principal partenaire commercial. Mark Carney devra faire preuve d’habileté diplomatique pour préserver les intérêts économiques du Canada tout en défendant une position de principe sur la scène internationale.



