vendredi, février 20, 2026

Les derniers articles

Articles liés

Edito: Après Michel, Joseph et les économies

- Advertisement -

Alors que le Liban s’apprête probablement à élire le général Joseph Aoun à la présidence de la République, succédant à Michel Aoun, cette transition intrigue autant qu’elle questionne. Au-delà de la continuité nominale – pratique en ces temps d’austérité où chaque économie symbolique compte – cette élection risque de cristalliser les attentes d’un peuple épuisé par les crises successives. Mais, paradoxalement, les Libanais semblent espérer des solutions d’une institution qui, constitutionnellement, n’a plus les moyens de répondre à leurs aspirations.

Une présidence sans prérogatives face à des attentes démesurées

Depuis l’accord de Taëf, le rôle du président de la République au Liban a été largement vidé de sa substance. Si, autrefois, la présidence détenait de larges pouvoirs exécutifs, elle s’est aujourd’hui muée en une fonction essentiellement symbolique et représentative. Les décisions cruciales pour la résolution des crises actuelles – économiques, sociales ou politiques – reposent désormais sur le gouvernement et le parlement, dans un système qui se veut consensuel mais qui se révèle souvent paralysé par des blocages confessionnels et politiques.

Pourtant, les Libanais continuent de nourrir des attentes importantes vis-à-vis de la présidence. Le président est perçu comme le garant moral et institutionnel de la nation, celui qui incarne l’unité nationale dans un pays profondément divisé. Mais cette perception, héritée d’une époque révolue, risque d’amplifier les désillusions. Car la réalité constitutionnelle actuelle limite drastiquement les capacités du président à agir de manière décisive face aux défis monumentaux que traverse le Liban.

Une élection sous le signe de l’ambiguïté

Joseph Aoun, s’il est élu, héritera d’une fonction où les marges de manœuvre sont étroites, mais où les attentes restent immenses. Commandant en chef de l’armée, il jouit d’une réputation de rigueur et de pragmatisme. Mais sa capacité à répondre aux crises qui étouffent le pays – effondrement économique, corruption systémique, paralysie institutionnelle – sera nécessairement limitée par la nature même de son poste.

Les Libanais, souvent mal informés sur les prérogatives réelles de la présidence, risquent de voir en Joseph Aoun une figure providentielle, capable de redresser un pays au bord du gouffre. Mais cette vision, bien que compréhensible dans un contexte de désespoir généralisé, est en décalage avec la réalité. Le président ne peut ni imposer des réformes, ni débloquer les fonds internationaux, ni résoudre les conflits intercommunautaires qui gangrènent la politique libanaise.

La patience des Libanais à l’épreuve

Dans ce contexte, la célèbre patience des Libanais risque une fois de plus d’être mise à rude épreuve. Habitués aux promesses non tenues et aux déceptions répétées, ils espèrent encore que le changement de figure à la tête de l’État puisse insuffler une dynamique nouvelle. Mais, comme souvent, ils risquent de se heurter à une réalité bien plus complexe : celle d’un système verrouillé, où les responsabilités sont diluées et où les réformes attendues depuis des décennies restent lettre morte.

Le défi pour Joseph Aoun

Joseph Aoun devra donc jongler entre les attentes démesurées des citoyens et les contraintes constitutionnelles de son poste. Son défi sera de trouver un équilibre entre un rôle symbolique fort et une action concrète, bien qu’indirecte, pour inciter les autres institutions à se mobiliser. En tant que militaire, il apporte avec lui une image de discipline et d’ordre, mais cela suffira-t-il dans un pays où le chaos politique et économique semble avoir pris racine ?

Une transition à hauts risques

Si l’élection de Joseph Aoun se confirme, elle marquera un passage de témoin entre deux figures portant le même nom mais évoluant dans des contextes radicalement différents. Michel Aoun, malgré ses promesses et sa popularité initiale, a vu son mandat s’achever sous le signe de la contestation et de l’échec. Joseph Aoun, lui, n’aura pas les mêmes prérogatives, mais il devra faire face aux mêmes attentes.

Cette situation met en lumière une vérité souvent occultée : le rôle réel de la présidence, aujourd’hui, ne correspond plus aux espoirs que les Libanais placent en elle. Et c’est là que réside le principal danger : l’inévitable confrontation entre des attentes élevées et des moyens limités.

Une élection entre espoir et réalisme

Dans ce contexte, les Libanais devront peut-être revoir leur perception de la présidence pour éviter une nouvelle désillusion. Si Joseph Aoun peut incarner une forme de stabilité et de sobriété, il ne pourra pas, à lui seul, résoudre les crises structurelles du pays. La clé réside dans une coopération réelle entre toutes les institutions et une pression populaire éclairée pour exiger des réformes concrètes.

En somme, l’élection de Joseph Aoun est autant une opportunité qu’un test pour le Liban. Mais pour éviter que cet événement ne devienne une simple curiosité historique – celle d’un passage de relais entre deux Aoun –, il faudra dépasser les symboles et se concentrer sur l’essentiel : réformer, agir, et enfin, répondre aux attentes légitimes d’un peuple qui mérite bien plus qu’un changement de prénom à la tête de l’État.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi