L’odeur âcre des conflits se fait de plus en plus présente au Liban, à chaque coin de rue, à chaque discussion. Avant, on se demandait si les beepers allaient remplacer nos téléphones, si les talkie-walkies allaient permettre de garder le contact avec nos proches en temps de crise. Aujourd’hui, une question bien plus lourde pèse sur les esprits : vers où nous mène cette escalade militaire ? Les 17 et 18 septembre, les événements récents ont ravivé des souvenirs douloureux de la guerre puisqu’il semble s’agir d’une phase préparatoire à un conflit de plus grande ampleur et plongeant une nouvelle fois le Liban dans l’incertitude.

Le piège mortel des beepers et des talkie-walkies

Les militants utilisaient des beepers et des talkie-walkies pour communiquer. Mais ces outils, qui semblaient au départ être des solutions fiables low tech au lieu de téléphones portables facilement piratables, ont rapidement montré leur dangerosité. En effet, aujourd’hui nous ne pouvons que constater que les services de renseignement israéliens les ont piégés. Pas seulement pour intercepter des communications ou localiser les utilisateurs : les beepers et talkie-walkies ont littéralement explosé entre les mains de leurs utilisateurs mutilant généralement ces derniers. Ce dispositif, macabre et sournois, a coûté la vie à une dizaine militants, et laissé une empreinte indélébile dans la mémoire collective libanaise. L’objectif était non pas de tuer mais plus de mutiler, un coût humain plus important que la mort elle-même.

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Il faut ainsi préciser ici qu’au même titre que les réserves israéliens sont considérés comme des civils lors qu’ils ne servent pas. De même, le fait d’avoir viser des combattants du Hezbollah lors qu’ils ne servent pas, en font des civils d’autant plus que ces derniers se trouvaient dans des zones civiles, supermarchés, voire même chez eux, mutilants des quidams qui avaient le simple tord d’être seulement à côté. Cela est constitutif d’une qualification de crime de guerre. Et le Hezbollah l’a bien compris.

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Pourquoi donc prendre un tel risque côté israélien ? Les frappes récentes, bien qu’attribuées à Israël, semblent faire partie d’une stratégie plus large, qui combine action militaire et manipulation technologique qui font que le gain de l’opération dépasse à priori le coût des accusations de crime de guerre et cela mène à penser qu’il s’agit pour Tel Aviv de provoquer pour obtenir la guerre.

Une guerre à l’horizon ?

Bien que ces attaques ne visent pas directement des positions stratégiques du Hezbollah, la tension monte comme si cela préparait une offensive terrestre. Les autorités israéliennes, notamment le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le ministre de la Défense Yoav Galant, multiplient les déclarations belliqueuses contre le Liban, laissant entendre que cette escalade pourrait encore s’aggraver.

De son côté, le Hezbollah ne reste pas inactif. Son secrétaire général, Saïd Hassan Nasrallah, doit s’exprimer à 17h aujourd’hui. Ce discours est attendu avec impatience, car il pourrait bien déterminer la réponse de l’organisation et la trajectoire future du Liban dans ce bras de fer avec Israël. Le Hezbollah, bien conscient des pièges du passé, est désormais sur ses gardes, prêt à réagir avec une intensité qui pourrait bien entraîner tout le pays dans une nouvelle spirale de violence.

Et le peuple dans tout cela ?

Au-delà des discours et des frappes, c’est le quotidien des Libanais qui est le plus affecté. Dans les cafés, sur les balcons, ou au cœur des campagnes, une question revient sans cesse : où cela va-t-il nous mener ? La guerre de 2006 est encore dans toutes les mémoires, et l’idée de revivre ces traumatismes est insupportable. Mais face aux déclarations agressives israéliennes et aux répliques possibles du Hezbollah, il est difficile de ne pas craindre le pire.

Et maintenant on va ou ?

Israël, sous la direction de Benjamin Netanyahou, a multiplié les actions hostiles afin de garantir sa survie politique même si cela contredit les intérêts d’israël qui n’a pas les moyens militaires ou économiques de mener un conflit sans soutien américain. Parmi elles, l’attaque contre la banlieue sud de Beyrouth, un fief du Hezbollah, et l’incident diplomatique impliquant le consulat iranien.

Ce jeu dangereux semble avoir une finalité plus immédiate : déclencher un conflit avant les élections présidentielles américaines de 2024. Le calendrier ne paraît pas être un hasard. En effet, en provoquant une guerre, Netanyahou pourrait espérer influencer les positions américaines, en misant sur un changement de cap après les élections. De plus, dans le contexte politique israélien, où Netanyahou est en difficulté, une guerre pourrait lui permettre de rallier une partie de la population autour d’une menace extérieure et de s’assurer un soutien plus large.

À cela s’ajoute une opération symboliquement forte à Téhéran visant Haniyeh, qui, sans surprise, a encore intensifié les tensions régionales. Chaque incident semble faire partie d’une stratégie plus large qui vise à provoquer une réponse violente de l’Iran ou du Hezbollah. En déclenchant une réaction, Israël pourrait alors se positionner en victime aux yeux de la communauté internationale, ce qui pourrait lui offrir une légitimité pour une offensive plus vaste et garantir ce soutien américain qu’il recherche. Cela Le Hezbollah et l’Iran l’ont à priori déjà compris.

Toute la question qui demeure maintenant est de savoir si finalement, vu la dernière opération, le Hezbollah ne pourra que répondre et quelle sera sa réponse qui se doit d’être tout aussi inédite que l’attaque terroriste israélienne tout en évitant de paraitre comme étant à l’initiative d’un nouveau conflit et en laissant cette responsabilité à Netanyahu lui-même.

Newsdesk Libnanews
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